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Full text of "Julien d'Halicarnasse et sa Controverse avec Sévère d'Antioche sur l'Incorruptibilité du Corps du Christ"

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UNIVERSITAS CATHOLICA LOVANIENSIS 

Dissertatioaes ad gradum magistri in Facultate Theologica 

consequendum conscriptae 

Series II, tomus 12 


Julien d’Halicarnasse 

et 

SA CONTROVERSE AVEC SEVERE D’ANTIOCHE 
SUR L,’INCORRUPTIBILITY DU CORPS DU CHRIST 

Etude d’histoire litteraire et doctrinale 

suivie des 

Fragments dogmatiques de Julien 

(Texte syriaque et traduction grecque) 

PAR 

Rene DRAGUET 

DOCTEUR EN THEOLOGIE 

f 

<04 


LOUVAIN 

IMPRIMERIE P. SMEESTERS 
Rue Sainte-Barbe, 18 


1924 






JULIEN D’HALICARNASSE 

ET 

SA CONTROVERSE AVEC SEVERE D’ANTIOCHE 
SUR LTNCORRUPTIBILITE DU CORPS DU CHRIST 








UN IV &R SIT AS CATHOLICA LOVANIENSIS 

Dissertationes ad gradum magistri in Facultate Theologica 

consequendum conscriptae 

# 

Series II, tomus i2 


Julien d’Halicarnasse 

et 

SA CONTROVERSE AVEC SEVERE D’ANTIOCHE 
SUR LTNCORRUPTIBIL1TE DU CORPS DU CHRIST 

Etude d’histoire litteraire et doctrinale 

suivie des 

Fragments dogmatiques de Julien 

(Texte syriaque et traduction grecque) 

PAR 

Rene DRAGUET 

DOCTEUR EN TH&OLOGIE 

- t o o 


LOUVAIN 

IMPRIMERIE p. smeesters 

Rue Sainte-Barbe, 18 




1924 










ILLUSTRISSIMO • REVERENDISSIMO • DOMINO 

DOMINO 

VEDASTO • ANTONIO RASNEUR 


EPISCOPO • TORNACENSl 
DOCTORI • SACRAE * THEOLOGIAE 
EQUITI • ORDINIS * LEOPOLDINI 
PRAESULI 

SCIENTIA • PIET ATE • FORTITUDINE • SPECTATISSIMO 
IN • PERENNE • GRATI • ANIMI 
AC * FILIALIS • A MORIS * TESTIMONIUM. 


ILLUSTRISSIMO • DOCTISSIMO • DOMINO 


PAULINO LADEUZE 


PROTON. • APOST. • AD • INSTAR • PARTICIP. 
CANONICO • HONORARIO • ECCL. • CATH. • TORNAC. 
DOCTORI • ET • MAGISTRO * SACR. * THEOL. 
COMMENDATORI • ORDINIS * LEOPOLDINI 
DECURIONI • LEG. * HON. 

CLARISS. * PRAEF. * ORNAM. * IN • ORD. * COR. • ITAL. 
COMMEND. • PHAL. • ORD. * ISAB. • CATH. 

SODALI • ADI. * ACAD. • REG. • BELG. • ET • ACAD. • INSCRIPT. 

ET. • L1TT. * PARIS. 

SODALI • HON. • CAUSA * ACAD. * REG. • ARCHAEOL. * BELG. 
ET • ACAD. * LITT. • ET * SCIENT. * NEAP. 

RECTORI MAGNIF1CO UNIVERSITATIS CATHOLICAE 


ET 


VIRO • EXIMIO • DOCTISSIMO 

IOSEPH LEBON 


CANONICO • HONORARIO • ECCL. • CATH. • NAMURC. 
DOCTORI • ET * MAGISTRO * SACR. * THEOL. 

EQUITI • ORDINIS * LEOPOLDINI 
ANTECESSORI • PERITISSIMO 
PATROL. • HIST. • THEOL. • MED. • AEV. 
GRAEC1T. • NOV. • TEST. * ET * LING. • ARMEN. 
MODERATORI • SUORUM * STUDIORUM 
HANC • SUAM • LUCUBRATION EM • DEVOTISSIMO • ANIMO 

D. D. D. 


AUCTOR 


AVANT-PROPOS 


Depuis quelques dizaines d’annees, l’attention des liistoriens des 
doctrines a etc vivement attiree par les literatures chretiennes de 
rOrient. Les productions de la literature syriaque les out particu- 
lierement occupes ; les publications de toxics se sont succede et 
out fourni matiere a des travaux dont les resultats out ete precfieux 
taut pour le progres de l'histoire generate <jne pour 1‘avanccinent de 
l’histoire litteraire et doctrinale du moyen age oriental. L’etude des 
ecrits de controverse composes par b*s theologiens monophysites 
des V® et VI e siecles a ete remar(|uablement feconde ; elle a deja 
permis, par exemple, de rendre sa veritable phyOonomie a l’oppo- 
sition des Orientaux au concile de Chalcedoine (lot), et de montrer 
que le monophysisme severien ou jacobite, a savoir, le monophy- 
sisine olficiel, etait bien ditTerent de reutycbianisme, dont on ne 
l’avait generalement pas assez distingue jusqu’alors. Les travaux de 
.). Lebon, notaininent, out prouve que la christologie de Severe 
d’Antioche, le docteur officiel du monophysisme, etait loin d'etablir 
la confusion des essences dans le Uirist, et qifclle s’etait imme- 
diatenient inspiree dun des representants les plus ill list res de la 
theologie grecque, saint Cyrillc d'Alexandrie. 

S’occupant surtout des iuttes du patriarche d'Antioche centre les 
Clialcedoniens, J. Lebon laissait intentionnellement de cote toute 
une parlie des ou\rages de controverse publics par Severe, au 
temps de son sejour en figypte, apres St8. Kn elTet, le patriarche 
exile avail coinbaltu les formules diophysites de Jean de Cesaree 
I arce qiPelles lui paraissaient divisor le Christ et defendre le 
nestorianisme, mais il s’etait attaquo egaleinenl a la christologie 
d’un evtbpie mono|)hysite de ses partisans, Julien d'llalicarnasse, 
en Pinculpant d’eutychianisme. (Vest le bien-fonde de n'lle accu¬ 
sation, lancee par le patriarche d’Antioche centre I’eveque 
d’llalicarnasse, rcpetee par la tradition monophysile et byzantine, 
et courante, aujourd'hui encore, cliez les liistoriens des dogmes, 
que nous avons voulu verifier. 

Le nom de l’eveque d'llalicarnasse nous est en cfiet parvenu avec 
une tacheuse celebrile. Ayant soutenu (jue le corps du Sauveur 
avait ete « incorruptible » avant la resurrection, Julien passa pour 
a\ T oir enseigne que le Verbe avait transforme en sa divinite, dans 
l’acte de bunion, l’humanite qu’il avail prise de noire nature. On 


VIII 


AVANT-PROPOS. 


repeta (jue, plus consequent que Severe d’Antioche avec les principes 
inspirateurs du monophysisnie, Julien etait le type acheve du mono- 
physite eutvchien ; rhistoire, en elfet, ne semblait avoir conserve 
raeinoire des doctrines de l’eveque d'llalicarnasse que pour 
enregistrer les interpretations tendancieuses que des adversaires 
en avaient donnees. Le julianisnie nieritait d'autant plus d’etre 
etudie qu’il exerca unc influence marquante dans tout l'Orient, 
a Constantinople, en Asie, en Arnienie, en Syrie, en figyple et 
jusqu’en Ethiopie. 

Jusqu’ici, on n’avait soinine toute parle de Julien d’Halicarnasse et 
de sa doctrine <jue d’apres les renseignements fournis par les sources 
b\zantines ; en fait de textes authentiques de Julien, les liistoriens 
n’avaient a leur disposition que deux lettres a Severe, d’apres la 
recension assez libre de Zacharie le Rheteur, (juelques incipits de 
fragments reproduils par les Asskmam, (juelques morceaux con¬ 
serves dans la traduction latino d’un ouvrage de Severe elaboree 
j>ar Mai et utilises par M. Jugie, et entin, trois textes syriaques 
inseres par Jean de Reitli-A|>liliionia dans sa Vie de Severe. II etait 
cependant possible de faire beaucoup plus, a savoir, depouiller les 
ouvrages de la litterature syriaque qui conser\ent les pieces 
autbenti(jues de la controverse de Julien avec Severe, et les (cuvres 
des poleinistes antijulianistes posterieurs au patriarche. Nous avons 
accompli ce travail et il nous a permis, en particu 1 ier, de recueillir 
15i fragments dogmatiques des oeuvres de l’eveque d’llalicarnasse. 
I.'etude qu’on va 1 ir«' rej>ose entierement sur ces documents. 

Nous avons ecarte du cadre de notre travail rhistoire de la dif¬ 
fusion du julianisnie en Orient et limite nos recberches a tout ce 
qui touchait directement la personne de Leveque d’llalicarnasse, ses 
discussions avec Severe, ses ecrits et sa doctrine La controverse 
sur l’incorruptibilite du corj>s du Christ s’etant reduite, pour la 
part que nous en connaissons, a la publication d’ouvrages de |>ole- 
mique theo!ogi(jue, nous avons distribue en deux parties la matiere 
de notre etude. La premiere niene de front 1’expose des Vails et une 
etude des Documents concue du point de vue litteraire; la seconde 
est consacree i\ Lexamen des Doctrines defendues par les deux 
adversaires et, d'une maniere toute speciale, a l'examen des doc¬ 
trines et des formules de Julien. 

En annexe a notre etude, nous editons 154 fragments dogma¬ 
tiques des oeuvres de Julien ; joints aux trois lettres de Leveque 
a Severe, ils forment, «a notre connaissance, tout ce qui subsiste de 
ses ecrits; sauf qnelques passages reproduits dans les fragments 1 - 5 , 
la correspondance de Julien n'ofTre aucun interet doctrinal. I^e 


A VANT-PROPOS. 


IX 


texte syriaquc de ces fragments n’esf lui-menie quYne traduction 
d’un original grec, car Julien, coniine Severe d’ailleurs, ecrivait en 
grec. A ces tcxtes syriaques, nous devious joindre une traduction ; 
or, on sait s’il est difficile de traduire exactement un texte doc¬ 
trinal ! L’importance prise par les questions de terminologie dans 
la controverse julianiste, et le sens tout particulier attache par 
Julien a certains termes, rendaient la taclie particuliereinent delicate. 
Le latin nous paraissant pen apte a rendre les nuances de la termi- 
nologie de Julien, nous avons prefere adopter coniine langue de 
traduction celle-la meme dans laquelle ecrivait Peveque d’Hali- 
carnasse. Qu’on nous permette d’exposer les principes et les pre¬ 
cedes d’apres lesquels nous avons etaldi cette version. 

On sait que, sans tomber dans les exces d un mot a mot servile 
et inintelligent, les traductions syriaques d’oeuvres grecques sont 
souvent ties litterales ; celtes de Paul de Callinice, qui, d'apres la 
notice finale du Vat. syr. 140, traduisit du grec en syriaque, a 
Edesse, en 528, les oeuvres de Severe centre Julien, sont des 
modeles du genre. En coinparant avec les editions modernes des 
oeuvres des Peres grecs les citations patristiques que renferinent 
ces ouvrages syriaques, on se rend compte que les precedes de tra¬ 
duction en usage dans l'ecole d’Edesse etaient assez constants ; 
tel met syriaque traduit presque invariableinent tel terine grec, et 
telle tournure de la phrase syriaque correspond a telle construction 
de la langue grccque. Or, a eux sen Is, les ecrits antijulianistes de 
Severe renferinent des centaines de citations patristiques; e'est dire 
qu’il etait possible d’y puiser d’abondants materiaux pour la traduc¬ 
tion des fragments de Julien, qui proviennent vraisemblablement 
tous, par voie directe ou indirecte, des ecrits antijulianistes de 
Severe. A nos notes personnelles, nous pouvions ajouter, pour ela- 
borer notre traduction, les renseignements que nous fournissaient 
le thesaurus syriacus de Payne Smith, le lexique syriaco-grec 
annexe aux Apollinarislisclie Schrijten *$yrisch de J. IYemminu et 
II. Lietzmann et, a Poccasion, le lexique de meme genre joint aux 
Studien zu Eusebs Theoplianie de II. Gkessmann. Enlin, M. J. Lehon, 
professeur de Patrologie de lTniversite de Louvain, a mis a noire 
disposition, avec une obligeance dont nous lui soinmes vivement 
reconnaissant, les notes abondantes qu’il avait recueillies touchant la 
correspondance des termes grecs et syriaques, en etudiant les oeuvres 
de Severe contcnues dans les manuscrits syriaques Add. 1^2157 et 
17210-17^11 ; el les nous out ete d’une grande utilite. 

II est a peine besoin de dire que nous ne croyons pas avoir 
realise lYntreprise impossible de reconstituer le texte original de 


X 


AVANT-PROPOS. 


Julien ! Nous nepresentons notre texte grec de ccs fragmentsque pour 
ce qu'il est : une traduction qui oflre plus de garanties, pensons- 
nous, qu’une version franeaise ou latine. A de rares exceptions pres, 
chaque mot syriaque a ete traduit par un correspondant grec que 
nous demandions, dans l’ordre sui\ant, aux sources que nous 
venons d’indiquer : notes personnelles (d’apres les ecrits antijulia- 
nistes de Severe), notes de J. Lebon (d’apres les ecrits de Severe 
contre Jean le Gramniairien), lexique de J. Flemming et II. Lietzmann 
(ecrits apollinaristes), Payne Smith et lexique de II. Ghessmann ; 
dans la mesure du possible, la phrase grecque a etc etablie suivant 
la succession des mots du texte syriaque. Nous avertissons aussi le 
lecteur que nous avons parfois traduit en grec, dans le cours de 
l'ouvrage, Tun ou Pautre passage des oeuvres de Severe. Nous sou- 
mettons done notre essai de traduction a 1’appreciation bienveillante 
du lecteur ; tenant compte des reelles difficulties de l’enlreprise, il 
voudra, nous l’esperons, nous accorder son indulgence pour les 
erreurs que nous avons pu commettre. M. le professeur T. Lefobt 
s’est aimablement prete a revoir notre traduction ; nous lui sommes 
redouble de plus d’une indication precieuse. 

Nous presentons de I’ev&jue d’Halicarnasse un portrait sensible- 
ment different de celui qu’on en trace communement; nous croyons 
memo que le veritable sens de la doctrine de l'incorruptibilite avail 
ete completement meconnu. Le lecteur verra si les textes que nous 
produisons pour la premiere fois nous permettaient de conserver a 
Julien sa reputation de monophysite eutychien, negateur de la con- 
substantialite du Christ avec nous, et de continuer a dire qu’il 
enseignait la transformation de la chair du Christ en une chair 
gloritiee des le premier instant de bunion. Nous reconnaissons 
volontiers que beaucoup d'entre les auteurs dont nous nous sommes 
separe n’avaient voulu parler de Julien qu’incidemment ; nous avons 
cependant tenu compte des appreciations qu’ils emetfaient sur la 
doctrine de l’eveque d’HaJicarnasse, pour assignor la cause des 
affirmations, erronees, selon nous, qui avaient pu motiver leur 
jugement. 

II nous reste a accomplir le devoir bien agreable de remercier 
tous ceux qui, de quelque facon, ont aide notre travail. Notre recon¬ 
naissance va d’abord a M. le professeur J. Lebon, sous la direction 
de qui nous avons travaille pendant quatre annees. Faut-il dire de 
(juelle utilite nous ont ete les travaux qu'il a publics sur des sujets 
elroitement connexes a celui que nous avions aborde ? Nous nous 
sommes souvent felicite de rencontrer en sa personne les ressources 
d’une erudition sure et d une connaissance etendue de la Literature 


AVANT-PROPOS. 


XI 


patristique grecque et syriaque, toujours mises a notre cntiere 
disposition avec une inepuisable bienveillance. Nous sommes heu- 
reux de lui exprimer publi(juement notre reconnaissance, en le priant 
d’accepter la dedicace de notre travail comme un temoignage de 
notre particuliere gratitude et de notre respectueuse affection. Que 
nos maitres de la Faculte de theologie, dont les savantes lemons nous 
ont permis d’aborder le sujet que nous voulions traiter, veuillent, 
eux aussi, trouver ici rhoiniuage de notre profonde reconnaissance. 

Nous avons recu le meilleur aecueil dans plusieurs bibliolheques 
etrangeres; nous sommes specialement reconnaissant a Mgr G. Meh- 
cati, prefet de la Bibliotheque Vaticane, et au I) r Barnett, conser- 
vateur des manuscrits orientaux au British Museum, des facilites 
qu'ils nous ont concedees pour la photographic des manuscrits. A 
Louvain, les HR. PP. de la Compagnie de Jesus ont mis graeieuse- 
inent a notre disposition la bibliotheque de leur College theologique. 
M. S. G. Mercati, professeur a PUniversite de Borne, a bien voulu 
photographier a notre intention le Vat. syr. 159, et M. E. \V. Brooks 
nous transmettre le texte de divers passages des manuscrits svria- 
ques du British Museum. Enlin, comment remercier assez M. Pabbe 
Chabot, membre de PInstitut de France et Pun des directeurs du 
Corpus Scriptorum Christianorum Orientalium, pour Pobligeance 
avec laquelle il s’est occupe de Pimpression des textes annexes a 
notre etude. 

La Fondation Universitaire nous a accorde, a deux reprises, Pappui 
de sa genereuse intervention, une premiere fois, pour nous per- 
mettre de proliter pleinement de la bourse de voyage (jue nous avions 
obtenue au concours du Gouvernement, et une seconde fois, pour 
nous aider a publier les Fragments Dogmatiques de Julien d'Hali- 
carnasse. Nous saisissons avec joie Poccasion qui nous est offerte 
ici de presenter aux membres du Conseil et de la Commission des 
publications de la Fondation 1 niversitaire Phommage de notre vive 
reconnaissance. Nous avons toujours trouve en M. le 1)' Willems, 
secretaire general de la Fondation, la plus parfalte obligeance et 
un grand souei de nous etre agreable. 





LIVRE I 


LES FA ITS ET LES DOCUMENTS 










CHAPITRE 1 


AVANT LA CONTROVEIiSE 

I. Julien d’Halicarnasse et Severe d’Antioche a Constantinople 
vers 510. — II. La uestion de Fincorruptibilitd du corps 
dn Christ discutee dans la capilale byzantine. — 

III. Julien et Severe entre 510 el 518. 


Un dcmi-siecle s’etait ecoule depuis la publication dn Tome de 
saint Leon et la definition, par le concile de Cbalcedoine (451), de la 
doctrine des deux natures dans le Christ, mais, loin de s’apaiser, les 
luttes religieuses <jui y avaient trouve leur occasion remuaient plus 
que jamais l’Orient. En vain, par la promulgation de Vllenoticon , 
Fempereur Zenon (474-491) avait-il tenle de fuire le silence autour 
du concile tant discute; son edit dogmatique avail jete FOrienl dans 
le schisme sans reussir a railier les grands palriarcats a la profession 
pacilique d’une meme forinule de foi. A Constantinople memo, les 
patriarches qui se succedaient sous le regne d’Anaslase (491-518) 
n’imitaient pas tous le zele qu Acace (471-489) avail montre pour 
Fedit de 482. Euphemius, par exemple (489 90-495 0), recevait le 
Synode ; il avail tente une reconciliation avec Home, et e’est an 
moment on il meditait de faire deposer Athanase d'Alexandrie pour 
ses anathemes centre le Tome , que, prevenu par son adversaire, il 
avail ete lui-meme exile. Son succcsseur, Macedonius II (490-511), 
n’etait monte sur le siege patriarcal qu'en souscrivant Yllenoticon, 
mais il n’avait pas tarde, lui aussi, a aflirmer ses sympathies pour 
la doctrine des deux natures ‘. 

En Orient, la situation du parti monophysite continuait de s’aller- 
mir. Les titulaires du siege d’Alexandrie etaient monophysites 1 2 3 ; 
a Antioche, le chalcedonien Elavien(498-512)avait recueilli la succes- 


1 Sur la politique de Zenon et d’Anastase, ct les vicissitudes des sieges 

patriarcaux d’Orient au cours de cette p6riode trouble, voir J. Lebon, Le 
monophysisme severien , p. 25 et suiv. 

3 Pierre Monge ( 482 - 489 ), Athanase II ( 489 - 496 ), Jean II H£mula ( 496 - 505 ), 
Jean III Niciotes (505-516). Nous suivons la chronologic adoptee par 
G. Krueger, Monophysiten , dans PRE, 3c £dit., t. XIII, p. 375. 



4 


AVANT LA CONTROVERSE. 


sion du nionophvsite Palladius (488-498), mais Philox&ne, lVvoque 
de Mabbdgh (488-519), a la tete des moines syriens, inenait la 
lutte avec une belle vigueur contre son patriarche. Les forces vives 
ties partis religieux de FOrient paraissaient eoncentrees dans les 
monasteres ; les moines, parfois, joignant Faction a la priere pour 
hater la restauration de la foi orthodoxe, sortaient en bandes de 
leurs retraites pour apparaitre dans les villes episcopates et donner 
a la bonne cause Fappui de leurs bataillons resolus. Tel Severe, le 
futur patriarche d'Antioche, debarquant dans la x ilie imperiale vers 
508 a la tele de deux cents moines syriens ‘ ; tels encore, mais avec 
des sv mpathies opposes ceux-ci, ces moines de Palestine, « homines 
pieux et vertueux » qui, dans leur zele pour la foi, montent a Con¬ 
stantinople pour faire echec a Severe et aux siens V 

C’est au milieu de ces moines etrangers, venus a Constantinople 
sous le regne d’Anastase, (pie Julien d'llalicarnasse apparait pour la 
premiere fois dans Fhistoire. II appartient a la faction monophysite 
et inene campagne aux cotes du futur patriarche d’Antioche alors 
simple moine L Theodore le Lecteur est seul a le meler a cette 
agitation antichalcedonienne, mais Severe continue le temoignage 
du chroniqueur en rappelant a deux reprises, dans ses ouvrages 
posterieurs, qu'autrefois, a Constantinople, il a entretenu des rela¬ 
tions familieres avec Julien 

A ce moment, Julien etait-il deja eveque d’llalicarnasse? La chose 
est probable. Theodore le Lecteur le presente en cette qualite f ’ et, si 
les temoignages de Severe precedemment cites sont muets sur ce 


1 Michel le Syrien, Chronique , IX, 8 (edit. Chabot, t. II, p. 160); Theo¬ 
dore le Lecteur, HistoPe ecclesiastique (Kugener, dans PO, t. II, p. 362, 
fra^m. 1). Sur ce voyage de Severe a Constantinople (508-511). voir Zacharie 
le Scholastique, Vie de Severe (edit. Kugener, dans PO, t. II, p. 106 et 
suiv.), Jean de Beith-Aphthonia, Vie de Severe (edit. Kugener, dans PO, 
t. II, p. 236), Severe, Apologie du Philalethe (Vaticanus syriacus 140, m/), 
J. Lebon, op. cit., p. 43 et suiv. 

2 Theodore le Lecteur, Hist. eccl. (Kugener, op. cit., p. 362, fragm. 2). 

3 Theodore le Lecteur, Hist. eccl. (Kugener, op. cit., p. 363). 

{ Mais apocrisiaire, d’apres certaines sources : Liberat, Breviarium causae 
Nestorianorum et Eutychianorum, cap 19 (Kugener, op. cit., p. 391 = PL, 
LXVTII, 1033); Michel, Chronique , IX, 8 (£dit. Chabot, t. II, p. 163). 

» Contra Additiones {Vat. 140, 70 b ); Adversus Apologiam Iuliani {Add. 
12158, hi c). D’apres le second temoignage, ces relations auraient £t£ rela- 
tivement breves : « c’est en conversation et non par des Merits que j’appris a te 
connaitre, au cours de courtes relations, dans la ville imperiale, et je te 
croyais orthodoxe ». 

6 Cfr Kugener, op. cit., p. 363. 



5 


LA DISCUSSION A CONSTANTINOPLE. 

point, ils nous apprennent toutefois (pie Julien elait alors parvenu 
a un age qui lui eonciliait aisement le respect 1 2 3 . 


II 

Si mal renseignes que nous soyons touchant les origines de la con- 
troverse sur rincorruptibilite du corps du Christ, nous savons 
cependant qu’elle avait etc soulevee a Constanlinople quelquc dix ans 
avant d’etre agitee en Egypte. « .le sais Lien, ecrira Severe dans sa 
premiere letlre a Julien, que la question fut egalement debattue a 
Constantinople ct qu'en produisant des temoignages des Peres, nous 
avons mis fin a la controverse *. » La suite le montrera mieux, la 
question surgissait d’elle-ineme dans les discussions engagees entre 
partisans et adversaires du concile de Chalcedoine sur la doctrine 
des deux natures dans le Christ. Tandis (pie les Monophysites, 
englobes dans l accusation d’eutychianisme, etaient amends de ce 
chef a souligner les distinctions necessaires, les Chalcedoniens, 
confondus avec les Nestoriens dans une meme reprobation, avaient 
a justilier que la confession des deux natures et proprietes dans le 
Christ ne portait nulle atteinte a son unite. 

Au moment vise par la note de Severe, chacun des deux partis theo- 
logiques qui se disputaient Linfluence a Constantinople s’essayait a 
concilier I’autorite de saint Cyrille a la tendance qu’il repre- 
sentait. Severe et les Monophysites se pretendaient les seuls 
heritiers legitimes de sa doctrine ; les tenants du Synode sou- 
tenaient, au contraire, (pie la christologie du docteur alexandrin 
s’aecommodait pleinement (hi la formule des deux natures. Ce furent 
peut-etre ces discussions sur Porthodoxie diophysite du grand artisan 
du synode d’Ephese qui amorcerent la dispute de rincorruptibilite \ 
D’une part, en effet, comine on le verra plus loin, Limpassibilite et 
rimmortalite du Christ avant la resurrection n’etaient, pour le 
systeme julianiste, (pi’un aspect de Pabsolue incorruptibilite du 
Sauveur; de l’autre, les Chalcedoniens de Constantinople se 
disaient a meme de montrer que saint Cyrille distinguait dans le 
Christ « le Dieu Verbe, impassible et immortel, et le temple, passible 
et mortel » ; c’est meme pour en faire la demonstration, qu'ils 


1 Adversus Apologiam Iuliani {Add. 1^158, hi c). 

2 Vat. 140,3a. On rapportera assez nalurellcment ccs cvdncments a l’6poquc 
du sejour que fit Severe dans la capitalc avant son Elevation au patriarcat. 

3 Ce sera au cours d’une discussion avec les diophvsites sur des tcxtes de 
saint Cyrille que Julien rouvrira en Egypte la question de rincorruptibilite. 



fi 


AVANT LA CONTROVERSE. 


produisaient un florilege de 244 chapitres *. Quelle que soit la valeur 
de ce rapprochement, it est pen probable (|ue les « temoignages des 
Peres » par lesquels Severe aurait reussi a apaiser la conlroverse 
naissante aient quelque rapport avec son Philalethe, compose a la 
iiieine epoque *. A en jnger par ce qui reste de cet ouvrage 1 * 3 * 5 et par 
ce qu’en dit Severe ailleurs, s'il touchait la question de Pincor- 
ruptibllite, ee n’etait qu’en passant et pour y apporter la solution 
(pie le patriarche devait donner plus tard. ail conrs de la pole- 
mique antijulianiste 4 . 

Les sources ne nous apprennent pas si Jalien fat mule ii cette 
premiere phase de la controverse. II ne serait pas invraisemblable, 
an contraire, qu’un autre monophysite, Philoxene de Mabbdgh, v 
eut pris quelque part. Nous aurons a le dire plus loin, la tradition a 
releve avec raison, dans h‘s edits de ce personnage, des idees 
et des formules qui, en fait, sont voisines de celles de Julien. 
Or, a la fin de sa deuxieme leltre a Julien, write une dizaine 
d’annees plus tard, Severe, faisanl part a son correspondant des 
dispositions qu it avait prises pour empecher la Crilijuc du Tome 
de se repandre ’, ecrit qu’il en a jadis agi de la meme facon 
avec Philoxene et Eleusinius (de Sasima) 6 , procedant avec eux, a 
diverses reprises et en toute charite, a un examen critique d’« ecrits 
speculatifs i*t de choses relatives a la foi 7 ». II est meme possible 
<pie Philoxene, vcnu une seconde fois a Constantinople, vers 509, 


1 Apologie du Philalethe (Vat. 140, in e). Voir le titre du florilege, en grec, 
dans le Ven. Marc. 165 (cfr J. Lebon, op. cit., p. 132, note 2) et, en syriaque, 
dans le Philalethe (Vat. 139, 88 b) ou dans VApologie du Philalethe (Vat. 140, 
112 b). 

- Sur les circonstances de composition du Philalethe, voir plus loin, p 50. 

3 Dans le Vat. syr. 139 ; citations dans 1 ’ Apologie de Philalethe (Vat. 140, 
108 £-145), passim. 

1 Julien lui-meme (cfr Troisieme lettre a Severe : Vat. 140, 5 f) et, plus tard, 
les Julianistes (voir VApologie du Philalethe : Vat. 140, 108 £-145) se reclame- 
ront du Philalethe , mais les explications que fournit le patriarche a ce sujet 
dans VApologie du Philalethe montrent qu’ils ne pouvaient faire 6tat que de 
pen de chose : dcs fa9ons de parler courantes employees par Severe dans 
sa refutation des diophysites, ou des expressions patristiques ou ils voulaicnt 
reconnaitre leur doctrine (voir, par exemple, Vat. 140, 114 c. 118 a). 

Sur cet ouvrage, voir plus loin, p. 20 et suiv., p. 25 et suiv. 

La Lettre de Severe a Eleusinius , datec de 518 ( 6 di\. Brooks, The sixth 
book of the select letters of Severus, vol. I, p/405 et suiv.), n’a pas rapport a 
des discussions de ce genre. Sur les relations d’Eleusinius et de Philoxene, 
voir Evagrius, Hist. eccl. , III, 31 (PG, LXXXVI, 2661). 

' Cfr Vat. 140, 5 a et Add. 17200, 8 c (texte parallele, mais mieux conserve.) 



JULIEN ET SEVERE ENTRE 510 ET 518. 


7 


pour presser Anastase d’intimer a Flavien d’Antioche l’ordre de 
souscrire 17 lenoticon *, y ait rencontre Severe. Aussi, Lien que cette 
note de la Deuxieme lettre ne vise qu’a relever la discretion qu’avait 
mise son auteur a critiquer les theories de Philoxene, il pourrait se 
faire que le souvenir de cette discussion ancienne, rappele dans la 
controverse actuelle, ait ete suggerc a Severe par Pidentite de leur 
objet. En Pabsence de donnees certaines, ce rapprochement des 
faits et des textes olTre un certain interet. 


L’histoire est restee inoins attentive aux demarches de Julien qu’a 
celles de Severe; d’ailleurs, la chose est probable, Peveque d’Hali- 
carnasse n’avait ete jusqu’alors qu'un personnage assez pen 
remarque. Sa presence a Constanlinople sous Macedonius et son 
inlervention dans les (roubles fomentes conlre le patriarche de la 
ville imperiale ont pu etre fortuites, et s'il partageait les convictions 
monophysites de Philoxene et de Severe, il ne joua j»as comme eux, 
semble-t-il, un role de premier plan dans la lutte contre le Synode. 
Avant sa querelle avec le patriarche d’Antioche, des productions 
litteraires importantes ne Pavaient pas davantage signale a Paltention 
du public theologique. 11 parlera sans doute alors de eommentaires 
sur le livre de la Genese dont il serait l’auteur *, mais Severe 
attestera qu’a sa connaissance et au temoignage de gens compe- 
tents, Julien n'a jamais compose un traite et (pie son activite 
litteraire s’est limitee « a des explications sur quelques chapitres 
d’Evagrius 3 4 ». Sous Pimpression de certaines donnees fournies 
par les chaines grecques sur Job et la tradition manuscrite 
armenienne, 11. Psener et d’autres critiques 2 1 ont atlribue ii 
Pev^que d’llalicarnasse la redaction d’un commentaire sur Job 
laussement rapjiorte a Origene, conserve on entier dans les 


1 Voir E. A. W. Budge, The discourses of Pliiloxenus, bishop of Mabbogh, 
vol. I, p. xxii, et A. Vasciialde, Three letters of Philoxemis, bishop of 
Mabbogh , p. 18. 

2 Adversus Apologiam Iuliani {Add. 12158, ill a). 

3 Ibid, [ibid., iii£); cfr Contra Additiones (Vat. 140, 88 : il sc vante, a 

ce qu’on raconte, dit Severe, d’expliquer les Chapitres d’Evagrius. 

4 H. Usener, Julian von Halikarnass, dans H. Lietzmann, Catenen, p. 28 
et suiv.; P. Ferhat, Der Jobprolog des Julianos von Ilalikarnassos in einer 
armenischen Bearbeitung , dans Oriens Christianus, neue Scrie, I. Band (1911), 
p. 26 et suiv.; L. Dieu, Fragments dogmatiques de Julien d’Halicarnasse. dans 
Melanges Ch. Moeller , t. I, p. 192 et suiv. 



8 


AY ANT LA CONTROVERSE. 


manuscrits grecs Parts . 454, fierul. Phill. 4406, Vatic. 4548 et, 
parliellement, dans It* * Paris. 269; H. Usener en avait assez natu- 
rellement assigne la composition a la periode (jui nous occupe en 
ce moment Toulefois, une etude plus fouillee du temoignage des 
cliaines grecques et des manuscrits de la Bible armenienne, I’examen, 
surtout, de la doctrine th&dogique du commentaire ne nous ont pas 
permis de nous rallier a ridentification proposee par H. Usener. 
Selon nous *, le pseudo-Origene, un certain Julien, ne pent etre Julien 
dllalicarnasse ; ce serait un arien, dont on reporterait difficilement 
1’oeuvre exegetique a une date qui serait de beaucoup posterieure ii 
l'an 400. 

Apres b‘s troubles de Constantinople racontes par Theodore le 
Lecteur, Julien regagna sans doute sa ville episcopale. Severe, de 
son cote, reprit la \ie monastique dans sa retraite de Palestine 5 , 
mais lorsque l’action violcnte et tenace d’un parti puissant cut enfin 
reussi a provoquer la deposition de llavien d'Antioche (512), ses 
ardentes convictions orlhodoxes le designerent au choix de la faction 
monophysite pour donner en sa person ne un successeur au patri- 
arche exile 4 . 

Nous passons sous silence les evenements de la derniere partie 
du regne d’Anastase et les six premieres annees de la carriere 
episcopale de Severe, pour retrouver 1’eveque d llalicarnasse et le 
patriarche d'Antioche coinpromis ensemble par leur foi monophysite 
et forces a leur tour d’abandonner leurs sieges a des titulaires du 
parti adverse, lors de la reaction cbalcedonienne qui marqua 
Tarrivee au pouvoir de Justin I (518). Jean d'Asie 5 a dresse la 
longue lisle des eveques reduits a 1 'exi 1 par les mesures energiques 
d un empereur decide ii assurer le respect des decisions du Synode. 
Severe d'Antioche y vient en premiere ligne, et Julien d’Halicarnasse 
figure parmi ceux (jui avaient du l’imiler. Coniine un grand nombre 
de leurs collogues, tous deux avaient gagne 1’Cgvpte, plus hospita- 
liere au monophysisme. Timothee IV d'Alexandrie accueillit les 
confesseurs orlhodoxes en freres persecutes et, sous sa protection, 
ils purent detier ii 1'aise les edits de la puissance imperiale, trop 


1 H. L’sener, Aus Julian von Halikavnass, dans Rheinisc/ies Museum Jur 
Philologie, neue Folge, t. LV (1900), p. 321. 

* Un commentaire grec arien sur Job, dans Revue d’histoire ecclesiasiique , 
t. XX (1924), p. 38-65. 

3 Jean de Beith-Aphthonia, Vie de Severe (edit. Kugener, p. 237). 

1 J. Lebon {op. cit., p. 51 et suiv.) a retrace l'histoire de ces dvenements. 

3 Dans Michel, Chronique. IX, 13 (£dit. Chabot, t. II, p. 170 et suiv.). 



JULIEN ET SEVERE ENTRE 510 ET 518. 


9 


lointaine pour etre efficace 1 . C’est dans ce milieu qu’allait renaitre 
et se developpor la controverse entamee a Constantinople quelques 
annees auparavant sur 1’incorruptibilite du corps du Christ. 


1 Sur tous ces 6v6nements, voir Zacharie le Rheteur, Hist, eccl., Ill, 5 
(£dit. Brooks, I, p. 78 el suiv.); Michel, Chronique, IX, 12 (£dit. Chabot, 
t. II, p. 169 et suiv.); Jean d’AsiE, De beatis orientalibus, ch. 48 (£dit Land, 
Anecdota syriaca, t. II, p. 246); le De sectis, Actio V, 3 (PG, LXXXVI, 1229, 
C); Evagrius, Hist, eccl., IV, 4 (Kugener, op. cit., p. 379); Jean Malalas, 
dvonographia , lib. XVI, XVII (Kugener. op. cit., p. 373-374); Theophane, 
Chronographia , A. M. 6011 (Kugener, op. cit., p. 387); Liberat, Breviarium , 
cap. 19 (Kugener, op. cit., p. 392); Victor Tonnennensis, Chronographia , 
Apione V. C. cons. (539) (Kugener, op. cit., p. 395). 




CHAPITRE II 


I KS DEBUTS de la co.ntuoversk 


I. L’occasion ] la Premiere lettre de .lulien a Severe. — II. Le Tome 
de Julien. — III. La correspondance dchang<$e entre Sdv6re et 
Julien. — IV’. La Critique du Tome. — V. La section doe- 
trinale de la Troisieme lettre de Severe a Julien. — 

VI. La Refutation des Propositions de Julien. 


I.'auteur du De seeds ‘ represente Severe emmenant dans sa fuite 
Peveque d'Halicarnasse et se lixant avec lui dans le voisinage 
d’Alexandrie, au convent de l’Ennaton *; e’est la qu’aurait pris nais- 
sance leur differend. D’apres Liberat * i * 3 * 5 * , Julien preceda Severe en 
Kgypte et s’etablit avec lui « ad Labronem ‘ ». I.es sources syriaques 
ne connaissent rien d'un sejour simultane des deux eveques dans 
un ineine refuge aux environs d’Alexandrie, et elles sont mieux 
inspirees en separant les deux adversaires a 1’origine de la discus¬ 
sion s . Michel le Syrien rapporte 11 (|ue Severe echappait aux perse- 
cuteurs en passant a de desert en desert,... vetu d’un vetenient 
pauvre », et son recit concorde avec la description que le patriarche 
proscrit fait de sa propre situation 7 * * . Vieux et malade, Severe se voit 
contraint, dit-il en effet lui-ineme, de vivre cache et au loin ; il erre 
dans le desert et change sans cesse de residence ; il est reduit a 
travailler dans des conditions deplorables : il manque de livres, et sa 


‘ PG, LXXXVI, i 2 iQ, C. 

i Sur PEnnaton d’Alexandrie, efr Zacharie le Scholastique, Vie de 
Severe (^dit. Kugener, p. 14); Jean Moschos, Pratum Spirituale , cap. 177, 

184 (PG, LXXXVII, 3048, 3056); voir F.-M. Abel, To Ennaton , dans Oriens 
Christianas, neue Scrie, I. Band (1911). p. 77 et suiv. 

3 Breviarium , cap. 19 (Kugener, op. cit., p. 392). 

* Variante : « Labranom ». 

s Jean de Beith-Aphthonia, Vie de Severe (edit. Kugener, p. 251). 

Chronique, IX, 27 (edit. Chap.ot, t. II, p 224). 

7 W. E. Crum (Severe d'Antioche en Egypte, dans Revue de VOrient 

chretien , t. XXIII (1922-1923), p. 92-104) a recueilli divers tcrnoignages de la 

literature copte sur le s6jour de Severe en Egypte. 



L OCCASION DE LA CONTROVERSE. 


11 


main doit supplier a la main des scribes 1 2 . Au moment oil il ecrit 
la lettre qui nous fournit ces renseignements, il a pourtant, semble- 
t-il, un pied-a-terre assez stable a Fendroit qu’il appelle « Ies cel¬ 
lules », oil il a s’exerce avec patience aux clioses du Christ, vivant 
les labours de la vie monastique * ». lin depit de cette situation 
penible et incertaine, il n’a pas depouille le souci de sa charge, et 
Fabondance de sa correspondance 3 atteste sa volonte de resler 
dans Fexil le pasteur et le cons iller de ses freres ; il remedie a son 
eloignement force d’Alexandrie en y entretenant une sorte d’agent 
de liaison en la personne du prelre Thomas 4 . 

Julien mene une existence plus paisible a proximite d’Alexandrie 
ou, plus probablement, dans la ville elle-meme. 11 vit dans la societe 
des eveques fideles, mais il coudoie des diopb\sites 5 6 7 8 ; il frequente 
l’arni de Severe, Thomas, le pretre d’Alexandrie ; bientbt, nous le 
verrons exercer sa propagande dans la grande \ i 1 le 7 et souhaiter y 
rencontrer Severe en vue d une discussion \ 

(Test au cours d’une polenFque avec les dioplix sites 9 que Julien 
se tit le champion de Fabsolue incorruptibility du « corps qui avait 
ete uni a la source merne de l’incorruptibilite 10 * 12 » ; si nous Fen 
croyons H , il n’entra qu’a regret dans le debat. « II en est ici, ecrira- 
t-il a Severe 4i , qui se sont mis a soutenir (jue le corps de Notre- 
Seigneur etait corruptible 13 » ; pour lui, la legitimite de Fopinion 
opposee ne faisait aucun doute : on ne [louvait appeler corruptible et 


1 Premiere lettre & Julien [Vat. 140, 2 f) ; Troisieme lettre d Julien [ibid., 
7 d, /) ; Contra Additiones [ibid., Gg b). 

2 Troisieme lettre d Julien [Vat. 140, 8a). « Les cellules » (U’—) sont-elles 
a identifier avec lc monastere dgyptien du mcme nom (ra X£//.ta)dont parle 
Jean Moschos [Pratum spirituale, cap. 144, dans FG, LXXXVII, 3005, D) ? 

3 Voir E. W. Brooks, The select letters of Severus, 2 vol., et A Collection 

of letters of Severus of Antioch (PO, t. XII et XIV). 

1 Deuxieme lettre a Julien [Vat. 140,4/’); Troisieme lettre a Julien {ibid., 

6 f,Sb). 

:i Michel, Chronique , IX, 27 (6dit. Chabot, t. II, p. 224). 

K Troisieme lettre a Julien [Vat. 140, 6/). 

7 Voir plus loin, p. 33 - 34 * 

8 Contra Additiones {Vat. 140, 69^). 

Michel, Chronique, IX, 27 (6dit. Chabot, t. II, p. 225), reprcnant la 
notice de Zacharie le Rheteur, Hist, eccl., IX, 9 (6dit. Brooks, II, p. 101). 

10 Fragment 5. 

“ Ibid. 

12 Premiere lettre a Severe [Vat. 140, 2 d). 

Les termes corruptible, incorruptible et autres de meme racine corres¬ 
pondent au grec (pOaoroc, acpGaoro;, etc. Ceux-ci avaient, dans la langue de 



12 


LES DEBUTS DE LA CONTROVERSE. 


sujet de la corruption celui qui navait jamais eprouve la corruption *. 

Lntre autres arguments, les partisans de la corruptibility alle- 
guaient deux temoignages de saint Cyrille et un texte de Severe*, 
d’ou il resultait, a leur sens, (jue le corps du .Christ, corruptible 
par nature jusqu’a la resurrection, n’avait passe a (incorruptibility 
qu’avec son entree dans la gloire. Julien n’etait pas embarrasse par 
ces textes. Les deux premiers, pretendait-il, devenaient favorables a 
sa these, une fois remis dans leur contexte et rapproches des prin- 
cipes generaux de la cbristologie cyrillienne ; quant an troisieme, 
une faute de copiste en avail altere le sens. Prenant le contrepied 

de la these adverse, il aftirmait que la doctrine qu'il defendait, 

/ 

conforme a I’Ecriture et inspiree des Peres \ trouvait encore des 
points d'appui dans deux ouvrages du patriarche d’Anliocbe, « le 
livre du Philalethe et celui (qui parte) sur les proprietes * ». 

La polemique prit bientot des allures de querelle. Pans leur zele 
pour la foi, les deux partis prononeaient le gros mot d’heresie ; la 
dialectique aidant, chacun rangeait son adversaire dans Tune <)uel- 
conque des categories d’heretiques liautement reprouvees par le sens 
chretien. Les partisans de la corruptibility imputaient a Julien les 
vieilles erreurs des Manicheens et des Marcionites sur le caractere 
irreel du corps du Christ; il reprenail a son compte, disaient-ils, la 
theorie docetedela phantasia et rejoignait par la, — c’etail lout un,— 
Eutyches et les negateurs de la consubstantialite du Christ avec 
nous \ Le vieil eve<jue s’en defendait avec energie. II confessait, 


Julien, une signification toute differente de celle que suggerent les mots par 
lesquels nous les traduisons. Nous recourons a ces derniers faute de mieux, 
sauf a preciser plus loin, dans notre etude doctrinale, le sens de leurscorres- 
pondants grecs. 

1 Fragment 2. 

5 Premiere lettre d Severe (Vat. 140, 2 d ; dans Michel, Chronique, IX, 27 : 
edit. Chabot, t. II, p. 226). Lire ce qui a trait au texte de Severe au frag¬ 
ment 1, £tabli d’apres la version plus ftdele de Paul de Callinice. 

3 Ibid. 

4 Troisieme lettre d Severe (Vat. 140, 5 /). U11 manuscrit syriaque du Vatican 
renferme une piece de peu d'etendue, intitulee : De saint Mar Severe, ce qu'il 
faut penser des proprietes et des activites a propos du Christ (Vat. 152, 183 d- 
1S4 ). Elle n’a aucun rapport direct avec la question de V incorruptibility ; 
sans doute faisait-elle partie d’un ouvrage plus dtendu. C’est notamment au 
cours de sa controverse avec Sergius que Severe eut l'occasion d’e.xposer 
longuement sa doctrine sur « les proprietes et les activites » (efr J. Lebon, 
op. cit., p. 538 et suiv.). 

5 Michel, Chronique, IX, 27 (edit. Chabot, t. II, p. 224); Jean de Beith- 
Aphthonia, Vie de Severe (edit. Kugener, p. 251). 



LA PREMIERE LETTRE DE JULIEN A SEVERE. 


13 


disait-il, « Vinhumanation veritableetdenous 1 2 3 4 5 »,maiscommentfut-il 
reste indifferent devant des Nestoriens deguises 2 qui osaient jeter 
le Verbe lui-meine sous la corruption et soutenir que son corps 
s’etait corrompu et putrefie dans le tombeau ? 

Pour assurer le triomphe de ses idees, Julien coininenta dans un 
premier ouvrage, le Tome un ensemble de textes patristiques 

qu’il se croyait en mesure d’opposer victorieusement a ses adver- 
saires. A l’intervention de ceux-ci 4 , et dans Pespoir de concilier 
a sa cause de precieuses sympathies, il expedia sans retard cet ecrit 
a Severe avec priere de Pexaminer Un mot duplication accom- 
pagnait l’envoi: c’est la Premiere lettre d Severe, plus d’une 1‘ois deja 
mentionnee jusqu’ici 6 . 


1 Fragment 3. 

2 De sectis, Actio V, 3 (PG, LXXXVI, 1229, D). Voir les fragments 13, 71, 
72, 147, 150. 

3 Michel, Chronique , IX, 27, 30 (£dit. Chabot, t. II, p. 225, 251). 

1 Voir la preface de Paul de Callinice a sa version des oeuvres de S£v£re 
( Vat. 140, x /; Add. 17200, 30). 

5 Premiere lettre a Severe ( \'at. 140, 2 e). 

Julien et S6vere £crivaient en grec (voir la notice finale du Vat. 140, 
fol. 146, reproduite dans Assemani, Catalogus , t. Ill, p. 232, ainsi que Michel, 
Chronique, IX, 34 : edit. Chabot, t. II, p. 273); toutefois, ce qui reste de leurs 
oeuvres n’a subsiste, pour la majeure partie, qu’en traduction syriaque. Des 
le vie siecle, un certain Sergius aurait 61 abor 6 une version armemienne des 
ecrits de Julien (cfr P. Fkrhat, art. cit., p. 27, et P. Sukias Somal, Qiiadro 
della storia letteraria di Armenia, p. 40), mais, 4 notre connaissance, les depots 
occidentaux de manuscrits armemens n’en conservent aucun vestige. Si elle 
a exists, les catholicoi armeniens l’auront sans doute proscrite sitot que, d 
l’imitation et sous l’influence des Jacobites syricns, les Arm6nicns ne vircnt 
plus en Julien qu’un dangereux h6r^tique (voir la lettre de Nerses Snorhali a 
Michel le Syrien, en armenien dans Lettres encycliques de saint Nerses 
Snorhali, p. 305-306 et, en version latine, dans J. Cappei letti, S. Nersetis 
Clajensis Armeniorum catholici opera, vol. I, p. 248-250). 

La tradition manuscrite syriaque connait trois lettres de Julien & Severe 
et elle les fait suivre toutes trois d'une reponse du patriarche. Les six docu¬ 
ments ont trait a lacontroverse sur l’incorruptibilit^ et sont conserves en une 
double version. La premiere est fournic par le Vat. 140 (2^-200), le Vat. 255 
(162 a, 2 a-37 a) et YAdd. 17200 du British Museum (4 3-38*7). Le Vat. 140 (voir 
Assemani, Catalogus, t. Ill, p. 234 et suiv.), un des 250 manuscrits de la 
collection form6e par l’abb6 Moi’se de Nisihe en l’an des Grecs 1243 
(= Chr. 932) pour son monastere de Scet£ (voir la note du folio 1), renferme 
la version des oeuvres de Severe contre Julien et les Julianistes ^laboree 
a Edessc, en l’an des Grecs 839 (= Chr. 528), par Paul de Callinice (voir la 
note finale, folio 146). A. Baumstark ( Geschichte der syrischen Literatur, 
p. 160, note 3) se demande s’il n’en serait pas le manuscrit autographe ; nous 
en doutons, car, en ce cas, il eut 6 t€ plus soigne encore qu’il ne l’est. Quoi 



14 


LES DEBUTS DE LA CONTROVERSE. 


II 


Les ouvrages de Julien ne nous sont pas parvenus dans leur 
langue originale 1 ni, tant s’en faut, dans leur integrite. Line fois 
disparue la secte du vieil eveque et son nom tombe en abomination 
dans I'Orient entier, quelle piete se fut atlachee a les conserver? 
By/antin ou jacobite, le fid el e q u i les eut d aventure renconlres 
accomplissait un acte de religion en les livrant aux llamines. On 
estinia qu'il en restait assez dans les ecrits (jui les avaient refutes et 
dans les llorileges antiheretiques * ; la du inoins, un sain ensei- 
gnenient immunisait contre « l amer poison de leur heresie 3 )) et,sans 


qu’il en soit, tant le texte du manuscrit que sa note finale, qui est d’une 
autre main, peuvent facilement dater du vi e si£cle; e’est ce que suggerc 
la comparaison du codex avec les manuscrits dates (voir W. Wright, 
Catalogue, t. Ill; E. Tisserant, Specimina Codicum orientalium) le Vat. 104, 
date par une note finale (folio 87 a), dc l’an des Grecs 875 = Chr. 564). 
Le Vat. 255 (voir Assemani, Catalogus. t. Ill, p. 54.4 et suiv.) faisait 6gale- 
ment partie de la collection de Moise de Nisibe ; a en juger par les memes 
criteres paleographiques, il remonte k une date aussi ancienne (vi c s.). II est 
en mauvais etat de conservation et a subi de graves mutilations. Les derniers 
folios, —ajoutes apres reliure du codex, dit une note dc la page 1530, — 
doivent se lire dans l’ordre suivant : 152, 154, 156-159, 155, 160, 153. Le 
folio 162 devrait preceder le folio 2. Le folio 161 n’appartient pas, semble- 
t-il, aux oeuvres de Severe, car on y distingue la mention de « notre saint 
patriarche » et des « doctrines honteuses de Romanus ». Ce manuscrit n’a con¬ 
serve qu'une partie de la Troisieme lettre a Julien (fol. 162 a = Vat. 140, 8 a). 
Enfin, Wright ( Catalogue , t. II, p. 554) rapporte YAdd. 17200 au vne s. environ. 
Si Ton excepte les variantes ordinaires dont la tradition manuscrite est coutu- 
miere, le Vat. 140 et YAdd. 17200 offrent un texte identique ; cette heureuse 
circonstance permet de lire integralement le texte de la correspondance 
que nous etudions, malgre les alterations subies par les deux manuscrits. — 
Zacharie le Rheteur (Hist, eccl., IX, 10 : edit. Brooks, p. 102 et suiv., ou 
edit. Land, t. Ill, p. 263 et suiv.), repris en cet endroit par Michel le Syrien 
(Chronique, IX, 27 : edit. Chabot, t. II, p. 299 et suiv.), en reproduit uncseconde 
version qui ne s’etend qu'aux deux premieres lettres de Julien et aux reponses 
correspondantes de Severe. Elle est independante de la version d’Edesse, 
mais son texte de base est le meme ; E. W. Brooks l'a remarque avec raison 
(The syriac Chronicle known as that of Zachariah of Mitylen, p. 234, note 1). 
Elle est moins complete dans l’ensemble, moins fidele et moins intelligible 
dans les details; il faut lui pr£ferer la premiere. Nos fragments 1-5 repro- 
duisent cinq passages dogmatiques des lettres de Julien, d’apres la version 
de Paul de Callinice. 

1 A l’exception du seul fragment 72, recueilli par la Doctrina Patrum de 
Incarnatione Verbi (edit. Diekamp, p. 313). 

* Sur ces florileges et autres Merits syriaques antijulianistes, voir plus loin, 
p. 81 et suiv. 

3 Adversus Apologiam Iuliani (Vat. 140, 101 c). 



LE TOME DE JULIEN. 


15 


danger pour sa foi, le leeteur pouvait ressentir une horreur salutaire 
pour leurs pernicieuses nouveautes. Avec les (euvres de Severe 
auraient peri les deux tiers des textes de Julien qui subsistent 
aujourd'hui 1 2 ; c’est le zele des Monophysites pour la conservation 
des ecrits de leur grand docteur qui nous en a valu, du memo coup, 
la preservation en traduction syriaque. 

Le premier ouvrage de Julien est un des mieux attestes dans 
la serie des textes que nous publions : il v est, en effet, represente 
par un ensemble de 44 fragments*. On ne voit pas que son auteur 
lui donne jamais un titre special ; c’est, pour Iui, « ce qu’il a ecrit » 
ou « ce qu'il a envoye » au patriarche 3 * . Severe, de son cdte, le 
designe couramment, des le debut de la controverse, coniine le 
« tome » de Julien * ; plus lard, pour le distinguer de VApologie, 
il l’appelle parfois « le tome premier », ou encore « ce que tu as 
compose d'abord... et que tu m’as envoye a examiner 5 * ». C’est en 
s’inspirant de cette formule, suggeree par les circonstances de com¬ 
position de l’ouvrage, que la tradition posterieure le nommera « le 
tome premier que Julien envoya a Severe '' ». 

Le Tome etait un ou\rage d’etendue appreciable. C’est sur sa 
longueur que Severe se rejettera pour expliquer le retard subi par la 
redaction de la Critique; c’etait en efl’et, dira-t-il, tout un traite que 
Julien, en le lui envoyant, avait sounds a son examen 7 8 . Julien se 
rendait temoignage a lui-meme d’y avoir suivi tideleinent le 
sentiment des Peres ; il empruntait, disait-il, les opinions qu’il y 
defendait a une doctrine unanimement professee par la tradition et 
constamment defendue par cliacun de ses representants \ Severe 
conlirmera a sa fa^on ce temoignage en reprochant a l’dveque 
d’llalicarnasse d’avoir meprise a le regard d’un Dieu qui voit tout », 
en soumettant, « par tout son traite pervers », les citations scrip- 
turaires et patristi(jues a des arrangements tendancieux \ Les 


1 Justinien 6dicta des mesures rigoureuses en vue de la destruction des 
Merits de Severe (voir la Constitutio Iustiniani contra Anthimum , Severum, 
Petrum et Zoaram f dans Kugener, op. cit. t p. 360 = PG, LXXXVI, 1099). 

2 Les fragments 6-49. 

3 Premiere lettre a Severe (Vat. 140, 2 e ); Troisieyne lettre (ibid., 5 b). 

* Premiere lettre a Julien (Vat. 140, 2f)Troisieyne lettre (ibid., 6 d). 

3 Adversus Apologiam Iuliani (Add. 12158, 99 d, 98c). 

'* Florileges dogmatiques (voir les fragments38-41). 

7 Dcuxieme lettre a Julien (Vat. 140, 3 d ); Troisiettie lettre (ibid., 7 d). 

8 Preyyiiere lettre d Severe (Vat. 140, 2 f)) Deuxieine lettre (ibid., 3 b = frag¬ 
ment 3); fragment 55. 

» Contra Additiones (Vat. 140, 75^). 



1G 


LES DEBUTS DE LA CONTROVERSY. 


fragments conserves attestent qtie le Tome melait au\ citations 
tirees de I'Ecriture ‘ des teinoignages empruntes au\ ueuvres de saint 
Basile, de saint Cyrille surtout, du pseudo-Gregoire le Thaumaturge, 
de saint Gregoire de Nysse, de saint Epiphane *. Sans doute ne se 
trompe-t-on pas completement en se representant l’ouvrage sur le 
modele ordinaire des ceuvres dogmatiques de Severe. Plutbt qtTun 
traite systematique rigoureusement ordonne, il formait vraisem- 
hlahlement une chaine patristi<|ae et scripturaire d'un genre special, 
ou la tache de 1'auteur s’etait liniitee, pour une bonne part, a separer 
les textes mis en ligne par des reflexions susceptibles d en degager 
quelque confirmation pour la these a demontrer. Scion toute appa- 
rence, le Tome n’avait pas d’autre plan. Nous savons qu’il se termi- 
nait sur une serie de huit propositions, questions trgry.y-y.) 

ou chapitres xscpaXata) 1 * 3 ; Julien y avait condense sa doc¬ 

trine, attirait ('attention sur les principes de son systeme et defen- 
dait ses formules de la fausse interpretation qu’on en donnait deja. 

Zacharie le Rheteur et Michel le Syrien * ouvrent leur recit relatif 
a « 1’heresie des phantasiastes » par une courte notice. Elle precede 
le texte des quatre premieres lettres echangees entre Severe et Julien 
et rattache Eorigine de leur controverse a 1’apparition, dans les 
milieux theologi(iues d’Alexandrie, d’un ouvrage de Julien, un 
biscours contre les Diophysites sur « la confession de la sainte 
Eglise ». Ce biscours est-il distinct du Tome et anterieur a lui, ou 
est-ce le meme ouvrage sous un autre nom ? 

II est malaise de repondre a la question, car la notice des deux 
chroniqueurs parait man(juer de toute la coherence desirable : alors 


1 Voir les fragments 8, 20, 34, 36. 

4 Voir les fragments 21 ; 6, 9, 10, 14, 15, 17 ; 32; 7, 11; 19. 

3 Les fragments 42-49. Le Vat. 140 les appelle et VAdd. 14529 

(sauf le troisieme). Bien que le second manuscrit soit seul a les rapporter 
explicitement a Julien, leur authenticite n’est pas douteuso, En effet, unc 
note de Severe, dans VApologie du Philalethe (Vat. 140, 109c), confirme le 
temoignage de VAdd. 14529 en introduisant un extrait de la proposition cin- 
quieme de la fa9on suivante : « Et a nouveau, posant une question, A savoir 
contre ses adversaires, (it dit)... ». Les florileges antijulianistes citent pareil- 
lement la meme proposition cinquieme, en entier, sous le lemma : Pro- 
position cinquieme de Julien , de celles qu'il plaga a la fin de son tome premier 
qu’il envoya a Severe » (Add. 12155, 64 a et les textes paralleles). 

1 Zacharie le Rheteur, Hist, eccl IX, 9 (edit. Brooks, II, p. 101 et 
suiv.); Michel, Chronique , IX, 27 (6dit. Chabot, t. II, p.225). Michel a 
deux notices; la premiere lui est propre ; c’est la seconde, visiblement 
inspire de Zacharie, qui parle de ce Discours contre les Diophysites. 




LE TOME DE JULIEN. 


17 


que le debut donne l’impression que le Discours e( le Tome forniaient 
deux ouvrages distincls, la suite insinue qu’ils sent identiques. 
IN’est-il pas vraisemblable, on elfet, qu’un Discours contrc les Diopluj- 
sites , exposant «la confession de la sainte Lglise », ait etc un ouvrage 
general combattant la doctrine des deux natures et distinct du Tome , 
puisque, d’apres les renseignenients founds par rensemble des 
sources et, en particular, par la correspondance des deux adver- 
saires 1 2 * , le Tome avail pour unique objet la question de I'incorrupti- 
bilite ? Mais la suite parait s’opposer a pareilie interpretation. 
Remarquons qu’elle semble redigee en complete dependance des 
quatre lettres qu’elle introduit de layon immediate; el le leur 
emprunte les details qu’elle reunit, si bien qu’au lieu de se presenter 
avec la garantie d’une source independante, elle parait n’en avoir 
d’autre que celle de (’argument du texte qui va suivre, et qui ras- 
semble a l’avance, pour la facility du lecteur, l’essentiel de son 
contenu. Or, elle ne dit mot du Tome dont les lettivs parleront dans 
un instant, mais, d apres elle, e’est ce Discours contre les Diophysites, 
compose de t'aeon peu correcte, qui determine line attitude de Severe, 
— faite d’abord de prudente reserve, et ensuite de bardie sincerile,— 
identique a celle qu’observera le patriarcbe a 1’egard du Tome, au 
temoignage de la correspondance qui suit. Yest-ce pas la suggerer 
l’identite du Tome et du Discours ? D’ailleurs, s’ils sont distincts, il 
faut dire qu’a deux reprises succcssives, et a propos de la meuie 
question, Severe a adopts la meme ligne de conduite a regard du 
monie Julien. 

Le temoignage des autres sources n’est pas plus decisif. Si le 
Discours est distinct du Tome , on pourrait 1'identilier avec un autre 
ecrit de Julien, qu’on ne salt oil situer, a savoir la Discussion contre 
les nestoriens Achille et l ictor , dont les llorileges dogmatiques 
syriaques ont conserve deux fragments 4 . Mais par ailleurs, les docu¬ 
ments contemporains de la controverse sont muets sur l existence 
d’un Discours contre les Diophysiles ou de tout autre ouvrage simi- 
laire distinct du Tome. On se souviendra a ce propos de la remarque 
de Severe rapportee plus haul sur le caractere restreint de l’activite 
litteraire de Julien anterieurement a la composition du Tome. 

Le silence des sources contemporaines doit-il s’unir a l argument 
suggere par la seconde partie de la notice des chroniqucurs pour 


1 Premiere lettre a Severe (Vat. 140, 2 e) ; Premiere lettre d Julien (ibid., 2f.) 

2 Fragments 130-131. J. Lebon (op. cit., p. 173, note) a admis la possibility 

de cette identification. 

5 Voir plus haut, p. 7. 


2 



18 


LES DEBUTS DE LA CONTROVERSY. 


peser centre Fimpression que la premiere serait de nature a creer ? 
Mais de soi, ce silence n’exclut rien; de meme, la mauvaise ordon- 
nance d un recit ne porte pas prejudice a la valeur des sources dont 
il a pu nial agencer les divers elements. Si Ton prefere identifier le 
Discours au Tome, on explit juera Fappellation Discours conlre les 
Diophysites par les circonstances qui on provoquerent la compo¬ 
sition *. On n'y pourra voir toutefois le litre de Fouvrage, car 
autrement, Severe aurait sans doute repris Fexpression en accusant 
reception du « tome » 1 * 3 * ; selon toute vraisemblance, celui-ei ne 
portait aucun litre : on explique ainsi que la tradition ait recouru, 
pour le designer, a des locutions vagues et periphrastiques 5 . Si, 
au contraire, on considere coniine acquise la distinction des deux 
ecrits, on admettra que le Discours , ouvrage de caractere general 
dirige contre les Chalcedoniens, toucliail incidemment la question 
de Fincorruptibilite, mais d une maniere qui n’etait pas « pure et 
irreprochable * ». Ce point de detail aurait souleve des objections au 
noin de la doctrine de saint (grille ; Julien les aurait rencontrees 
dans im second ouvrage, le Tome , et elargissant le debat, il y 
aurait continue sa maniere de voir par une revue generate de la 
doctrine des Peres. 


En transmettant son Tome au patriarche, Julien lui mandait : « Je 
t envoie moil ecrit. Examine ce qui s’accorde le mieux avec l’Ecriture, 
car c ost el le, je le sais, que les Peres ont suivie, et ecris-moi, afin 
que je sache quelle opinion tenir 5 . » Ces bumbles paroles d’un 
eveque qui avail depasse depuis longtemps Page oil Ton recoit des 
avis, accusaient peut-etre trop de vertu pour exprimer tous ses sen¬ 
timents ! C’etait, il est vrai, le desir d entendre la verite qui le 
poussait a transmettre a Severe les pieces de la discussion, mais 
encore est-il que sa conviction etait faite et qu’il ne la separait pas 
de la verite. Avant tout, il sonhaitait, pour assurer le triomphe de 
ses idees, jeter dans la balance de Popinion le poids d’une autorite 
incontestee ; il voulait rallier a sa these un homme que le prestige 
d une science ecoutee et une situation considerable designaient a 


* Voir plus haut, p. n. 

s Au lieu de parler dans sa Premiere lettre a Julien (Vat. 140, 2 f) de « ce 
tome », e’est-i-dire : ce volume, « que tu m’as expedie avec ta lettre... » 

3 Par exemple : « Le tome premier qu’il envoya a S6vere ». 

* Michel, Chronique , IX, 27 (edit. Chabot, t. II, p. 225). 

Premiere lettre d Severe (Vat. 140, 2e = Add. 17200, 4 d). 



LES LETTRES ECHANGEES ENTRE SEVERE ET JULIEN. 19 


l’attention ties Monophysites coniine le docteur dont Lenseignement 
s’imposait. II l’avoua d’ailleurs sans detour dans la suite 1 2 et Severe, 
de son cote, ne se fit pas faute de sonligner le dementi que la colere 
d’une amere deception, trahissant les sentiments inlimes de I’eveque, 
avait inflige a ses premieres paroles *. 

A peine le patriarche eut-il pris connaissance do Tome qu'il 
aperyut monter sur un horizon deja bien sombre de nouxdles 
difficultes. It ne se dissimulait pas le succes que les tommies de 
l’eveque d’Halicarnasse pouvaient rencontrer dans certains milieux. 
Sa longue experience du rnonde des moines Lavertissait de redouter 
l’attirance (pie subiraient ces allies de simples pour des nouveautes 
qu’il estimait dangereuses ; elles s'\ donneraient d’instinct avec la 
fougue qui leur eut fait embrasser une pralique d'ascetisme encore 
inedite 3 * 5 ! « be corps du Christ arrache des bunion a la corruption, 
impassible dans les souffrances et immortel dans la mort » ! Exactes 
ou inexactes, ces formules absolues eclataient en paradoxes liardis ; 
en fallait-il plus pour jeter le trouble dans les Eglises, et Severe 
pouvait-il oublier qu’autrefois, dans la ville imperiale, lui-meme 
ralliait sa bande de moines syriens an cri de : o oraupwOci; oi r.y.y.z ‘ ? 
D’autrepart, ce n’etait pas pour meter a nouveau son nom ad’epineuses 
controverses qu’il courait miserablcment le desert! Que le debat sur 
la question de l’incorruptibilite reussit a diviser l’opinion des 
Alexandrins, il ne nianquerait pas de courlisans, toujours prets a 
le desservir aupres de I’empereur, pour l’accuser d’attiser sans 
cesse la sedition dans la inetropole de l’Egypte Les intends de la 
verite religieuse ne pouvaient que souflrir de discussions irritanles. 
Le temps des belles offensives contre les positions ehalcedoniennes 
avait disparu avec Anastast*; il fallait inaintenant garder en silence 
celles ou Ton avait pu se maintenir et ne pas donner pretexte a de 
nouvelles rigueurs par d’intempestives agitations. Pourquoi, enlin, 
diviser les lideles sans aucun profit pour la cause commune, les 
distraire de la lutte contre les « hereliques » et donner a eeux-ci 


1 Troisieme lettre d Severe (Vat, 140, 5 b), 

2 Troisieme lettre d Severe (Vat. 140, 6 d) ; Contra Additioncs (ibid., 68 e). 

3 Severe, raconte Zacharie le Rheteur (Hist, eccl., IX, 14 : edit. Brooks, 
II, p. 113), ecrivit beaucoup contre Julien et ses partisans, « pour empecher 
les simples, en particulier les moines, de tomber dans l’eutychianisme ». 

i Theodore le Lecteur, Hist. eccl. (dans Kugener, op. cit p. 362, 
fragm. 3). 

5 Zacharie le Rheteur, Hist, eccl., IX, 16 (6dit. Brooks, II, p. 127 etsuiv.). 



20 


LES DEBUTS DE LA CONTROVERSE. 


le spectacle encourageant de dissensions enervantes 1 ? Vraiment, 
tout compte fait, le patriarchc cut souhaite sortir de son silence que 
trop de bons motifs Fen eussent dissuade i * * * . 

En tout cas, la question etant posee, il devait intervenir. 11 pour- 
rait peut-etre circonscrire le mal en prenant dune main discrete la 
direction iln debat. II examina longuement le 7omc, en confronla 
la doctrine avec celle de FEcriture et des Peres 8 9 , et rasseinbla en un 
gros ouvrage les notes que lui suggerait cette comparaison. Toute- 
fois, « sachant que supporter une correction n'est pas le fait de 
n’importe qui i », il s’abstint de communiquer immediatement son 
memoire a Julien. II \ avait consacre cinq mois Informe de Fim- 
patience qui agitait Feveque devant un silence aussi prolonge 6 , il 
lui adressa, sitot le travail (ermine 7 , une premiere reponse dila- 
toire 8 . Sans doute, y disait-il, quelques points du Tome Ini avaient 
paru pen conformes a la doctrine des Peres, mais, de crainte que 
Fopinion, prompte a s'emouvoir, ne grossit en querelle un simple 
ecliange de vues, il dilTerait jusqu'a plus ample informe Fenvoi du 
memoire qu’il avait redige; Julien, esperait-il, lui en ecrirait sans 
retard. 

La reponse de Julien 0 cachait mal son impatience. Contredit, il 
avait espere qu'un jugement favorable, prompt et sans appel, 
reduirait an silence une opposition qui Firritait; mais ce jugement 
allait-il lui echapper, et peut-etre se tourner conlre lui? Puisqu’il 
trouvait a reprendre dans le Tome , Severe eut etc mieux inspire, 
ecrivait-il, en lui communiquant immediatement ses crili<jues ; qu’il 


1 Premiere letlre a Julien (Vat. 140, 3 a ); Deuxieme lettre (ibid., 4 /); Troi- 
sieme lettre (ibid., 8 c) 

4 Troisieme lettre a Julien (Vat. 140, 7 c). 

5 Troisieme lettre a Julien (Vat. 140, 6 /); Contra Additiones (ibid., 68 d). 

* Contra Additiones (Vat. 140, 68 e). 

s Troisieme lettre d Julien (Vat. 140, 7 c, 8 a). 

Troisieme lettre d Julien (Vat. 140, 6 /). Julien s’ouvrait frequemment au 
pretre d’Ale.xandrie Thomas du desappointement que lui causait le silence 
prolonge du patriarche, et Thomas informait Severe des inquietudes de 
l’eveque. 

7 Troisieme lettre a Julien (Vat. .140, 6 f, 7 c )) Contra Additiones (Add. 
12158, 68 e). 

8 Vat. 140, 3 a = Add. 17200, 4 d. Cfr Zacharie le Rheteur, Hist. eccl. % 
IX, 11 (edit. Brooks, II, p. 103) et Michel, Chronique, IX, 27 (£dit. Chabot, 
t. II, p. 228). 

9 Deuxieme lettre (Vat. 140, 3a = Add. 17200, 5 b; cfr Zacharie le 
Rheteur, Hist, eccl., IX, 12 : edit. Brooks, II, p. 104, et Michel, Chronique, 
IX, 27 : edit. Chabot, t. II, p. 228). 



LES LETTRES ECHANGLES ENTRE SEVERE ET JULIEN. 21 


lui fit done connaitre « en quelques lignes, en un mot », avec son 
propre sentiment, la doctrine des Peres ! Et pour reconquerir une 
approbation qu’il sentait se derober, .1 alien resumait sa doctrine 
en quelques propositions incontestables ; il se rassurait par un 
appel a l’autorite des Peres dont, disait-il, il avait reproduit Fen- 
seigneinent 1 ; il rapprochait, en terininant, deux textes de saint 
Cyrille et, de la necessite de Its concilier, lui paraissait jaillir en sa 
favour un argument victorieux 2 . 

C’est vers cetle epoque sans doute que Severe envoy a sa Critique 
a Thomas d’Alexandrie avec priere de la faire copier. 11 mentionne 
le fait plusieurs fois 3 , mais n’en indique pas le moment precis. Sont- 
ce les instantes sol I ici t at ions de la Deuxieme lettre qui deciderent 
Severe a prendre les mesures dont il parle 4 * * * * * * 11 pour expedier enfin sa 
Critique a celui qui la reclamait ? C’est possible. Mais, remarquera- 
t-on, s'il la destinait au seul Julien, n’etait-il pas inutile de la faire 
transcrire a Alexandrie et de consentir au nouveau delai que l’execu- 
tion de la copie requerrait ? 11 etait preferable de la transmettre sans 
plus attendre au seul interesse pour qu’il put corriger son Tome au 
plus tdt :i . Aussi se peut-il que Severe, prevoyant que Julien refu- 
serait d’amender le Tome ou de renoncer a sa publication, voulait 
etre en inesure de devancer la diffusion de cet ouvrage par celle de 
la Critique, et de saisir l’opinion d’une solution contraire, en 
soulignant les distinctions opportunes, avantque le Tome ne la vint 
troubler par surprise En ce cas, renvoi de la Critique a Thomas 
a pu suivre de pres la premiere lettre a Julien. 


1 Fragment 3 Les huit propositions(fragmcnts 42-49)se prdtendent redig6cs 
xara zxz Ozixz yoatpa; r.xi toIz yyioj ; ~y~icxz. 

2 Fragment 4. 

3 Cfr Deuxieme lettre a Julien {Vat. 140, 4 f )\ Troisiemc lettre (ibid , 8 b ). 

4 Deuxieme lettre a Julien [Vat. 140, 4 /). 

• N La finale de la Premiere lettre a Julien surprend quelque pcu. « Ecris- 

moi vite ce qui te plait, dit Severe, car je suis pret a faire ce qui Test 

agreable » ( Vat. 140, 3 a). Le patriarcbe peut-il douter que la chose la plus 
agr£able a Julien soit Timm^diate rdeeption de la Critique ? Il ne faudrait 

toutefois pas se hater de conclure a une ccrtainc rouerie de Severe, car 
cette finale, relativemcnt commune dans l’epistolographic grccquc (voir 

G. Ghedini, Lettere cristiane dai papiri greci del III e IV secolo, p. 122), n’a 

peut-etre pas d’autre valeur que celle d’une simple formule de politesse. 

11 En envoy ait la Critique a Alexandrie, Severe aurait voulu la faire 
reproduire en plusieurs exemplaires; il en aurait ensuite transmis un a 
Julien, reservant les autres pour une publication evcntuelle. En terminant 
son ouvrage ( Vat. 140, 60 d), Severe exprimait l’espoir que Julien, apres 
l’avoir lu, se resoudrait a garder le sien secret. A supposer que l’£veque 



oo 


LES DEBUTS DE EA CONTROVER8E. 


M iis il revint a Severe de plusieurs cotes <jih* I** Tome , dont 
lVxumcn venait de Foccuper pendant cinq mois, avait recu un com- 
inencemcnt de publicity a Alexandrie el ailleurs ; en Cilicie notam- 
ment, il avait deja prete le llanc a des attaques et souleve des ques- 
tions : les correspondants que le patriarehe gardait <*n ces regions 
en avertissaient celui-ci en le consultantDcvant ces consultations 
inopportunes, Severe « se lit comine le sourd qui n’entend pas et le 
niuet <111 i n’ouvre point la bouche * 2 * 4 5 », niais il s'empressa de reclamer 
au prelre Thomas confirmation des nouvelles qu’elles lui apportaient. 
Ktail il \rai, demandait-il, <|ne Julien cut puhlie son Tome ? Dans 
raflirmative, que Thomas\oulnt hien conserver clicz lui les exem- 
plaires de la Critique deja executes 3 . Ces bruits etaient exacts, et 
Thomas l'informa qu’elfcctivement le Tome etait puhlie depuis long- 
temps, que beaucoup Favaient hi et meine copie 4 . Le plan de Severe 
avortait. 

Dans une deuxieme lettre ’, le patriarehe ne cacha pas a F^veque 
qui Lava it consulte la surprise desappointee que lui causait la 
nouvelle de la publication du Tome. Toutefois, dans Finteret de la 
paix, il n'insista pas outre mesure sur une indelicalesse (ju’il res- 
sentait vivement; il s'exeusa meme du retard qu'avait subi la redac¬ 
tion de la Critique , en se rejetant sur la longueur du Tome et 
Lextension necessaire qu'avait prise, en reponse au desir exprime 
par Julien, une revue generale de la pensec des Peres. Cette fois 
encore. Severe n'expediait pas son memoire ; affeclant de donner 
a la question en litige moins d’importance que la Critique ne lui en 
reconnaissait, sa lettre, a V occasion d’un mot de Julien, deviait 
sur un sujet etranger a la discussion : l’accord de saint Paul et de 
saint Jacques touchanl le principe de la justification; el le exprimait 
linalement la persuasion qu’une entrevue amicale des deux eveques 
suffirait pour constater leur accord complet. 


cPHalicarnasse suivit ce conseil, la publication de la Critique ne port ait aucune 
atteintc a la paix; au contraire, clle mettait fin a la discussion, comme 
autrefois a Constantinople le florilege compose par Severe dans une cir- 
coistance analogue. Il taut notcr. en effet, qu'en citant le Tome, la Critique 
ne prononepit pas le nom de Julien. 

* Deuxieme lettre a Julien {Vat. 140, 4/) ; Troisieme lettre (ibid., 8 b). 

2 Troisieme lettre a Julien {Vat. 140, 8 b ); efr Psalm. XXXV T II, 14. 

5 Deuxieme lettre d Julien {Vat. 140, 4 /); Troisieme lettre {ibid., 8 b). 

* Troisieme lettre d Julien {Vat. 140, 8 £). 

5 Vat. 140, 3 c = Adi. 17200, 5 d. Cfr Zacharie le Rheteur, Hist, eccl ., 
IX, 13 (edit. Brooks, II, p. 106) et Michel, Chronique, IX, 27(£dit. Chabot, 
t. II, p. 229). 



LES LETTRES ECHANGEES ENTRE SEVERE ET JULIEN. 


23 


Mais les precautions (le Severe etaient vaines; une troisieme Iettre 
de Julien le lui montra bien 1 ! Entretemps, en elFet, celui-ci avait eu 
connaissance de la Critique 2 et son espoir de gagner Severe a sa 
cause s’etait soudain evanoui; entre les deux amis, e’etait la rupture 
a bref delai. D’un ton pitoyable, Julien geinissait sur la durcte du 
patriarche qui savail vilipender en public un vieillard parvenu aux 
portes de la mort. Traitrise insigne ! II s’etait conlie a lui ; un an 
entier 3 , il avait en vain reclame reponsc a son Tome, et e’est pendant 
qu'il se faisait un scrupule de communiquer son ouvrage a qui (jue 
ce fut 4 , qu’a l'insu du principal interesse, Severe jetait publique- 
ment sur le Tome un soupcon d'beresie! Le patriarche avait pourtant 
expose un enseignement identique dans deux ouvrages anterieurs, 
mais sa persuasion d'etre le seul Gains a Home l’aveuglait sur la 
contradiction que revelail son attitude acluelle. 

Sensible a ccs accusations, Severe tint a les repousser dans une 
troisieme et derniere Iettre* \ avant de passer, sans crainte aucune 
cette fois, a une critique serree des idees emises par Julien. II sierait 
pen a sa qualite d’eveque, declare-t-il au debut, d’emprunter le 
langage des marchandes de victuailles, qui se font une concurrence 
grossiere en rivalisant d’insuiles; il ne renverra pas les injures d’un 
adversaire (jui decouvre son ignorance de PEcriture en allant fournir 
dans le bas peuple son vocabulaire d’invcctives. Etaient-ce des 
compliments gratuits ou un exauien attentif du Tome que Julien lui 
avail demande? Un examcn, evideinuient, et plus qu’un examen, un 
jugement : sa let I re le requerait en propres termes. Mais alors, de 
quoi se plaint-il? La reponse a tarde, mais les basards de la 
vie au desert ne perinetlent pas de criliquer en pen de temps 


1 Vat. 140, 5 b = Add. 17200, 8 d. 

2 Severe en rend responsable le rnanque de scrupules des scribes d’Alcxan- 
drie ( Troisieme Iettre d Julien : Vat. 140, 8 d). 

3 Cette indication peut servir a fixer la chronologic relative de la Troi¬ 
sieme Iettre a Severe. Ellc marque en effet le temps 6coul6 depuis l’envoi du 
Tome et de la Premiere Iettre , et non celui qui sc*para la Premiere Iettre a 
Severe de la premiere reponse de ce dernier, intervenue, nous Paeons vu, 
apres un intervallc de cinq mois. 

‘ Comme Julien nie formellement avoir repandu son Tome dans Alcxan- 
drie ou l’avoir envoys a l’^tranger ( Vat. 140, 5 d), on douterait de Pcxacti- 
tude des informations reyucs par Severe, d’Alexandric et de Cilicie, sur la 
diffusion prematuree du Tome. Mais leur valeur r^ste entierc sans infirmer 
la veracite de Julien : e’est malgre lui, d6clare-t-il au meme endroit, que, 
pendant le silence prolong^ de Severe, des gens qui s’intercssaient au d( 5 bat 
tomberent sur le Tome. 

;; Vat. 140, 6 a-20 c = Add. 17200, 10 £-38 a , et Vat. 253, 16 2, puis 1 et suiv. 



24 


LES DEBUTS DE LA CONTROVERSE. 


un ouvrage long et relatif a ties questions tie eette importance. Les 
recriminations de Julien sont injustes. Mais (pie dire de son impu¬ 
dence a soutenir que Severe a publie trailreusemci t \a Critique? 
Meme a Pheure qu’il est, il ne pourrait oiler quelqu'un qui Pail 
reyue des mains du patriarche, on de quelqu’autre avec son con- 
sentement, Les provocateurs out abuse d une eredulite trop facile 
a exploiter ; peut-elre se sont ils procure frauduleusement la Critique, 
mais, quelle <pie soit Pexplication du fait, la responsabilite de 
Severe est entierement degagee. Pareilles accusations ne tienncnt 
pas; Severe va passer a la critique du Tome*. 

Cette troisieme letlre d(* Severe clot la premiere phase de la pole- 
mique entre les deux eveques. I)e part et d’autre, celle-ci a deliniti- 
veinent francbi les Iimites de la discussion privee et amicale ; la 
place est mainlenant a la propagande theologique et aux grands 
traites poleiniques. 

Les evenements dont nousvenonsde retracer la suite s’echelonnent 
sur Pespace d'environ une annee. Ln diet, le reproche qu’adresse 
Julien a Severe de Lavoir laisse un an sans reponse nous permet, 
pensons-nous, de situer a une annee d’intervalle Penvoi du Tome a 
Severe et la Troisieme lei Ire de Julien 2 ; il est probubl *, d’autre part, 
<pie la derniere reponse de Severe aura suivi cellc-ci d’assez pres. 
Des lors, nous etablirions coinme suit la chronologic relative des 
six let I res : 

1 ° Premiere letlre de Julien ; 

2° Premiere letlre de Serrre : cinq mois apres la piece precedenle ; 

T>° Peuxieme leltre de Julien : pen apres la piece precedenle ; 

4° Deuxieme letlre de Severe : pen avant la piece suivante ; 

5° Troisieme letlre de Julien : un an apres la piece n° 2 ; 

6 e Troisieme letlre de Severe : pen apres la piece precedente. 

Mais est-il possible de dater la Premiere leltre de Julien ? 

Les dates extremes sont la lin de 518, moment de Parrivee de 
Severe en Eg\ pte\ et 528, epoque de la traduction en syriaque des 
oeuvres de Severe eontrc Julien *, mais diverses raisons nous invitent 


' L a partie doctnnalc dc cette lettre est plus etendue (Vat 140, 
9 b-zo c = Add. 17200, 161Z-38 a et Vat. 255, 4^-37^); nous en renvoyons 
Lexamen au pa r a^raphe V, a cause de ses liens litteraires 6troits avee la 
CrVique de Tome. 

i Voir plus haut, p. 23,.note 3. 

3 Cfr Evagrius, Hist, eccl., IV, 4 (Kugener, op. eft., p. 380). Le calendrier 
copte la fixe au 29 septembre (cfr R. Basset, Le Synaxaire arabe jacobite , 
dans PO, t. I, p. 313). 

1 Voir la note finale du Vat. 140, fol. 146. Une meprise sur le sens du 



25 


LA CRITIQUE DU TOME. 

a en rapprocher de 518 plut6t que de 528 le temps de composition. 
Theodore lc Lecteur, (jui ecrivait, « scion toute apparence, sous 1c 
regne de Justin I * 1 2 3 4 » (f 527), avail deja connaissance de la contro¬ 
verse 2 * . Jean de Beith-Aphthonia 3 la fait suivre de pres celle que 
soutint Severe contre ie Grammairien ; or, la composition des trois 
Iivres du Contra Grammaticum sc place vers 519 4 . Enfin, cn 528, 
Paul de Ga11 inice comprend dans sa traduction des oeuvres de Severe 
non seulement les Letlres et la Critique du Tome , mais encore des 
ouvrages composes assez longtemps a pres la Critique , a savoir le 
Contra Additiones , TAdversus Apnlogiam luliani et nieme VApologie 
du Pliilaletlie contre les Julianisles Get ensemble de fails s’expli- 
querait mal, semble-t-il, si la Premiere let Ire a Severe etait notable- 
ment posterieure a Fannee 520. 


IV 


Avant de passer a Feltide de la seconde phase de la controverse, 
revenons sur les ecrits consacres par Severe a la refutation du Tome. 
La Critique du Tome est conservee en traduction syria(jue, en entier 
dans le Vat. 140 presque completement dans le Vat. 255 7 8 9 et, 
pour uiie faible partie, dans I 'Add. 17200 du British Museum \ II 
en subsiste cinq fragments dans les chaines grecques sur Ezechiel 
et les Actes <J ; la chaine sur la / Petri en cite un sixieme sous le 


texte de Theophane ( Chronographia , A. M. 6033 : 6dit. de Boor, vol. I, p. 222 
= PG, CVIII, 481) a port£ J. Jcnglas ( Leontius von Byfanf, p. 55) d croire 
que le chroniste pla9ait cn 536 la controverse cjui nous occupe, et k adopter 
lui meme cette fausse chronologic. Thdophanc, d’ailleurs, raconte a l’A. M. 
6011 (6dit. de Boor, vol. I, p. 165 = PG, CVIII, 384), qui cst pour lui la pre¬ 
miere annee dc Justin (518), la fuite des deux < 5 veques a Alcxandric et leur 
controverse sur l’incorruptibilitd. 

1 Cfr Kugener, op. cit. } p. 361. 

2 Ibid , p. 363. 

3 Vie de Severe (6dit. Kugener, p. 250). 

4 J. Lebon, op. cit. } p. 153. 

• s Sur ccs ouvrages, voir plus loin, p. 44 et suiv. 

Fol. 20 c- 5 o e. 

7 Fol. 37 a-152 b. Desinit ex abrupto (cfr Vat. 140, 58 b). 11 y a deja une 
lacune apres le fol. 150 (= Vat. 140, 57 b d). 

8 Fol. 38 a- 40 b. Desinit ex abrupto (cfr Vat. 140, 21 f). 

9 1) Catena in E^echielem, cap. XXXVIII ( Coisl . 17, 184 a; Paris, gr. 159, 

292 a) : /.lOg'jz ... T'/jz yyjz (= Vat. 140, 22 /); 2) in Acta Apostolorum, cap. XII 
(6dit. Cramer, Catenae graicorum Pat rum in Novum Testamentum, t. Ill, 
P- J 45 ) j 1,1 Dai am et E\echielem (edit. Mai, « ex catena vaticana Scriptorum 
veterum nova collectio, t. IX, p. 736) : to'j yoto ... [=Vat. 140,24c); 



26 


LES DEBUTS DE LA CONTROVERSE. 


memo lemma que les premiers * 1 * 3 * , mais nous ne lisons dans la version 
syriaque aucun texte <jni y corresponde. Mai a donne une traduclion 
partielle de la Critique dans le Sptcilegium Homanum *, mais on ne 
pent Putiliser qu'en la contrdlant d’assez pres. 

Les manuscrits donnent a la Critique mi litre qui releve la 
richesse de sa documentation patristique 5 6 * 8 . L’original qu'il traduit 
etait y raisemblablement proche du texte suivanl : \6yo; toj otytoy 
y.p/LZui'jy.o'RO'j yyzry/ztxz t.gg; iovlixyov ixiazonov x/.i/.xpyx7oi), 
Orj.o jv at T.'jVj'j.y-v/.y.l ypxyxX xat oi dtOxG'/.xAot rr t ‘ v/yj.rpixz oi 

tziitz; tv r.yi'jfjLyzt iX'cyrpxaz'joi zoiOxixy (pooyziy yuxi Azyzio neoc ry;; 
y/Jjy/j'Ziy.L 7oi> r.xyxyioj Tcoptaro- 7oy u.zyxAO'u Ozo'j xat ac o7y}goz r t g. f Wj 
ir t 7ov /u'jtg'j. Les chaines grecques la designent plus brievement 
dans leurs lemmata : e’est le 7'j'J7xyu.x (deux fois : 7'jyyoap.u.x) r.ooi 
(une fois : y.xzx) iovAixyoy (une fois omis) tov x1ix.x[jvx<tzx (souvent 
omis). Hedigee en forme de lettre, el le ne portait aucun titre * ; 

Severe Lappelle d’ordinaire ou quelquefois 

7 ou « f e’est-a-dire, des « commentaires » sur le 

Tome , des 'jT:ou.vr t u.x7x on xnou-yr, usvsuua .rx . La designation que nous 
avons adoptee : Critique du Tome , rappel le, pensons-nous, le terme 
employe par Severe, en meme temps qu’elle tient compte du carac- 
tere general de Lom rage. 

Severe commence par loner Julien d’imiter d’illustres exemples en 
soumettant son ecrit a I’examen d’un collegue ; lui-meine n’a garde 


3) ibid. (edit. Mai, ibid., p. 729) : 7 ovro) ... ogz 7 i (= Vat. 140, 25 /); 4) in 
Acta Apostolorum , cap. Ill (e lit. Cramer, t. Ill, p. 44) : 7yjv xvx 7 Tx<Jiv ... 
ex vexpwv (= Vat. 140, 27 e) ; 5) ibid (edit. Cramer, t. Ill, p. 45) : oiiyi ... 
3 ix.A'j 7 Z 0 )Z (= Vat. 140, 50 a). 

1 Catena in I Petri, cap. IV (edit. Cramer, t. VIII, p. 58). Le Coisl. 25 
est seul a indiquer la source : ex 70O xa.ra ionhxvo'j 7yy7y.yj.x70; (efr 
Cramer, ibid., p. 5 88). La Catena in Lucam (edit. Cramer, t. II, p. 156) cite un 
fragment comme de Zzinfioov ex 7 o'j t.oo; iouAizvbv 7 yj 7 xyu.x 7 o; vjz r yxAx\G'j, 
mais 1 ous ne le retrouvons ni dans la Critique , ni dans aucune des autres 
oeuvres de Severe contre Julien. Le lemma est-il bien conserve ? 

1 T. X, pars I, p. 169-201 (Severi Patriarchae Antiocheni liber ad Iulianum 
episcopum Halicarnassensem...). 

3 Vat. 140, 20 c; Vat. 255, 37 a; Add. 17200, 38 a. 11 est reproduit dans 
Wright, Catalogue , t. II, p. 555. 

1 Severe la cite deux fois dans YApologie du Philalethe (\'at. 140, 115 c, d : 
efr ibid., 37 b , 25 e), en l’appelant « lettre ». 

•’ C’cst ainsi qu’il la designe deja dans sa Premiere lettre d Julien (Vat. 


140, 3 a). 

6 Par exemple, dans la Troisieme lettre d Julien (Vat. 140, 8 f). 

' Troisieme lettre a Julien (la/. 140, 7 d). 

8 Troisieme lettre a Julien (Vat. 140, 8 a). 



27 


LA CRITIQUE I)U TOME. 


do s’attribuer l’autorite de Pierre approuvant l’evangile de Paul, uu 
celle de Denys de Dome consulte par son lioinonyme d’Alexandrie, 
mais il ne serait pas sans danger, pense-t-il, que des eveques gar- 
dent le silence sur les matieres actuellemenl discutees. Au reste, il 
ne parlera pas de lui-memc; apres les saints Livres, les Peres seront 
ses guides unic|ues ; non content d’adherer etroitement a leurs 
doctrines, il poussera la lidelite a leur egard jusqu’a s’en tenir 
exclusivement a lour terminologie. En ellet, il repute « vrai ce 
qu’ils ont (lit, et faux ce qu'ils n’ont pas (lit », puisque « ce n’est 
pas eux qui ont parle... mais l’Esprit de lour Here (jui a park* en 
eux et leur a fait connaitre ce qu’il convenait de dire comme ce <pi'i 1 
convenait de ne pas dire, selon les embodies que leur dressait 
l’habilete mauvaise des heresies, qui ne laisse plus rien hors de 
critique <‘t de discussion 1 ». II engage Julien a se souvenir des 
termes de sa premiere lettre : c’est line criti([ue du Tome qu’elle 
demandait, et non une adhesion de complaisance a ses doctrines. 

On pent tracer comme suit le plan general de l’ouvrage. I ne 
partie didactique assez courle, — el le occupe environ un huitieme de 
1 ’ouvrage cntier 2 , — sert d’introduction au reste, consacre a la 
polemique ; el le expose les vues de Severe sur le pec he, la mort, 
la corruption et le probleme de leurs relations mutuelles. La partie 
polemique 3 4 , apres un rapide examen de raflirmation capitale du 
Tome , I’incorruptibilite absolue du corps du Christ des bunion, 
passe a la discussion detaillee des arguments dont Julien a voulu 
Delayer. Fidele a son programme, Hauteur fait ligure d un person- 
nage de second plan : c’est la tradition entiere (ju’il fait deliler 
(levant le lecleur et il limite son role a la lui presenter ; il a 
concu la Critique sur le modele d un vaste florilege oil il n’entre 
pas moins de 158 temoignages patristiques differents 1 cites in 
extenso. C’est saint Cyrille d’Alexandrie, saint lean Chrysostome et 
saint Athanase qui sont le plus freijuemment consultes : ils inter- 
viennenl respectivement pour 09, 29 et 20 temoignages ; apres eux, 
viennent saint Gregoire de Nysse (41), saint Dasile et le pseudo- 
Gregoire le Thaumaturge (5), saint (ircgoire de Nazian/.e et Uroclus 
de Constantinople (4), saint Kpiphane et Theophile d’Alexandrie (2), 
et enlin, Atticus de Constantinople, Denys l’Areopagite, saint 
Irenee, Jean de Jerusalem. Jules de Home, Theodote d’Ancyre, 
Timothee d’Alexandrie et le Symbole de Niece (1). 


1 Vat. 140, 21 a. 

2 Vat. 140, 21 ^-25 c. 

3 Vat. 140, 25 c-61 a (= 25 c-28 ^>-60 a). 

4 II en est qui sont repris plus d’une fois. 



28 


LES DEBUTS DE LA CONTROVERSE. 

Julien souhaitait d'etre eclaire sur la pensee des Peres : il ne 
pouvait betre plus coinpletement, mais celte masse considerable de 
citations etait entierement dirigee contre lui ! Le Tome defendait 
babsolue incorruptibilite du corps du Christ des bunion ; la Critique 
distinguait une double incorruptibilite. La premiere, bimmunile par 
rapport au peche, elle la reconnaissait des bunion au Verbe inearne, 
comine une prerogative necessaire do sa chair toute sainte : mais la 
seconde, bimmunile par rapport aux soufFrances rt a la mort, 
n’aurait pu etre son lot des bunion qibaux depens du but meme de 
bincarnation, notre redemption par la croix et la resurrection ; aussi 
ne la faisait-elle commencer qu’avec la resurrection. Severe 
extravait du Tome un ensemble de passages qui lui semblaient en 
caracteriser la doctrine, et dressait contre chacun de ces textes un 
appareil imposant de citations patristiques. Le Tome , lui aussi, 
avail allegue la Tradition, mais, au sens de Severe, il bavait mal 
comprise, et le contexte des passages qibil cilait dementait binter- 
pretation qu'il en donnait; il negligeait des distinctions que les 
Peres avaient soigneusement marquees et admettait des ambiguites 
de langage que leur terminologie avail evilees pour ne |>as donner 
prise a une intelligence erronee du dogme. Severe ne cilait le Tome 
que quinze fois, mais il en visait frequemment, sans reference 
explicite, des passages dont le texte nous est connu par ailleurs. 

Julien se plaignait, nous bavons dit, que le palriarche cut pousse 
sa critique jusqu'au dernier iota ; Severe, en etTet, n’avait rien 
neglige ; il ne lui avait pas suffi de s’en prendre aux formules 
de son correspondant, il s’etait encore attaque dans une 
premiere section aux principes memes qui commandaient la theorie 
entiere de son adversaire. On s’explique le desappointement irritc 
de bauteur du Tome en prenant connaissance de la Critique. 11 dut 
eprouver la sensation d’avoir heurte un obstacle qu’il ne reussirait 
point a ebranler, et ressentir bimpression que si lui-meme n’avait 
pas enlierement tort, son adversaire en avait dit assez pour avoir 
coinpletement raison : devant le grand public, la cause etait entendue 
en faveur de Severe ! Au moins eul-il tort de se plaindre du ton de 
la Critique, car il etait modere ; Severe avertissait Julien des con¬ 
fusions dangereuses qui pouvaient resulter d’une terminologie aussi 
absolue que la sienne, il le metlait en garde contre « les filets des 
partisans d'Eutyches et des impies Manicheens 1 », mais jamais, il ne 
le traitait formellement d’heretique. 

II faut, disait Severe en terminant, prendre pitie des ames inno- 


1 Vat. 140, 51 a. 



LA SECTION DOCTRINALE DE LA TROISIEME LETTRE. 


29 


centos et simples el ne pas fournir a ceux qui voudraicnt leur nuire 
l’occasion de les troubler. Au^si Julien serait-il bien inspire dc 
garder chez lui le Tome et de n’en dire mot a personne, d’autant 
plus que son ouvrage ne contenait pas (pie des inexactitudes d une 
sorte ! Severe s’etait toutefois abstenu de les rcle\er toutes, par 
crainte de toucher sans necessite « aux enseignemenls de la foi, qui 
sont remplis de points delicats * ». 


V 


Lors<tue Severe adresse a Julien sa troisieme reponse, il ne lui 
a pas encore transmis sa Critique. 11 l ax ail envoyee a Thomas 
d’Alexandrie pour la t'aire copier, nous le savions par la Deuxieme 
lettre , inais il regrette actuellenient de s’en elre dessaisi% et il 
remercie Dieu de n’avoir pas permis qu'il expediat son ouvrage a 
l’eveque d’llaliearnasse avant d’avoir reconnu les veritables senti¬ 
ments de celui-ci el d’avoir mis au point ce qu’il croyait devoir dire 
sur la question ’ ; c’(*st cette mise au point que constitue la section 
doctrinale de la Troisieme lettre. Toutefois, de l’avis meme de sou 
auteur, el le est subslanliellement identique a la Critique : « Je 
t’envoie, dit-il des le debut *, les monies clioses, ecrites a nou¬ 
veau )>, et, en terminanl, il rappelle a Julien qu'il lui avail autre¬ 
fois adresse sa Critique , « ample et vaste enquele, coniine a un 
liomme qui proud plaisir a la recherche de la science divine », 
mais qu’a present, « de ces premieres choses », il ne lui en envoie 
plus qu’ « un peft », un resume qui doilsuflire, pense-t-il, a demontrer 
ce qui est en (juestion \ 

La section dogmatique de la Troisieme lettre n est, en eflet, (jue la 
Critique ecourtee des trois quarts. On la trouve dans les trois manus- 
erds syriaques deja cites, le Vat. 140, le Vat. 2o5 et l 'Add. 17200 
du British Museum c . L' Epistola Eustalhii monachi de dunbus 
naluris adversus Severum en a conserve cinq fragments grecs, les 
trois premiers 1 2 3 4 * * 7 sous reference explicate a la Troisieme lettre d 


1 Vat. 140, 60 d. 

2 Vat. 140, 8 b. 

3 Vat. 140, 9 a. 

4 Vat. 140, 8 a. 

Vat. 140, 20 b. 

Vat. 140, 9 6-20 c ; Vat. 255, 4 a-37 a ; Add. 17200, 16 <7-38 a. 
bien voulu nous communiquer ses photographies de 1 'Add. 
sommes heureux de Ten remercier ici. 

7 PG, LXXXVI, 929 (Cfr Vat. 140 , 11 b , 15 c, 15 c). 


M. Lebon a 
17200; nous 



l M) 


LES DEBUTS I)E LA CONTROVERSY. 


Julien, les deux autres ‘ sous le lemma ev rol; xarz io'j'/.txvvj. 

Bien qu’elle ait le menu* objet et la ineine matiere que la Critique , 
el le presente avec cellecide notables differences. Kile lorme urn* sorte 
de petit traite, remarquable par sa belle ordonnance, et divise en 
deux parties d'etendue inegale * : la premiere expose la doctrine du 
patriarche sur les points en discussion ; la seconde discute les 
opinions du Tome en line argumentation claire, sobrement enoncee 
et appuyee de lemoignages patristiques bien choisis. Une reserve 
de langage plus attentive ici encore que dans la Critique a preside 
a sa redaction. Le Tome n’est plus explicitement cite ; les formules 
« tu as dit », « tu as ose dire », ilont usait la Critique pour intro¬ 
duce les opinions qu’elle s'apprdtait a refuter, sont remplacees le 
plus souvent par d’autres, de caractere impersonnel : « et si quel- 
qu’un disait... », « (jue personne ne disc... 1 * 3 » ; les doctrines de 
Julien sont presentees comme choses qu’il pourrait arriver de soute- 
nir a « quelqu’un », personnage hypotlielique constamment designe 
ii la troisienie personne. La preoccupation de Severe est visible : 
soucieux de ne pas froisser un correspondant qui revele une certainc 
susceptibility, il donne a sa refutation un tour aussi impersonnel 
que possible. Enfin, la Troisienie leltre laisse tomber nombre de 
choses qui avaient trouve place dans la Critique . Kile omet, par 
exemple, le developpement d'idees generales du debut 4 5 , les digres¬ 
sions sur la methode a suivre dans Lusage des textes patristiques et 
scripturaires 3 , les exposes qui interessent moins iinmediatement la 
question [irecise de l'incorruptibilite, tels (jue la theorie sur la 
bonte du mariage et le peclie originel, ou encore les rapports entre 
la corruption et le peclie 6 . Le dossier patristique de la Critique a 
ete reduit environ de moitie ; les neuf dixiemes des textes scriptu¬ 
raires qu'elle alleguait pour etablir le sens de (pQzpz 7 ont egalement 
disparu. De meme, Severe a neglige cette fois nombre d’arguments 
avances par Julien 8 , pour ne s’attacher qu’a la discussion des 
principaux. 

Mieux an courant des sentiments de celui qui sera bientdt, il le 
pressent, un adversaire declare, le patriarche a neglige Laccessoire 


1 PG, LXXXVI, 932 (Cfr Vat. 140, 9 c, 11 a). 

* Vat. 140, 9 b, 11 e y 19 c. 

3 Voir, par exemple, Vat. 140, 9/, 10/, 11 e, 15 d, 19 a. 

* Vat. 140, 21 b, 25 c. 

5 Vat. 140, 40 c-41 a ; 47 e-f. 

fi Vat. 140, 51 e-53 a; 51 b-e. 

i Vat. 140, 53 a-56 a. 

» Vat. 140, 25 e y 38 c-f y 54 e } 35 a-f. 



La REFUTATION des propositions de JULIEN. 


31 


pour resscrrer cn un faisceau compact autour dos autorites tradi- 
tionnelles les elements de son argumentation. II le declare en 
terininant *, c’est un sincere desir de paix qui l a porte a resumer 
ainsi sa Critique ; le soin qu’il a pris d’eliminer plus quo jamais de 
son langage toutes les personnalites blessantes nous est le meilleur 
garant de la sincerite de son aftirmation. 


VI 


Dans le Cat. 140, le texte de la Critique est immddiatement sui\i 
d une refutation des Propositions sur lestpielles, on le sail deja, 
se terminait le Tome * ; on lit la meme piece dans VAdd. 14529 du 
British Museum 1 * 3 4 5 * , el il en reste d’importanls fragments dans le I at. 
255 4 . Dans le Vat. 140, elle porte un litre qu’on peut avcc vrai- 
semblance restiluer cot lime suit : /rrjr.o.x.T x xaoztlv.x * y.eyx'/.xix scp oil 
/or, yz'AaOxi r.Z'.'jy.x 7? t i yywfjLr^, et dans VAdd, 14529 : kscp x/.xix 
iovhxvo'j to'j xipiTi'/.o'j krp oli /.. r. /. :i . Les liuit propositions ou 
questions de Julien, sous le lemma ''r-r/j.x xiosuxiv ,3', y ... (sauf 
la premiere), sont suivies chacune d’une refutation introduite ordi- 
nairemcnl, dans les deux manuscrits, par la mention xr.o'/.oy’x twj 
opijodoiwj (ou too opOoooiov), et une fois, dans VAdd. 14529°, par : 
c.Ttokoyix 7co nxrotxpyo'j niur/jO'j. A liuit reprises successive^, l’auteur 
oppose a la these adverse une serie de textes patristiques dont il 
souligne les points principaux par un href commentaire. 

Tandis (jue le Vat. 140 ne determine pas qui sont Vheretique et 
Vorthodoxe que la Refutation met en presence, VAdd. 14529 les 
nomine Julien el Severe. Nous avons dit plus haul comment le 
temoignage de Severe venait conlirmer l'identification de V/ieretique 
avec Julien 7 ; c’est une raison d’accepter comine fondee celle de 
Vorthodoxe a\ ec Severe 8 . La piece elle-memesemble la recommander. 


1 Vat. 140, 20 b. 

* Vat. 140, 60 e -66 c. 

3 Add. 14529, 26 a-40 6. Wright ( Catalogue , p. 917-91S), date le manuscrit 
du vii® ou vm e siecle. 

4 Fol. 154 (= Vat. 140, 61 c-e), 156-159 (= ibid. , 62 a- 64 f), 155 (= ibid.. 
6$f-66b), 160a (= ibid., 66 b). L’ordre de ces folios est trouble dans le Vat. 255, 

5 Voir le titre syriaque au fragment 42. 

,! Fol 26 b (introduisant la refutation de la premiere question). 

7 Voir p. 16, note 3. 

8 Au jugement du traducteur ou du copiste, les expressions « l’orthodoxe » 
et « l’her6tique », dans les titres d’un manuscrit qui contient exclusivement 
les ouvrages de Severe contre Julien, designaient suffisamment ces deux 
personnages Le meme manuscrit place d’ailleurs devant chaque refutation 




32 


LES DEBUTS DE LA CONTROVERSY. 


Avant la doxologie (inale, Eauteur ecrit : « Ce resume, jo devais 
Eecrire pour engager ceux qui le rencontreront a la lecture des deux 
letlres <]ni renferment de fayon tres complete l«* *s paroles des doeteurs 
tbeophores, et qui montrent ce qu'il faut penser et dire de Eineor- 
ruptibilite du tres saint corps du Seigneur de toutes choses, notre 
Dieu et Sauveur Jesus-Chrisl 1 . » Ces deux letlres sont la Critique du 
Tome et la Troisieme lettre a Julien , auxquelles, a peu de chose 
pres, la Refutation des Propositions emprunte les textes patristiques 
qu’elle utilise. On ne lera pas difficult*}, pensons-nous, d’attribuer 
ces lignes et la piece qu’elles terininent a Eauteur des « deux 
lettres »>, d’autant plus que les Propositions , qu'il acheve ainsi de 
refuter, faisaient partie du Tome dont ces letlres faisaient la 
critique. Non content d'attaquer le Tome , Severe avail juge bon de 
consacrer une refutation aux Propositions qui en resumaient la 
doctrine. Toutefois, el le n’etait plus adressee a Julien; sorle de tract 
de propagande a Eusage du grand public, elle opposait (juebjues 
textes patristi<jues aux aflirmations capitales du grand ouvrage de 
Julien ; ceux qui n’avaient pas Eoccasion on le loisir de lire la 
Critique on la Troisieme lettre y trouveraient, brievement exposes, 
les enseignements de la foi sur la question du jour. 

La Troisieme lettre a Severe marquait, nous Eavons dit, de la 
part de Eevdque, la rupture avec le patriarche. La reponse de 
Severe constituait un elforl resolu pour Eeviter ; avant de livrer la 
Critique a la publicite, il avait voulu presenter a Julien comme une 
somme de la doctrine des Peres sur le point en litige. Mais Julien 
ne s'etait pas laisse persuader et avait continue de repandre le 
Tome. Aussi, Severe n’hesita plus a divulguer la Critique ; il ne 
garda pas non plus secrete la Troisieme lettre , qui en resumait 
avantageusement la doctrine ; il prit meme soin d’assurer a ces 
deux ecrits une large diffusion, en en recommandant la lecture dans 
une sorte de petite brochure, sa Refutation des Propositions de 
Julien. Le souci de sauvegarder les interets de la foi Eavait autre¬ 
fois engage a retarder la publication de la Critique * ; il obeissait a 
la meme preoccupation en adoptant aujourd'hui une ligne de con- 
duite opposee. 


d’un anatheme de Julien, dans E Adversus Apologiam Iuliani , ouvrage de 
Severe, ce simple lemma « refutation et apologie de Vorthodoxe *. 

* Vat . 140, 66 b (= Add. 14529, 40 a). Ces paroles ont visiblement inspire 
la redaction du titre que porte la Critique du Tome dans les manuscrits. 

* Troisieme lettre a Julien (Vat. 140, 9 a). 




CHAPITRE 111 


AI'I’.KS LA RUPTURE 


I. La propagande Lhtfologique de Julien a Alexandrie. — II. Les Additions 
au Tome. — III. L'Adversus blasphemias Seven. — IV. WApologie 
de Julien. — V. Le Contra Additiones et VAdversus Apo- 
logiam Iuliani. — VI. L'Apologie du Philalet/ie. — 

VII. Le temps de composition de ces ccrils. 


Au debut de chacuue de ses oeuvres dont nous parlerons dans ce 
chapitre, Severe retrace, a Lintenlion de ses lecteurs, l’historique 
de ses demeles avec Julien. Ces notes occasionnelles et trop breves 
a notre gre, sont nos seules sources d’information pour la seconde 
periode de la controverse. II est clair qu'un sou Hie polemique les 
traverse et qu’elles nous arrivent a l’occasion avec des airs de 
caricature, mais on aurait tort de suspecter pour autant Ieur 
exactitude substantielle. Severe ne manquait pas de correspondants 
a Alexandrie et, plus d’une fois, nous avons vu le pretre Thomas le 
mettre au courant des evenements de la grande ville. 

Julien lut, dans les sentiments que Ton sait, la Critique et la 
Troisieme lettre, mais il n estima pas qu’elles ebranlaient le fonde- 
ment de sa theorie sur I'incorruptibilite. S’abandonnant a Timpres- 
sion facheuse ijue lui laissait l'opposition categoriijue de Severe, il 
rei'usa d’ecouter les suggestions qui lui conseillaient de tenir le 
Tome secret et de faire le silence autour d'une «|iiestion irritante ‘ ; 
il reclama instamment un entrelien avec le patriarche s , en memo 
temps qu’il enlamait centre lui une ardente campagne de propa¬ 
gande 1 2 3 * . A en croire Severe, il avail pris a sa soldo un groupe de 
gens peu recommandables et les avail mis en route dans Alexandrie; 
c’etaient notamment un sien parent, pretre, du noni de Thomas \ 
un certain Menandre 5 , et d’autres « revetus de ITiabit monastique 


1 Critique (Vat. 140, 60 d). 

2 Contra Additiones (Vat. 140, 69 b). 

3 Michel le Syrien, Chroniqu *, IX, 27 (edit. Chabot, t. II, p. 224-225). 

* Contra Additiones (Add. 12158, 43 a). 

6 Adversus Apologiam Iuliani (Add. 12158, ill a). 


3 



comine d une peau de brebis 1 2 ». Moles aux fideles dans les cglises 
ou se glissant dans les maisons, assis sous les portiques ii cote des 
oisifs ou atlables dans les tavernes en compagnie des i\ rogues, ccs 
gens, raconte le patriarchc *, anieutaient centre lui les passions de 
la foule en Faccusant de soutenir que « le corps divin consacre sur 
les saints autels et le calice de 1’alliance sont un aliment et un 
breuvage de corruption 3 * ». Pour capter la faveur populaire, ils 
avaient l’liabilete d’exhiber dans la ville d’Athanase des temoignages 
prealablement falsifies, d’apres lesquels fillustre adversaire des 
Ariens aurait condamne quiconque disait la chair du Christ « pas¬ 
sible coniine celle d un homme*». On trouve Severe sans bien* 
veillance a regard de ces homines « qui le hai'ssent sans motif » ; 
il les compare a des chiens brides de la lepre, quand il raconte 5 * 7 
quils criaient aux carrefours et en plein forum d’Alexandrie : 
« Venez voir ce qu’on a ecrit : la inort a frappe le Christ ! » C’est 
au cours de cette polemique que Julien crea le mot « phthartolatre» 
a fadresse de ses adversaires r> ; I’expression devait faire fortune 
dans la suite cliez les chroniqueurs byzantins pour designer les 
adherents du parti de la corruptibilite. 


II 


Le titre d’un ouvrage de Severe dont nous parlerons bien tot, le 
Contra Additiones , a permis de croire que l’eveque d'Halicarnasse 
avait fait suivre la publication du Tome de celle d un second ouvrage, 
intitule Additions II n’en est rien ; ces Additions sont 

au contraire des fragments, assez courts pour la plupart, qu’il intro- 
dui-it dans le texte du Tome y apres lecture de la Critique ; ainsi 
enrichi, le Tome connut une sorte de seconde edition. Severe cite 
sept Additions 8 , mais sans nous assurer qu’il les a toutes relevees. 
Ce sont, dit-il, des fragments « nouveaux, elranges », produits 
« d inventions nouvelles », que Julien a eu Limpudente audace de 


1 Contra Additiones (Add. 12158 , 36 d). 

2 Contra Additiones (Vat. 140, 69 e). 

3 Contra Additiones (Vat. 140 , 70 /). 

( Fragment 154. 

• s Adversus Apologiam Iuliani (Vat. 140 , 107 b). 

Cfr Contra Additiones (Vat. 140 , 84 b). 

7 J. Lebon, op. cit. t p. 174; E. W. Brooks, Select Letters of Severus, 
vol. II, p 358, note. 

8 Fragments 50-56. 



LES ADDITIONS ATJ TOME. 


35 


composer en secret 1 pour les ajouter a ce qu’il avail one premiere 
fois eerit et publie 2 , c’est-a-dire, pour les insurer dans le Tome qu’il 
a publie au debut de la conlroverse 3 . A plusieurs reprises, Severe 
s’eleve eontre la frauduleuse babilete qui a inspire, scion lui, 1'in¬ 
sertion de ees « fanges nouvelles ». Si Julien, ecrit-il, avait eu le 
souei de la verite, il aurait produit en faveur du Tome une apologie 
franclie et declaree, au lieu d’en reinanier secrelement le texte, a la 
facon des esclaves qui parlent sous les coups 4 * ; dans l’espoir de 
cacher les corrections qu’il apportait a son premier ouvrage, Julien 
n’a pas eu honte de recourir a un precede frauduleux : frauduleux en 
eflet, car le lecteur <jui comparera le Tome accru des Additions avec 
la Critique , qui le cite dans son etat primilif, devra penser que 
Severe a denature la pensce de son adversaire en alleguant deloyale- 
ment des passages tronques coniine ceux que blame le prophete, 
Julien s’est dit : « Qui nous verra, et qui connaitra ce que nous 
aurons fait ? 6 »; mais il est pris dans ses propres pieges, car, ayant 
distribue des exemplaires de son Tome , « depourvu des additions 
dont il est maintenant muni, a nombre de gens disperses en des 
endroits divers », il a beau souhaiter les corriger eux aussi, il se 
voit dans l’impossibilite de les faire rentrer et d’echapper a l’infa- 
mante accusation de falsification litteraire 7 . Os temoignages 
s’accordent a presenter les Additions comme des pieces inserees 
dans le texte du Tome , et non comme un ouvrage qui en serait 
distinct. 11s expliquent le mot de Severe disant (pie Julien « cou- 
drait a la tunique sordide de son traite une multitude de pieces » 
semblables aux Additions sans obtenir un bon resultat, et que, 
plus infortune que rhomme de 1'Kvangile, il no pout coudre que 
du vieux a du vieux et rapieccr son immonde tunique qu'avcc des 
haillons 8 . 

Si nous en croyons Severe % c’est la vigoureuse argumentation 


1 Contra Additiones (Vat. 140, 58 b, 87 f, 88 c, 93 /, 96 b ] Add. 12158, 3 d); 
Adversns Apologiayn Iuliarri (Add. 1215S, 58 b). 

2 Contra Additiones (Add. 12158, 3 d). 

3 Contra Additiones (Vat. 140, 'JO a, 80 c = 83 b ); Adversus Apologiayn 
Iuliani (Add. 12158, 100 c ; Vat. 140, 109 b). 

* Contra Additiones (Vat. 140, 70 c). 

3 Ibid. ; Adversus Apologiayyi Iuliani (Add. 12158, 54 d). 

Contra Additiones (Vat. 140, 70 a). 

" Coyitra Additiones (Vat. 140, 70 c, 75 f). 

8 Coyitra Additiones (Vat. 140, 94 c); cfr Adversus Apologiayyi Iuliani (Add, 
12158, 54 d). 

,J Contra Additiones (Vat. 140, 80 c). 



36 


A PRES LA RUPTURE. 

de la Critique qui aurait presse Jalien de corriger le Tome ; sa ten¬ 
tative aurait toutefois avorte, les Additions n’ayant reussi qu’a de- 
couvrir davantage le caractere beretique des doctrines du Tome , et 
il serait maintenant facile au patriarclie d’embarrasser Ieur auteur 
dans ses propres affirmations, de le lier avec ses propres cordes et 
de l’exbiber ainsi garrotte devant le public theologique * *. Nous 
n’avons pas constate, quant a nous, (jue les Additions s’accordent 
mal avec le Tome oil en corrigent la doctrine ; elles ne marquent 
aucune^volution doctrinaledans la penseede Julien. Aussi, la position 
que prend Severe a Ieur egard dans le traite qui les refute nous 
parait uniquement inspiree par les besoins de la polemique. 
Autant que les textes conserves nous permettent d en juger, nous v 
voyons plutdt des notes deslinees a preciser certaines affirmations 
du Tome et a ecarter les interpretations erronees dont il avait et£ 
Pobjet. 

Ill 

Mais Julien ne se eontenta pas de revoir le Tome : il entreprit de 
composer un nouvel ouvrage plus elendu encore (jue le premier. 
Get ouvrage lit il, lui aussi, l’objet d une refutation speciale de la 
part de Severe? Nous ne connaissons rien qui perniette de I'affirmer*. 
Toutefois, Severe nous fournit par ailleurs des renseignements assez 
precis a son endroit; nous croyons ineme qu’il faut y rapporter de 
nombreux fragments conserves dans les productions de la litterature 
antijulianiste de seconde date. 

Le premier temoignage du patriarclie qui concerne ce nouvel ecrit 
se rencontre dans un ouvrage posterieur au Contra Additiones , 
YAdrersus Apologiam luliani . Avant d’aborder la derniere partie 
de ce trait* 4 , consacree a la refutation des Anathemes de son adver- 
saire, Severe ecrit 3 : « Quant au fait que, sur ce miserable ouvrage * 
(jue tu as egalement compose contre la Critique que je t’ai adressee, 
tu as ecrit une parole contraire, — ( ouvrage ) que, jusqu a present, 
lu as cache dans les tenebres, mais dont une partie, diviseeen tomes \ 
m'est egalement arrivee entre les mains, — sache bien qu'apres que 


1 Contra Additiones (Vat. 140, 70 e ). 

1 II est probable que certains de ses textes ont £te repris et discut£s par 
Severe dans le Contra Felicissimum (voir plus loin, p. 88 et suiv.). 

* Add. 12158, m d- 112 a. 

< Uic 



touo'j: 


71VSLZ lAZUitjl'JllV'/W. 

^ * 4 4 



l’AD VERS US BLASPHEMIAS SEVERE 


37 


toi (- meme ) tu as (ainsi) jete Ie mepris et le ridicule sur ton opinion, 
je serais longteinps a trouver parcil monument ecrit qui revele ton 
inipiete, — [impute) que nous mettrons au grand jour lorsque Dieu 
(nous) l’accordera, — pour ce motif que, dans ta demence, tu as etc 
contraint d’inscrire la verite sur les tomes eux-memes, a l’instar de 
Cai'phe. En eiFet, alors que tu cusses voulu inscrire comine litre : v.x.-y. 
rwv filatxpriy.iw <rzvr,QO'j 1 2 , la Providence divine t’a fait, malgre toi, 
proferer la verite et ecrire sur chacun des tomes le litre suivant : 
t 6 u.o~ zxTcr. Zu\ fji'jrjjO'j *, el ainsi, tu as manifesto a tous 

que ce que tu avais ecrit contre moi etait un blaspheme contre Dieu; 
et celui (jui a force les demons a dire : « Qu’y a-t-il entre nuns et toi, 
Fils de Dieu ? Es-tu venu ici pour nous torturer avant le temps 3 ? », 
t’a contraint toi aussi de dire que tu avais blaspheme contre moi l , 
ou plutdt, contre la verite elle-meme. Ces tomes m'ont etc envoyes 
portant une mention eerite par des gens (jui avaient ecrit apres toi 
et (le fait de) la correction est incontestable, si bien (pie tu ne peux 
dire (pie ce tit re est un faux; il est etabli au contraire que, sur ce 
point aussi, on a corrige ton ignorance et qu’on a change le titrequi 
proclamait la verite, coniine on rend un exterieur et une tenue 
convenables aux dements qui trahissent leur demence (pur ledesordre 
de leur mise). » 

Ce temoignage nous fournit plusieurs renseignements. Julien a 
compose un ouvrage en reponse a la Critique; Severe en a partiel- 
lement connaissance, bien (pie Julien ne le Ini ait plus communique; 
la partie qui est venue a la connaissance de Severe est d'etendue 
appreciable, car el le compren I plusieurs tomes ; ccux-ci portaient 
la mention 7 60.0: v.xtx ZAxf&rurby £7:1 7 Zi/noov. mais une seconde main 

4 1 T *• 4 

avait transforme la finale ir.i 'jzvfcov en zvjm r jj\ enlin, a un moment 

f 4 I 

011 la controverse est deja Ires avancee % Severe n’en a pas encore 
compose la refutation qu’il projette. 

("est le mi'ine ouvrage, pensons-nous, (pie Severe cite a quatre 


1 Restitue d’apres le syriaque : 

2 Restitu6 d’apres le syriaque : 1 ’oJjs 

3 Matth., VIII, 29. 

‘ La remarque de Severe n’est pas heureuse. II est trop clair que le sens 
reclame une virgule, si Ton peut dire, apres |3Aa<7(py)uiwv, vu que ce tome 
n’etait pas, identiqucmcnt, les blasphemes qu’il se proposait d’attaquer. 

’ .©ouc a- ^ ; probablemcnt la mention 

rop.oc v.y~y rcov jS/acr'pyjaiwv 7 -ur^O'j dont Severe vient de parler, 

,! Voir plus loin, p. 43. 



38 


APRES LA RUPTURE. 


reprises dans son Apologie du Cliilalelhe, posterieure, a son tour, a 
Y Adversus Apologiam luliani. Apres citation d’extrails du Tome , 
des Additions el de I Apologie de Julien, le patriarclie continue en 
ees teriues ‘ : a Et s’imaginant avoir compose un traite conlre ce 
(pie javais ecrit, ( traite) dans lequel il decouviait plutdt son 
impiete, et que, pour cede raison, il voudrait encore aujourd'hui 
cacher dans des Irons obscurs par crainte des reproclies de la 
verite, il a ose ecrire dans son tome, — c'est-a dire, dans son 
discours, — deuxieme 1 2 * * ee qui suit. . ». Pen apres, le patriarclie (lit 
de la memo fa(;on : « Gonsidere ce (|ue dit Pexcellent Julien 5 * ... J’avais 
en elFet cite, dans la Critique i pie javais composee a son intention *, 
un passage d i sage (a rille s ... ties paroles glorieuses, il pretend 
impudemment les expliquer... ; il dit en effet an tome, — c’est-a- 
dire, an discours, — deuxieme de Uouvrage (dirig e) conlre moi... '' ». 
« Dans (*e (pie javais dit a Julien 7 * , ecrit encore le patriarclie K , 
j’avais cite saint (Arille... 9 . Mais... Julien... dans son livre lene- 
breux et cache dans les profondeurs de la terre, qu’il avait espere 
rendre pour toujours invisible par crainte de la correction, me blame 
el dit (pie j'ai tronque les paroles de saint Cyrille qui se trouvent 
avant le temoignage qu il a cite an tome — c’est-a-dire, au discours, 
troisieme de son traite tencbreux 10 .» Enlin, Severe s’exprime 
coniine suit dans un qualrieme passage du ineme traite 11 : « Dans la 
Critique que j avais composee au debut pour Pexcellent et digue 


1 Vat. 140, 109 d. 

* Oa oioou.-y xr.'o ~ r /j 7f t z xKr[)iixi 'ey r-a OeuzepM 

— to'jZ inzi'j /.6yo) — x'jto'J) zxjzx 'ezolp.rpey ypx'lxi. Pour le 

tex e syriaque, voir le Iragment 77. Nous rendrons bientot compte de cette 
glose du mot 760.01 par ).6yoi, commune aux quatre passages (voyez p. 40). 

5 Vat. i^o, 110 e-f. 

I Critique {Vat. 140, 27 b) ; Troisieme lettre {ibid., 10 d). 

’• In Ioannis evangelium commentarius , lib. XII (6dit. Pusey, vol. Ill, 
p. 93 = PG, LXXIV, C65, B) : TTiTi/.yjGwusvyj;... r/e'.y. 

Aeyei y'xo 'ey rw oeozepp) roo/p, — to'jz icrriy /oyw, — zf.i 
ypxzf t i rig v.y.7 eu.O'j. Pour le texte syriaque, voir le fragment 78. 

7 Cfr Critique ( Vat. 140, 27 c); Troisieme lettre [ibid., 10 f). 

* Vat. 140, 121 e. 

II In Ioannis evangelium commentarius, lib. XII (£dit. Pusey, vol. Ill, p. 127 

et suiv. = PG. LXXIV, 705, C): ou.oyGu.iY/o7y7x ... r oil crrofcoat. 


% » w 


11 00 7f.i 7or7-foz yy 'zQyy.iv ev rotro) 700/ 0, — to'jz zuziy 
loyr.) — r f t i z/ozziyfi (6i3).ov x'j70\j. Pour le texte syriaque, voir le frag¬ 
ment 87. 

11 Vat. 140, 126 ft t suiv. 




L’AD VERSUS BLASPHEMIAS SEVERE 


39 


Julien, j’avais cite 1 2 un temoignage * ... Mais, dans [’unique but de 
remplir ce livre tenebreux d’une abondance de paroles superflues, 
il m’a accuse d’avoir tronque ici aussi les paroles qui precedent ce 
teinoignage, paroles qui sont celles-ci 3 * * * * * ... Mais considered comment 
il en a donne une explication fausse ... au tome, — c’est-a-dire, an 
discours, — sixieme de son livre tenebreux *. » 

On l’aura remarque, le signalement de l’ouvrage auquel font 
allusion ces temoignages Concorde en tons points avec la descriplion 
de VAdversus blasphemias Severi que nous avons lue dans VAdversus 
Apologiam luliani. II est, lui aussi, une reponse a la Critique ; il est 
egalement divise en tomes, dont Severe connait au moins les 
deuxieme, troisieme el sixieme ; enlin, dans le desir illusoire de le 
soustraire a la critique du patriarche, Julien aurait voulu le tenir, 
lui aussi, cache « dans les profondeurs de la terre ’ ». Puisque cet 
ouvrage n'est ni le Tome, ineine augmcnte des Additions , ni VApo- 
logie , et (pie sa description Concorde avec celle qui est faite ailleurs 
de VAdversus blasphemias Severi , il est tout indique d’admeltre, 
nous semble-t-il, qu’il n’est pas diflerent de ce dernier. 

Mais ne resterait-il de ce nouvel ouvrage de Julien (jue les quatre 
exlrails conserves dans YApologie de Thilalethe? Nous ne le pensons 
pas ; nous croyons, au contraire, <pie c’est celui qui (*st le mieux 
represente dans la serie des fragments que nous publions. Remar- 
quons, en eflet, (jue les llorileges antiheretiques syriaques 11 rap- 
portent aux discours II, 111 et VI du « livre » de Julien les 
fragments 77, 37 et 10:2 que VApologie du l*hilalellie , nous 1’avons 
vu a l’instant, dit appartenir respectivement aux tomes II, Ml et VI 
de VAdversus blasph mias Severi; ils nomment par consequent 
discours /.6yc,i) les divisions (pie Severe appelle tomes 

(Ua zopoi). Or, il est d’autres fragments (jue les manuscrits 
rattachent a des discours determines du « livre >) de Julien : les 
monies llorileges antiheretiques, les Cliapitres e t les Questions contrc 


1 Critique [Vat. 140, 40 a ); Troisieme lettre (ibid., 17 a). 

2 Du pseudo-GREGOiRE le Thaumaturge (= Apollinaire), II xara 
u.zooz t:i 77 lz (6 Jit. Lietzmann, Apollitiaris von Laodicea und seine Schule, 
p. 168, 1 . 10 et suiv. = PG, X, 1105. C) : 7 r,z OsorriTo; ... ou/Aoyiy.z i/.roz. 

3 Ibid. (edit. Lietzmann, p. 168, 1. 5 ct suiv. = PG, X, 1105, B) : ’E/tx/yj- 

glzgtixy] ... tV-oGyjvai. 

1 Ev 7 M i'/.TO) 707/;) - 7077 £'770 /.O 7 M — 7 / 7Z07ZlVf,Z |3i|3/07 O'.7707. 

Pour le textc syriaque, voir lc fragment 102. 

;i De la l’expression « livre tenebreux ». 

(i Sur ces ouvrages, voir plus loin, p. 83 et suiv. 



40 


ALREtS LA RUPTURE. 


les Julianistes 1 en out conserve un ensemble de cinquante qu'ils 
reparlissenl entre dix discours d’un oilvrage deJulien, qu’ilsappellent 
« son li\ie » ; ainsi le distinguent-ils du Tome, qu'ils designent 
couraimnent par la periphrase : « le tome premier quil envoya a 
Severe ». La distinction qu’observent ces documents entre * * le 
livre» de Julien divise en discours et «le tome premier quil envoya 
a Severe », mise en rapport avec le fait que Severe cite un ouvrage 
de Julien distinct du Tome, posterieur a la Critique et divise en 
tomes (ou discours), c’est-a-dire VAdversus blasphemias Severi, sans 
jamais mentionner par ailleurs l’existence d’une division du Tome 
en sections appelees tomes ou autrement, nous invite a attribuer 
ces bo fragments a VAdversus blasphemias Severi. Get ouvrage serait 
ainsi attesle par 55 fragments *. L’usage d’appeler discours les 
divisions de ce Iraite etant pluscourant (|ue celui de lesappeler/owes, 
on expliquera comme suit la presence de I’incise qui fait suite an mot 
tome dans les quatre passages de VApologie du Thilalethe cites 
plus haul : la redaction originate portait simplement : « du tome II, 
III ou VI > , — Severe dit en diet dans VAdversus Apoloyiam luhani 
que Louvrage qui nous occupe etail divise en tomes , — et l'incisc 
« c est-d-dire, du discours » est une note du copisle ou du traducteur 
prevenant le lecteur de Lemploi inaccoutume du mot tome pour 
designer les divt'rs discours du livre de Julien L 

Mai renseignes sur la disposition des matieres de cette critique 
de la Critique, nous connaissons pourtant une de ses preoccupations 
principals. Le Tome, on s’en souvienl, se reclamait des Peres ; la 
Critique, et la Troisieme lettre avaient combattu cette pretention en 
rassemblant un florilege patristique imposant. Julien voulut a son 


* Sur ces ouvrages, voir plus loin, p. 85 ct suiv. 

i Fragments 75-76 ( discours I) ; 77-86 (discours II) ; S7-94 ( discours III) ; 95- 
97 (discours IV); 98-100 (discours V); 101-107 (discows VI); 108-112 (dis¬ 
cours VII) ; 113-119 (discours VIII) ; 120-127 (discours IX) ; 128 (discours X); il 
taut y joindre le fragment 129, a cause du lemma qui l’introduit dans la 
Vie de Severe , par Jean de Beith-Aphthonia (edit. Kugener, p. 251). 

3 Voir plus haut, p. 36. 

* On a pareillement introduit dans le texte de la Troisieme lettre 4 Julien 
( Vat. 140, 19 tf) une note qui explique au lecteur syrien le sens de I’ex- 


pr<.ssion /.r;y'r^iL \ssTG6:b*j qui vient d’etre employee 

par le patriarcl'e ; plus soigneux que le copiste du Vat. 140, celui de 1 'Add. 
17200 (36 c) l’a transcrite a l’encre rouge. II n’est pas rare que des notes 
postericures soient ainsi inserees dans les manuscrits sans que rien ne les 
distingue du texte primit-if (Voir, par exemple, dans le Vat. syr. 139,86 a, 93 1 >). 




l’ADVERSUS BLASPHEMIAS SEVERE 


41 


tour faire la critique des temoignages apportes par son adversaire, 
et nous le voyons diseuter, cn meme temps <1 tie des passages 
scripturaires *, le sens de nombreux textes emprunles pour la 
plupart a saint Cyrille 1 2 3 4 * , inais aussi a saint Atlianase, au pseudo- 
Gregoire le Thaumaturge, a Severien de Gabala 3 , ou rappor- 
tes, — faussement, pretendent ses adversaires, — a saint Pierre 
d’Alexandrie et a Timothee Elure *. II attaquait aussi la termi- 
nologie de .Severe en defendant la legitimite de celle (pie le Tome 
avait adoptee \ 

Ulilisant le renseigoement fourni par Severe 6 , nous distinguons 
cet ouvrage du Tome en l’appclant Adversus blasphemias Severi , 
mais nous ne voulons pas dire que ce fut la son litre, a supposer 
qu il en eut un. On lisait, il est \rai, sur les tomes communiques a 
Severe, les mots rouo: xara km givcow* corriges en 

7 mv jSP.ao'tpyjwrov azvrftov, mais etait-ce la un litre, et surtout, suivant 
(’interpretation (jue Severe est heureux de decouvrir pour h*s besoins 
de sa polemicpie, etait-ce un titre libclle par Julien lui-meme?Gt‘ 
pouvait elre tout aussi bien une mention inscrite occasionnellement 
sur le texte incomplet transmis au patriarche. Notons en effet (pie 
Severe n\ fera plus attention dans la suite, lorsqu’il citera quatre 
fois rduvrage dans \ Apologie du Philalelhe. Les lemmata des 
;»0 fragments des llorileges et autres ecrits antijulianistes ne le com- 
portent pas davantage. Si, comine la chose est probable 7 , ces ecrits 
ont eux-memes repris une bonne parlie de leurs citations des oeuvres 
de Julien a un ouvrage ulterieur de Severe, leur temoignage atteste- 
r.iit (jue, posterieurement a VApologie du MMalrthe, Severe n’a pas 
non plus designe V idcersus blasphemias Severi autrement (pie par 
Texprcssion « son li\re ». Si vague que cette denomination puisse 
paraitre, el le distinguait suflisamnient Touvrage des autres cruvres 
de Julien, le Tome , les Additions , VApologie; divise en dix tomes et. 
a ce titre, vraisemblablement plus etendu que cellcs-ci, il pouvait 
passer pour le livre par excellence de Julien, celui (jui exprimait le 
plus completement sa pensee. 


1 Cfr les fragments 90, 91, 92, 98, 113, 124. 

2 Cfr ks fragments 76, 78, 86, 87, 93, 106, 127. 

3 Cfr, respectivement, les fragments 107, 102, 12S. 

4 Cfr, rcspectivement, les fragments 85, 100. 

3 Cfr les fragments 82, 105, 112, 119. 

Voir plus haut, p. 37. 

7 Voir plus loin, p. 88 et suiv. 



42 


APRE8 LA RUPTURE. 


IV 


Severe rattache a la memo periode de la coni reverse la composi¬ 
tion d un troisieme ouvrage de Julien, posterieur,^su remen t, a Lin- 
sertion des Additions dans le Tome ‘.II avail, nous apprend-il, le 
caractere d une apologie 1 * * 4 * , proferait des anathemes et des male¬ 
dictions et se donnait pour mission de combattre les Manicheens 
et les Eutychiens; a plusieurs reprises, Severe parle de l’hypocrite 
habilete de Julien qui, entache de manicheisme et d’eutyehianisme, 
aurait voulu donner le change sur ses veritables opinions en atta- 
(juant ces deux heresies dans son nouvel ouvrage *. 

Letle apologie, <1 it le patriarche dans la refutation qu'il lui con- 
sacre, a paru « dernierement » (ou : « en dernier lieu » : 

Severe n’entend pas dire par la, croyons-nous, qu’elle soil le dernier 
ouvrage de Julien, absolument parlant, car il est probable, nous le 
dirons bientdt, (pie sa publication a precede celle de Y Adversus- 
blasphemias Sereri. L'expression en marque le caractere recent par 
rapport a la refutation de Severe, ou bien, etant donne les circon- 
stances qui assurent au Contra Addiliones et a 1'Adversus Apologiam 
luliani line certaine unite lilteraire 6 , (die note simplement que 
VApologie avail paru apres les Additions. Le copiste de YAdd. 12158 
emploie deux fois l’expression derniere apologie de Julien 7 8 , mais ce 
sont vraisemblablement les passages de Severe (pie nous venons de 
relever qui la lui inspirent; prise dans son ensemble, el I e n'a pas, 
croyons-nous, la valeur d’un titre : el le entend seulement designer 
VApologie coniine la « derniere » justification ou defense, — quel 
que soit le sens qu il faille accorder a « derniere », — presentee 
par Julien en favour de sa doctrine el de son Tome ; en ce sens, 
en elfet, les Additions el YAdversus blasphemias Severi etaient 
deja des apologies. Le memo manuscrit connait d’ailleurs Louvrage 
sous le simple titre (YApologie de Julien , puisqu’il appelle Litre 
contre I'Apologie de Julien H la refutation que Severe en a com- 
posee et qu'il donne a celle-ci, comme tilre courant, repete de cinq 


1 Adversus Apologiavi luliani [Add. 12158, 54 d). 

i Adversus Apologiam luliani [Add. 12158, 55 a, b. 58 b). 

* Adversus Apologiam luliani (Add. 12158, 55 a). 

1 Adversus Apologiam luliani (Add. 121^8, 55 a, 58 b , 81 d). 

Adversus Apologiam luliani (Add. 12158, 55 a, b, 58^). L'original portait 
sans doute : •j'jTifjO'j ou st4 scvarov. 

* Voir plus loin, p. 46. 

7 Voir les te.xtes dans Wright, Catalogue , p. 556. 

8 Folio 49 b. 



L’APOLOGIE DE JUL1EN. 


43 


en cinq feuillets, ces seuls mots : Contre VApologic. I)e leur cote, les 
llorileges antiheretiques, retenant Fa’cusation de Severe a son en- 
droit, en parlent coniine du u discours qu'il (Julien) coinposa 
hypocrilenient coni re les Manicheens el les Eutychiens 1 2 3 4 ». 

Quelle place revient a V Apologie dans la chronologic des oeuvres 
de Julien? Posterieurc au Tom; et au\ Additions, Fest-elle ega- 
lement a VAdversus blasphcmias Severi ? II serait plus naturel de 
supposer, pensera-ton, que Julien a refute la Critique, premier 
ouvrage atlaquant le Tome, avanl d’enlreprendre aucune autre 
publication, et que, par consequent, VAdversus blasphcmias Severi a 
precede V Apologie. Le fait que Severe refute ce dernier ouvrage 
avant Fautre ne serait en efiet nullement decisif contre cette hypo- 
these, car, au moment oil le patriarche compose VAdversus Apolo- 
giam luliani , il n’a encore a sa disposition, on sYn souvient, qu'une 
parlie de VAdversus blasphemias Severi * ; on comprendrait (ju'il ait 
desire le lire entierement avant d’y consacrer un ouvrage special de 
refutation. L’hypothese est done vraisemblable. II en est cependant 
une autre qui semlde rendre mieux compte de Fensemble des fails. 
D’apres celle-ci, Julien aurait d’abord public VApologie, sorte de 
pamphlet qui, courant au plus presse, refutait Faccusation de 
manicheisme lancee contre lui par les partisans de Severe, mais, 
dans le meme temps, il aurait enlrepris la composition d un grand 
ouvrage en dix discours qui devait discuter les arguments de la 
Critique et opposer a son llorilege un recueil conlraire de citations 
patrisliijues. Let ouvrage, VAdversus blasphemias Severi, eut mis 
plus de temps a etri* acheve, et Severe ne Faurait eu completement 
entre les mains qu'assez lard ' ; quoi (ju'il en suit, Julien n’aurait 
pas assez vecu pour voir la refutation que le patriarche s'etait 
propose, des le debut, d'y opposer. I n temoignage de Se\ere 
soluble donner cjuelque consistance a cette hypothes(‘. A un moment 
ou Julien est dejii mort, Severe n’a pu encore entreprendre de 
refuter « le dernier ouvrage de Julien, qui ressasse les memes 
arguments sur les memes sujets 1 ». Si Fon remarque (|ue ni le 
Contra Addiliones, ni VAdversus Apologiam luliani, ne supposent 


' Voir les fragments 62, 63, 64. 

2 Voir plus haut. p. 36-37. 

3 CY't par des indiscretions que Severe avait eu connaissancc des premiers 
discours de ce traite, commc Julien s’etait procure autrefois la Critique. 

4 Compare/ les renscignements fturnis par deux lettres de Severe (6dit. 
Brooks, vol. II, p. 349 et p. 358). Ce « dernier ouvrage » n’est en tout cas pas 
les Additions , comme avait pu le supposer M. Brooks (ibid., p. 358, note). 



41 


APRES LA RUPTURE. 


que Julien soil mort, — ils s'altachent au conlraire a demasquer et 
a combattre sa propagande, — on pensera que ce « dernier ouvrage » 
n’est pas VApologie, mais I Adversus blasphemias Severi. .Nous 
aurons a dire plus loin si Severe ent jamais l’occa^ion de le refuter. 

La serie des texles que nous publions compte IS fragments 

explicitement rapportes par les sources a V Apologie 1 ;il es! probable, 

en outre, que plusieurs de ceux que cite VAdversus Apologiatn 

lultani sans indication de source lui appartiennent ^galement. C’est 

trop pen, en tout cas, pour determiner le caractere general de 

l’ouvrage ; d’ailleurs, rien ne fait supposer (pie sa doctrine ou sa 

methode aient differe sensiblement de cellos du Tome. Julien s’v 

•/ 

atlacbait sans doute pour une bonne part a soparer sa cause de celle 
des Manicheens et Eutychiens avec lestpiels on le voulait confondre, 
et montrait comment la doctrine de l'incorruptibilite n’impliquait 
en rien lour heresie. Solon le procode qu'il avail autrefois adopte 
dans le Tome , il resumait sa doctrine on quolques propositions ; 
elles etaient redigees, cotte fois, sous forme de dix analbemes; peut- 
etre terminaient-ollos VApologie % coniine les buit propositions 
formaient le Tome. 

V 

Le souci de respecter dans notre expose Eordre cbronolog'upie 
des evenemonts nous a fait dilTerer jusqu’ici Pexamen des refutations 
opposeos par Severe aux ouvrages de Julien que nous venons 
d’etudier. l/eveque d llalicarnasse avail revu son Tome , compose 
VApologie et donne une certaine publicite a une partie, tout au 
moins, do VAdversus blasphemias Seven, sans (pic lo patriarche fut 
rentre dans la discussion par la publication (Tun nouvel ouvrage. 
Severe, pourtant, neperdait pas devue la question de l'i ncorruptibilite 
ot rostait attontif a la propagande de Julien. Informe, raconte-t-il, 
de Linsertion des Additions dans le Tome , il garda d’abord a leur 
sujet un silence prolonge, bien qu’il jugeat pen correct ot de nature 
a lui nuire le procede adopte. Mais, apprenant quo Julien ajoutait a 
ses blasphemes de nouvelles impietes et contradictions et se repan- 
dait on maledictions et en anathemes dans son Apologie , il se laissa 
emouvoir par la voix de celui qui crie par le prophete : « Enlevez 
les scandales du cbemin de nion peuple, ecartez les pierres de ses 
voies 5 », et il entreprit une nouvelle refutation pour preserver la foi 


1 Fragments 57 - 74 . 

4 C’est leur refutation qui clot VAdversus Apo'ogiam luliani. 
3 Is., LVII, 14; LII, 10. 



LE CONTRA ADDITIONES ET L’ADVERSUS APOLOGIAM iULIANl. 45 


des simples et empecher les brebis de brouler les plantes de 
l’heresie*. Ce n’etait plus la crainte de diviser ses partisans sur 
une question theologique qui avait retenu Severe; ce inal etait fait 
depuis longtcmps ; c’etait, pour une bonne part, les penibles condi¬ 
tions de travail (jui lui etaicnt faites au desert, ses multiples oceupa- 
tions et, en particular, le souci de repondre aux consultations de 
tout genre qu’il recevait dans sa retraite 4 ; ce devait etre aussi la 
conliance quil nourrissait d’avoir refute a l’avance, dans la Critique 
et la Troisiemc lettrc , tout ce quo Julien pourrait jamais apporter en 
favour de ses opinions. 

Le Vat. 140 commence au folio 08 ci un traite qu’il intitule 

Upr- * 2 ’ — -iLo ; ,3'j3/.o; xara 7rpo<70y;xtov 

70j 7 zxrpixpxo'j zgg; io'jhzvov. L’adresse interne, — a moins (jue ce 
ne soil qu’un sous-tilre, — est libel lee comine suit : 


y 






V 1 % * V ^ « « 




SMOZZ] | 2 ow.i- y ? 71-11 

1.2inns] (J.*—c’est-a-dire : ~ei//,ggj yo^ieziazozov y.yzLoyz'.a.z t.g'gz 
Teh; y.'j7 f \) yrjy:lx'j7y.~ ~icA twj xr. yrs/f,; Gj xjc / m ; yiyoyu.ukvwj y.zi 

1X177. 7G -jZG'J'J'rJ.y y'o7G\j G'J'A GoOg): 7TCG'77z0h7G)V l/~G 7Gl> sk/y.3cG'7y.7G'J 
* i *i r i » 

io'j'/.LxvG-j ezc7xgugj. Le toxic se pour.^uit sans dhision aucune 
jusqu’au folio 99 / inclusivement, mais la, bien <j 11 e la numerotation 
des cahiers n’en laisse rien apercevoir 3 , s’ouvre une enorme lacune; 
le texte reprend au folio 100 a, pour entamer bientot la refutation 
des anathemes de Julien et se poursuivre, toujours sans divisions 
mais sans nouvelle lacune, jusqu’a une doxologie finale dont les 
dernieres lignes occupent le premier quart du folio 108 a ; le reste 
de la colonne portait un texte a l’encre rouge, actuellement eflace. 
A la colonne deuxieme commence un nouveau traite. 

I. 'Add. 12158 du British Museum* fournit un texte identique ; 
inutile lui-meme et lacere, mais en des endroits oil ie Vat. 140 oll’re 
un texte intact, il permet de combler la lacune du manuscrit du 
Vatican avec le dernier cinquieme du Contra Additiones et les trois 
premiers quarts d un autre traite, VAdversus Apologiam luliuni. Son 
texte presente une partieularite : il est divise en chapitres, precedes 


* Contra Additiones (Add. 12158, 48 d-49 a ); Adversus Apologiam Iuliani 
(ibid., 54 d- 55 a). 

2 Lettre aux eveques Sergius et Marion (6dit. Brooks, vol. II. p. 358). 

3 Le folio 99 verso (fin du ioe cahier) est note - (10), et le folio 100 recto, 
en face, porte l’indication U (11). 

* Cfr Wright, Catalogue , p. 554. Une note du folio 127 d le date de Ban 
des Grecs 899 (= Chr. 588). 






4 C> 


AT*RES LA RUPTURE. 


chacun d’un argument qui le resume. C’est Severe lui-mcme qui 
avail precede a ce sectionnement, a la priere d’un correspondant; 
la lettre qu'il adressait a celui-ci, et qui accompagnait sans doute 
l'envoi d un exemplaire de Pouvrage nouvellement di\ ise, a etc 
placee en tete de 1 'Add. 12158, mais el le est actuellement inutilee. 
Ce manuscrit presente ainsi une sorle de seconde edition des deux 
ouvrages qu’il renferme ; a en juger par les parties dti texte con¬ 
serves dans les deux inanuscrits, el le ne dillere de la premiere 
(Vat. 140) que par la division en cliapitres et le texte de leurs 
arguments. 

Rien que lobjet et T economic interne de cette nouvelle refutation 
s’accordent avec le temoignage de la tradition manuscrite syriaque 
et grecque 1 pour y distinguer deux ouvrages distincts, il faut lui 
reconnaitre une certaine unite litteraire. On n’y songerait guere, il 
est vrai, si Severe u’avertissait le lecteur, aux cliapitres premitr et 
deuxieine de YAdversus Apologiam luliani, qu’il a concu la refu- 
tation des Additions et de I Apologia sur le plan d un ouvrago 
unique 2 : apres avoir refute en premier lieu, dans le traile qu’il 
compose, les Additions et ce qui restait a relever dans le Tome , il va, 
dit-il, aborder l’examen de VApologie 3 . Celle unite litteraire, toute 
exterieure, tient vraisemblablement a ce que Severe a travaille dans 
le meme temps aux deux ouvrages. 

On peut reconstituer le texte entier de la version syriaque du 
Contra Additiones d’apres le Vat. 140 et 1 'Add. 12158*; le 
manuscrit de Londres le divise en 45 cliapitres. Il en subsiste un 
fragment dans une cliaine grecque, sous le lemma ex tq-j xxt'x z r *>v 
r,oo f jQr//’)v io-jhxxo'j "koyoo 5 ; c’est, a noire connaissance, tout ce qui 


1 Voir ci-dessous, p. 46-48. 

* En effet, les indices que fourniraient l’absence de doxologie apres la 
refutation des Additions, et le fait que la division en chapitres se poursuit dans 
VAdversus Apologiam Iuliani , ne prennent consistance que devant la decla¬ 
ration explicite de Severe. 

5 Add. 12158, 55 k-c : oiiyo\jv xxt'x u'vj row ulitx t'x r^ZTiox 



ao'j nx'jojpy'o (?) zf t Gorepov (si; etJyxTov) yevouivr, x~ x'jt<ou.vj. 


* Vat. 140, 68 d-ggf’, Add. 12158, 2 j-49 a Les photographies de cettc 
partie de YAdd. 12158 nous ont ete communiques par M. J. Lebon ; nous 
lui en exprimons notre respectueuse gratitude. 

* Catena in E\echielem , cap. XLII ( Coisl . 17, 279 b ; Paris, gr. 159, 318 a ; 
£dit. Mai, « ex catena vaticana », Scriptorum veterum nova collectio, t. IX, 
p. 740) : xxi rov ... Oixl'ji7X7xv (= Add. 12158, 47 £). 



LE CONTRA ADDITIONES ET L*ADVERSUS APOLOGIAM IULIANI. 47 


reste du texte dans sa forme originate. I e debut do Louvrage con- 
tient quelques renseignements sur les circonstances (|iii en 
provoquerent la composition : des correspondants du palriarche, 
(jui avaient lu la Critique et la Troisieme lettre a Julien, Ini avaient 
ecrit sur la question soulevee par l’eveque d’Haliearnasse 1 2 3 4 . Parmi 
eux, il y avait des ev&ques % eveques monophysites fugitifs sans 
doute, peul etre ces Sergius et Marion, l’un eveque de (Pyrrhus, et 
l’aulre, de Sura 3 * , (pie nous savons avoir correspondu avec Severe 
sur la (pjestion julianiste 4 ; e’est a eux (pie Severe adresse son 
traite. II fait d’abord l’histoire de ses relations avec Julien 
(chapitres 1-4), puis, abordant le corps de I’ouvrage, il rencontre les 
calomnies qu’on lance contre lui dans Alexandrie :i , fait la critique 
des Additions et releve les points du Come cpfil avait a dessein 7 
neglige de reprendre dans la Critique. A vrai dire, l'objet du Contra 
Additiones est plus ample que ne le laisserait entendre son titre ; 
e’est une nouvelle refutation du Tome , mais une refutation qui tient 
compte des complements que Julien avait apportes a son ouvrage. 

Le Vat. 140 n’a conserve que le dernier quart de l\drfrer5//s 
Apologiam luliani ; 1 'Add. 12158 le lit dans son integrity et le 
divise en 35 chapitres 8 . On en rencontre deux citations dans la 
Catena in Actus Apostolorum , sous le lemma : 'jvjy i oo'j y.vzioydxq, ex 
TO’j 7 .7.77. Tr t Z 70i X/.lXXC/VXtTtOiZ y.T.O/.O'/'.X^ 'j’J'JZZyU7.70$ 1 . L 'Add. 12158 
introduit commc suit la table des chapitres : « Chapitres du deuxieme 
Here, qui est contre TApologie menteuse de Julien , du mime saint et 
bienheureux Mar Severe », et il libelle en ces termes le titre du 
traite : « Civre compose par le bienheureux Mar Severe , patriarche 
dWnlioche , contre la derniere apoloyie du pernicieux et perftde Julien , 
qui \j avail transforme la realite des sou/francos colontaires et 
redemptrices d’ Emmanuel, de sa mort aussi et de sa resurrection, en 
I'apparence de la phantasia manicheenne et impie , — et refutation 
de ses impurs anathemes. » Inexplicit porte : « Fini d’ecrire le livre 


1 Contra Additiones (1 'at. 140, 68 d). 

2 Contra Additiones [Add. 1215K, 48 b ). 

3 Its sonl mcntionn£s dans la liste des eveques exiles par Justin (efr Michel, 
Chronique, IX, 13 : ddit. Chabot, t. II, p. 172). 

1 Lettre de Severe d Sergius et Marion (6dit. Rrooks, vol. II, p. 356). 

:i Comparer Contra Additiones (Vat. 140, 70/) avec idem (ibid., 69 e). 

*■ Adversus Apologiayn luliani (Add. 12158, 55 b). 

7 Critique (Vat. 140, 60 d). 

8 Vat. 140, 100 <2-108 a ; Add. 12158, 49 £-128 a. 

** Chap. IV (6dit. Cramer, t. Ill; p. 68-69) : xai ro ... ypacpv^ (=Add. 12158, 
87 d)\ end ovv ... x/^Govoprpzizv (= Add. 12158, 88 a). 



48 


APRES LA RUPTURE. 


compose par saint Mar Severe, patriarche d’Antioclie , contre le 
discours impur de Jalien, (discours) dernier et impie , quit ecrivit 
contre les Manicheens , mais (en realite) pour combatlre la gloire 
divine, (discours) qui avail transforme les souffrances reelles de noire 
Sauceur au rnensonge de la phantasia. » Le meme manuscrit avail 
formule de la facon suivante 1 explicit du Contra Additiones : « Fini 
d'ecrire le livre contre les additions de Julien Vhereliqut, evtque 
d'lialicarnasse, compose par saint Mar Severe, patriarche d’Antioclie, 
glorieux docteur de la foi veritable el orthodoxe » 1 . A l’exemple de 
la tradition grecque representee par les chaines, la tradition syriaquc 
separe netteinent en deux livres, pourvus chacun d un titre special, 
cette nouvelle refutation des doctrines de Julien ; toutefois, en 
employant Lexpression : « chapitres du deuxieme livre », el le montre 
qu'elle les ramene tous deux a une certaine unite. Nous avons dit 
plus liaut le sens que nous attachions aux mots « dernier livre » *. 

Comme dans Louvrage precedent, Severe en arrive a exposer 
l’occasion et les motifs qui justilient son intervention, par un nouveau 
recit de ses deineles avec Julien. Le gros de la piece attaque divers 
passages de VApologie ; les dix derniers chapitres sont une critique 
des dix anathemes de Julien. Dun tiers p I us court que le Contra 
Additiones , ce deuxieme traite est encore d’etendue considerable. 
A-t-il les ineines destinataires que le precedent? WAtld. 12158 etant 
lacuneux au debut, tandis (jue le Vat. 140 Lest a l’endroit on devrait 
se trouver Inexplicit du premier livre et 1 incipit du second, nous ne 
pouvons dire si l’adresse interne, — ou le sous-titre, — que lit le 
Vat. 140 au debut du Contra Additiones porte sur le premier livre 
seul ou sur les deux a la fois. Le second, il est vrai, interpelle Julien 
a la seconde personne d’une maniere plus constante <jue le premier, 
mais ce peut etre la l’effet d un procede litteraire et il n’est pas pour 
cela necessaire que Louvrage soit adresse personnelleiuent a Julien. 

11 serait malaise, avons-nous dit, de tracer le plan de la Critique ; 
il faut faire la meine observation, et a plus juste titre encore, a 
propos des deux traites dont nous parlons. I n coup d’oeil jete sur 
la table des chapitres, dressee par hauteur lui-meme, le montre a 
Levidence. Chacun d eux forme une unite a part, sans lien logique 
etroit avec ceux qui Lencadrent. Tantdt, ils refutent un presuppose 
general de la doctrine de Ladversaire, et tantot, c'est le cas le plus 


* Add. 12158, 49 b, 54 a, ay d , 49 a. Voir les textes synaques dans Wright, 
Catalogue . p. 556. 

4 Voir p. 42. 

3 Contra Additiones (Vat. 140, 69 e). 



LE CONTRA ADDITIONES ET i/ADVERSUS APOLOGIAM IULIANI. 49 


frequent, ils critiquent une de ses formules ou etablissent le sens 
d’un passage patristique qu’il a allegue. Severe a coutunie, ecrit-il, 
de munir de temoignages patristi(jues jusqu’au dernier mot des 
ecrits qu’il lui arrive de composer sur des questions d Ecriture ou 
de dogme. Ici encore, il ne s’est pas departi de cette habitude et il 
a reuni dans ses deux ouvrages un ensemble de 25:2 citations 
patristiques, einpruntees, pour une moitie presque, aux oeuvres de 
saint Cyrille '. Ce sont ces temoignages qui torment, pour ainsi dire, 
la traine des ouvrages ; Severe se contente de les mettre en valeur 
en relevant la distance qui separe leur doctrine de celle de l’adver- 
saire. Le precede n’a pas varie depuis la Critique. 

Par contre, le ton de la refutation s’est singulierement eleve. 
La Critique evitait les mots blessants ; si elle soulignait le danger 
que courait l’auteur du Tome de verser dans des doctrines etrangeres 
a la foi, el le se gardait de le ranger parmi les heretiques ; el le faisait 
meme explicitement contiance a rorthodoxie de sa pensee *, tout 
en regrettant la terminologie malheureuse par laquelle il croyait 
pouvoir l’exprimer. Dans ces deux traites, au contraire, dans le 
second surtout, les invectives pleuvent dru a Fadresse de celui qui 
continue pourtant d’etre appele le « tres reverend eveque Julien ». 
C’est un ignorant, un orgueilleux, un impie, un pauvre d'esprit, un 
paien, un sot, un petit vieux ridicule, stupide et sans culture, qui 
tient des contes de bonne femme, un menteur ebonte qui ne respecte 
pas ses cheveux blancs, un bossu qui rit des autres, une taupe qui 
ronge les racines des bonnes plantes, un chien enrage... etc. 1 2 3 . La 
gamme en est tres etendue : Severe est passe « de la douceur a 
Findignation i * * * » ! II considere maintenant Julien comme un liere- 
tique : c’est un docete, un manicheen, un messalien, un eutychien, 
un valentinien 8 ; il lui decouvre meme des accointances avec Arius 


1 Elies se decomposent comme suit: i) Auteurs cites dans les deux ouvrages : 
S. Cyrille : 55, 53; S. Jean Chrysostome : 29,11; S. Athanasc : 6, 10; S. Gre- 
goire de Nazianze : 6 , 6 ; S. Gr^goire de Nysse : 10, 6; S. Rasilc : 8, 3; 
Proclus de Constantinople : 1, 3; Th6ophile d’Alexandrie : 3, 1; 1 imothcc 
d’Alexandrie : 3, 1; Denys l’Ardopagitc : 1, 1; 2) Auteurs cites dans le premier 
seul : Dioscore, Jean de Jerusalem, Jules de Rome, 1 heodote d’Ancyre : 
chacun une fois. 

2 Critique [Vat. 140, 52 /). 

3 Contra Additiones (Vat. 140, 72 c, 74 b, 75 d, 82 c, 84 c, 88 d, 94 f , 95 a, etc.) ; 

Adversus Apologiam Iuliani (Add. 12158, 72 c, 73 d, 78 a, 100 c, 102 b , 104 d, etc.). 

i Contra Additiones (Vat. 140, 70d). 

3 Contra Additiones (Vat. 140, 71 d, 78 c, 84 c, 74 b , 78 c, 84 c, 88 /, 91/; Add. 

12158, 43 a, 47 b, etc) ; Adversus Apologiam Iuliani (Add. 12158, 55 d, 68 a, b, 

c, 102 b, 104 b, 107 c, 75 a, 77 c, 78 c, 92 c, 93 d, 95 c, 101 a, etc.). 


4 



50 


A PRES LA RUPTURE. 


et Vpollinaire On sc tromperait, declare-t-il *, si, se fiant aux habi- 
Ietes de sa terminologie, on croyait que sa pensee meme n’est pas 
infectee dlieresie ; il n’est pas vrai, en effet, (ju’il ait sculement 
« trebuehe pour mi mot on deux, ou pour le petit mot ipOzpzo; on 
xrpOxcjzoz )) : e’est a la foi ineme en la realite de Uincarnation quil 
s’attaque. Ce verdict de Severe sur le sons de la doctrine de Pev£que 
d’llalicarnasse, enonce pour la premiere fois dans les deux ouvrages 
(jae nous venous d’analyser, dominera pour longtemps l’liistoire de 
cette controverse. 

VI 


Pour epuiser la serie des ouvrages antijulianistes de Severe qui 
nous sont parvenus, il nous reste a parlor de la dernierc piece du 
Vat. I 40 * * 3 4 * 6 . La partie du manuscrit qui la contient est particuliere- 
ment mal conscrvee : bien des folios sont mutiles ; 1111 plus grand 
nombre encore presente un texte souille, efface et, par endroits, 
totalement illisible ; les lextes eerits en rouge, — lemmata des cita¬ 
tions patristiques, ou autres sections ainsi distinguees du contexte, 
mais sans qu’on en voie la raison, — ont particulierement souffert. 
(/explicit de la piece est efface, mais le titre initial subsiste. 11 

pOrtC ! I -» ~ - t L a . — ~ a..* .J ) 1 f — L*- f— j—• j-; — — f— *2 — i 9 f-A— ^ " ■ ——► — (■ A^|—S? 

9 9 -11a? U-l-i IIaI-:!-? ) -t'-L U? ,<n? 


c'est-a-dire : zoi y.y'ov zxi uxxxp'oj y.pyizr.i'7y6~o‘j v.yi ~y.z pizpyyj 
(JVjffiO'j xvrioyz’.xz z/.zyyoz zr,; zGifioi>z <pavrao/a; IovMxwj z/. zr^ j 3 f| 3 /ou 
UAy/.rfjoj; *. La Ductrina Palrum de Incarnatione Verbi cite un 
fragment qu’elle attribuea Severe zv zr, y-o/.oy 'x zr, iirizp zoj c pt/.zArfjoj; 
-pi; ro pu.y' y.z'py./ yj/yj 5 : on le trouve dans le traite qui nous occupe fi , 
a Pendroit ou le patriarche defend ce qu’il avait dit, dans son 
Philalethe , du CXLIII e passage ou chapitre cyrillien du florilege 
diophysite qu’il y refutait 7 . 

Avant d aborder la description de cet ouvrage, (jue la Doctrina , 
ou sa source, connait sous le titre d Wpologie du Philalethe , il est 
opportun de dire un mot du Philalethe lui-meme. Pendant long- 


{ Contra Additiones (Vat. 140, 98 a) 

* Contra Additiones (Add. 12158, 47 c, d). 

3 Folios 108 £-145 c. 

4 « Ce qui veut dire : ami de la verite *, explique le traducteur syrien. 

• N Chap. 20, IX (edit. Diekamp, p. 128). 

6 Vat. 140, 130/. 

7 Sur le Philalethe dans la tradition litteraire, voir J. Lebon, op cit p. 123 
et suiv. 








51 


l’aPOLOGIE DU PHILALETHE. 


temps, le Philalethe fut confondu avec le Contra Grammaticum et 
il fallut attendre les publications modernes de documents syriaques 
pour jeter quelque lumiere sur cette question litteraire. Vllistoire 
ecclesiastique du pscudo-Zacliarie le IUieteur ', en faisant de la 
composition du Philalethe un episode des controverses de Severe 
avec les diophysites de Constantinople, la reportait de ce chef aux 
annees 509-511. Les 1 tes de Severe ecrites par Zacharie le Scholas- 
tique et Jean de Beith-Aphthonia ajouterent de nouveaux details a 
la notice du chroni(iueur : d’apres Icur temoignage, le Philalethe 
avait ete compose par le futur patriarche d’Antioche en reponse a 
un florilege cy ri 1 lien compile par les diophysites et destine, dans la 
pensee de ses auteurs, a concilier a la formule des deux natures 
Lautorite du grand archeveque d Alexandrie *. Enfin, en etudiant la 
tradition syriaque des ouvrages de Severe, M. J. Lebon etablit 
nettement la distinction entre le Philalethe, compose a Constanti¬ 
nople avant 511, et le Contra Grammaticum, ecrit en Egypte vers 
519 ; il contirma le temoignage des Vies sur les circonstances de 
composition du premier par une declaration empruntee a la corres- 
pondance de Severe avec Sergius le Graminairien, et il lit remarquer 
avec raison que Jean de Cesaree, refute dans le Contra Gramma¬ 
ticum, n’etait pas l’adversaire vise par le Philalethe. Sur la foi 
du Catalogus des Assemani, F. Diekamp avait admis que le Phila¬ 
lethe etait conserve dans le Vat. syr. 159; M. Lebon combattit cette 
opinion et soutint (jue ce manuscrit contenait, an contraire, une 
justification de la doctrine de cet ouvrage, une Apologie du 
Philalethe 1 2 3 . 

A son tour, le Vat. 140 renferme, dans le traite qui nous occupc 
actuellement, un nouveau temoignage de Severe concernant le 
Philalethe ; le patriarche y fournit des renseignements detailles et 
precis sur les circonstances 4jui provoquerent la composition de cet 
ouvrage et sur l histoire du florilege diophysite cyri 1 lien dont il 
n’etait qu'un examen critique. Outre Linteret que presente cette 
notice pour Lhistoire litteraire, el le doit nous permeltre, pour sa 
part, d’etablir certains points de criti<jae relatifs an Philalethe el a 
L Apologie du Philalethe du Vat. 140. Ce sont ces motifs qui nous 
engagent a la citer in extenso. 


1 Livre VII, chap, io (6dit. Land. Anecdota syriaca , t. Ill, p. 226 = edit. 
Brooks, II, p. 51). 

2 Zacharie le Scholastique, Vie de Severe (edit. Kugener, p. 105-106); 
Jean de Beith-Aphthonia, Vie de Severe (6dit. Kugener, p. 235-236). 

3 Op. cit., p. 113 et suiv. 



52 


A PRES LA RUPTURE. 


Sur le point d’aborder Pexanien detaille des passages du Philalethe 
allegues par les Julianistes pour le convaincre d’avoir, Ini aussi, 
defendu la doctrine de Pincorruptibilite du corps du Christ avant la 
resurrection, le patriarche ecrit ‘ : « Considerons d’ailleurs a bon 
droit quo, si le Philalethe s’accordait avec son opinion (/ opinion 
de Jalien), son nom meme serait un niensonge, car c’cst par une 
apparence qu it s’appellerait Philalethe ; et, si vous le voulez, nous 
ifirons pas loin, mais c’est du tiire meme qui se trouvait en tete du 
livre <pie nous ferons la preuve de la verite. II faut en effet savoir 
que des satellites de l’impiete de INeslorius, a diverses reprises, 

chacun d eux en un temps different * v 


Ur-I U—}.—), tirent des extraits des ecrits inspires de saint Cy- 
rille et rassemblerent, en vue de la collection perverse de leur 
impiete, un noinbre de 24i chapilres, les accroissant partie par 


partie (— 


V 


- .-Ha- 

\ 


L — r^), dans I' i n tent ion de montrer 


que It; docteur de la foi ortbodoxe avail pense et dit les monies choses 
(pie eeux qui divisent en deux natures, apres bunion inexplicable, 
noire unique Seigneur et Dieu Jesus-Chrisl. Ce livre unique, com¬ 
pile par plusieurs, ainsi (pie je I’ai (lit, iIs le.mirent en circulation 
conime s'i 1 avail etc compose par un seul, et c'est ce li\re-la que, 
en partie ou en entier, ainsi qu’on me l a raconte veridiquement, 
Jean, qui s’empara par un niensonge du siege (badultere de beglise 
dWlexandrie, (siege) de Proterius et de celui qui (vint) apres lui % 
avait porle a Home. Et longtemps apres, lorsque je vins a la ville 
imperiale, Jean, qui elait gazophylacte aux jours de Macedonius, 
cxtremement attache a Popinion impure des Nestoriens, donna ce 
livre au patrice Appion (v 1 * * 3 * !), de glorieuse memoire 5 , en guise de 
refutation a not re endroit et en preuve que le sage Cyrille avait 
enseigne et dit les inemes choses (pie ceux de Chalcedoine. II n'est 
pas (r rai) en effet, conime le supposent les docetes ignorants et les 
flalteurs de la table de la pliantasia manicheenne de Julien, que ce 
soil Dorothee le scribe qui bait compose, car, si c'eut etc 


1 Apologie de Philalethe (Vat. 140, ill e et suiv ) 

- II s’agit de Jean Talaya, 011 de Tabennesi, qui fut en effet le deuxi£me 
suecesseur catholique de Proterius, — le premier ayant £t£ Timoth£e Salo- 
phaciolos, — sur le siege d’Alexandrie. Pour la fa^on dont il devint patriarche 
« par un mensonge » en 482, voir Zacharie le Rheteur, Histoire ecclesias- 
tique , V, 6-7 (edit. Brooks, II, p. 222 et suiv.). 

3 Le patrice Appion est mentionne par Zacharie le Scholastiqce dans 

sa Vie de Severe (6dit. Kugener, p. 105); Severe lui aurait d£di£ un discours 

contre les « heresies d'Eutych£s ». 





L’APOLOGIE DU PH1LALETHE. 


53 


le cas, c’est contre lui nominalement quo je me serais mis a parler; 
mais parce que, coniine je l’ai (lit precedemment, le livre se trouvait 
etre sans nom de qui que ce fut, comme s il avail etc compose par 
un seul moi aussi, j’adressai moil discours contre lui 

« a un inconnu », lequel apparaissail ressortir uniquement a 1 here- 
sie, lorsque j’eus developpe moil sujet (U-L^ ; contre lui. Le scribe 
Dorothee, en effet, compila un autre livre, debordant, pourrait-on 
dire, ne se bornant pas a extraire des temoignages des ecrits de 
saint Cyril le, mais, dans son idee, faisant avec zele, d’apres de 
nombreux Peres, une defense declaree et sensee de Diodore, Theo¬ 
dore, Nestorius et de toutes leurs impietes, dans leurs personnes et 
dans leurs doclrines. Ce livre, intentionnellement, il le lit penetrer 
au palais par un moyen detourne, et c’est de la (ju'il fut communique 
a ma faiblesse ; contre lui, je n’eus pas meme besoin de (produirt) 
un traite de refutation ; il me suffit d’en faire de courts extraits, de 
montrer aux fideles que l'oreilie meme ne pouvait les supporter et 
de faire apparaitre le but de l’auteur *. Or, le litre qui se trouvait 
en tete du livre contre lequel j’ecrivis le Philalethe etait comme 
suit. Apres les cliapitres meme de la definition [du synode ?] de 
Chalcedoine... litre : kjoc/./.oo xpytzrucr/.or.o'j ah'xvdpeixg yyr^ziz 
dixcpopoi 'ey yJ.z Ittcj I'j'A.'j twj oCo Z'Lvzwj to oiacpopov v.y't tov G-ov /oyov 
cf.Ti7.0r, v.y.i cx.0a.vyzw* too Oz vxw -yOrgov v.y.i Gi/yjrov r.xo yhzo'j v.mu7- 

9 i 

TOU.ZVGV 1 2 3 4 5 . » 

l 

La compilation diophysile refutee dans le Philalethe etait done 
anonyme etelle avail deja toute une histoire au moment oil les Clial- 
cedoniens de la capitate l'avaient repandue dans h's milieux ofliciels 
pour ebranler le credit que le moinc palestinien s y etait acquis. 
El le rassemblait sous le litre qu’on vient de lire 244 extraits s des 


1 Deux mots cftaces 

2 Cet ouvrage du scribe Dorothde aurait-il quelque rapport avec l’dcrit 
attribue par Severe, dans le Contra Grammaticum, au patriarchc Mac« 5 donius 
(efr J. Lebon, op. cit. y p. 126) ? 

3 i_L=71 21. J. 2-^. Z.Z.'—*') C 71 Izz Ijz - j-’ A. C *> 

(JS | ? [un mot] His- [—aJ]] ^“*1 c L- j 

: i— 2 lignes] 

4 C’est le titre du florilege cyrillien du Vend. Marc, graecus 165 (voir 
J Lebon, op. cit., p. 132, note 2); le texte syriaque que nous traduisons y 
correspond mot pour mot. 

5 Lorsque Severe parle aillcurs (efr J. Lebon, op. cit. } p. 125) des « 250 soi- 
disant temoignages » cyrilliens que contenait ce meme recueil, il donne un 
nombre rond ; le nombre exact est 244. 








54 


A PRES LA RUPTURE. 


ecrits de saint Cvrille ; ce florilege etait Ini meme precede de deux 
pieces : la premiere comprenait les « chapitres de la definition de 
Chalcedoine » ; quant a la seconde, le mauvais etat de conservation 
du 1 at. 140 en cet endroit ue nous permet pas de savoir ce (pie 
Severe en disait. Retenons done le temoignage tres precis du 
patriarche : le <( livre contre lequel il avait ecrit le Philalethe » se 
decomposait comine suit : 1°) la definition de Chalcedoine; 2°) une 
autre piece; 5°) le titre cite plus haut, immediatement suivi du 
florilege cvrillien eomprenant 244 extraits ou « chapitres ». 

Apres ces preliminaires obliges sur le Philalethe , revenons 
a YApologie du Wiilalethe du Vat. 140. Le titre qu’elle porte dans 
ce manuscrit est habile, car, en la presentant commc « une refu¬ 
tation de la phantasia de Julien, liree du l ) htlalelhe », il laisse 
entendre (pie, loin de preter secours aux Julianistes, le Philalethe 
avait par avance refute leur doctrine. Celui qu’atteste la Doctrina : 
« Apologie du Philalethe », repond toutefois mieux au caraclere de 
Loin rage ; celui-ci en elTet a beaueoup moins pour objef de refuler 
les Julianistes par des passages extraits du Philalethe (pie de defen- 
dre ce dernier pied a pied. La matiere de cette apologie est disposee 
dans l'ordre suivant. I ne introduction assez courte (108 6 - 41 1 e) 
justifie la nouvelle intervention du patriarche dans la polemique sur 
Lincorruptibilite : les disciples de Julien ont ose dire (pie le Phila- 
lethe « enseigne les fables de la phantasia » de leur maitre 1 . A cette 
occasion, Severe rappelle encore l’histoire de ses difficultes avec 
Julien et oppose a (juelques fragments-types exlrails du Tome, des 
Additions et de VAdversus blaspliemias Seceri , des citations patris- 
t i< j lies deja produites dans la Critique. Mais il ne s’agit pas iei de 
discuter la doctrine de Julien, — la chose est faite depuis longtemps 
dans d'autres ouvrages, — et Severe va passer rapidement a ce qui 
fait proprement Lobjet de son traite actuel. La seconde partie, qui 
absorbe presque la totalite de Louvrage (111 e - 141 ?), y est entiere- 
meut consacree. File vent garantir de toute interpretation favorable 
au julianisme les termes et les formules employes autrefois par 
Lauteur dans son Philalethe en defendant saint Cvrille de Lacciisa- 
tion de diophysisme Dans ce but, ellereprend les passages revendi- 
ipies par les Julianistes, en montre le veritable sens et les eclaire par 
d’autres, empruntes au meme ouvrage. Au cours de ce plaidoyer 
pro domo , le patriarche defend ou allegue successivement les sections 


1 Julien lui-meme avait cru pouvoir se r6clamer du Philalethe (voir plus 
haut, p. 12). 



L APOLOGIE DU PHILALETHE. 


55 


du Philalethe ou il defendait lui-meme d’unc interpretation dio- 
physite les chapitres IV, XXI, XLIV, XLV, UI, LXIV, LXXI, Cl, CV, 
CXI, CXXXI1, CXLV, CLX, CLXXI, CLXXII, CLXXVI, CLXXIX, 
CLXXX, CLXXXV, CXC, CCIII, CCIV, CCXXI, CCXXXV, CCXXXVI, 
CCXLIII que Ie llorilege anonyme avait extrails des oeuvres de saint 
Cyrille. Enfin, dans une troisieme partie (141?-145), Severe cite 
des extraits de ses propres homelies ou autres ecrits ; a en juger 
d’apres ce qu’il est possible d’en lire, il vent inontrer par la que son 
enseignement sur la question de 1’incorruptibilite n'a jamais varie. 
Cette apologie ne se propose done qu’un but : inontrer que Julien et 
si s partisans n’ont aucun bon motif de ciler le Philalethe au nombre 
des ecrits dont ils pourraient se reclamer, ni d'accuser Severe d’avoir 
contredit ses opinions anterieures en prenant position centre Julien. 

L’examen du Vat. sgr. 1 it) etablit done, premiereinent, que la 
derniere piece du manuscrit est une Apologie du Philalethe , — la 
Doctrina la connait ifailleurs sous ce titre, — et, secondement, 
qu’elle est entiereinent dirigee contre les Julianistes. Toutefois, 
nous rencontrons ici une difficulty ou, tout au inoins, un point a 
eclaircir. En etudiant les ouvrages de Severe, M J. Lebon avait 
reconnu, sur la foi de diverses autorites, Eexistence d une Apologie 
du Philalethe 1 , mais n'ayant pu consulter les manuserits de Home, 
il en avait fait une oeuvre de polemique antichalcedonienne. El le 
aurait vu le jour dans les circonstances suivanles. Avant d’ecrire 
son Apologie pour le concile de Chalcedoine , que Severe devait 
refuter plus tard dans le Contra Grammaticum , Jean de Cesaree 
aurait compose une atlaque contre le Philalethe , qui avait, el le aussi, 
en une eerlaine inesure, le caractere d un llorilege c\ rillien. C'est a 
cette attaque (ju’aurait repondu Severe par une Apologie du Phila¬ 
lethe, oeuvre de polemique anlichalcedonienne opposee a un ouvrage 
de polemiijue diopbysite ; il l’avait entiereinent transcrile avant 
d’en aborder la refutation. Passant ensuite a Eexamen de la tradi¬ 
tion manuscrite qui aurait conserve ces oeuvres, M. Lebon admit, 
premiereinent, que 1 'Apologie du Philalethe , ineluant, coniine nous 
venons de le dire, l’ecrit qui avail combatlu Ic Philalethe , se 
trouvait, en traduction syriaque, dans le Vat. syr. 159, et, deuxie- 
mement, que le Venet. Marc. gra<c. 165 eontenait le texte original 
de Eatlaque de Jean de Cesaree. M. Lebon s’ojiposait ainsi a 
Lopinion emise par E. Diekamp louebant ces manuserits. Celui-ci 
tenait, en elfet, que le Venet . Marc, graec. 165 renfermait, non 


Op. cit,, p. 128 et suiv. 


1 



56 


APRES LA RUPTURE. 


pas unc attaque de Jean de Cesaree contre Ie Philalelhe , mais 
VApologie de ce m6me Jean pour le concile de Chalcedome, et que le 
\ at. syr. 159 conservait, avec cette piece, Fouvnige de Severe qui 
y repondait, a savoir le Philalelhe 1 . F. Diekamp non plus n avait 
pas consulte personnellement le Vat. 139*. II avail fail comparer 
avec le debut de ce manuscrit un passage de la Doclrina Patrum 
qu'il soup$onnait devoir s’y retrouver traduit. Sa conjecture elait 
exacte mais, pour les Litres des pieces contenues dans le manuscrit 
syriaque, il avail fait credit aux indications du Catalogus des 
Assemani. 

On voit le probleme (jne soulevent les opinions de ces deux 
auteurs, une fois qu’il est prouve que le Vat. 140 renferme 
une Apologie du Philalelhe , ouvrage de Severe contre les Julianistes. 
Le patriarche anrait-iI compose deux Apologies pour le Philalelhe , 
Lime, contenue dans le Vat. syr. 139, dirigee contre le chalcedonien 
Jean de Cesaree, el une autre, contenue dans le Vat. syr. 140, 
ecrite beaucoup plus tard, contre les Julianistes ? S’il n'en a com¬ 
pose qu’une, quelle est celle des deux pieces en question qui est 
vraiment VApologie du Philalelhe , et quelle est la nature de Lautre? 
Subsidiairement enlin, et pour faire la pleine lumiere sur ce 
probleme de critique litteraire, (jiiel rapport a pu avoir Jean de 
Cesaree avec le llorilege cy ri I lien du Venet. Marc, grace. 163 et la 
partie correspondante du Vat. syr. 159? Tactions de repondre a ces 
questions. 

Deux manuscrits surtout sont en cause : le Vat. syr. 140 dans sa 
derniere partie et le Vat. syr. 139 tout enlier. II s’agit avant tout 
d’identifier les pieces (ju’ils contiennent. Deja nous avons reconnu 
que le dernier traite du Vat. 140 etait une Apologie du Philalelhe 
contre les Julianistes ; nous n’avons plus a nous en occuper, il suffit 
de porter nos recherches sur le Vat. 139. Pour savoir ce que celui- 


1 Doclrina Patntm de Incarnatione Verbi , p. xlviii et suiv. 

2 Le manuscrit que F. Diekamp ( op cit., p. xlix) et, k sa suite, J Lebon 
appellent Vat. 140, est actuellement cot^ 139. F. Diekamp (ibid., note 2) 
observe que lc Catalogus des Assemani le cote 139; Vindication cst exacte : 
le codex est decrit ( Catalogus, t. Ill, p. 221) sous la cote CXXXIX ; seulement, 
dans l’exemplaire qui fait foi a la Vaticane, on a, a un moment donne, burre 
d’un trait le I de CXXXIX, de fai^on a faire lire CXXXX ; la cote primitive 
est actuellement retablie par Vindication 139, en chitfres arabes, plac^e k cote 
de Vancienne. Nous avertissons le lecteur que, pour plus de clart£, nous cor- 
rigeons la cote 140 en 139, chaque fois que nous rapportons, au cours de 
notre expose, les opinions de F. Diekamp ou de J. Lebon sur le contenu de 
ce manuscrit. 



l’aPOLOGIE DU PIIILALETHE. 


57 


ci renferme, nous ferons appel, premiereinent, au temoignage du 
manuscrit lui-meme, deuxiemement, a celui de Severe dans ses 
aulrcs oeuvres, et enfin, aux citations de la litterature syriaque 
posterieure. 

Examinons d’abord le manuscrit. Le codex 1 2 , date du VIII 6 siecle 
par les Assemani*, eoinporte 154 folios, en pages a deux colonnes 
de 54-50 lignes ; tine pagination moderne, provenant sans doute 
des Assemani, numerote les folios de 5 a 150 ; au recto du premier 
folio (numerote 5), tine note averlit le leeteur que les deux folios 
precedents manquent 3 4 . Disons tout de suite que le manuscrit ainsi 
inutile au debut Pest davantage encore a la tin ; la parlie restante 
a elle-meme beaueoup soulTert, en particulier dans ses lemmata, 
ecrits en rouge. (Pest dire deja <{ue le litre initial a peri. De dix en 
dix folios ‘, le tilre courant porte : Ls 

(Livrc du (appele) Philalelhe, de saint Severe). Le texte commence 
ex abrupto : Ml (rf.v ly.ry yy.rjj.i vu.iv) : ces mots sont 

emprunles aux premieres lignes de la definition du concile de Chal- 
cedoine 5 , cilant la parole du Christ en S. Jean c : « Je vous laisse 
ma paix. » Le texte de la definition, completement repris, continue 
jusqu’au folio 5 d, ligne 9. Les cinq lignes suivantes porlaient un 
lemma en rouge, aetuellemcnt efface ; la section qu'il introduit (die 
se poursuit jusquau folio 7 b, l. it)) : ... ^z fait 

allerner de courts fragments de la definition qu’on vienl de lire avec 
des textes choisis de saint Cyrille ; on la retrouve en grec dans la 
Doetrina Pair am de lncarnatione Yerbi Le reste de la colonne, 
originairement occupe par des titres ecrits en rouge, est presque 
completement efface; il en reste assez pour lire le debut conime suit : 


* Nous avions c mtrole sur le Vat. 139 les nombrcuses citations du Phila- 
lethe que renferme la derniere piece du Vat. 140, mais nous avions neglige de 
photographier le manuscrit. M. S. G. Mercati, profcsseur a l’Univcrsitd* de 
Rome, a eu l’aimable obligeance de rcparer notre omission. II voudra bicn 
t ouver ici l’expression de notre vivc gratitude. 

2 Catalogus, t. HI, p. 222. 

3 « Desunt duo tantum folia ». II manque en cffet deux folios au premier 
cah::r; il est probable que la lacune initiale du manuscrit n’^tait pas plus 
considerable. 

4 Au verso dcs folios 10, 20, 30, 40, 50, Co, 70, 80, 90, 100, no, 120, 140, 
130. Il n’cst plus lisible au verso du folio 130, qui est en mauvais etat. 

3 Cfr Mansi, t. VII, 10S, C-117, A. 

I oh., XIV, 27. 

- Chap. 24, XII (edit. Diekamp, p. 168, 1 7-p 173, 1 . 15) : inoyevot... 
avxOey.XTt'Ce'jOcu. xiiro'j^. C’est F. Diekamp ( ibid ., p. xlix-l) qui a identifie 
les deux premieres pieces du manuscrit. 





58 


APRES LA RUPTURE. 


I—»-[«**^] U" , 1~'.' . ? 13 — r . -- b U* *— 1 ? (R jyn/jj y.pyuraT/.iitO'j 

y'/.iiy.'Arji : y.; yprpuf) ; clu mot suivant, on n’apercoit plus que les 
points diacritiques indiquant un pluriel. Les dernieres lignes con- 
tenaient le lemma du fragment, numerote I (Alaf), qui commence a la 
page suivante ; c’est le premier temoignage d’un recueil de citations 
exclusivement empruntees a saint C\iilie. Elies sont au nombre de 
-4 1 (fol. 7c-62a), et sont numerotees I a r^’. La, une breve remarque 
souligne la fin dn florilege : Jusquici , les chapitres que ladversaire 
a extrails des litres de S. Cyrille , en croyanl confirmer son opinion. » 
Apres un blanc d une ligne, vient le lemma : « lie saint Severe , 
pretre et super ieur de monaster e en ha les tine, qui Jut plus lard 
archeveque d\[ ntioche », immediatement sui\i du texte dont on peut 
lire la traduction dans la preface de F. Diekainp ' : la refutation du 
recueil diophysite est commeneee. Severe annonce son intention de 
faire une defense, une apologie pour chacun des chapitres de 
saint Cyrille, en en apportant notamment le texte integral que 
<» Ladversaire » a altere. « L’apologie pour les chapitres qui sc 
trouve ci-dessous, declare-t-il, va examiner chacun des chapitres... *; 
le nom du livre, c’est Cyrille on hhilalethe ... contre ceux qui 
alterent ses textes, les tronquent et les rassemblent avec impiete, 
dans le but de divider Emmanuel en le disant deux natures apres 
Lunion \ » Apres cette breve introduction, Fauteur croit utile 
d’exposer tout d’abord « quelle difference il y a enlre dire une nature 
du hieu Verbe incarnee et dire deux natures i » ; la demonstration 
le retient assez longtemps (fol. boa-76 a). Les preliminaires etant 
expedies, il aborde la critique de Lecrit de Ladversaire. II s’en prend 
d’abord au rappro diement quecelui-ci a etabli entre les formules du 
Synodeet cellesdesaint Cyrille (fol. 76a-88a); vient ensuite la partie 
maitresse de Louvrage, a savoir un examen detail le des 244 chapitres, 
qui en revendique l appui pour le systeme monophysite a Lexclusion 
de tout autre. Severe commence par attaquer le litre qui les precedait 
dansle flori lege diophysite; cette fois, ce t i t re est parfaitement lisible; 


il porte : Ia l: L> r 


1 ■ 


| 0 ~ »■; 


1 Op. cit., p. xlix , en note : « Temeraria... affirmant » (repris a Assemani, 
Catalogus, t. Ill, p. 222). 

lii—1 - = zn Uo^ 


■ « • • • • • 


Ce n’est done pas une apologie du Philalcthe % 


ouvrage de Severe. 

* Vat. 139, 6 zb. Cfr F. Diekamp, op. cit., p xlix. 

* Vat. 139, 63 a. 











L’APOLOGIE DU PHILALETHE. 


59 


A ■ 


■aa-.A. 


jj | T -V-J jTU^I© . P-aC ,-aVZ? 071 j V ^ C-A. 
clI'ac 1 |Zc-a.-oo L.a, —-a_a» IL-^ci • I J.~a. ' .. ~ jj o I-a.- 


^1 


c’est- 

a-dire : « de saint Cyrille, archeveque d'Alexandrie, lemoignages 
divers dans lesquels on peul voir la difference des deux natures , el 
que le Dieu Verbe est proclamc par lui impassible el immorlel, le 
temple , au conlraire, passible el mortel 1 . » Une fois comuiencee *, la 
discussion des a chapitres » so poursuit sans interruption. Severe 
reste fidele au programme qu’il s’e.^t trace : sa metliode consiste le 
plus souvent a remettre cos extrails des umvres de saint Cyrille 
dans leur contexte ou a les interpreter d’apres des passages em- 
pruntes a d’autres ecrits du meine docteur. D’ordinaire, il discute 
separement les chapitres ; parfois cependant, pour Tun ou l’autre 
motif dont il rend compte, il en examine une serie a la fois 1 2 3 . 
Cliacun de ceux qui sont examines a part est repris entierement 
et introduit sous l’indication: Chapitre n° ... de l adversaire ; de 
saint Cgrille , de... (indication de la source), et sui\i de la mention : 
Apologie de ccci , introduisant a son tour la critique de Severe. Le 
manuscrit, fortement inutile, cesse ex abrupto au folio 150, au 
milieu d’un passage illisilde, apres Papologie du chapitre C, et, 
vraiseinblablement, au cours de cello du chapitre Cl. 

11 semble difficile d hesiter sur le contenu du manuscrit. Le 
copiste a cru transcrire le Pliilalilhe de Severe : le til re courant 
qu’il a repete de dix en dix folios en fait foi. Le iiom du livre, 
dit d’ailleurs Lauteur lui-meme, c’est Cgrille ou Philalethe *. Et 
en effet, Severe n’v presente pas la defense d’un de ses ouvrages 
precedents, mais celle des 2ii chapitres de saint (Cyrille qu’on lui 
objecte. Quant au recueil qui les contienl et que Severe a d’abord 
pris la peine de transcrire en entier, ce n’est pas une attaque d’un 


1 Vat. 139, 88 b. 

2 Vat. 139, 89 d. 

3 C’est le cas pour les chapitres V-VII {Vat. 139, 93 d), XXI-XXVI 1 I {ibid., 
114a), XXXVI 1 -XL {ibid., 124 d), XLVI-XLIX {ibid , 130^), LXIV-LXV 
{ibid., 139 b), LXXVI-XC {ibid., 148 a). 

‘ i at. 139, 6 zb. Severe appclle ici Philalethe, en un sens restreint, la cri¬ 
tique du recueil par opposition au recueil lui-meme. Cela ne veut pas dire 
que celui-ci ne iaisiit pis corps avec le Philalethe) la la^on dont le recueil (t 
sa critique se soudent (lol. 62 a), comme aussi la presence du titre courant 
« Livre du Philalethe, de saint Severe » dans les soixante premieres pages du 
manuscrit, nous invite au contraire a l’admettre. Il semble bien que la lacune 
initiale du Vat. 139 contenait une br£ve introduction de Severe, exposant 
les circonstances de composition et le but du livre, avant de commencer la 
transcription du recueil diophysite anonyme. 









60 


APRES LA RUPTURE. 


ecrit du rnoine monophysite, c’est un florilege exclusivement cyrillien 
precede, premiercment, de la definition du concile de Clialcedoine el, 
second e men I, (Tune mise en parallele des formules les plus carac- 
teristiques du Synode avec quelques passages de saint (grille : il 
repond done parfaitement, et par son contenu, el par 1’ordonnance 
de ses pieces, et par le litre qui introduit les 244 chapitres du 
florilege,au signaleinent ires precis donne par Severe,dans V Apologie 
du Philalethe (Vat. 140), du « li\re centre lequel il avail ecrit le 
Philalethe » *. Quant au noin de Jean de Cesaree, il ne parait point 
dans le Vat. 159, et le Philalethe semble bien ignorer le noni de 
celui qu il combat, puisqu’il ne 1’appelle jamais que «l’adversaire». 
On ne peut s’en etonner, car la nicine notice de VApologie du Phila¬ 
lethe nous a a[>pris que le recueil diophysite refute par le Philalethe 
etait anonyme, et que, une vingtaine d'annees apres I’avoir discute, 
le patriarche ignorait toujours le noni de ceux qui avaient collabore 
a sa compilation. 

L’examen du manuscrit lui-meme, ainsi que la confrontation des 
donnees qu’il fournit avec la note de Severe decrivant dans V Apo- 
logie du Philalethe du l'at. 140 I’ouvrage qu’il avail combattu dans 
le Philalethe , nous out amene a conelure que le Vat. 139 contient 
le Philalethe et non pas une Apologie du Philalethe. Si bien etablie 
que paraisse celte conclusion, il ne sera pas inutile de la confirmer 
par ailleurs en voyant, notamment, sous quels lemmata d’autres 
ecrits syriaques introduisenl des citations de l’ouvrage que lit ce 
nieme Vat. 159. 

Ueeueillons d’abord le lemoignage de Severe. En quatre endroits 
du Contra Grammaticum 1 2 , le patriarche raille son adversaire d’avoir 
emprunte certains leinoignages de saint Oyrille au « 1 i\re d’ex- 
traits 3 » compose par « les partisans de Nestorius, contre lequel » 
lui, Severe, — il en fait les quatre fois la remarque — a a ecrit 
le Philalethe ». Les chapitres on passages utilises portaient, dil il, 
dans ce florilege, les numeros (XXXXVII, CCXIV, CCXXXIV et 
GXGV1I. Or. nous lisons les inemes textes, et sous les memes indica- 


1 Apologie du Philalethe (Vat. 140, me). Voir plus haut, p. 53. 

5 Cfr J.I vE bon, op. cit., p. 125, note 4. Au lieu de: « chapitre 240 », lisez : 214; 
ainsi porte, et avec raison, V Add. 12157 (fol. 121 b). M. Lebon a mis notre 
disposition scs photographies de 1 'Add. 12157 ; qu’il veuille trouver ici l’expres- 
sion de notre respectueuse gratitude. 

3 Add. 12157, 137 £ : U— 

* Add. 12157, 117 b, 121 b, 137 b , 175 c. 



L* APOLOGIE DU Pill LA LETHE. 


<)1 


tions numeriques, dans le (lorilege du Vat. 139 1 : c’est dire quo la 
partie de ce mannscrit qui critique Ic recucil diopliysite n’est autre 
quo le Philalethe. 

Cos quatro temoignages conccrnont directeinent la premiere partie 
du manuscrit dont il s'agit cPidentlfier !e contenu ( Vat. 1 59, 3-0*2 a) ; 
voyons cenx qui se rapporlent a la seconde, refutation de la 
premiere (Vat. 159, <)2a-15(»). Nous los empruntons a V Apologie du 
Philalethe du Vat. 140. Coniine celled se donne pour mission, 
nous l’avons dit, de montrer que le patriarclie n’a pas defendu dans 
son Philalethe les idees des Julianistrs, el le cite, pour les ana¬ 
lyser, d’importantes sections de l’ouvrage incrimine ; celles-ci 
s’etendent frequeminent, avec le eliapitre e\ rillien objecte, a toute la 
justification qui en avail ete presentee. Or, ces sections se retrouvent 
integralement dans la seconde partie du Vat. 139 : malgre 1’etat de 
mutilation et de mauvaise conservation des deux manuscrits, nous 
avons pu en relever et en identifier trei/.e 2 . Ce sent fait suffirait a 
mettre un titre sur la piece du Vat. 139 qui les contient. En diet, 
puisque, apres avoir annonee son intention de defendre le Philalethe , 
le dernier traite du Vat. 140 cite treize longs passages dont il 
justilie ensuite la doctrine, il faudra appeler Philalethe la seconde 
piece du Vat. 139 d’ou ils out ete extraits. Mais il y a plus : quatre 
de ces citations sont introduites sous des references explicites qui 
ne laissent place a aucune confusion. Ces deux premieres, par 
exemple, sont dites empruntees « aux portes exterieures du Phila¬ 
lethe » 3 , et, de fait, elles se retrouvent dans le IV//. 13!) a l’endroit 
ou Severe critique le titre du llorilege. avant de passer a la discussion 
des citations qui le composaient. Deux autres 4 * * , au lieu de s’etendre 
a toute Capologiedes chapilres Lll et IAIN qu’il s’agit en cet endroit 
dejustifier, n’en reprennent qu’une partie; ecoutons en quels termes 
Severe s’excuse de n’apporter que des citations incompletes : « Nous 
ne citons ici que ceci pour eviter I’abondance des discours inutiles. 
Celui qui le veut lira, dans le Philalethe, et le eliapitre pour lequel 
j’avais fait cette apologie. et les paroles qui suivent ce eliapitre 8 . » 


1 Respcclivement, aux folios 6o b, 55 c, 59 c, 51 b. 

2 Vat. 140, 112 b-c [Vat. 139, 88 b-d) ; 11 zed (89 b-c) ; 112 d (89 c-d) ; 113 a-b 
(g2b-d); 113 b-c (93 c-d ); 113 c-d (93 d ); 113 e-f (1x4 a-c ); 114 a-c( 127 c-128^); 
114^-115^(1290-130^); n6^-c (131^-132^); 116 d (138 d- 139 a ); 116 e-f 
(143 c-d ); 117 a-b (144 a). 

3 Vat. 140, 113 a. 

i Vat. 140, 116 b } 116 d. 

3 Vat. 140, 11G b, a propos du chapitre LII. Severe fait unc remarque 

analogue touchant le chapitre LXIV et son apologie, au folio 116 d. 



APRKS LA RUPTURK. 


02 


Enfin, au temoignage do Severe, ajoutons celui de la literature 
syriaque posterieure. Les eliaines dogmatiques des Add. 12155 <*t 
14532 du British Museum citent trois passages qu’elles rapportent 
a des parties du « Philalethe » qu’elles prennent soin do determiner 
de facon tres precise. Or, nous en lisons la texte dans le Vat. 139, 
aux endroits specifies par les lemmata des deux manuscrits 1 . La 
tradition manuscrite posterieure connait done, el le aussi, la refuta¬ 
tion du florilege anon vine du Vat. 139 sous le nom de Philalethe. 

Arrives au terme de notre etude des sources syriaques relatives 
au Philalethe et a V Apologie du Philalethe , la conclusion suivanfe 
nous parait s’imposer. II a existe une Apologie du Philalethe , com- 
posee par Severe : e’est une oeuvre d(* polemique antijulianiste, et 
el le se trouve, en traduction syriaque, dans le Vat 140; avec la 
Doctrina Patrum, on pent 1’appeler, sans autre determination : 
V Apologie du Philalethe , car, d’apres les documents connus a ce jour, 
Severe n'a pas compose deux justifications successives de la doctrine 
du Philalethe. Quant an Vat. 139, il renfenne, non pas une 
Apologie da Philalethe ineluant et refutant une attaque de Jean de 
Cesaree centre le Philalethe, mais le Philalethe lui-meme, qui 
reprend et refute un recueil diophysite anonyme, notablement plus 
ancien, et comprenant, coniine partie maitresse, un florilege 
cyrillien de 244 extraits ou cliapitres. L'examen du manuscrit, les 
temoignages repetes de Severe et ceux de la tradition syriaque 
posterieure sont unanimes a Fattester 2 . 


‘ Add. 12155, 40 c ; Add. 14532, 6 c : De lui(= Severe), du debut du Philalethe 
(= Vat. 139, 64 a) ; 2) Add. 12155.39 d‘ Add. 14532, 4 b-c : De lui, ?u Philalethe, 
de la refutation de la definition de Chalcedoine, de la refutation du chapitre II, 
apres le temoignage de saint Cy'rille (= Vat. 139, 79 b-c ); 3) Add. 12155, 39 d : De 
saint Severe, du Philalethe, de la refutation du chapitre II (= Vat. 139, 79 c). 
Le texte des deux dernieres citations, que rien ne separe dans le Vat. 139, est 
apporte deuxfois/’er modum k«/m 5 par YAdd. 12155 (139 if, 147 a), et rapporte 
au « debut du Philalethe ». 

? On voit, d’apres ceci, ce qu'il faudrait penser du Ven. Marc. 165. Autant 
que nous en puissions juger par la description de F. Diekamp (efr J. Lebon, 
op cit , p. 132, note 2), il contient le florilege cyrillien du Vat. 139, et il le fait 
prec£der, lui aussi, de la definition du concile de Chalcedoine et d’une 
avri7T3cpa0£(7(; des formules du Synode et du docteur C’est dire que nous 
rejetons l’attribution a Jean de Cesaree, faite par F. Diekamp (op. cit., 
p. xlviii-li, et p. 166, 168), des sections X et XII du chapitre 24 de la Doc¬ 
trina. — F. Diekamp a compte 230 citations dans le manuscrit de Venise ; les 
mots y.xi u.z r J ZTioz du folio 24 v° indiquent-ils une lacune, et une lacu- e 
intentionnelle ? La section K vu/'/ssj Z'o'jz:... naoifJTYfTt Oolxy traduit 1 ° 

i 

debut du Philalethe (Vat 139, 62 b) : faut-il en conclure que le Ven. Marc. 165 
derive d’un manuscrit du Philalethe ? N’ayant pas vu le manuscrit, nous ne 



L*APOLOGIE DU PHILALETHE. 


63 


II est cependanl necessaire do revenir sur les opinions que nous 
avons combatlues et ({'examiner les raisons, a noire sens non fun¬ 
dees, qui out pu leur donner naissance. Resumons-les brievement. 
Tout d’abord, le Catalogus des Asseniani, decrhant le Vat. 139, y 
voit VApoIogie de Jean de Cesaree pour le concile de Clialcedoine , 
suivie de sa refutation, le Philalethe * l * . En rapportant a Jean de 
Cesaree cerlaincs pieces du cliapitre 24 de la Doclrina Palrum , 
F. Diekamp ne faisait quTitiliser les renseigneinents du Catalogus 
sans les contnMer l . Le cardinal Mai avail fait de memo, avant lui, 
en publiant des fragments inedits de saint Cyrille extraits, disait-il, 
dun manuscrit du Vatican contenant VApoIogie de Jean de Cesaree 
pour le concile de Clialcedoine 3 . Entin, M. J. Lebon, s’opposant a ces 
trois auteurs, supposait (jiie le Vat. 139 contenait une altaque du 
Philalethe par Jean de Cesaree, — tout a fait independante de 
VApoIogie pour le Concile de Clialcedoine , — et la reponse a cette 
attaque, a savoir VApoIogie du Philalethe dont il avait admis par 
ailleurs l’exis'enee 1 . Nous contrblerons en premier lieu la valeur 
de la description du Vat. 139 fournie par les Asseniani et, ensuite, 
nous cxaminerons Lopinion proposee par M. Lebon. 


pouvons repondre a ccs questions. — P. H. Pusey signalc ( 5 . Cyrilli in Ioannis 
evangelium , vol. Ill, p. 476, note) un manuscrit du Caire (« Cod. monasterii 
S. Cathannae, Cahirae »), dont le texte est parallele a celui du \'en. Marc. 
165, et qui est, comme celui-ci, du xvie siecle. C’est d’apres ccs deux manus- 
crits qu’il a publie (ibid , p. 476 et suiv.) le texte grcc des fragments des 
oeuvres de saint Cyrille traduits du syriaque par Mai (Nova Patrum Biblio¬ 
theca, , t II, p. 445-451). Pusey rc marque qu’aucun des deux manuscrits 
n’attribue le llorilege a Jean de Cesaree. 

1 T. Ill, p. 221-222. 

i Doctrina Patrum (6dit. Diekamp, p. xlviii et suiv). 

D Xova Patrum Bibliotheca , t. II, p. 445 et suiv. = PG, LXXVI, 1427 et suiv. 
Les fragments I-XV, XVI-XX, XXI-XXVI, XXVII-XXIX de Mai sont les 
chapitres LXXVI-XC, CLXXXI-CLXXXV, CLXXXVII-CXCII, CXCIV- 
CXCVI du dorilege diophysite (Vat. 139, 21 ^-28 c, 48 c-49 c, 49 C-50C, 51 a-c ). 
La Iohannis Caesariensis notatio (Xova Patrum Bibliotheca , t. II, p. 453 = PG, 
LXXVI, 1449, A), inexactement traduite d’aillcurs, renferme plus probablc- 
ment deux notes de copiste qu’une annotation du compilateur (l at. 139, 50 d ); 
le « fragmentum » dont elle parle est le chapitre CXCIII du llorilege ; le titre 
« Iohannis Caesariensis notatio » n’a, naturellement, au.un correspondant dans 
le texte syriaque. Les fragments XXX-XXXI, « ex Philalethe*, sont traduits 
du Philalethe (Vat. 139, 67 a, 6 7 b). Mai dit ailleurs de fa^on explicite (Nova 
Patrum Bibliotheca , t. IX, p. 150, note 4 = PG, XXVI, 1433, note 15) que la 
refutation de VApoIogie de Jean de Cesaree pour le concile de Clialcedoine 
portait, comme autre titre, celui de Philalethe. 

i Op. cit. t p. 127 et suiv. 



A PRES LA RUPTURE. 


64 


Nous nions done que Jean de Cesaree ou son Apologie pour le 
concile de Chalcedoine aient a voir quoi que ee soit, aussi Lien avec 
la compilation du recueil diopliysite dn Vat. 139, qu'avec Torigine 
du travail critique qui lui fait suite dans le meme manuscrit. Les 
Asseinani, toutefois, en decrivant ee codex dans leur Catalog us *, ne 
paraissent avoir aueun doute sur la legitiinite de l’opiiiion contraire. 
D’apres eux, le Philalethe refute VApologie de Jean de Cesaree pour 
le concile de Chalcedoine . Ils donnent meme, en syriaque, le titre de 
Touvrage du Grammairien : Apologia loannis episcopi Caesareae 
contra Monophysitas ex libro (sic) sancti Cyrilli testimonial 244 *. 

II est aise d’assigner la raison qui a porte les Asseinani a iden¬ 
tifier la premiere piece du manuscrit avec Pouvrage de l’eveque de 
Cesaree. La suite de leur description fournit a ce sujet toutes les 
indications desirables. En effet, apres avoir cominente le litre du 
Philalethe et cite ses premieres lignes, ils identifient le texte qu’ils 
ont sous les yeux [hie Severi Lihellus) avec Pouvrage de Severe cite 
par le concile de Latran de 049 sous le lemma : ex rcbv yjxrx Iroawj 
enerxonov K xtaxoCa^ UaAaiorn/y;; * 1 * 3 * , et avec celui qu’au temoignage 
(PAnastase le Sinaite *, Severe composa pour refuler VApologie du 
concile de Chalcedoine presentee par Jean le Grammairien, eveque 
de Cesaree 5 . Or, pour Anastase, cet ouvrage de Severe n’est autre 


‘ Les exemplaires de cet ouvrage n’etant pas communs, nous reproduisons 
les passages qui nous importent, d’apres la copie photographique que 
M. S. G. Mercati a bien voulu executer 4 notre intention. Catalogus, t. Ill, 
p. 221 : « I. Johannis C/Esare^ Episcopi, adversus Monophysitas , Apologia 
pro Sacro Concilio Chalcedonensi . oasis| .-I ~ L* c 

1 IzCkz jfl ANo u (sic) ^ fol. i. 

• • ' # • 

Decst initium Prologi. Incipit Codex ab iis verbis i-U (sic) -*—■ 

Ubi Johannes praemissis Symbolis, Nicxno , et Constantinopolitano, 
ad ostendendum, duas esse in Christo Domino naturas, unione hypostatiea 
in una persona unitas, sine confusione, sine mutatione, et sine commistione, 
adducit ex S. Cyrillo Alexandrino Authores numero CCXLIV. Desinit 
fol. 62, in haec verba Hucusque Capitula... II. 5 . Severi Pres- 

bvteri , et Abbatis Monasterii in Palestina (sic), quipostmodum fuit Patriarcha 
Antiochicv, Liber inscriptus Philalethes , seu Responsio ad Apologiam praefati 
Johannis Episcopi Caesareae... ». 

* Le titre syriaque ne correspond pas au titre latin; e’est une raison de 
plus, poor le lecteur du Catalogus , de croire qu'il est original. 

3 Cfr Mansi, t. X, 1116. 

* Hodegos , cap. VI (PG, LXXXIX. 102, D-I04, A). 

5 Catalogus , t. III. p. 2 22 : « Tom. VI. Concil. Labb. edit. Paris, pag. 315. 
citatur hie Severi Libcllus adversus Johannem Episcopwn Ccesarece Palccs - 
finer*. Anastasius quoque Sinaita in Hodego, ... cap. VI ... de eodem Severi 







l’apologie DU PHILALETHE. 


65 


que le Philalethe, car l’auteur de YHodegos ne distingue pas le Phila- 
lethedu. Contra Grammaticum 1 . On voit se qui s’est passe: s’inspirant 
d’Anastase, les Assemani n’ont pas evite la confusion dans laquelle 
il etait tombe *. Leur errcur est d’ailleurs tres excusable. Ils 
n’avaient pas les moyens de contrbler les renseignements d’Anastase, 
puisque le fonds Vatican ne renfermait aucun manuscrit du Contra 
Grammaticum ; on suit que le troisieme livre de cet ouvrage tut 
seulenient apporte on Europe au XIX e siecle, parmi les nianuscrits 
acquis pour le British Museum (Add. 12157 el 17210-17211). Dans 
ces conditions, trouvant dans le Vat. 159 une piece qui se presen- 
tait coniine le Philalethe , — et qui Test en realite, — precedee d’un 
llorilege diophysite qu’elle refutait, il leur eut ete difficile d’eviter 
d’identifier ce dernier avec VApologie de Jean de Cesaree qu’Anastase 
decrivait coniine un ouvrage rempli de citations patristiques attaque 
par Severe dans le Philalethe * 1 2 3 . 

11 y a cependant quelque chose d’etrange dans la description du 
Vat. 159 par le Catalogus, a savoir, le titre syriaque qu’elle donne au 
recueil diophysite dont nous parlons : Apologia Ioannis Caesareae 
contra Monophysitas. La presence de ce titre est,en elfet, absolument 
inconciliable avec les renseignements precis et formels que fournissent 
et l’examen du manuscrit auquel nous nous sommes livre, et les 
temoignages repetes de Severe. A s’en tenir a ces deux sources de 
renseignements, ce recueil est « le livre contre lequel Severe a ecrit 
le Philalethe » ; or, le patriarche le dit en propres termes, « le 
livre contre lequel il a ecrit le Philalethe » etait anonyme, et au 
lieu d’en etre Lauteur, Jean de Cesaree avait pu 1’utiliser comme un 


adversus Johannem Caesareensera libro sic scribit : « Post aliquot igitur 
annos ... Severus patravit. » [Cfr PG, LXXXIX, 102, D-104, Aj. Haec 
Anastasius, errore quidem veniabili, dum ait, Severum scripsisse adversus 
Johannem Ccesareensem , postquam Patriarcha Antiochian jam factus, propter 
haeresim coactus fuit c Syria in /Egyptum profugere. Atqui ex ipso Libri 
a Severo compositi titulo manifestum fit, id operis a Severn lucubratum 
fuisse, dum adhuc Presbyter et Monachus in Ccenobio Palaestinan esset. » 

1 Hodegos , cap. VI (PG, LXXXIX, 102, D et suiv.). Sur cette question, 
voir J. Lebon, op. cit., p. 123, 133. 

2 Ddcrivant la derniere piece du Vat. 140, ils dcrivent encore ( Catalogus , 
t. Ill, p 232) : « In hac Dissertatione Severus Apologiam texit pro Philalethe 
a se conscripto adversus Johannem Episcopum C;esarcensem... ». 

3 Les Assemani n’ont pas indiqu£ en quel endroit du Vat. 139 ils auraient 
lu le fragment des oeuvres de Severe contre Jean de C£sarde cite par le 
concile de Latran. Ils l’y eussent probablement cherchd en vain ; e’est dans 
la partie subsistante du Contra Grammaticum qu’il y aurait espoir de le 
retrouver. 


5 



6b 


APRES LA RUPTURE. 


document notablement plus ancien. L’autorite d’un temoignage aussi 
precis, emanant de l'auteur meme du Philalethe, est telle que, si Ie 
Vat. 130 portait \raiment le titre donne par les Assemani, il fau- 
drait, croyons-nous, ineltre en question l'autorite du manuscrit sur 
ce point. 

Mais ce titre n’existe pas dans le manuscrit, ni en tete ni ailleurs. 
.Nous 1’avons (lit, le codex est inutile au debut ; il ne porte en fail 
de titre que le litre courant : Livre du Philalethe, de saint Severe , 
qui alfecte 1'ouvrage dans toutes ses parties. Les Assemani auraienl- 
ils eu entre les mains un manuscrit plus complet ? On pent etablir 
la negative : ils n’ont jamais vu le folio 1, auquel ils rapportent le 
titre dont nous contestons fexactitude. En effet, ils se servaient de 
la pagination actuelle, — dont ils sont d'ailleurs probablement les 
auteurs, — qui compte les 151 folios du manuscrit de 3 a 156 : on 
s'en apercoit au fait qu'ils placcnt la fin du recueil el le commence¬ 
ment de sa refutation au folio 6:2, indication encore exacte aujour- 
d’hui, et non pas au folio 60, comme ils Ueussent fait s’ils avaient 
compte les folios de 1 a 154. Ils declarent, ifautre part, (jue le 
manuscrit qu’ils decrivent est ampute de deux folios au debut, et 
nous constatons que fincipit qu’ils out lu est fincipit actuel * *. II 
suit de la que, pour les auteurs du Catalogus eux-memes, le folio 1, 
et des lors son titre, etaient purement lictifs, et que leur descrip¬ 
tion du Vat. 130 restitue un titre qu’ils ne lisaient pas dans le 
codex deerit. 

Mais sur quelle base les Assemani on t ils opere cette restitution ? 
Est-ce d’apres un texte parallele ? 11 ne le semble pas. En pareil cas, 
ils ont Uhabitude d’y renvoyer 2 . De plus, dans le cas present, le 
lends du Vatican qu’ils inventoriaient ne leur en fournissait aucun. 
Enlin, rien ne laisse soupconner qu'ils aient eu recours a des 
manuscrits d’autres fends. Des lors, etant donne d une part, Eab- 
scnce de toute attestation manuscrite justitiant cette restitution, et, 
de l’autre, la precision des temoignages de Severe en sens oppose, 
il faut bien admettre, a notre avis, que leur restitution n’etait 
qu’une conjecture avancee, pour une moitie (Apologia Ioannis epis- 
copi Caesareae contra Monophysitas), d’apres les donnees erronees 


1 Les Assemani ont seulement restitue, mais sans avertissement, le mot 
i v' .a. avant d’apres le texte de la Peshitto, qui leur revenait naturcl- 

lement a la memoire ; par contre, ils n'ont pas remarque que les premiers 
folios traduisaient la definition du concile de Chalc6doine. 

* Voyez, par exemple, leur description des Codices syriaci 107 et 108, 
140 et 255. 




07 


L*APOLOGIE DU PHILALETHE. 


d'Anastase le Sinaite, et pour 1’autre (ex libro sancli Cyrilli testi- 
monia 544), d’apres celles du manuscrit. Or, on a vu que cettc 
conjecture n’etait pas fundee. 

En l’absence de toute indication explicile sur le caractere con¬ 
jectural de cette restitution, le lecteur du Calalogus est porte a 
croire que les Asseinani avaient lu le litre syriaque en tele du 
manuscrit. Toutefois, a s’en tenir strictement aux ternies de leur 
description, ils n’aflirment nullenient la chose. En diet, c’est 
seulement apres avoir parle du folio 1 , sur lequel se trouverait le 
titre du recueil, qu’ils disent que le manuscrit commence ex 
abrupto. D’ailleurs, le lecteur <jui aura a la fois sous les yeux le 
Calalogus et le codex ne pourra s’y tromper. II s’apercevra tout 
d’abord que celui-ci ne comporte pas de folios nuinerotes 1 et 5 ; 
ensuite, il conclura, a la faveur des observations que nous faisions 
tantbt, que le folio 1 etait purement tictif dans 1 ’esprit des auteurs 
du Calalogus, et que, des lois, le titre syriaque que la description 
y rapporte n’a que la valeur d’une conjecture. Nous ne nierons pas 
cependant que la lecture de la seule description du codex induira 
presque necessairement en erreur quiconque n’aurait aucun bon 
motif de trouver ce titre absolument hors de propos * *. 

On en conviendra sans doute, la restitution des Assemani n’etait 
guere heureuse. Provoquee par une meprise d'Anastase le Sinaite, 
qui n’avait pas distingue le Philalethe du Contra Grammalicum , 
el le devint a son tour cause de nouvelles erreurs. (Test sur la foi 
de leur Calalogus que Mai, utilisant le florilege du Yal. 130, 
presenta comme extraits de VApologie de Jean de Eesaree pour le 
concile de Chalcedoine les fragments in&iits de saint Cyrille qu’il 
publiait & d’apres un manuscrit du Vatican ». Trompe par le titre 
ainsi restilue, F. Diekamp attribua a Jean de Eesaree les fragments 
de la Doctrina Palrum qu’il retrouvait traduits dans le Vat. 139. 
M. Lebon y fut egalement trompe, car ce sont «les rcnseignements.*.. 
de la description du (^od. syr. 139 » qui le mirent sur la voie d’une 
conjecture (jue nous n'avons pu veritier i . 

II nous reste a voir d’ou sont extraites les diverses citations que 


1 D’une maniere g6n£rale, d’ailleurs, on aurait tort d’exagdrer l’exac- 
titude du Catalogus il a besoin d’etre controle. Trop hcureux d’utiliser ses 
indications, suffisamment precises ct d6velopp6cs, on ne songe pas a faire 
grief a ses auteurs d’avoir, parfois (par exemple, p. 232, 4 propos de la der- 
niere piece du Vat. 140), donne une description inexacte des pieces qu’ils 
analysaient, pour s’etre contentes de les lire per summa capita. 

* Op. cit., p. 129 . 



OS 


APRES LA RUPTURE. 


M. L ebon alleguait pour eta hi i r Pexistence d’une Apologia du 
Philalethe on il allait reconnaitre bientbt un ouvrage de polemique 
antichalcedonienne, conserve, supposait-il, dans le Vat. t3U. II 
citait, premierement *, les fragments inedits de saint Cvrille extraits 
par Mai, « ex codice syriaco vaticano » d’une « Seven Antiocheni 
Apologia pro opere suo quod inscribitur Philalelhes », et, en second 
lieu, un texte de la Doctrina Patrum attribue par ce llorilege a 
Severe « dans VApologie pour le Philalelhe , a propos du cliapitre 
GXLIII )). Or, toutes ces citations sent empruntecs a VApologie du 
Philalelhe (Vat. 140) centre les Julianistes *. 

En troisieme lieu, M. I ^ebon faisait appel aux frequentes mentions 
d une Apologie du Philalelhe rencontrees dans les manuscrits 
syriaques du British Museum II n’en avail pas le texte sous les 
yeux et se bornait a une reference an Catalogue de Wright ; celui-ci, 
en effel, les rapporte toutes a 1 Apologie pour le Philalelhe , tantbt 
sous le litre syriaque U* = r — 1 * 3 4 5 , et tantbt sous la 

mention : « Apology for the Philalelhes ’ 1 ». Qu’en est-il ? 

L’examen des sources nous permet de faire une double constata- 
tion. La premiere, c'est que les lemmata de Wright sont inexacts : 
ils renvoient a onze citations dillerentes (jue les manuscrits intro- 
duisent, non pas sous le lemma : « de /’ Apologie du Philalelhe », mais 
sous Lindication : « de I'apologie du chapilre n° ... du Philalelhe 6 ». 


1 Op. cit.j p. 128. 

i Les fragments XXXII et XXXIII de Mai ( Nova Patrum Bibliotheca , t. II, 
p. 454 = PG, LXXVI, 1450) ont ete traduits sur le Vat. 140, 125 a, 135 d. Le 
lragment cite par la Doctrina Patrum, chap. 20, IX (edit. Diekamp, p. 128) 
correspond au Vat. 140, 130 f- 131 a. 

3 Op. cit., p 128. 

* Catalogue, p. 926, 935, 943, 944. 

5 Catalogue , p. 957, 968. 

,! En void la teneur exacte : 1) Add. 12155, 43 d ; Add. 14533, 33 a : de lui, 
de I'apologie du cliapitre XLII du Philalethe ; 2) Add. 12155, 144 d : II ecrit ceci 
dans I'apologie du cliapitre LXXIII du Philalethe ; 3) Add. 12155, 39 d : de lui, 
de I'apologie du cliapitre XCV ; 4) Add. 12155, 138 a : dans I'apologie du cha- 
pitre CII du Philalethe ; 5) Add. 12155, 43 d; Add. 14533, 33a : de saint Severe , de 
I’apologie du cliapitre CII du Philalethe ; 6) Adi. 12155, 39 d : de lui, de I’apologie 
du cliapitre CIV ; 7) Add. 12155. 39 d : de lui, de I'apologie du cliapitre CXLVI; 
8) Add. 12155, 82 c; Add. 14532, 84 b : de saint Severe, de I’apologie du cha- 
pitre CLXXV du Philalethe ; 9) Add. 12155, 38 c ; Add. 14532, 1 c : de saint 
Severe, de I’apologie du cliapitre CLXXXI du Philalethe \ 10) Add. 12155. 
145 a : dans l'apologie du chapitre CLXXXVI du Philalethe, il ecrit ...; 11) Add. 
I2I 55 > 39 b, 139 b ; Add. 14532, 3c: de lui, de I'apologie du chapitre CLXXXYII 
du Philalethe. — M. E. W. Brooks nous a aimablement communique le texte 
des citations des manuscrits de Londres renseigndes par le Catalogue de 





L’APOLOGIE DU PHILALETHE. 


69 


Deuxieme constitution : les trois d’entre dies qu’il est possible 
d’identilier, — on verra plus loin pourquoi il est actuellement 
impossible d’identilier les aulres, — sont einpruntees a Pouvrage 
que lit le Vat. 159, c’est-a-dire, au Philalethe 1 . Le fait est d’autant 
plus remarquable que ees indues chaines, dans le meme contexte, 
citeut le meme ouvrage (Vat. 159) sous le nom de Philalethe. 
L’explication de cette contradiction apparente n’est pas a chercher 
dans one erreur qui se serait glissee dans la tradilion des chaines 
syriaques, ear Severe lui-meme use il'iin precede identique dans 
VApologie du Philalethe (Vat. 140). En eflet, apres avoir marque 
son intention de defendre le Philalethe conlre les Julianisles, il fait 
treize citations * de la seconde partie du Vat. 159 (fol. 62 a -156). 
Or, il en rapporte trois au Philalethe 3 et six a Yapologie du chapitre 
n°.. du Philalethe 1 ; quant aux quatre aulres, il les dit einpruntees 
a Yapologie du chapitre n°.. du Philalethe et, aussitdt apres, au 
Philalethe 5 . 

A die seule, la comparaison de ces lemmata diflerents, introduisant 
des citations d un meme ouvrage, suggere l’idee que ces apologies 
de tel ou tel chapitre du Philalethe sont des parties du Philalethe , 
le mot « Philalethe » etant pris en deux acceptions dillerentes. 


Wright comme appartenant au Philalethe ct a VApologie du Philalethe. 
Nous sommcs heureux de lui en exprimer ici notre vive gratitude. 

1 Ce sont les trois premieres. On en retrouvc le texte dans le Vat. 130, 
respectivement aux folios 126 c-d, 146 a, 152 a. 

2 Nous ne parlons que de celles qu’il est possible d’idcntifier. 

Vat. 140, 112 b-c, c-d , d = Vat. 139, 88 b-d, 89 b-c, c-d. Il les rapporte aux 
« portes ext£rieure% du Philalethe » (cfr Vat. 140, 113 a). 

4 Vat. 140, 113 a-b , b c, c-d = Vat. 139, 92 b-d, 93 c-d, d : « apologie du 
chapitre IV du Philalethe* (cfr Vat. 140, 113 a); Vat. 140, 113 e-f — Vat. 

139, 114 a-c : « apologie pour le chapitre XXI du Philalethe » (cfr Vat. 140, 
1135); Vat. 140, 114 a-c = Vat. 139, 127 c-128 b : « apologie pour le cha¬ 
pitre XLIV du Philalethe » (cfr Vat. 140, 113 /); Vat. 140, 114 d-115 ^ = Vat 
I 39 > * I 2 * 4 -9 c-130 b : « apologie du chapitre suivant (XLV) (cfr Vat. 140, 114 /). 

;i 1) Vat. 140, 116 b-c = Vat. 139, 131 d- 132 a : « apologie du chapitre LII 
du Philalethe » (cfr Vat. 140, 116 b) t et : « celui qui le veut lira dans le Phila¬ 
lethe, et le chapitre pour lequcl j’ai fait cette apologie, et les paroles qui 
suivent ce chapitre » (cfr Vat. 140, 116 d)\ 2) Vat. 140, 116 d = Vat. 139, 
138 d- 139 a : « apologie du chapitre LXIV » (cfr Vat. 140, 116 d), et : « nous 
ren^'oyons le lecteur a la lecture du Philalethe lui-meme, dans lequcl il 
trouvera et le chapitre pour lequcl fut faite l’apologie et les paroles qui ont 
ete retranchees par Padversaire » (cfr Vat. 140, n6d-e) ; 3 et 4) Vat. 140,116 e-f, 
117 a-b = 1 at. 139, 143 c-d, 144 a : « apologie pour le chapitre LXXI » (cfr 
Vat. 140, 116 e), et : « ayant done dit tout ceci dans le Philalethe.. » (cfr Vat. 

140, 117 b). 



70 


A PRES LA RUPTURE. 


Ces deux acceutions sont, d'apres nous, les sui\antes. Quand Severe 
ou les chaines renvoient au Philalethe (Vat. 130 ), Philalethe designe 
Pouvrage ainsi intitule par le patriarehe. Quand, au contraire, ils 
eitent Yapologia du chapitre n° ... du Philalethe (Vat. 139 ), ils ren¬ 
voient a la justification faite par Severe, dans Pouvrage intitule 
Philalethe, du fragment de saint Cyrille allcgue par le florilege 
anonyme sous le nuinero d’ordre indique ; dans celte expression, 
« Philalethe » n'est plus un titre d’ouvrage, inais une epitliete 
designant saint Cyrille par antonomase. 

(>ette interpretation trouve un appui solide dans les textes de 
Severe. Tout d'abord, Pequivalence des terines « Cyrille »> ct « le 
Philalethe » dans les lemmata du type « dans I'apologie du chapitre 
n° ... du Philalethe » nous parait clairement indiquee par la fayon 
dont sont introduites bon noinbre de citations du Philalethe (Vat. 
139) au cours de VApologia du Philalethe (Vat. 1-40). « Mais, ecrit 
parexemple Severe, faisant Papologie du chapitre XLIVdu Philalethe, 
j’avais monlre... ; or, ee chapitre consistait en ceci : XL1V® chapitre 
objecte : du meme saint Cyrille , de la premiere leltre a Succensus : ... 
Apologie de ceci : ... 1 * 3 4 ». Le chapitre XL1V du Philalethe, e’est le 
XUV® chapitre objecte, et celui-ci, a son tour, e’est le XLIV e passage 
de saint Cyrille apporte par le tlorilege diophv site *, repris dans le 
livre appele Philalethe, et defendu de Paccusation de diopbysisme s . 
On nous perinettra de ne j>as multiplier les exemples. Faisons plutdt 
appel a un passage deja cite ou Severe etablit explicitement Pequi- 
valence des termes a laquelle nous avons recours; le texte en est 
emprunte au Vat. 139. Severe vient d’expliquer la methode qu’il 
compte suivre dans la refutation du recueil diophysite. « Le nom 
du livre, continue-t-il, e’est KJot/Ao; ou Q>t).x/.rfir£, — interprete 
« A mi de la verite », — contre ceux qui alterent ses textes, les 
tronquent et les rassemblent avec impiete, dans le but de divisor 
Kmmanuel en le disant deux natures apres Punion L « Si, comine 
e'est le cas ici, « Cyrille » et « Philalethe » s’equivalent, employes 
coinme titre de Pouvrage contenu dans le Vat. 139, il est aise de 
comprendre qu’on ait pu les employer inditTeremment pour designer 
la personne meme de saint Cyrille, surtout dans des contextes ou il 
est question du Philalethe , ouvrage de Severe, mais dans lequel 
saint Cyrille etait cense faire sa propre apologie. 


1 Vat. 140, 113 f. 

* Vat. 139, 15 b. 

3 Vat. 139, 127 0128 b. 

4 Vat. 139, 62 b (voir plus haut, p. 58). 


1 



l’aPOLOGIE DU PHILALETHE. 


71 


Deux remarques en terininant. Puisque c’est le Philalethe que 
citent les extraits a lemma du type « dans V apologie du chapitre 
n° ... du Philalethe », et que le Vat. 139, qui contient le Philalethe , 
ne comporte que la refutation des 100 premiers chapitres du llori- 
lege, il est actuellement impossible d’identifier avec un texte du 
Philalethe les 27 citations de ce type rencontrees, suit dans 
VApologie du Philalethe du Vat. 140 (19), suit dans les chaines 
syriaques (8), qui portent sur Papologie d’un chapitre dont le numero 
d’ordre depasse le nombre 100. De ces huit citations des chaines, 
i! n’en est meme aucune qui ait rapport a l’un des chapitres dont 
les 19 sections de VApologie du Philalethe mentionnees a l’instant 
ont conserve la justification, en tout ou en partie. 

Kemarquons, en second lieu, que Wright, en abregeant les lem¬ 
mata des onze citations des chaines syriaques, les avait gravement 
fausses, car les passages qu'ils introduisent n’ont aucun rapport avec 
la veritable et seule Apologie du Philalethe (Vat. 140). L’unique 
citation (jui ait trait a cette derniere, celle de la Doctrina , est tout 
autrement congue 1 2 3 : el le renvoie a ce (jue « dit Severe, dans 
VApologie du Philalethe , a propos du chapitre CXLIII ». C'est tout 
autre chose, en eflet, de citer « Papologie du chapitre CXLIII du Phi¬ 
lalethe », coniine le fait Severe dans VApologie du Philalethe (Vat. 
140) et de citer « ce que dit Severe dans VApologie du Philalethe , 
a propos du chapitre CXLIII », ainsi (jue fait la Doctrina. Si la refu¬ 
tation du recueil diophysite anonyme nous avait etc conservee plus 
completeinent, la premiere citation se retrouverait dans le Vat. 139 
(Philalethe) a l’endroit ou Severe justifiait le CXLIII 0 extrait 
cyrillien contre line interpretation diophysite ; la secondc se 
retrouve dans le Vat. 140 (Apologie du Philalethe) % a l’endroit 
ou Severe defend d une interpretation favorable an julianisme les 
termes dans lesquels il avait autrefois voulu, dans le Philalethe , 
garantir contre une interpretation diophysite ce meme CXLIII 0 
passage de saint Cyrillc \ Dans le lemma de la Doctrina , Philalethe 
et Apologie du Philalethe son! des tit res (Pou\rages ; dans tons 
ceux de Pautre type, « Philalethe » designe la personne meme de 
saint Cyrille, et « apologie » n a aucune valeur speeiale. Si Pon veut 


1 Chap. 20, IX (edit. Diekamp, p. 128) : yc/.o 'ey rr, y.KoAoyfz. rf, vnep 

TO'j r Mly.'/:r, 0 o'JZ r.pyz 70 pu.y v.irpyj.y.ioy w 

2 Vat. 140, 130/. 

3 Vat. 140, 130 b : « Et ils alleguent l’apologie que j’ai faitc pour le cha¬ 
pitre CXLIII et disent que la, je suis 6videmment d’accord avec leur 
phantasia. » 



72 


APRES LA RUPTURE. 


se reporter a la description que nous avons faile plus haul de la 
seconde partie du Vat. 159 on comprendra comment Se\ere et les 
catenistes, dans le desir de preciser leurs citations du Pliilalethe^ se 
refererent, suivant les divisions naturelles de Pouvrage, au debut du 
Pliilalethe, a sa refutation des cliapitres du Synode, et enfin, a 
Lapologie ou justification de chacun des cliapitres du « Pliilalethe», 
c’est-a-dire, de saint Cyrille. 

Nous n’avons fait appel jusqu’ici qu'aux citations du Pliilalethe 
conservees en traduction syriaque dans des ouvrages reposant, 
dircctement ou indirectement, sur un original grec. Disons main- 
tenant un mot de celles qui se rencontrent dans des oeuvres qui nous 
sont parvenues en grec. Nous en avons releve trois, dont deux dans 
YEpistola deduabus naturis adversus Severum du moine Eustathe *, 
et une dans la chaine sur Isai'e et Ezechiel dont Mai a public des 
fragments Nous n’avons reussi a en identifier qifune seule, la plus 
longue ; Eustathe la cite, sans reference plus precise, sous le lemma 
suivant : r.y/.cj vj 16y r o y.iirvj :m err iyzyrjCL\j.\xvj<o (pi'/.othffiet Liyzi ... 4 . 
Nous la retrouvons en syriaque, dans I Wpolugie du Pliilalethe % au 
cours d'une citation que Severe presente comme a l apologie du 
chapitre Cl » (du Philaletlie). Or, on s’en souvient, nous retrouvons 
dans le Pliilalethe ( Vat. 139) toutes les citations <jue YApolotjie du 
Pliilalethe (Vat. 140) introduit sous un lemma de ce type, 
pourvu qu’elles soient rapportees a I’apologie d’un chapitre dont le 
numero d’ordre ne depasse pas C. C’est dire que, si nous ne lisons 
pas celle d’Eustathe dans le Vat. 139, cela tient uniquement a 
ce que, comme nous l’avons dit, le texte du Pliilalethe cesse vrai- 
semblablement, dans ce manuscrit, au cours de l apologie du 
chapitre Cl et devient totalement illisible apres Eapologie du 
chapitre C. 

Aurions-nous reussi a mettre un pen d’ordre dans une question 
assurement propice aux confusions? Kesumons, en terminant, les 
conclusions que nous croyons avoir pu elablir par la consultation 
directe des sources, Le Pliilalethe, compose vers 509-511 a Constan¬ 
tinople, pour refuter un tlorilege anonyme ancien, est conserve 
partiellement dans deux manuscrits syriaques, comme tel dans le 
Vat, 159 et, en citations importantes, dans le Vat, 110 (Apologie du 


4 
1 

3 

i 

5 


Pages 58-59. 

PG, LXXXVI, 920, A et 926, C. 

Scriptorum veterum nova collectio , t. IX, p. 736. 

Loc. cit. } 926, C : zi 6 /c 'ryoz. y.zTtbyyZzrxi ... zvxjl/.’SZ-tv T.r'yry. 
\ at . 140, 117 e - f . 



LE TEMPS DE COMPOSITION i)E CES ECRITS. 


73 


Philalethe). VApologie da Philalethe , ouvrage antijulianiste nota- 
blement posterieur a 520, se trouve, en traduction syriaque 
egalement, dans le Vat. 140. Jean de Cesaree n’a rien a voir avec 
rorigine des pieces contenues dans le Vat. 159 : le litre que la 
description du codex faite par les Asseniani donne a la premiere 
d’entre elles est une restitution conjecturale sans appui dans la 
tradition manuscrite, conjecture inspiree d’Anastase le Sinaite, mais 
tout a fait malheureuse. Quant a une Apologia du Philalethe , 
ouvrage de polemique anticlialcedonienne, il ne resle rien qui, 
directenient on indirectement, permettrait d’eu aftirmer 1’existence ; 
les troisgroupes de citations auxquels on a fait appel ont trait, soit 
a VApologie du Philalethe , qui est dirigee centre les Julianistes, 
soit au Philalethe lui-meme 


VII 


Nous avons parcouru, dans les chapitres deuxieme et troisieme, la 
suite des evenements de la controverse qui mil aux prises le 
patriarche d Anlioche avec l’eveque d llalicarnasse. On sYn sera 
aper^u, ils se resument presque enlierement dans les circonstances 
decomposition des ouvrages qui marqiierent les diverses phases de la 
discussion. Posterieure a la Critique, a la Troisieme leltred Julien, au 
Contra Addiliones el a VAdversus Apologiam luliani , VApologie du 
Philalethe clot la serie <les grands traites anti julianistes, elabores par 
le docteur monopliysite, dont le texte nous est parvenu. Ils sont 
tous anterieurs ii 5^8 ; tons, en effet, soul contenus, au inoins frag- 
mentaireinent, dans le Vat. 140, Iraduit, nous l’avons dit *, sur un 
original grec, a Kdesse, en 528, par Paul de (lallinice. Eux-memes 
sont posterieurs a toutes les oeuvres de Julien que nous avons 
mentionnees (sauf, pcut-etre, a la publication de VAdversus hlas- 
phemias Severi complet), si bien qu a s’en tenir aux textes connus, 
rien ne suggere <pie la periode acti\e de la controverse 4 entre les 
deux adversaires se soit prolongei* beaucoup au dela de 527. Julien 


’ M. J. Lebon meiitionnc incidcmmcnt (op. cit. y p. 134, note 3) trois 
fragments des epitres festales de saint Athanase que Cureton aurait 
extraits « de VApologie du Philalethe (e’est-a-dire du Cod. Vat. syr. 140 
|lisez : 139; efr plus haut, p. 56, note 2]) ». En reality, Cureton a edite ces 
fragments d’apres l’ouvrage de Severe contre le Grammairien (efr W. Cure- 
ton, 7 he festal letters of Athanasius , p. xli), qu'il lisait dans 1 'Add. 12157 du 
British Museum (clr ibid., p. xxxix, note 3), e’est-a-dire le Contra Gramma- 
lician (Add. 12157, 203 c-204 a = edit. Cureton, ibid., p. 

2 Voir plus haut, p. 13, note 6. 



74 


APRES LA RUPTURE. 


conlinua sans doute jusqu’a sa inort a defendre la doctrine de 
l'incorruptibilite ; mais vecut-il encore longteinps apres 527 ? II 
serait diflicile de le dire. Line lettre de Severe 1 * , dont nous ne vovons 
pas la possibility de determiner la date*, dit que Julien a quitte la 
vie et devra rendre compte de ses blasphemes devant le souverain 
Juge. Quelque teni|)s apres 3 , Severe n’a pas encore eu le loisir 
de refuter son dernier ouvrage. Le patriarche inourut en Kgyple le 
H fevrier 538 *. II est probable (pie Julien y tormina egaleinent sa 
vie, mais en un lieu et a une date que nos sources ne nous 
permetlent pas de preciser ; la lettre de Severe a Sergius et a 
Marion est le dernier document qui fournisse un renseignement sur 
sa biographie. 


1 Lettre aux eveques Jean, Philoxene, et Thomas (6dit. Brooks, vol. II, 
P- 349)- 

1 E. W. Brooks (ibid., p. 347, note 1) croit pouvoir en placer la composi¬ 
tion avant 527. 11 est vrai qu’elle est ant^rieure a cclle qui la suit dans le 
recueil, et qui parle du « dernier ouvrage de Julien » non encore refute ; 
bien que cette expression nc designe pas les Additions , le raisonnement de 
M. Brooks cst encore juste, si clle designe VApologie de Julien dont le Vat. 
140 contient aussi la refutation. Mais nous n’avons pu dtablir la chose avec 
certitude; il semblerait plutot, a certains £gards, que ce « dernier ouvrage » 
soit lcs dix tomes dc VAdversus blaspliemias Severi. 

3 Cfr Lettre aux eveques Sergius et Marion (edit. Brooks, vol. II, p. 358). 

1 Cfr E. W. Brooks, Select Letters of Severus, vol. I, p. ix. 




CHAPITRE IV 


AUTRES DOCUMENTS RELATIFS A LA CONTROVERSE 

I. Lettres de Severe. — II. I.es Perils de Severe eontre Fdlicissime et 
Romanus. — III. Les Merits des polemisles poslerieurs. La Plerophorie 
de Jean d’Antioche. — IV. Les tlorile^es antijulianisies syriaques. — 

V. Les Chapitres et les Questions eontre les Julianistes. Les 
Questions des Orthoioxes. Les Repliques de Julien. line 
pi6ce Contre les Julianistes. — VI. Les sources de cetle 

literature posterieurc. 


I 


Notre histoire de la controverse de Julien avec Severe, qui a pris 
forcement le caractere d’une etude litteraire, doit se completer par 
rexainen d’un certain nombre d'autres documents, ecrits de Severe 
on de polemistes posterieurs. Parini les premiers, plusieurs sent 
contemporains des grands traites dogmatiques dont nous venous de 
parlor, mais l’iinpossibilite on nous sommes de leur assignor une 
date precise nous a empeche d’en trailer dans les pages precedentes ; 
ils sont d’ailleurs reduits. sauf un soul, a Petal de courts fragments. 
Quant aux seconds, lour date tardive les ecarterait du cadre de 
notre travail, mais ils y rentrent pour d’autres motifs. Ecrits de 
refutation, ils ont conserve, an incine litre que les traites anti- 
julianistes de Severe, un ensemble de textes de l’eveque d’llalicar- 
nasse. Or, d’une part, ces textes appartiennent aux ouvrages (jue 
nous venons d’etudier ; de l’autre, ils nous serviront, au livre 
second, a etablir la nature des doctrines de Julien. C’est le double 
motif qui nous engage a en parler ici. 

II est regrettable, tant el le est riche en renscignements de toute 
nature sur les evenements contemporains, (pie la correspondance de 
Severe n’ait pas etc plus completement conservee 1 . Si, en particu- 
licr, les neuf livres de lettres que le patriarche ecrivit pendant son 
sejour en Egypte nous etaient parvenus, nous serious mieux in- 
formes ipie nous ne le sommes sur le succes de la propagande 
exercee dans les milieux monophysites de 1’Egypte et de la Syrie 
dans un esprit favorable ou hostile a la doctrine de Julien. Quelques- 


1 Cfr E. W. Brooks, Select Letters of Severus , vol. I, p. ix. 



76 


AUTRES DOCUMENTS RELATIFS A LA CONTROVERSE. 


lines pourtant des lettres que nous possedons font de breves 
allusions a Peveque dlialicarnasse ; il importe de recueillir leur 
temoignage. 

Severe restait en contact constant avec les eveques et inoines 
monophysites que la persecution de Justin avait contraints de 
fuir en Egypte 1 . Consulte par eux sur toute cliose important!* 
qui survenait, il eclairait leurs doutes, leur trayait une ligne de 
conduite, encourageait leur perseverance et veillait a la purcte de 
leur foi. (Test la, en particulier, le hut qu’il poursuit dans une 
lettre adressee « aux moines des saints monasteres dOrient, archi¬ 
mandrites, pretres et diacres », qui venaient d'etre forces de quitter 
leurs convents par « ceux qui, sans crainte, etendent leur main 
centre n’iniporte (jui 2 ». La premiere partie de la lettre felicite les 
moines et les encourage ; la seconde les met en garde centre les 
erreurs julianistes : el le rappelle hrievement les points principaux de 
la doctrine de Julien, qu’elle assimile a celle d'Eutyches et de Manes; 
el I e fait le recit des vaines tentatives du patriarche pour ramener 
Peveque a resipiscence ; el le recommande enfin aux moines de 
prier pour la conversion de ses malheureux partisans. Au moment 
oil Severe ecrit, Julien, a aulant qu'il l’a pu », a expedie ses 
ouvrages « dans le monde entier » ; il les a fait circuler, notamment, 
« en Palestine et en d'autres provinces », les offrant ainsi a a la 
derision de ceux qui combattent pour l’impiete chalcedonienne 3 », 
mais les moines savent a quoi s’en tenir, car ils connaissent les 
ecrits de Severe sur la question. II seinble que Severe vise ici le 
Tome , la Critique et la Troisieme lettre a Julien; la Lettre aux moines 
cT Orient daterait, des lors, des premiers temps qui suivirent la 
rupture declaree entre les deux adversaires. 


1 Lettre d Sergius et Marion (edit. Brooks, vol. II, p. 358-359). 

i Elle a ete publiee par E. W. Brooks (PO, t. XII, p. 279 et suiv ), d’apres 
les manuscrits Vat. syr. 140 et 255. Contrairement a ce qu’ecrit M. Brooks 
(ibid., p. 279, note), cette lettre ne precede pas la correspondancc de Severe 
avec Julien dans les manuscrits de Rome; celle-ci occupe les folios 2 d-20 c 
du Vat. 140, et les folios 162 a, 20-37 a du Vat. 255, tandis quc la Lettre aux 
moines commence, dans ces memes manuscrits, respectivement aux folios 
66 c et 160 a ; il cst done normal qu’elle soit absente de YAdd. 17200, dont la 
disposition suit celle du Vat. 140. — Le I 'at. 255 est incompletement decrit 
dans le Catalogus des Assema.ni R. III. p. 544 et suiv.); e’est sans doute 
pour ce motif que M. Brooks n’a pas remarque que le folio 153 du Vat. 255 
appartient, au meme titre que le folio 160, A la Lettre aux moines. Il corres¬ 
pond au Vat, 140,66 d-e, et son texte fait suite immediate k celui du folio 160. 

3 Lettre aux moines d’Orient (edit. Brooks ; PO, t. XII, p. 28^290). 



LETTRES DE SEVERE. 


Dmx autres lctlres, dont I’une est adrcssee aux eveques Jean , 
Philoxene et Thomas , conjesseurs, sur la coHine de Marda , Laulre 
d Sergius , eveque de Cyrrhus , et Marion, eveque de Sura 1 , pcrmettent 
de constatcr que la propagnnrie jnlianistc Iravaillo les Monophysites 
refugies en Egvpte 1 2 . On a essaye de tromper les simples en abusant 
de quelqaes lignes des ecrits «lu patriarche 3 ; celui-ci l a appris, 
mais declare ne pas se soucier de ces imputations caloninieuses ; sa 
conscience lui rend temoignage de n’avoir rien dit ou fait qui fut 
reellement blamable 4 . Eloigne de ceux dont il voudrait preserver 
la foi, il demande aux trois eveques destinataires de la premiere 
lettre d'etendre leur surveillance diligente sur « les pieux archi¬ 
mandrites et les devots solitaires », pour eviter (jue personne ne 
vienne « trouhler ceux qui sont trop simples avec Paffairede Pincor- 
ruptihilite do corps de notre Dieu, Seigneur et Sauveur Jesus-Christ, 
excitee parmi nous par Julien... 5 * •>. I Is feront bienjeur recoinmande- 
t-il ('n terminant, d’ecrire « line lettre commune », une sorte de 
circulaire pastorale, « a tons ceux qui out etc expulses des saints 
in on astores, pour y condaniner ceux dont le langage ne serait pas 
exact et les exhorter a s'allacher aux enseignements des Peres que 
sa faiblesse a cites r ‘ ». (Pest sans doute a la Critique que ces derniers 
mots font allusion. Inquiet pour la foi et la paix du parti monopliy- 
site, Severe, on le voit, prend toutes les mesures (jue lui pcrmettent 
les circonstances pour faire echec a la propagation des idees de 
Julien 7 . 

Les llorileges antijulianistes dont nous parlerons bientdt citent 


1 Edit. Brooks, vol. II, p. 345-350. 350-359- 

2 Sergius et Marion sont des Eveques expuls<3s de leurs 6glises (cfr Michel, 
Chronique , IX, 13 : 6dit. Chabot, t. II, p. 172). Le titre de confesscur donne 
aux trois autres les range a cot£ des premiers; E. W. Brooks identific 
Philoxene avec l’£veque de Doliche; les noms Jean et Thomas sont trop 
communs dans la liste des eveques expuls6s (dans Michel, Chronique , ibid.) 
pour identifier avec certitude les deux autres destinataires de la lettre. 

3 Edit. Brooks, vol. II, p. 350. 

4 Edit. Brooks, vol. II, p. 350-356. 

5 Edit. Brooks, vol. II, p. 349. 

r * Edit. Brooks, vol II, p. 350. 

7 Les trois eveques se rendirent-ils au desir de Severe ? Si l’on remarque 
que cette lettre a £t6 communiquee aux Eveques Sergius et Marion (cfr 
Brooks, Select Letters of Severus, vol. II, p. 351-352!, on mettra naturellcment 
en relation avec la demande exprim^e par le patriarche une lettre adressee 
par les Eveques orthodoxes Sergius, Marion, Nonnus, Thomas et Jean aux 
moines d’Aniid et dont des fragments, conserves dans YAdd. 14663 (foi. 2^-4 d) 
attaquent Julien d’Halicarnasse (cfr Wright, Catalogue , p. 691). 



78 


AUTRES DOCUMENTS RELATIFS A LA CONTROVERSE. 


un extrait (Tune Lettre de Severe adressee au pretre Victor 
Quelqu’un, « lisant avec celui-ci dans un livre du patriarche, lui 
avait dit qu'il ne convient pas d’appeler i in passible et iinmortel le 
pain consacre sur les saints autels, qui est Ie corps d’Einmanuel » ; 
aussi, dans Fextrait cite, Severe expose la terminologie qu il faut 
adopter en la matiere. Si Ton se souvient que Julien repandait le 
bruit dans Alexandrie que, d'apres Severe, « le corps divin qui est 
consacre sur les saints autels et le calice de Falliance sont un 
aliment et un breuvage de corruption » * *, on pourra penser que la 
Letlre au prttre Victor appartient, el le aussi, a la polemique anti- 
julianiste \ 

Des raisons analogues invitent a y raltaclier egalement une Leltre 
de Severe aux Edesseniens , eitee par Jean I, patriarche dWntioche 
(t 048) dans sa Plerophorie contre Julien d'llalicarnasse *. Sous 
forme d’anathemes, les quatre extraits cites condamnent les doc¬ 
trines et les tommies julianistes, ou rejettent, par Faflirmation 
solennelle des propositions contradictoires, celles que les julianistes 
faisaient courir sur le compte du patriarche. Le premier, en parti- 
culier, jette Fanathenie sur quiconque soutient (jue « le corps 
consacre sur les tables des eglises des orthodoxes est corruptible et 
non pas incorruptible, saint, impassible, iinmortel, et dispensateur 
de saintete, d'impassibilite et d’immortalite ». 

Une autre lettre, aux Constantinopolilains cclle-ci, a trait de facon 
plus visible a la controverse dont nous etudions le developpement. 

12155 (fol. 200 b-d ) en cite deux passages, dont Fun, le 
premier, est assez long, paruii une collection d’extraits des lettres 
de Severe. II les introduit comme suit : « (Jue si Julien cut voulu 
confesser ce qui est droit, on lui eut abandonne le (mot) « corruptible », 
et ce que nous devons lui demander d'anathematiser , quand , par 
ruse , il appelle passible le corps, he saint Severe , de la leltre aux 
Constantinopolitains 5 .» La chaine grecque sur la / Petri* cite un 


* Add. 12155, 76 d = Add. 14532, 63 d = Add. 14538, 110 b = Add. 14533, 
68 d. E. W. Brooks Fa public (PO, t. XII, p. 90-91) d’apres VAdd. 12155. 

* Voir plus haut, p. 34, et Contra Additiones (Vat. 140, 70/). 

3 Pour d’autres motifs, E. W. Brooks (PO, t. XII, p. 90, note) propose la 
date de 519-521. 

* Add. 14629, 12 b-d. Nous ne connaissons pas cette lettre par ailleurs. 
Severe, toutefois, — nous le savons par son propre temoignage, — £tait en 
rapport avec les Edesseniens (efr J. Lebon, Ep/irem d’Amii, patriarche 
d‘Antioche, dans Melanges Ch. Moeller , t. I, p. 206). 

5 Voir le texte syriaque de ce titre dans Wright, Catalogue, p. 948. 

6 Chap. VIII (6dit. Cramer, t. VIII, p. 71-72). 



19 


LE CONTRA FELICISSIMUM* 

fragment d’une lettre de Severe 7rpo; tovc, ev K&)voravr«vou7rd/6« 
6rj6od6£ouc, mais nous ignorons s il provient de la meme lettre (jue 
les deux citations syriaques. Celles-ci concluent, selon toute vrai- 
semblance, un expose qui a revele le caractere dangereux et 
heretique des theories de Feveque dllalicarnasse. Si Julien, y 
declare Severe, tout en craignant d’appeler corruptible ce qui est 
passible et mortel, eut consenti a confesser le Christ passible et 
mortel dans les souffrances et la inort, lui-meme ne 1 aurait pas 
combattn pour un mot. Ce mot, les Peres n’ont eu aucun scrupule a 
l’employer, mais Severe le lui eut quand meme abandonne, car ce 
n’est pas un mot qui separe de la foi quand la pensee n’est pas 
heretique ; mais, des gens dont la pensee meme est etrangere a la 
foi, il faut exiger, en pi us de Forthodoxie de pensee, une rectitude 
de langage qui ne s’ecarte en rien de la terminologie adoptee par 
les Peres. Julien est un phantasiaste, bien qu'il ait fait semblant 
d’attaquer les Manicheens 1 2 : ce detail, coniine aussi la teneur gene- 
rale de la citation, nous parait reporter a une date assez tardive la 
lettre dont elle est exlraite. 

Citons enlin, pour achever la revue des lettres de Severe qui 
renferinent des allusions a la querelle julianiste, celle qu’il ecrivit, 
entre 535 et 555, a Fempereur Justinien % pour decliner Finvitation 
(ju'il en avait recue de se rendre a Constantinople 3 * . Pour se laver 
de Faccusation d’avoir trouble i’Egypte par ses ecrits centre Julien, 
le patriarche proscrit y entamait une nouvelle relation de ses denudes 
avec Fev^que d’Halicarnasse ; nous ignorons si ce recit nous eut 
appris quelque detail inconnu, car le chroniqueur a cru bon de 
Fabreger *. 

II 


« II y a des livrcs nombreux, ecrit Zacharie le Hheteur en 
terminant son recit relatif a Fheresie des phantasiastes 5 , ( adresscs) 
a Julien, a Felicissime, Homanus el ses autres partisans... ». Le 
chroniqueur entend parler d’ecrits composes par Severe; en repre- 
nanl sa notice, Michel le Syrien ajoute explicitement le detail G . 


1 Add. 12155, 200 c. 

2 Voir J. Lebon, op. cit., p. 74-75. 

3 Dans Zacharie le Rheteur, Hist. eccl ., IX, 16 (edit. Brooks, II, p. 123 
et suiv.). 

* Cfr ibid., p. 130, 1. 1 et suiv. 

;i Hist, eccl., IX, 13 (edit. Brooks, II, p. 113). 

0 Chronique, IX, 27 (6dit. Chabot, t. II, p. 235). 



80 


AUTRES DOCUMENTS RELATIFS A IA CONTROVERSE. 


Des ecrits de Severe contre Felicissime, il ne reste que des 
fragments grecs ou syriaques ; ils comportaient pourtant quinzc 
/.6yoi, au moins. La Ductrina Patrum de Incarnalione Ycrbi en cite 
quinze extraits, empruntes aux discours I, II, III, IV, V, VI, VII, 
VIII, XV, sans distinguer des chapitres dans les discours cites ; a 
ces quinze fragments, il taut en ajouter deux autres, du discours IV, 
chapitre 7, publics par Mai* « d’apres une chaine du Vatican », Les 
fragments syriaques sont un peu moins nombreux. Nous en relevons 
six * 1 2 3 * 5 * dans le llorilege antijulianiste des Add. 12155, 14532, 14533 
et 14538 du British Museum, deux dans d'autres IIorileges *, deux 
autres enfin aux chapitres 29 et 53 de la seconde partie du troisieme 
discours de Pierre d’Antioche contre Damien s . Nous n'v avons rien 
rencontre, moins encore dans les fragments syriaques que dans les 
citations grecques, qui soit assez caracteristique pour determiner a 
quel titre precis Felicissime a pu etre range parmi les partisans de 
Julien. 

Les lettres connues de Severe ne citent pas le nom de Felicissime ; 
el les parlent une fois des « chiens enrages qui ont suivi le pauvre 
d’esprit Bomanus et l insense Julien », mais sans preciser quels 
rapports ce Bomanus pent avoir avec l’eveque d’llalicarnasse. 
Au folio 161 du Vat. syr. 255, egare dans ce manuscril parmi les 
oeuvres de Severe contre Julien, il est question de « notre saint 
patriarche » (Severe), de « PafTaire touchant Bomanus de », 

des « doctrines honteuses de Bomanus » ; le texte a malheureu- 
sement beaucoup soulfert. Enlin, I 'Add. 14538 (fol. 24 b) cite un 
fragment sous le nom de Bomanus, eveque de || est possible 

que tout ceci ait trait a un seul et raeme personnage 7 . 


f 

1 Edit. Diekamp. Voir les references a ces divers passages, ibid., p. 356. 

2 Scriptorum veterum nova collectio , t. IX, p. 728-729. 

3 1) du discours II. chap. 2 (Add. 12155, 69^ = Add. 14532, 50^2 = Add. 14533, 
60 b = Add. 14538. 106 a) ; 2) du discours VII, chap. 1 {ibid., 75 d = 66tf = 67 d 

f 

— no b); repris par Elie de Harran, Lettve sur VEucharistie (Add. 14726, 
66 b) ; 3) du discours VII, chap. 1 (Add. 12155, 75 d = Add. 14532, 66 b = 
Add. 14533, 67 d = Add. 14538, no b ); 4) du discours VII, chap. 1 (ibid., 76 a 
= 67 c = 68 a = no b) ; 5) du discoui*s VI, chap. 4 (ibid., 77 a = 69 a = 69 a 
= 11 b) ; 6) sans precision (ibid., 79 a = 76 c = 71 d = 114 a). 

1 1) du discours II (Add. 12155, 263 d) ; 2) du discours I, chap. 6 (Add. 12155, 
27 a; Add. 14532, 116 a). 

5 1) du discours III, chap. 3 (Vat. syr., 108, 39 b) ; 2) du discours V, chap. 1 
(ibid.. 85 b). 

8 Lettre d Sergius et Marion (edit. Brooks, vol. II, p. 356). 

7 Aux endroits cit£s, Severe, le Vat. 255 et 1 'Add. 14538 orthographient 




LES ECRITS DES POLEMISTES POSTERIEURS. 


81 


VHomilia Catliedralis CXIX de Severe 1 2 prend occasion du recit 
des noces de Cana pour attaquer longuement un certain Roinanus 
a propos d’un livre intitule Echelle ou Escalier. 

L’homelie en cite des fragments qu’elle crili(juc, mais ce n’est pas 
assez, croyons-nous, pour determiner quelle etaSt au juste la doctrine 
de leur auteur. Rainnani n’admet pas que ce Roinanus soil iden- 
tique au julianiste du inenie nom dont parle Michel le Syrien 4 : 
celui-ci, dit-il, etait phantasiaste, tandis que celui de l’homelie, 
dont on ignore memo s’il etait ou non contemporain de Severe, 
serait plutdt a rattacher au inouvement heretique dont parle la 
Chronique d Edesse a fan nee 739 (Chr. AHH), et dont les adherents 
admettaient l’existence d’un peche inne a la nature. La raison nous 
parait faihie, car l’homelie reproche au Roinanus quelle attaque le 
inenie manicheisme dont Severe incriminera plus tard Julien. Quoi 
cju’il en soil, il est possible que le Roinanus dont parle la 

Lettre de Severe a Theotecne 3 , anterieure a 518, et conlre lequel le 
patriarclie a ecrit un « tome », soil le inenie que celui de I'homelie 
CXIX. (leile-ci en elTet est, elle aussi, anterieure a 518, et Severe 
semble considerer coniine un contemporain le Roinanus qu'il y 
attaque. Si, a son tour, ce personnage etait identique au julianiste 
Roinanus de la l.etlre a Sergius et Marion , peut-etre faudrait-il dire 
que, acijuis deja a des idees voisines de celles de Julien, il se 
serait rallie dans la suite a son parti 4 . Nous sonnnes tres pen fixes, 
on le voit, non seulement sur les doctrines et l’activite litteraire 
de Roinanus, mais encore sur sa personnalite elle-meme. 

Ill 


Si maigres soient-ils, les renseignements que fournit la corres- 
pondance de Severe suffisent a reveler chez lui un souci persev^rant 
d’organiser dans le monde monopliysite oriental une active propa- 
gande centre les idees de Julien. Moines ou ev^ques, ortliodoxes 
d’Edesse ou de Constantinople, tons, directeinent ou a son interven- 


, Zacharie c•>, et Michel mais ccs divergences peuvent 

provenir de la difference de transcription du meme terme Pc 

* Edit. Rahmani, Documenta de antiquis haeresibus (Studia syriaca, fasc. IV.) 

2 Ibid., p. XII. 

3 Edit. Brooks, vol. II, p. 288. 

4 A moins que Severe n’ait rapproch£ les deux noms parce que Julien et 
Romanus se trouvaient d’accord pour d£fendre, par exemple, la theorie du 
pech6 de nature. — Sur ce Romanus, efr A. Baumstark, Geschichte der 
syrischen Literatur, p. 165. 


6 



82 


AUTRES DOCUMENTS R EL ATI US A LA CONTROVERSE. 


lion, recoivent des avertissements et une imitation a prendre con- 
naissance des ouvrages ou il a reuni en abondance les temoignages 
palrisliques qui condamnent « ces nouveautes dangereuses ». A en 
juger par les sources monophysites posterieures, le sucees de cette 
propaganda fut grand et l inlluence de Severe sur ses partisans fut 
decisive contre les theories de Julien ; pendant longtemps, ses 
ouvrages donneront le ton a la polemique antijulianiste. 

Ce sont les productions de cette Literature antijulianiste poste- 
rieure qu'il nous reste a examiner. Elies oflfrent pour nous un 
double interiR : temoins de la continuation de la controverse sur 
fincorruptibilite, elles augmentent la serie des fragments (jue le 
depouillement des trailes dogmatiques de Severe nous a permis de 
reunir et de dislribuer entre les diverses oeuvres de Julien. Du point 
de vue de I'lii^loire litterairc, dies se repartissent en trois classes, 
les ecrils qui sont de simples llorileges s’opposant aux compositions 
de earaelere dialectique, pour laisser place entre eux a un genre de 
refutation qui tiendrait a la fois des deux precedents. Avant de 
nous inspirer de cette classification pour aborder fexamen des 
ccrits anonvines et non dates, disons un mot de la Pleroplioric de 
Jean d’Antioche ; e’est la seule piece qu'un nom d’auteur nous 
permettc de dater approximalivement. 

El le est conservee part iellement et dans un seul manuscrit, YAdd. 

1 i()29 du British Museum * 1 . El le y est intitulee : Plerophoric de la 
joi orthodo.re el apostolic/ue, el refutation evidenle de la lion tense 
heresie de Julien le phantasiaste et de ceux qui sont pris dans 
I'obscurite de son impiele 2 , adressee par ./can, indtgne du siege 
apostoligue d’Antioelie 3 , a ses tideles. On y distingue trois parties 
La premiere expose la doctrine de l’auteur sur la realile des souf- 
frances et de la mort du Christ, et refute « fimpiete de Julien, 
premier chef et fauteur » de la doctrine de l’impassibilite de la chair 
du Christ avant la resurrection ; el le se termine par les quatre 
extraits de la Lettre de Severe aux Edesseniens dont nous avons parle 
plus haut. La deuxieme se propose de montrer que la doctrine de 
Julien combat celle des Peres, et que toutes d(‘ux sont bien tel les 
que fauteur les a representees dans la premiere partie ; aussi se 


1 Fol. 5 c-24 d. Le manuscrit est du vm e ou ix e siecle (Cfr Wright, 
Catalogue , p. 754). 

i Voir le tit'e syriaque dans Wright, Catalogue , p. 755. 

* II s'agit de Jean I, ordonne patriarche d’Antioche cn 630 ou 631, ct mort 
en 648 (cfr A. Baumstark, Geschichte der syrischen Literaiur , p. 243 ). 

* Add. 14629, 5 c-11 d ; ii d-zo c; 20 c-24 d ... (incomplete). 



LES FLORILEGES ANTI JULIANISTES SYRIAQUES. 


83 


reduit-elle a un llorilege qui oppose a des extraits des oeuvres de 
Julien un ensemble de citations patristiques. La troisieine parlie, 
enlin, veut miner le credit de la seete julianiste en revelant lille- 
gitimite, et menie l’invalidite de ses ordinations ; certains eveques 
julianistes anraient etc ordonnes par un seul ev6que, contraireinent 
aux canons, et, en tin de compte, leur sacerdoce renionterait a une 
ordination pratiquee, si Ton pent dire, par un mort ! Jean d’Antioche 
allegue les canons conciliaires qui requierent la presence de trois 
eveques pour toute consecration episcopate ; il raconte I’liistoire de 
la consecration frauduleuse de certains julianistes et donne enlin le 
dossier de cette airaire, qui se serait passee en 1'annee des Grecs 
896 (= Clir. 585). Le dossier est incoinplet, coniine le manuscrit. 

IV 

La piece la plus riche de la litterature antijillianiste syriaquc non 
datee est un llorilege dont quatre manuscrits du British Museum 
ont conserve un texte sensiblement parallele 1 ; il n’est lui-meme 
qu’une section d’un llorilege dogmatique plus etendu portant sur 
divers points de doctrine et dirige contre des heresies diverses. G’est 
dans 1 'Add, 14532 qu’il est le plus complet ; il y est divise en 
123 chapitres, numerotes GXI a CGXXXIII et portant chacun un titre 
distinct. Un titre initial silue cette collection particuliere dans 
Lensemble du llorilege : ce sont des Temoignages des saints Peres 
contre les Julianistes. La section parallele de VAdd. 14558 avait a 
l origine la menie etendue, mais, actuellement, le manuscrit pre¬ 
sente en cet endroit de larges lacunes ; de plus, le texte des folios 
restants est loin d’etre aussi bien conserve que celui des parties 
correspondantes des trois autres manuscrits ; donnant au premier 
cliapilre le numero G\II, cette section reunit les deux suivants en 
un seul (CX 111 ) pour rejoindre, au quatrieine, la numerotation de 
1 'Add. 14532. Les derniers chapitres de cette collection n’ont avec les 
Julianistes qu un rapport eloigne : est-ce pour ce motif que la 
section antijulianiste d’un troisieine manuscrit, VAdd. 12155, 
s’arrete au chapitre CCIX d(*s deux precedents ? Kile compte, celle-ci, 
99 chapitres, numerotes I a G (le copiste a saute, non pas le 
chapitre, mais le numero XGIX). Enlin, VAdd. 14533 olfre un texte 


‘ Add. 12155 (sa.is doute du vine siecle ; cfr Wrioht, Catalogue, p. 920), 
62 c-8i c ; Add. 14532 (sans doute du vine siecle ; cfr ibid., p. 955), 36 a-94 d ; 
Add. 14533 (vm e ou ix« siecle ; cfr ibid., p. 967), 52 a-72 d ; Add. 1453S (en¬ 
viron du xe siecle ; cfr ibid., p. 1004), 101 ^-119 a. 



81 


AUTRES DOCUMENTS RELATIFS A LA CONTROVERSY. 


parallele, mais dont la division on chapilres n’est pas poursuivie 
jusqu’au bout ; eu outre, la disparition d un caliier en a inutile la 
tin * *. Les quatre manuscrits presentent un textc identique, a peu de 
chose pros, dans lours parlies correspondantes ; des lors, le problemc 
de leur interdependanee eventuelle n’a pour nous qu’une importance 
secondaire; nous pouvons le negliger, d autant plus que sa solution 
.requerrait un examen at ten t i f du texte entier des quatre manuscrits 
dont le llorilege qui nous occupe ne constitue qu’une section. 

D’un bout a I’autre de sa compilation, l’auteur n’a pas varie son 
procede : apres le litre du cliapitre viennent les citations patristiques, 
soulignees parfois d une courte reflexion. A mesure (pie les siecles 
s’ecoulent, le materiel de l’argument de tradition s’enricliit * : aux 
noms des grands docteurs des IV e et V® siecles, sont venus s’adjoindre 


1 Add. 14533, 72 d correspond a Add. 12155, 80 d, a Add. 14532, 79 b et a 
Add. 14538, 115 <*■ 

* On lui fait aussi la part de plus cn plus grande ; la chose cst visible dans 
les ccrits monophysites. Parmi les grands ouvrages dogmatiques de Phi 
loxenc, le traits De Trinitate et Incamatione (£dit. Vaschalde, CSCO, 
Scriptores syri, series II, t. XXVII) et la Lettre aux moines de Tell ‘Adda 
(edit Guinr, Atti della R, Academia dei Lincei, Memorie della classe di 

9 

scien/e morali, scr. Ill, vol. 12), se contentent de citcr i’Ecriture; seul 
le De uno ex Trinitate incorporate) et passo (Dissert. I et II : £dit. Briere, 
PO, t. XV ; voir dans P Add. 12164 et le Vat. syr. 138 les huit dissertationes 
non encore editees) comprend un Horilege patristique, mais il est rel£gu£ k 
la fin de Pouvrage. La Lettre aux moines de Senun {Add. 14597, 35 d-91 a) 
est sans doute la scule des compositions dogmatiques de l’6veque de 
Mabbogh qui intercale dans son texte quelqucs citations patristiques. 
Severe, au contraire, brise a chaque instant son expose pour faire 
place a des textes patristiques ; e’est au point qu’on se demande 
lequel dcs deux, expose ou florilege, occupe la premiere place dans 
la pensee de l’autcur. Enfin, dans les florileges que nous £tudions, la per- 
sonnalite de Pauteur a completement disparu. Plus d’unc fois, Severe 
observe qu’il est impossible, non seulement d’avoir une pensee theologique 
plus prolonde que celle des Peres, mais merr.c d’employcr un lang’ge qui 
soit plus appropri^ que le leur aux choses divines (efr Critique : Vat. 140, 
21 a; Contra Adlitiones : Vat. 140, 87 d ; Lettre aux Constantinopolitains : Add. 
12155, 200 c). Sans doute est-ce pour avoir inspire sa conduite de ce principe 
qu’il m6rita lui-meme de prendre place parmi eux. Pareillcment, on tend 
a rapprocher les Peres, dont le nombre est ainsi susceptible de s'accroitre. 
des auteurs des Merits bibliques. Severe qualifte souvent d’ « inspires * les 
Merits des Peres, en particulier ceux de saint Cyrille (voir, par exemple, le 
Philalet/ie : Vat. 139, 88 b \ la Critique : Vat. 140, 26 b) le Contra Additiones : 
Vat. 140, 87 c) ; on ne tardera pas a assimiler, sur cc point, ses propres ceuvres 
k cedes du grand docteur alexandrin (voir, par exemple, la Plerophorie de 
Jean d’Antioche contre les .Tulianistes : Add. 14629, n b). 



LES CHAP1TRES ET LES QUESTIONS CONTRE LES JULIANISTES. 85 


dans ces florileges, non seulement cclni de Severe d’Antioche, qui 
declarait avoir pour seule ambition de reproduire leur doctrine 
et d’en atteindre Lintelligence, niais aussi celui des docteurs syriens, 
Mar fCphrem (f 575), Mar Isaac (d’Antioche, f 459/401), Philoxene 
de Mabbogh (t 525 ?), Mar Jacques (de Sarug, f 521); la compilation 
n’est done pas anterieure a la fin du VI 0 siecle. 

VAdd. 14529 1 2 renfernie un llorilege beaucoup plus court, sous 
le titre : « Citations (--^r| - ]: yor^etz) * choisies des saints Peres contre 
les heresies de Julien d'Ilalicarnasse. » Comnie dans le precedent, la 
tradition syrienne a pris place a cote de la tradition grecque, mais 
celte fois, les textes de Julien out ete completement ecartes et 1’auteur 
n’intercale aucun coininentaire entre les tenioignages qu’il compile. 


V 


A son llorilege antijulianiste, 1 'Add. 12155 ajoute deux sections 
polemiques consacrees a la question de Lincorruptibilite. Bien que 
passablement disparates, les pieces qui les composent tirent une 
certaine unite du genre de refutation adopte par leur auteur ; par 
certains cotes, la premiere section se rapproche des llorileges ; la 
seconde, au contraire, s’ecarte completement de ce genre litteraire 
pour prendre les allures d’une discussion dialoguee entre un ortho- 
doxe et un julianiste. 

La premiere section 3 4 s’intitule : Chapitres contre les Julianistes 
et porte en sous-tilre : Refutation detaillee de ce qui a ete cite plus 
haut en bloc. Le debut suppose manifestement qu'un recueil de 
textes de Julien La precede. « Maintenant done, y dit l auteur, qu’ont 
ete cites ensemble les nombreux blas{)hemes de cet hoinme, pour 
que ceux qui peuvent y comprendre (quelque chose) se rendent 
coinpte de l’inipiete de celui qui a ose (proferer ) de pareilles cboses, 
reprenons chacun d’eux et examinons-les en particulier en y 
opposant les paroles des Lores ortbodoxes, afin qu apparaisse a 
tous l’impiete de cet insense *. » Quelle est c( i tte collection de textes 
de Julien a laquelle Lauteur fait allusion? Bien ne prouve que ce 
soient les textes recueillis par le llorilege antijulianiste (jui occupe 
une des sections precedentes du manuscrit ; il est vrai <|ue celui-ci 


1 Fol. io 2-26 a. II esl du viie ou vine siecle (efr Wright, Catalogue, p. 918). 

2 Wright ( loc. cit., p. 918) traduit « judgments », supposant sans doute le 
mot xuGZiz. 

i 

3 Fol. 113 tf-125 d. Voir le titre dans Wright, Catalogue, p. 938. 

4 Fol. 64 a -65 a. 



86 


AUTRES DOCUMENTS RELATIF3 A LA CONTROVERSE. 


groupait on nouf chapilres (1X-XVII) la plupart <les toxics do Julion 
qu’il refute dans la suite, mais, parnii los sept fragments que le 
premier des chapitres que nous etudions attribue a Julion, il on est 
deja deux que le florilege ne lisait pas 1 * . Nous comptons quatorze 
chapitres dans cette section ; les cinq premiers portent los numeros 
CCCCXCYM) (de tout le manuscrit); cliacun d'eux est introduit par un 
titre special, sauf le premier, qui n'a pas d’autre titre que celui qui 
annonce I’ensemble de la collection ; le sixieme est precede d'une 
indication qui porte peut-etre, dans Lintention du compilateur, sur 
h*s neut‘ derniers : De nouveau, collections resumees contre les 
Julianistes. Quoi qu'il on soil, les quatorze chapitres, a propos de 
divers points de doctrine mis on question par la controversc juli- 
aniste, font la part egale ontre los tomoignages patristiques opposes 
aux textes de Julion et le commcntaire du compilateur. 

La soconde section comprend (juatre pieces *. Les deux premieres 
s intitulent : Questions contre les Julianistes ot Questions des Ortho- 
doxes 3 . Los Questions contre les Julianistes sont au nombre de 
vingt ; olios sont coneues sous forme de dilemmes, que le lecteur 
est invite a poser a un advorsaire julianiste ; affirmative ou negative, 
la reponse de celui-ci est immediatement reduile a Labsurde ou 
donne lieu a un ou plusieurs nouveaux dilemmes successifs, qui 
doivent aboutir au memo rosullat ; parfois, un temoignage patris- 
tique \ ient appuyer la conclusion desraisonnements ainsi echafaudes. 
Nous comptons neuf nouvelles reductions a I’absurde dans les 
Questions des Orthodoxes ; los Julianistes y sont surtout consideres 
coniine eutychiens. 

La valour doctrinale de la dialectique de ces deux pieces est 
mince, et Linteret qu’elles offront pour Lhistoire des doctrines est 
minime. 11 on va difTeremment de la troisieme. Intitulee : Depligues 
de Julien le phantasiaste aux Orthodoxes , el le prend la forme d’un 
dialogue ou entrent on scene, sans autre introduction, Julion et un 
orthodoxe ; exposant leurs idees par questions et reponses, ils 
passent on revue les theses maitresses du systeme <le Julien sur 
I 'eta t de la nature avant et apres le peche et appliquent onsuite au 
Christ les principos exposes. Cette longue discussion ne perd pas 
un instant les allures d’un calme echange do vues ot d'uno confron¬ 
tation des deux systemes { ; chose assortment etrange pour Lepoquo, 


1 Fragments 93, 10C. 

* Fol. 180 c-186 d (180 C-1S2 c-183 a- 185 d-iS6 d). 

3 Voir les titres dans Wright, Catalogue, p. 947. 

* Quand on les a controltes par ailleurs, on s’ape^oit que ces quelques 



LES REPLIQUES DE JULIEN. 


87 


ello se developpe sans invectives ct s’aclieve sans analhenies ! 

Cette piece doit etre mise en rapport avec celle qu'on lit dans le 
Vat. syr. 135 * 1 sous le litre : Refutation des blasphemes manicheens 
pro/ires par un disciple des Julianistes (/ui elait du bourg de Seqra. 
Cet eerit se donnc coniine line reponse a des <» questions » qu’un 
julianiste aurait rasscmblees dans un « livre » ; 1’auteur reprend 
diverses affirmations de Padversaire et en discute le bien-fonde par 
des arguments d’ordre ralionnel on de raison theologique. Brus- 
queinent 2 3 , il change de tactique et se met a proceder par questions ; 
le julianiste y repond et la piece s’aeheve sur une de ses reponses. 
Or, cette seconde parlie ne fait que reprendre les Repliques de Julien 
le phanlasiaste de 1 'Add. 12155, mais en les ecourtant conside- 
rablement, et cela, en diverses fois. La comparaison des sections 
paralleles des deux manuscrits permet d’apporter une iinportante 
correction a tout un passage de VAdd. 12155 on, par suite de 
Lomission d'une reponse du julianiste 5 , la serie des questions et 
reponses a ete deplacee d'une unite par rapport a celle des lemmata 
successifs I et =- qui les introduisent, restee intacte celle-ci. Pen 
apres le retablissement de la correspondance exacte entre les texles 
et leurs lemmata 4 , les deux manuscrils poursuivent la discussion, 
jusqu'a la fin, par des lextes qui ne concordent plus. Quelle est 
lorigine de ces pieces? Celle du Vat. 155 a-1-elle utilise, pour refuter 
le livre du julianiste <ju’elle attaque, les llepliques de VAdd. 12155, 
les ecourlanl, d une part, et y ajoutant, de Paulre ? Dependent- 
elles, au contraire, loutes deux d une ineme source? On pourrait 
multiplier les hypotheses ; autant dire que nous ne pouvons nous 
arreter a aucune. 

La seconde section de VAdd. 12155 se lermine enlin par une 
quatrieme piece qui porte, pour tout litre, la mention : Cnntrc les 
Julianistes '. Ce sont de nouvelles escarmouches dialectiipies, sous 


pages donnent une idee plus exacte du julianisme authenlique cjuc les com- 
mentaires polemiques dont Severe orne commc a plaisir les texles de Julien. 
Mai (Spicilegium Romanum, t. X, pars I, p. 194), apres avoir traduit une 
partie de la Critique du Tome, declare qu’ 1 n’ira pas plus loin, et confesse 
sans detour que la prolixity de Severe l’agaec : « Prolixior hie auctor est 
quam meae occupationes ferant ct ... rem eandem doctc quidem, sed prope 
ad satietatem sus deque versat ... » ! 

1 Fol. 80 c- 87 b. 

2 Fol. 85 a. 

3 Fol. 185 a , vers la fin (efr Vat. 135, 86 d). 

4 Add. 12155, 185 d (efr Vat. 135, 86 d). 

3 Fol. 185 d-iS6 d. 



88 AUTRES DOCUMENTS RELATIFS A LA CONTROVERSK. 


forme de douze questions destinecs a embarrasser Fadversaire. La 
cinquieme ‘ utilise la premiere question de la seconde piece de cette 
section. 

VI 

Cette litterature antijulianiste posterieure a Severe accroit 
d’appreciable fa yon la serie des textes de Julien que les eerits du 
patriarche d’Antioche out conserves. Parmi ceux qu’elle esl seule a 
attester, les lloril^ges comptent 28 fragments qui leur sont propres, 
20 quils ont en common avec les Chapitres contre les Julianistes et 
2 avec les Questions contre les Julianistes; les Chapitres, enfin, en 
lisent It qu'on ne trouve pas ailleurs. Les formules et la doctrine 
quils attestent coneordent en tons points avec celles auxquelles 
les textes de Julien cites dans les oeuvres de Severe nous ont 
accoutumes ; toutefois, a ces criteres internes, on serait lieureux 
d’ajouter quelque garanlie d’ordre externe. Esl-il possible, par 
exemple, d’indiquer la source a laquelle ces eerits de date plus 
tardive ont vraisemblablement ptiise? 

Seule, la Plerophorie deJean d’Antioche (f 648) est datee approxi- 
malivement par le nom de son auteur. Toutefois, commeclle depend 
probablement elle-meme du llorilege antijulianiste de VAdd. 12155 
et autres manuscrits paralleles, — en elfet, des IT fragments qu’elle 
rapporte a Julien, il n’en est pas un seul (jui ne soit dans ce 
llorilege, — celui-ci, la piece la plus-riche en fragments des eerits 
de Julien, ne serait pas posterieur a la premiere moitie du 
Vll e siecle. Les Chapitres contre les Julianistes , eux aussi, ont avec 
ce llorilege des passages coramuns *, mais les onze citations de 
Julien (ju'ils ont en propre doivent provenir (Tune autre source. 
Celle-ci leur est peut-etre commune a tons deux. 

Quelle est cette source? Seraient-ce les oeuvres de Julien? Lien 
ne Pindique. On croirait pIutot que les textes de Julien cites dans 
le llorilege ont ele repris de seconde main a des compilations 
julianistes on a des ouvrages de refutation, au meme litre que les 
nombreuses citations patristiques que le compilateur leur oppose; ils 
etaient rares sans doute les polemistes et theologiens qui imitaient le 
soin de Severe d’Antioclie a citer de premiere main les ouvrages qu'il 
utilisait. Le caractere relativement tardif de la compilation favori- 
serait de son cole cette supposition. Mais le llorilege lui-meme, 


1 Comparez 186 b a 182 c. 

* Chapitres {AdJ. 12155, 119 c) = Florilege (ibid., 632); Chapitres (Add. 
12155, 122 b-c) = Florilege {ibid., 72 c-d). 


LES SOURCES DE CETTE LITTERATURE POSTERIEURE. 89 


semble-t-il, oriente les recherches da cote des ecrits de Severe. 
Frequeminent, en eflet, il cite ', ct parfois sans reference aucune % les 
divers ecrits antijulianistes de Severe dont nous avons conserve le 
texte. I)e meme, outre les passages de Julien qui lui sont propres, 
il en a onze aulres qui se retrouvent mot pour mot dans ces 
ouvrages * 2 3 ; or, il en est deux, au moins, qui en proviennent mani- 
festement, car on les retrouve dans le Contra Additions, Fun avec 
le texte qui Pintroduit dans le llorilege 4 5 6 7 , et Fautre avec celui qui 
lui fait immediatement suite dans celte compilation 

Les ecrits de Severe dans lesquels le compilateur aurait lu, even- 
tuellement, les passages de Julien qu’il e>l seal a citer,. nous sont 
necessairement inconnus, au moins dans leur texte integral. En diet, 
pour la grande majorite °, ces textes de Julien appartiennent a des 
ecrits non encore refutes ex prof ess u dans les ouvrages du patriarche 
dont on a conserve le texte, notamment, a VAdversus blasphe- 
mias Seven. Severe, nous l’avons (lit, avail eu Lintention de refuter 
cet ouvrage. Mais le lit-il? Et surtout, le lit-il dans un traile exclusi- 
vement eonsacre a sa refutation ? II serait etonnant, si cYtait le cas, 
que le funds syriaque du British Museum, si riche en citations de 
tous les ouvrages antijulianistes de Severe, n’en ait conserve 
aucune qui soil susceptible dc lui etre rapportee. EYst le moment 
de se rappeler que Severe composa, vraisemblablement apres ses 
ouvrages conlre Julien, un traite conlre le julianiste Eelicissime. 
ISYst-cc pas dans ce Contra belicissimum, qui comprenait au moins 
quinze discours, que Severe, ayant renonce pour une raison quel- 
compie a consacrer une refutation speciale a VAdversus blasphemias 
Sever! , aurait cite et eombattu le « dernier ouvrage de Julien » non 
encore refute ? Le llorilege antijuIianiste cite le Contra Felicis- 
simum 7 ; eYst la (pie lui et les Chapilres contre les Julianistes out 
pu reprendre les passages de Julien dont nous ne trouvons pas 


' Par exemple, aux chapitrcs CLXX, CLXXIII, CLXXXIV-CLXXXVIII, 
CXCI. 

2 Par excmplc, chapitrc CXCV (efr Contra Additiones : Add. 12158, 43 a 
el suiv.). 

3 Si bien qu’il est provable que li compilateur syrien utilisait d6jd la tra¬ 
duction de Paul de Callinice. 

‘ Le fragment 22 {Add. 12155, 64 a ; efr Contra Additiones : Vat. 140, 76 a). 

5 Le iragment 33 [Add. 12155, 74 d ; efr Contra Additiones : Add. 12158, 39 b). 

6 II y a quatre lragments du Tome (38-41), mais Severe ne s’interdisait 
pas de citer le Tome dans des ecrits post£rieurs a la Critique ; nous savons 
qu’il Pa fait dans le Contra Additiones. 

7 Add. 12155, 69 b, 75 d, 76 a , 77 a, 79 a. 



90 


AUTRES DOCUMENTS RELATIFS A LA CONTItOVERSE. 


trace dans les ecrits de Severe dont nous avons le texte. Ce n’est la 
qu’une hypothese, mais, deja vraisemblable en soi, cite n'e.st pa*-, 
absolument gratuite. Fn elfet, le troisieme des Chapitres contre les 
Juliamstes 1 est consacre a la discussion d im faux litteraire coniinis 
par Jalien et Felicissime sous le noin de Pierre, eveque dWlexandrie 
(‘t martyr. Julien s’est contente de le citer au tome II de VAdversus 
blasphemias Severi sous cetle attribution ; Felicissime a a joule (jue 
ce ti*xte avail etc cite par Timothee (Flore) dWlexandrie et atlribue 
par celui ci a Pierre dWlexandrie. F’auteur cite le passage incrimine; 
il montre ensuite, par des arguments de critique interne, qu’il ne peut 
provenir d’aucun des deux docteurs. Or, one citation du Contra 
Felicissimum *, qui conclut, semble-t-il, en la resumant, one discus¬ 
sion sur Fauthenticite d un temoignage patrislique, stigmatise la 
conduite de Julien et de Felicissime : tons deux ont cite faussement 
saint Pierre martyr, et le second, en outre, a rendu Timothee 
dWlexandrie complice de la fraude. Fe rapprochement est sug¬ 
gests : n'est-il pas probable que les Chapitres se soul inspires, tout 
au moins, pour rediger la discussion critiijue du chapitre CCCXCVIII, 
du passage du Contra Felicissimum qui precedait la citation (jue le 
Vat, 108 fait de cet ouvrage 1 * 3 4 ? Ce n’est la qu’un exemple, mais le 
cas qu’il atteste a pu se multiplier ; il est de nature, ce nous semble, 
a nous rassurer sur Fauthenticite des citations de Julien qui n’ont 
etc conservees <jue dans les productions syriaques de la Literature 
antijulianiste de seconde dale *. 


1 Chapitre CCCXCVIII (Add. 12155, 114 d-115 a )- 

i Discours V, chap. 1 ( Troisieme discours de Pierre d’Anlioche centre 
Damien : Vat. syr. 108, 85 c) : « Repetant utilement ces choses, j'ai fait con- 
naitre les paroles du docteur, ... et j’ai montre clairement aux auditcurs sa 
saine confession qui ne se complait pas dans les mensonges her£tiques ... 
qu’ils ont ose lui endosser, Julien, d’une part, ... en mettant faussement « de 
saint Pierre martyr », Felicissime, de l’autre, en comprenant aussi dans la 
fraude le venerable Timothee... ». 

3 Le chapitre suivant (CCCXCIX : Add. 12155, 115^-1160) va reprendre 
un long passage de VAdversus Apologiam Iuliani (Add. 12158. 107 c-110 c). 

4 Anastase le Sinaite ( Hodegos , dans PG, LXXX 1 X, 235, A) parle d’un 
certain Ammonius d’Alexandric, qui aurait ecrit contre Julien d'H dicarnassc. 
Pendant son 6piscopat, Severe 6tait en relations avec un pretre dWlexandrie 
du nom d’Ammonius (efr E. W. Brooks, Select letters of Severus, vol. II, 
p. 253 ; .4 Collection of letters of Severus , dans PO, t. XII, p. 294 ; t. XIV, 
p. 127). Le correspondant de Severe serait-il le personnage mentionne par 
Anastase ? 




LIVRE II 


LES DOCTRINES 





CHAPITRE I 


L’ASPECT DOCTRINAL l)E LA CONTROVERSE 


I. Les sources de 1’liistoire doctrinale de la controverse. — II. La these <le 
Julien el celle tie Severe. — 111. Les grandes ligoes de noire 

etude doctrinale. 


1 


Depuis les travaux de C. Walch, publics dans la scconde moitie 
du XVI11° siecle 1 2 3 , l’histoire des conlroverses sur rincorruptibilite 
du corps du Christ n’a pas sensiblement progresse. Les historiens 
des dogmes ont souvent parle de Julien d’Halicarnasse, plusieurs 
meme ont attache a sa doctrine une exceptionnelle importance, inais 
sans qu’aucun d'eux ait depouille les pieces de la controverse qui 
mit cet eveque en lutte a\ec le patriarche d’Antioche. Walch savait 
par le catalogue des manuserits syriaques de la Vaticane, alors 
public dcpuis peu par les Assemani, (jue ces pieces n etaient pas 
perdues, inais il se trouvait dans Limpossibilite de les atteindre. 
Aussi, deploraut de ne pouvoir entendre les deux protagonistes de 
la querelle % se contenta-t-il de reunir les passages que les ouvrages 
anciens alors publics avaient consacres aux a aphthartodocetes 5 ». 
Toutefois, mis en defiance par resprit polemique qui lui paraissait 
en avoir inspire les auteurs, theologiens grecs ou polemistos byzan- 
tins, il n’utilisa ces sources qu’avec prudence. (Vest ainsi que, 
malgre Linsuffisance de son information, un sens critique averti 
Lempecha de donner dans les erreurs d’inlerpretation on tomberent 
ses successeurs, et lui permit meme, le cas echeant, d«* porter sur 
le fond des questions en discussion un jugement conjectural, sans 
doute, mais que I’etude des sources n’inlirme point. l T n demi-siecle 
apres lui, J. Gieseler 4 et, plus recemment, M. Jugie 5 recoururent 
aux sources syriaques au cours des etudes qu ils publierent sur le 
julianisme, mais ce fut dans une mesure minime et des conditions 


‘ Entwurf einer vollstandigen Historie der Ke^ereien, VIII. Teil, p. 550-639. 

2 Ibid., p. 605. 

3 A(^ 6 xpT 000 X.r l Tai J partisans de rincorruptibilite. 

4 Commentatio qua monophysitarum vetetMm opiniones... illustrantur, pars II, 

5 Article Gaianite ( Controverse), dans DTC, fasc. XLV. 



91 


L* ASPECT DOCTRINAL DE LA CONTROVERSE. 


de travail defectueuses. Generalement, les auteurs redigerent leurs 
notices d’histoire doctrinale relatives a Jalien en utilisant, sans 
guere y ajouter, les sources byzantines que connaissait deja Walcli, 
mais sans toutefois imiter la reserve <ju'iI avail mise a accepter leur 
temoignage. 

Les pages qui precedent out montre Linteret que l’histoire litte- 
raire peut prendre a l’etude de la controverse julianiste. Celle-ci, 
pour parler d’abord des ouvrages du patriarche d’Antioche, provoqua 
la publication de (pialre ecrits d’etendue considerable, la Critique 
du Tome , le Contra Additiones , i'Adversus Apologiam luliani et 
1 ’Apologie du Philalethe ; il fauty ajouter la Troisieme lettre a Julien 
et la Refutation des Propositions de Julien , dont l’objet a toutes 
deux, nous l’avons dit, est connexe a celui de la Critique. Mais ces 
memes ecrits sont plus precieux encore pour I’liistoire des doctrines, 
car ils constituent les pieces authentiques de la controverse sur 
rincorruptibilite. Temoins directs de la pensee du grand adversaire 
de l’eveque d’llalicarnasse, ils nous ont encore conserve, par voic 
de citation, un norabre relativenient eleve de fragments dogmatiques 
des ceuvres de Julien. 

Les ouvrages dont il a ete question au chapitre precedent com¬ 
petent a leur tour de facon notable les informations fournies par ies 
ecrits de Severe ; parini eux, signalons surtout les Chapitres et les 
Questions contre les Julianistes. Produits des controverses poste- 
rieures, ils se sont inspires, constate-t-on, non seulement des 
ouvrages de Severe dont nous connaissons lc texte entier, mais 
encore d'autres ecrits du patriarche, coniine le Contra Felicissimum , 
dont il ne subsiste plus que quelques fragments. Eux aussi, ils ont 
conserve un certain nornbre de tnoreeaux des oeuvres de Julien, si 
bien que fetude de la doctrine de Feveque d llalicarnasse peut 
tabler aujourd'hui sur un ensemble de 154 fragments dogmatiques, 
fournis exclusivement, sauf un seul, par la tradition inanuscrite 
syriaque V Nous les avons reunis «a la lin du volume ; au lieu d en 


* Les Lettres cn ont fourni 5 (fragments 1-5), lc Tome 44 (6-49), les Addi¬ 
tions 7 (50-56), VApologie 18 (57-74), les dix discours de VAdversus blasphemias 
Severi 55 (75-76*86-94-97-100-107-112-119-127-128, et 129), la Disputatio contra 
Achillum et Victorem 2 (130-131)). Il en est enfin 23 (132-154) que les sources 
ne rattachent a aucun ouvrage determine : parmi eux, 17 sont fournis par 
VAdversus Apologiam luliani (132-148), 3 par YApologie du Philalethe (149151) 
et 2 par les florileges antijulianistes (152-153); le dernier (154)est un temoignage 
pseudo-athanasien falsifie que Severe accuse Julien d'avoir mis en circulation 
dans Alexandrie. — Seul, l’anatheme VIII (fragment 72) a £t£ conserve en 
grec par la Doctrina Patrum (edit. Diekamp, p. 313) et par les actes du concile 



La these de julien. 


95 


donner une traduction fran$aise oil latine, nous avons prefer^, 
pour les motifs et dans les conditions exposes plus liaut * 1 * 3 , en 
presenter une version grecque. (Test sur eux, ainsi que sur les 
ouvrages de polemique dont n uis avons parle au livre premier, 
(jue repose l’etude doclrinale qu'on va lire. 


Dans la letlre d’accompagnement qu’il joignait au Tome , Julien 
resumait coniine suit la these et les arguments principaux de ses 
adversaires 4 . Prelendant se reclamer de saint Cyrille, et croyant 
trouver un argument favorable a leur these dans la doctrine de la 
consubstantialite du Sameur avec nous, ils soutenaient que le corps 
du Christ avail etc cpQaprov jusqu’a la resurrection; d'apres eux, cYst 
en eflet le moment de la resurrection qui avail marque pour Iui, 
coniine il doit le marquer pour nous, le passage a un elat d’atpfocoff'V. 5 . 
Ces ligues circonscrivent adequalement le debat <pie la Premiere 
lellre d Severe etail destinee a ou\rir entre hauteur du Tome et le 
chef reconnu de Porthodoxie monophysite. Le corps du Christ avait-i 1 
ete (pOaprov ou acpGaprov avant la resurrection ? La question devait 
meltre en discussion plus dun point de doctrine, mais el le resta 
toujours le centre de la controverse. 

Severe, on l’a mi, s’emut fort de la position qu avait prise son 
correspondant. Les theses du Tome lui parurent pen traditionnelles 
et, dans la menu* mesure, pen orlhodoxes. A la verite, elles nous 
deconcerlent nous aussi de prime abord, heritiers que nous sommes, 
par 1’organe d’une tradition bien des fois seculaire, de la termino- 
logie dont le patriarche defendait Pexclusive legitimite. II etait 
impossible, estimail Julien, d’appeler (pOapro; et o-y.zty.oz rr,; c 


de Latran de 649 (Mansi, X, 1121, B). — Sauf les cinq fragments que nous 
reproduisons( 1-5), la corrcspondanee de Julien n’offrc aucun interct doctrinal; 
seules, les deux premieres lettres a Severe, conservees par YHistoire eccle- 
siastique de Zacharie le Rheteuk et la Chronique de Michel le Syrien, 
out ete pJdiees avec ces ouvrages, dans une recension moins fidele quecelle 
de Paul de Callinice (voir plus haut, p. 13, note 6). 

1 Dans notre avant-propos. 

* Premiere lettre d Severe (Vat. 140, 2 d). 

3 Qu’on nous permette de garder desormais aux formulcs doctrinales leur 

physionomie originale. Comme on le verra plus loin, en traduisant c lOaproi 

par corruptible , et icp QxO'jlx. par incorruptibility, nous risquerions d’egarcr le 
lectcur sur un sens qu’ils n’avaient pas dans la terminologie de Julien, 



96 


l’aspect doctrinal de la CONTROVER8E. 


celui en (|ui la yQopx no s’etait pas etablic 1 * 3 * * 6 . Parlant de ce principe, 
il distinguait Fac pQzp'j'x au premier rang des prerogatives du Christ, 
des le moment de bunion du Verbe a la chair*. II reconnaissait, il 
est vrai, (pie le Verbe avait pris chair de !a nature tombee sous la 
corruption, mais e’etait pour aflirmer aussitAt que cette chair, le 
Sauveur Pavait prise dans un etat de non-corruption (i'c pOapzoy) et 
d une maniere qui ne relevait pas de la corruption (y.rpQxpzo) rpo7i'.>) \ 
11 concedait pareillement que le Christ avait paru fQxpzo; au cours 
de sa vie mortelle, tout coniine, au temoignage du prophete, il avait 
ete repute impie * ; mais qu’il 1’eut etc en realite, en (juehpie temps 
ou en (juelque maniere que ce fut s , ineine au temps de la passion 
il se refusait absolument a Padmettre. 

(best surtout aux endroits oil Julien s’attachait a preciser les 
formules qu il eonvenait d’employer pour delinir Petal du Christ 
dans les souiFrances et la mort que sa terminologie, sans cesser 
d’etre radicale, apparaissait deconcertante, disons plus, entachee 
d’heresie et contradictoire dans les termes. D’une part, il confessait 
ouvertement la realite de la passion du Christ, il anathematisait 
quiconque aurait soutenu qu’elle n’avait etc qu’apparence 7 , et il ne 
faisait aucune difficult^ d’appeler naQr/Zog et Oyr-6; celui <jui l’avait 
enduree 8 9 10 . D’autre part, il dcclarail avec insistance que ni la mort ni 
les souiFrances n’avaient agi dans le Christ ”, et il appelait le Sauveur 
y.r.x r Jr,z, xtcxOt^ kv zoig r.xOe^ry et xQxyx.zog 'ey Qy.yy.zb) ,n . On ne pouvait 
penser que cette derniere formule se bornail a relever (pie le Verbe 
incarne, passible et mortel comme homme, etait, simultaneinent, 
impassible et immortel comme Dieu : Julien excluait formellement 
cette interpretation en enseignant que e’est le corps niemedu Christ 
qui etait zvQxozov, xj :x.0i; et y.Qxyxzoy avant la resurrection 11 , et (pie 


1 Fragments i, 2. — Sous les indications numeriques prec£dees du mot 
« fragment », nous renvoyons, sans autre indication de source, & la liste des 
fragments 6dites a la fin du volume. Nous citerons r£guli£rcment la traduc¬ 
tion grecque ; le lecteur se reportera facilement au texte original, au bas 
duquel il trouvera les references aux sources. 

* Fragment 58. 

3 Fragments 7, 29. 

* Fragments 6, 91. 

3 Fragments 43, 48. 

6 Fragment 16. 

7 Fragments 1, 45, 69. 

8 Fragments 3, 27, 31, 129. 

9 Fragments 37, 59. 

10 Fragments 52 ; 57, 69. 

“ Fragments 5, 39, 45, 48. 



97 


LA THESE DE SEVERE. 


le Verbe incarne, xnxQyjc en tant que Dieu (xa0’ iavzov), l’etait egale- 
inent en tant qu’homme (xara crdpza) 1 2 3 . 

Severe resolut la question tout difleremment. Julien, disait-il, 
avait meconnu la distinction elementaire que l’usage elablissait 
entre les divers sens des mots cpOopx et acpQxpatx en les appliquant, 
tantdt a la corruption spirituelle et morale du peche, et tantdt a la 
corruption materielle et physique que constituent les passions 
irreprehensibles (a^i|SAy;ra t:j.0y]), tel les (pie la faim, la soif, les 
soull'rances en general et la mort. C’est en tenant compte de cette 
double acception des memes termes <pie Iui-meme repondait a la 
question posee. Le Christ avait-il ete ayOapro; avant la resurrection? 
II l’avait ete certes, a supposer qu’on signified par la qu’il s’etait 
toujours trouve sans peche. Entendait-on, au contraire, parler 
d’impassibilite et d’immortalite, en d'autres termes, d incapacite 
naturelle de souftrir et de mourir ? Severe distinguait a nouveau. 
Considere comme Dieu, le Verbe incarne n’avait jamais perdu ces 
prerogatives essentielles a la divinite, mais, considere comme liomme, 
il avait ete passible et mortel, et c’etait la resurrection (jui l’avait 
constitue dans un etat d’impassibilite et d'immortalite *. (^ette solu¬ 
tion, developpee deja dans la Critique, est reprise dans la Troisieme 
lettre; Severe s’y tiendra resolument dans tons ses ouvrages contre 
Julien et il la maintiendra constamment a la base de la discussion, 

a 

l’estimant abondamment justiliee par l’Ecriture et la tradition. 

Des le debut egalement, le patriarche jugea severement les theses 
de son adversaire; la nature de ses critiques ne changea point avee 
le temps, mais il les exprima avec une reserve sans cesse decrois- 
sante. Assez tot, nous le verrons, il en arriva a dire que les tommies 
arraGy]; kv tolz 71 xQzdiy, d.Qy.'jy.roz vj 70 ) Oavizp), — « naturellement 
incapable de soullrir et de mourir », Iraduisait-il, — etaient impies 
et scandaleuses : niant la realite des soullrances et de la mort du 
Christ, el les rendaient illusoire la resurrection du Sauveur, et 
ruinaient du memo coup le fondement de la redemption 1‘areil a 
Eutyches, Julien reprenait la these manicheenne de la phantasia *; 
il pretendait sans doute maintenir la realite de la passion, mais cette 
affirmation, Nide de sens dans sa bouclie, avait pour seul but de 


1 Fragments 130, 131. 

2 Troisieme lettre d Julien (Vat. 140, 9 c et suiv.). 

3 Critique (Vat. 140, 25/, 41 e)) Tt'oisieme lettre a Julien (ibid., 15 c) ; Contra 
Additiones (ibid., 84 b et suiv.), etc. 

* Contra Additiones (Vat. 140, 68 71 d, gif, etc.); Adversus Apologiam 

Iuliani (Add. 12158, 55 b, 58 b, 66 a, 68 c, etc.); Apologie du Philalethe (Vat, 
140, 109 c, ill e, etc.). 


7 



OS 


L* ASPECT DOCTRINAL DE LA CONTROVERSE. 


menager les voies a une doctrine perverse et absurde et « d’adoucir, 
com me on ferai t pour un poison mortel, ramertume des heresies 1 » ; 
en effet, la doctrine de l'incorruptibilite ne comportait pas qu'une 
tenninologie defeclueuse : elle etait viciee dans son fond par une 
pensee franchement heterodoxe i . 

Atteint-on \ raiment le jugement que s’etait forint Severe sur la 
doctrine de Julien, en prenant a la lettre les gros mots d’heresie, de 
docetisme et d’eutychianisme <jue nous venous de l'entendre pro- 
noncer a l’adresse de la christologie de Lcvoque d’Halicarnasse ? 
Nous serous mieux a memo d'en juger, une fois arrive an tcrme de 
letude que nous commencons. Contentons-nous a present de reinar- 
quer qu’en Orient, sur la foi des ecrits de Severe, une longue 
tradition a fait de Julien un docete, un maniclieen et un eutychien, 
et qu’aujourd’hui encore les auteurs le citent comme un des repre- 
sentants les plus averes de reutychianisme. 

D'une part, il est sur que ses fonnules paradoxales requeraient 
a tout le inoins explication. I)e rautre, on concoit difficilement 
(juTui eveque, en plein VI® siecle, ait reussi a rallier a son parti, de 
diverses conlrees de rOrient, un nombre imposant d esprits religieux 
et zeles pour la foi, s’il a lui-ineme renouvele le docetisme et defendu 
on ne sait quel monstrueux melange de divinite et d'humanite dans 
le Christ. Ses adversaires raflirment, ii est vrai, mais le polemiste 
n’est-il pas enclin a preter an parti adverse Paffinnation explicite 
des propositions que lui-meme a cm pouvoir deduire logiquemenl 
de la doctrine qu'il combat? II n’est pas necessaire d’insister outre 
mesure sur les erreurs qu’on s’exposerait a commettre en reconsti- 
tuant la doctrine des auteurs anciens a I'aide de rapports d’adver- 
saires trop facilement acceptes. Le cas de la litterature antijulianiste 
suflirait a illustrer cette remarque. Ses productions sont abondantes, 
variees et, en majeure partie, contemporaries de Lauteur qu'elle 
attaque. II serait pourtant bien malaise d’y faire le depart entre 
Lhistoire et la charge ou meme, parfois, la caricature ; il faudrait 
croyons-nous, presque renoncer a s’en ser\ir pour etablir, avec 
quelque certitude, ne fut-ce que les grandes lignes de la pensee de 
Julien, si elle n’avait conserve un certain nombre de fragments 
dogmatiques des ouvrages qu’elle refute. Aussi est-ce a ces derniers 
que nous demanderons, en ordre principal, le sens du julianisme 
authenti([ue ; les ecrits de Severe ne seront utilises a cette tin 


* Adversus Apologiam Iuliani [Vat. 140, 101 e ). 

? Contra Additiones [Add. 12158, 47 c, d ); Letire aux Constantinopolitains 
(Add. 12155, 200 c). 



LES GRANDES L1GNES DE NOTRE ETUDE. 


99 


qu’avec une grande reserve ; ils nous viendront surtout a point pour 
reconstitner l’atmosphere polemique de la conlroverse. 


Ill 

VTi la position liistorique de la question et l’etat actuel des sources, 
I’etude de la doctrine de Julien n est pas l’etude de toule sa tlieo- 
logie ; ce n’est pas me me, en ordre premier tout au moins, cello de 
son monopbysisme. Idle consisle avant tout a determiner le sens 
derenseignement de l’eveque d’Halicarnasse sur {’incorruptibility du 
corps du Christ avant la resurrection. En effet, c’esl grace aux idees 
qu’il avait concues sur ce point particulier que Julien a laisse un 
nom dans I’histoire ; c’est sur ce point special de la christologie 
qu’ont porte ceux de ses ouvrages sur lesquels nous avons quelques 
precisions ; enlin, les fragments qui nous sont parvenus sous son 
nom dans des traductions syriaques n’ont pas non plus d’aulre objet. 

Or, a notre avis, la doctrine de Lincorruptibilite n’est que l’appli- 
cation au Christ d une theorie particuliere sur l’etat de decheance 
auquel le peche dMdam a reduit la nature humaine; c’est une 
christologie qui tient compte, dans ses formules, de la doctrine qui 
admet, — toutes reserves faites sur le sens des mots, — Lexistenee 
d’un peche de nature. Quant au monopbysisme, — c’est-a-dire, le 
systeme doctrinal qui concoit et exprime hi dogme de I’unite de 
sujet dans le Christ d’apres la formule cyrillienne up. c yj'Jt; r oO 
Oeo-j loyov Gc'Txp/jjju.zvr,, — il n’y intervient pas coniine element 
specilique, mais coniine un element de fait. La doctrine de rincor¬ 
ruptibilite s’accommodait egalement bien de la formule des deux 
natures et de la christologie monophysite ; on s’en apercevrait au 
seul fait qu’elle recruta des adeptes aussi bien dans les rangs des 
partisans du concile de Chalcedoine que chez les lideles du mono- 
physisme severien on jacobile. Ajoutons, en troisieme lieu, que la 
terminologie joua dans la conlroverse julianiste un role important. 

C’est en tenant compte de ces fails que nous avons dispose la 
matiere de l’etude doctrinale qu'on va lire. Les chnpitres II et III 
exposent, en accordant une attention speeiale aux (juestions de ter¬ 
minologie, les idees de Julien sur l’etat de la nature dechue. Les 
chapilres IV-VI out pour objet l’application (jue ces idees trouvaient 
en christologie, et l’examen des formules qui susciterent tant 
d’opposition de la part de Severe et des siens. Enlin, le chapitre VII 
s’efforce de determiner la part d’originalite qui revient au julianisme 
et la place qu’il convient de lui assignor dans le mouvement theolo- 
gique des V e et Vl e siecles. 



CHAPITRE II 


LA (( CORRUPTION » DANS LES TEXTES l)E JULIEN 

I. La (pQopx. Son triple aspect : pechc, concupiscence, soufl'rances et moi l. — 
II. Le sens des termes derives de tpGooa, ry.Ooc, Sovaro^. — HI. Les 
critiques de Severe contre la terminologie de Julien. 


I 

An cours de sa polemique avec Julien, Severe revient a maintes 
reprises sur la consideration suivante : contrairement aux enseigne- 
inents des Peres, Julien entendrait le ferine tpOopx au sens exclusif 
de peclie. D’apres Leveque dllalicarnasse, ecrit-il, « le ferine cpOopy. 
ne s'applique qu’aux passions du peclie el jamais aux passions irre- 
preliensildes (xSt&fi/.rjx -y.Qr,) 1 » ; « pourquoi, dit-il encore, ne pren- 
drions-nous cpOooa que dans un sen I sens, le reservant a la tpOotk r.yp'y. 
'L'u7w 1 je veux dire le peclie, et ne dirions-nous pas que la mort de 
Idiom me, e’est-a-d ire, la dissolulion (Pun compose, est une corruption 
naturelle ((pBopy. (poor/./') 2 ? ». « Quant a nous, dit-il enfin, nous 
appelons zOopy. non seulenient ce qui est souille par le peche, suivant 
l’opinion du venerable eveque Julien, mais encore ce qui est 
mortel 3 . » Ces remarques contiennent une part de verite ; encore 
est - i I qu'il faut la degager avec soin. 

Les textes de Julien emploient le mot zQopy. dans des acceptions 
diverses. Dans son sens le plus general, la corruption se detinit : 
Lalteration de ce qui est sain dans une substance ; e’est ce qui fait 
qu'une chose ne correspond plus a son type, que Ton considere soit 
letat defectueux auquel est reduite la chose corrompue, soit la 
cause meme qui l a inise en cet etat. Ce sens se retrouve dans un 
texte du Tome qui en appelle au recit biblique de la formation de la 
premiere femme : I'enlevement d'une cote, y est-il (lit, n'a fail subir 
a Adam aucune corruption. II s’agit evidemment ici d une atteinte a 
l'integrite organique ; en effet, le terme dtxfOooa, ou (pOopy, est 
explique par un equivalent qui a ce sens (e/arreoo’t;), et le paralle- 
lisme des deux parties de la phrase, dont Y une exprime Letat d’Adam, 
et Lautre, celui d’Eve apres Loperation divine, montre que le sens 


{ Troisieme lettre a Julien {Vat. 140, 17 c). 
3 Critique ( Vat. 140, 22 e). 

5 Contra Axiditiones {Vat. 140, 80 e). 



LE TRIPLE ASPECT DE LA CORRUPTION. 


101 


(le la premiere se reduit a ceci : malgre la perte d’une cote, Adam 
resla homme parfait *. Voila done un cas oil cpOopa s’entend d un 
defaut physique. C’est dans le meme sens que d’autres texfes du 
Tome font de cpOapro; el ^.arrcooivo; des ejdthetes eqnivalentes *, on 
encore definissent la r p0oo7. line alteration de ce qui est conforme a 
la nature 1 2 3 * * * , un dominate qu’elle a subi, une maladie qui l’infecte C 
En fail, nous aurons a le dire, l’alteration on le dommage dont 
parlent ces textes sont a la fois le peche et le regime de decheance 
morale et physique qu’il a introduil ; il n’en est pas moins vrai 
que le sens formal des tonnes a/./oiWt;, (3/a,3o;, E/arroxTic, 00707 
n’implique pas I'idee de peche el de corruplion morale. 

Les lextes apportes jusqu'ici, decriyant la zOopz comine du dehors, 
ne nous ont pas encore appris ce qu’elle est enolle-meme. Observons, 
pour determiner ce point, les rapports qui la relient au peche, a la 
concupiscence, aux soullrances et a la inorl. 

Premierement, la (pQooz est mise en relation avec le peche, 
r t 7 -ixxotlx. Les deux lermes voisiuent frequemment; la nature, 
disent les textes, est tombee or.'o 7r,o 7.0.7.0717.0 zai 7 r\y < 06000.0 ; le 
Christ a participe a la chair et au sang sans prendre a le peche 
et la corruption » '. Les realties que ces mots designenl ont entre 
elles des rapports tellement intimes (jue, si Lon jmse la corruption 
dans nn etre, il fant y placer aussi le peclie °. Suppose-t-on, par 
exemple, le corps du Christ zOaoroo avant la resurrection, il faudra, 
du meme coup, le declarer zo 7.0.7.0717. 7 . De meme, Julien setonne 
(jue ses adversaires appellent la chair, d’une facon absolue et 
independamment du peche, v.y.77. yo7iv <p07p7r t 8 . 

Quelle est la nature de la relation (jue les textes etablissent entre 
c pQooz et 7 . 07 . 07 ix ? C’est, pTciiiior*»ment, une relation de causalite : 


1 Fragment 35 : u:r t 0iu.i7.i :m ' Xo'z’j yzyzor/J.zor,; dtxrpQopz; r z/7.77 (.)7Sw; 
'7.77. 7Y]0 EjXO tJ.r t QZ'J 7.~o'/.ZLT.007Yl 7 Y‘ y.'/jOUlu'.'JY.: C'OO’cMI. 

2 Fragment 13 . L’expression est reprise aux adversaires, mais acceptde par 

l’auteur : <oo7zo)z £77 1 z9o:pTr,z 7 . 7.1 rj.z77ovjk.OYiZ. 

T * , 7 r ‘ i * * , 

3 Fragment 29 : o m Jv. zo y.u.ou&fJii 7 00 7.7.77. cp’J 7 iv, r~zo £77 to r, (pOoox. 

1 Fragment 29 : or/x 7 o~j 7 . 1:0 700 (p9zor,oxi [llzfio'jz (sans le dommage 
qui provient de la corruption et la constitue); cpu/a77 oyj vr, <0i7£t 'ey 7r, io’.z 

( 77 . 07.1 7. 017. 70 XLOyOO 0Z007YJ.Z0 Z'J Y/J.'.O, 'jytX XuZOZLZZO Z'J 7 . 070 ) 7YJ <00710 

xy.L7.700 (p9opx. Sur la corruption-maladie, voir aussi le fragment n. 
Fragments 70 ; 42 , 65 . 

Fragment 81 . 

7 Fragment 17. 

8 Fragment 71. 



102 LA « CORRUPTION » DANS LES TEXTES DE JULIEN. 


c’est le peche, declare Julien, qui est la cause cl la racine de toute 
cpOopx, et s'il faut neeessairement attribuer le peche a celui qui rsl 
rpOapro;, c’est parce que le peche est la cause de la corruption \ 
Mais c’est surtout une relation d’identite. En elTet, Julien explique 
que le Sauveur a participe avec nous a la chair, au sang, a l ame 
raisonnable et intelligente, en n’exceptant qu’une chose de ce que 
nous devenons nous-momes en devenant hoinmes,a savoir, le peche et 
la corruption ; reprenanl ailleurs la meme idee, il justifie la restric¬ 
tion qu’il semble apporter a la participation du Christ a I'enlieretede 
notre nature en faisant remarquer que la substance humaine ne com- 
porle ni le peche ni la corruption * 2 * . Les deux textes supposent (pie 
la corruption el le peche auxquels le Christ n'a pas participe malgre 
sa parfaite consubstantialite avec nous, sont des elements qu’on 
reyoit regulierement avec la nature, au meme titre qu’en devenant 
homme, on est constitue elre done de sang, de chair et d’ame intel¬ 
ligente. Mais si nous recevons le peche avec la nature, alors que 
celle-ci ne devrait pas le comporter, ce peche est une corruption de 
la nature ; aussi, dans les deux textes, peche et corruption designent- 
ils des readies qui se recouvrent, au moins en partie. Par ailleurs, 
on voit assez (pie cetle corruption-peche, personnede a quiconque 
participe a la nature, n’est pas un peche actuel commis a l imitation 
du peche d’Adam, et dont le libre vouloir d’un cliacun scrait tenu 
responsable. Kemarquons a ce propos que, s'il est souvent (pjestion 
du peche dans les textes de Julien, le peche personnel actuel y 
occupe un plan tout au plus secondaire. 

En second lieu, la c-Gooa a des affinites etroites avec la concu- 

* i 

piscence. II faut soulenir, dit Julien, (pie le corps du Christ elait 
acpOaprcv, sous pi ine de devoir admettre qu’il etait lui aussi sounds 
aux mouvements passionnels de la concupiscence \ Nous dirons 
qu’il se servait du mot S'.zvOopz pour designer la corruption a son 
degre inferieur d’activite ; interprets d’apres le sens ainsi accorde a 
ce mot, le texte du Psaume et des Actes affirmant que la chair du 
Christ n’a pas vu la r Jtz<p6opy. lui permet d’etablir que le Sauveur n’a 
pas 'll la cpGopa. elle-meme on, pour reprendre ses termes, « la 
passion de la concupiscence ou de la <pGopa 4 ». I n troisieme texte 


* Fragments 60 ; 81. 

2 Fragments 42, 65. 

■ Fragment 20 : si yap r ry cpOopav r.zyiOt^zzo, £».“&) usy ozt kou rwv 
opixnzwv r t zzrfar,. 

4 Fragment 51 : ro 77, z iuiO'jy.ixz ~ xOoz r, <pQof,?z. Clr Psalm. XV, 10 ct 
Act., II, 31. 



LE TRIPLE ASPECT DE LA CORRUPTION. 


103 


cst plus explicite encore. « Le genre liumain, y lisons-nous, a la 
(pOopy depuis le peche d’Adam, pour celle raison (pie c’est elle qui 
accomplit I’union des sexes, et que c'est sous le regime de celte 
passion que nail tout lionmie depuis la transgression du premier 
pere*. » On ne pent designer plus clairement la concupiscence. Aussi 
vovons-nous que naitre ex cpQopy; et naitre ex y.>. : ~EG)- sent pour Julien 
des expressions equivalentes * ; au conlraire, il dit ne azOapro) 
rponco celui qui a reyu I’existence en dehors des conditions ordinaircs 
de la generation liumaine et du concours de rimmme et de la femme 3 * * * 7 . 
Ainsi aussi, il appellera cpQooa le flux de sang de Fhemorroisse, et 
y.zQyoaty son arret instantane par ralloucliement du manteau du 
Christ L’aspect psychologique de la zQopz dans rimmme, c’est la 
concupiscence. 

En troisieme lieu, la z/jy/j. est mise en rapport avec les souffrances 
et la mort. Julien parle, par exemple, de la nature soumise a la 
corruption et a la mort, ou encore, soumise a la corruption, aux 
soufTrances et a la mort 1 2 : les trois termes paraissent s’appeler 
mutuellement. Plus d’une fois, en elFet, iIs designent la meme 
realite et formeiit a eux trois une seule expression qu’il faut com- 
prendre par maniere d'hendiadys : les souffrances et la mort qui 
revetent un caraetere de corruption. Souvent, 1’idee de corruption- 
peehe est sous-jacenle a ces enonces ; ce sunt neanmoins h*s souf- 
frances et la mort elles-memes qu’ils qualifient directement et 
immediatement du nom de cpOooi. Julien parlera, par exemple, de la 
corruj)tion qui nous atteint dans les souffrances ®, et il s’appliquera 
a determiner les conditions dans lesquelles un etre r.y/jrjo; et Qvr,r6; 
S(‘ra dit de ce chef cp9ypr6‘ 7 ; de menu*, elablissant les diverses 
acceptions des composes de aOst&w, il rappel le le texte de la Genese : 


1 Fragment 41 : y~Grz/.zi ykp 7 r t y u.'.iiv r, zOopy , x.y.t tgjtg) ;m r.yOzt 
zxzzzt 6 y.vQrsj)-oz u.zr'y 7 r.y y.ixyrjTtyy 7 r.y E'j A'jy.u., 

1 i - 1 1 ‘ i * • 

2 Cfr les fragments 23, 24. R’exprcssion cwua Ex z 9 opy.z 7 uuiT:eTZYr/yiyoy 
r\ u.lv (fragment 221 n’a pas d’autre sens. 

3 Cfr les fragments 29, 38. — Voir aussi le fragment 64 : le Christ naissant 
ey xyOyioiazt. 706 r.y.Oo'jz, or.zo Early r zOoby. e’est le Christ naissant, 
— cas unique depuis Adam (dr fragment 24), — en dehors de la loi de la 
concupiscence et sans recevoir en lui cette passion. 

* Fragment 20 : s l oz 7cp xpyaTTEOy... yrj npoaM[j.0.r,asv r t qpOopy... ; 
fragment 144 : ojy (oiov)... 70 xpy.ar.EOGy iOty Ojyyy.zi evzpyr,ayt r^y 
y/pQy.Gaiyy. 

■' Fragments 4^, 66, 70; cfr fragment 101. 

Fragment 126. 

7 Fragment 45. 



104 LA « CORRUPTION » DANS LES TEXTES I>E JULIEN. 


« jt* <lelruirai toute chair », on le verhe xazxfOeioo) exprime 1'action 
exercee par les soulfrances physiques et la mort 

Mais Jalien note avec grand soin tie toute soullranee et toute 
morl ne revetent pas necessairement tin caractere de corruption. II 
aflirme en ellet tjue Vy/pOzpviy. et la souflranee peuvent coexister 
dans un sujet, que le fait tie soulfrir ne cree aueune presumption de 
<p r jopz en celui chez (jui on le constate et, enlin, qu’on peut elre 
T.yfrr-iz sans etre pour cela pOxpzog*. Tout depend til ellet de la 
faeon dont le sujet eprouve les souffranees et la mort. Lui sont-elles 
imposees en vertu d une necessity (jui echappe tolaleinent an eon- 
trdle de sa volonte ? Elies sont alors corruption \ Les prend-il 
au eontraire sur lui spontanement, en pleine liberie et entiere inde- 
pendance ? Elies ne sont plus corruption, parce que, precisement, 
dies ne dominent pas celui (jui les accepte ainsi sans la moindre 
contrainte *. Hemarquons enlin, —ce point sera repris plus loin, — 
(pie e’est le peclie <jui determine, dans un sujet donne, la presence 
de souffranees (jui out un caractere de corruption \ Nous rejoignons 
par la un ties prineipes de la theorie de Julien : I etat de corruption 
est availt tout un etat de peche. 

Julien se servait ties mots resultant de la composition d i cpOgoz 
avec les prepositions Oix et /y.zx pour marquee les divers degres 
que Eaetivite de la corruption attcinl dans la nature et dans riiomme. 
Ainsi, d'apres lui, la diy/pOcpz. est le chemin par lequel on passe 
(oix) pour arriver a la (pOooa, le vestibule ou le portique qui y 
donne acces * * * * 6 ; en d’autres termes, e’est la corruption a son moindre 
degre dintensite. Vient ensuite la c&O&pa, deja plus active que la 
dixpCiopy. 7 , et, enlin, la /.aracpOopa, ou la corruption a son maximum 


1 Fragment 51; ctr Gen., VI, 12. 

* Fragments 16, 127 ; fragment 11; fragment 27. 

3 Fragment 45 : T.y/jr~bv /.ou. Ovrjw coo zo avay/y;; v.y). /.y~z zojZG 

aQ zoToy. 


* Fragment 18 : zz roz.Qr, oh /.zyzzzi <p£ ooz,... oza> u.x/.l'J zz u.r, y.ozzr,... 

z r jj jSou/ouevou r.yhzvj. 

Voir, par exemple, les fragments 82, 104, 136, 144. 

h Fragments : Oixpbopzv oz kzywJCJ zvjzi 01 zoo) zry ~poo 'wopx'j sdsv, 

coo u'j/co'jy. 

7 Fragment 51 : zr,o cpOopz? uz'/.lov zr,o dizzOopzo oCo’r^ z vzoyoC. — 
M. Jugie (art. cit col. 1003), sur la foi de la traduction fort peu hdelc que 
Mai a donnee du passage dans le Spicilegium Romanian (t. X, pars I. p. 
192), croit a tort que Julien attribuait au terme 3 iy.^ 0 ooz le sens de dissolu¬ 
tion complete. Le raisonnement que faisait a ce propos l’6veque d’Halicar- 
nasse est juste l’inverse de celui que lui prete M. Jugie. 



LES DERIVES DE <pOopa, 7:a0oc, Oavaroc. 


105 


d’intensite 1 . A tort ou a raison, Julion se referait, pour etablir le 
sens do ces mots, a l’usage des auleurs profanes * ; il trouvait 
nieme que la Bible, el le aussi, observait parfois ces distinctions \ 
Concluons. Le terme (pOoox recoil des acceptions multiples dans 
la langue de Julien. Applique a I 'eta t de la nature, le sens general 
d’alleralion par rapport an type primitif se precise do Irois fagons. 
La corruption, c’est d’abord un a peclie », personnel a cha(jue 
individu, mais non pas actuel et dependant de sa volonte ; c’est, en 
second lieu, la concupiscence et les passions qui incitent an peclie ; 
ce sont enfin les soulfrauces et la mort subies dans certaines con¬ 
ditions, a savoir, en vertu d une necessite physique. Nous aurons a 
dire plus loin si Julien admettait quelque dependance ou unite 
fonciere entre ces trois aspects de la corruption. 


11 


Le rfjy.OToz, pour Julien, c’est celui qui est all’ecte de la cpOopa ; 
\'y\pOy.pzoz, c’esl celui qui ne la porte pas en lui. Suivant ce qui vient 
d'etre dit, l’etat du premier implique le peclie et la concupiscence, 
; insi que la soumission ineluctable aux soullrances et a la mort en 
vertu (Tune necessite physique. 

Julien ne recoil nail done qu’un sen I sens aux tenues z r jy.or6z et 
a<p0apro;. II n’en va pas de nieme pour les adjectifs nyOr^oz et forjoz. 
Distinguant deux facons de soutFrir et de mourir, cello du (lQxotqz 
et celle de Vx^Oxo toz, Julien estime (jue le sens de TyOr-oz et de 
0vr-6z est equivoque, parce qu’ils peuvent s’appliquer aussi bien 
a la condition de Vx^jxotoz 1 3 * * qua celle du cpOaprd; Le danger 
d’equivoque s’accroit encore du fail que les soullrances et la mort 
d’un .(pfczpro; etant le cas courant, -y.Orjoz et Ovrjoz s’entendent 
naturellement des conditions faites an ^Oy.ozoz dans les soullrances 

T t 

et la mort, lorsqu’ils sont employes sans determination ulterieure 6 . 


* Fragment 51 : co; pia/tora. 

2 Fragment S : Iky ova tv o'i pi s£co. 

3 Fragment 51. 

‘ Fragment 27 : r.xQrjov y'.iv /iyco, (pOxprov os oh/. y.viyou.y.L Izyeiv t'ov 
£i; r/j.y.z Try y/p c jyoolyv tore ftp y'j-y ; fragment 3 : si o'i v.y.l 7 zyOryov..., 
y'u'y v.y.l toyj r.y/joyj v.pVTTOVy. * v.y.l il Qyyjr&v, a//a v.y7y~y. 7 ypy.v 7 a tov 
Q zyyzov... 

Fragment 45 : r.yfjryov v.y.l (hr ,tov co; s£ y.vxyv.r^ v.y.l v.y.Tx tooto 
(lOxotov. 

1 t 

Fragment 120 : to yy.p ziitv.v qtl ooz r.yfjyy'oz ir.y.Qz 7r,y.yrvzi yi/Tov v.y.T 



106 LA « CORRUPTION » DANS LFS TEXTES DE JULIEN. 


Julien reconnait egalement une double acception aux lernies 
ccnxQr.z et xQxvxtg-. II s’en sort preincrement pour caracteriser la 
condition d’une nature simple, s ustraite a toufe alteration par sa 
constitution ineine, et n’etant pas, des lors, susceptible de souffrir 
et deinourir 1 . Mais il en fait un emploi beaucoup plus frequent 
pour marquer d’lin seul mot 1 'etat du (Christ dans les souffrances et 
la mort; 1’expression pent paraitre bardie et inaccoutumee ; en 
montrant plus loin quel usage il en faisait, nous tacherons d'expli- 
quer les motifs qui I’ont amene a I’adopter. 

On se rend sans doute compte, apres ces explications, de l’impos- 
sibilite on nous nous trouvons de donner a cbacun de ces tenues 
un equivalent francais. Ktant donne l’usage de la langue, le mot 
auquel certains d’entre eux correspondent materiellement eveillerait 
dans l esprit du lecteur une idee bien differente de celle quo Julien 
voulait leur faire exprimer. Sous reserve des explications deja 
donnees ou a fournir encore dans la suite, (pOooa peut se traduire 
sans inconvenient par corruption, et xp-xorix par peche. Quant aux 
termes cpGaoro:, xzOxproz, acp 0x^7 x, on se gardera de les rendre par 
corruptible, incorruptible et incorruptibilite * *. Ceux-ci, en diet, 
signilient la presence ou 1’absence d’une aptitude a sc cor- 
rompre ; de plus, l usage a restreint, en grande partie, ^application 
du mot corrup ion a la decomposition des substances organiques et 
an desordre moral. Or, d;ins la lanffue de Julien, <lG aoro:, acpGaoro* 
et xxp r jxp7tx constatent dans le sujet non pas une aptitude a se 
corrompre ou non, mais un etat actuel de corruption ou de non¬ 
corruption, tant dans I’ordre moral (pcche, concupiscence, saintete) 
que dans 1’ordre physique (souffrances et mort, dissolution du 
tombeau, inlegrite) ; leur sens est done a la fois plus ample et 
plus concret que celui des termes francais qui paraissent leur cor¬ 
responds; on serre de plus pres leur signification exacte en tra- 
duisant z, r jxpr6z par corrompu, x/pbxrjzoz par non corrompu ct x/p r jxp 7 x. 
par non-corruption. 

On fera des observations analogues sur le sens des mots zxWyoz 
et G yr~iz, et la traduction qui leur convient. Les cas sont rares ou ils 


x'jxy/:r;j cp'j 7ivxy r~zrfjryxL rwv r.xhv.x.i r.xp'x r iry Bk/.Ypiv x\jTVj ; 
fragment 129 : r.xbryb'j $'z Izyiu.iv v.xb 0 ir.xMv, /xi ov xxBo osxmo; ry 

rwv ttzGovv. ^ • 

* Fragment 109 : zS'jyxrov upo 7 ou.t'/.r l 7 xi 70 zxboz <pv 7 Zi x~/ f o * x/./'j- 

rocov $z to -x.Qo; 70G xt.xOvjz... Qzvj. 

1 G. Krueger l’a remarque avec raison (Julian von Haltkarttass, dans 
FRE, IX, p. 607, 1 . 55 et suiv.). 



LES CRITIQUES DE SEVERE. 


107 


se bornent a constater la presence oil [’absence d’une simple aptitude 
a souffrir et a mourir et ou, par consequent, les termes passible et 
mortel seraient leurs correspondants exacts ; le plus souvent, ils se 
referent a la presence ou a l’absence des soulfrances et de la mort 
elles-memes dans 1’invividu. Ce n’est cependant pas a la manieredes 
participes (yr,) r.y/jw, et (y.r) y.r.oby.vw. En effet, ceux-ci notent 
si element le fait des soulfrances et do la mort, sans tenir compte de 
la facon dont (dies se passent, tandis (pie les premiers expriment, en 
pi us, le mode suivant lcquel el les viennent en contact avec le sujet 
qui les cproine. Aussi, Ian I is que r.y/jwj et y~o r jy.vw if out qu'un 
seal sens : a ouffrant et mourant , ~y r jr~6z et Ovrjtz en out deux : 
subissant les soujjrances el la mort (en donnant an mot « subir » son 
plein sens de « supporter malgre soi »), el eprouvant, sans les subir, 
les soufjrances et la mort, suivant que le sujet soutfrant et mourant 
est ©Oaoro- ou 11 faut dire la meme chose des expressions 

dz'/.rub; ro)v Ti/Owv et bsyrubz roO Oz'jzto'j, puisqu’ellcs equivalent a 
7ra0y,ro; et a Cvyjroc. 

On le devine aisement, line terminologie qui peut ainsi charger 
un memo terine de nuances multiples et opposees permettra des 
formules d une subtilite confinant an paradoxe. lfetude des appli¬ 
cations qu’cn faisait Julien nous mettra mieux ii meme d'en saisir le 
fonclionnemenl, mais il elail neeessaire d'en fixer an prealable b*s 
princij es fondainentaux. 


Severe rejeta en bloc toute la terminologie de son adversaire, son 
principe, ses applications el jusqu’a ses points de detail. Julien, — 
le chapilre suivant le montrera mieux encore, — avail elabore une 
veritable theorie de la corruption, dont tons les elements s’onlon- 
naient sous un principe unique, celui de la relation neeessaire 
entre toute corruption et le peche. Est d'apres lui, celui-la 

scul qu’un rapport actuel et intrinseque unit an peche ; en d’autrcs 
termes, il n’admettait aucune corruption qui ne revetit, a quelque 
litre, un aspect moral. Severe, an conlraire, distinguait nettement 
corruption physique et corruption morale. 11 ne niait pas que la 
premiere dut son origine a une faute, le peche d’Adam, mais coniine 
ce n’etait la, a son sens, qu'une re’ation purenient extrinseque, 
il en faisait completemcnt abstraction. 

« 'AyQaproz, e *rit le patriarche, n'a pas (ju’un seul sens ni qu’une 
signification unique. II s’entend, preinierement, dece qui se distingue, 
par opposition, de la corruption du peche (^Gooa anb zr,; y.yxpziyz), 
c’est-a-dire, de l’absence de peche {y.'ja.y.y.rjzr^ia) et, secondement, de 


108 LA « CORRUPTION » DANS LES TEXTES DE JULIEN. 


ce qui se distingue, par opposition, des passions irreprehensibles (rx 
y/Jiy.fi/.rjy. r.yfjr), c’est-a-dire, la faim, la soil’, la fatigue resultant de 
la marclie, les coups, la perforation ( optrce ) par les clous, Ics plait's, 
la mort en croix, c’est-a-dire, limpassibilite et l’immortalite (xr.iOuz 
ct xQxvxa’x) 1 2 3 * * * . » C’est deja dire clairement que, contrairenient a ce 
qui sc verilie dans la terminologie de Julien, Ics predicals y/Jjy/j-x. 
d'une part, r.xQr-o: ct 0yyjr$; tic 1'autre, ct, a fortiori, t.xOy- 6 ; el y-.xhr.z, 
r jyr~ 6 ; et ySjy.'jy~o^ ne seront jamais compatibles au meme moment 
dans un sujet donne, tout tixO^tg; et 0yyjro;etant, par identite, (pOaoro:. 
Aussi arrive-t-il frequemment tjue le patriarclie joigne aux mots 
xzOy'jTo; et y/^jy^’y ce qu'i 1 considere coniine leurs equi¬ 
valents adequals : (pOaoro;, to’jt' Ittcj, t.xSjyt'jz v.xi Ovr-ti, — x^xoroz, 
to’jz' £77i>, xnx r JYi; zxl xOxuxto;, — ri x(L r Jxrj< 7 ix , roOr’ sVrtv, r, y.T.yJjnx 
y.xl r, v/jxvxg x f . Critiquant le mot de Julien disant que VzyOxbZ-x 
n’avait jamais abandonne le corps du Christ, meme au temps de 
la passion, Severe ecrit : a Comment done serait-i 1 exact de dirt; 
que, dans le corps de noire Sauveur, memequand il soulTrait, exist a i t 
Yy. r i>^x r j'j!.y^ c’est-a-dire, limpassibilite et rimmortalite ? Quelle autre 
chose, en effet, penserons-nous qu’est ici Yy/Jjyjjiix ? En effet, celui 
qui eprouve unc douleur sensible el qui souffre n est pas xOxvxtoz 
et xzx.W,; ; si, au contraire, il elait zr.yJrr^ et zOivaro;, quelle sotlist; 
n’est-ce pas que dappeler pareil sujet -y/rr-iz on Ttiiv/joz to t.x/jicj 
ou dv/-uoz r mv r.yfjwj, et d’avancer des mots vides de la realite des 
choses (qu'ils signifient par eux-mrmcs) 8 ? » Coinmentant dans la 
Critique le meme passage du Tome , il avait ecrit deja : « S’il elait 
x'z'jxoToz, y.r.yjY^ et y/jyyxroz, comment l'appelles-tu, le meme, 
Tcx r jY]z 6 z ? En effet, celui cjui (est) x^Oxorog et xnx/jrig a perdu la 
faculte de souffrir *. » Ailleurs encore, critiquant la comparaison que 
Julien avait etablie entre le Christ dans les souffrances et le buisson 
ardent, Severe ecrit que les docteurs out assurement admis 
qu’Emmanuel etait impassible scion la divinite et passible scion la 
chair, mais qu ils n’ont jamais eu 1*idee « d’une chair tpii fut en 
meme temps r.x^r-Y, et x-x/jy, c’esl-a-dire, souffrant et ne soulTrant 
pas 8 ». 

Si le patriarclie refusait d’adopter les mulliples distinctions 


1 Troisieme lettre a Julien {Vat 140,9 d-e). 

2 Critique {Vat. 140, 50 b, 56 d ; 48 c, 59 c; 50 a, etc.). 

3 Troisieme lettre a Julien (Vat. 140, 15 d = Add. 17200, 28 d). Ctr 

fragment 16. 

1 Vat. 140, 26 c. 

3 Critique (Vat. 140, 43 a). Voyez le fragment 16. 



LES CRITIQUES DE SEVERE. 


109 


admises par Julien, c'est parce’que, considerant uniquement I nspect 
pliysi(]ue ties soufTrances el tie la mort, il refusait tie ItMir reconnailre 
une relation intrinseque avec le peclie. « Tu confesses la chair de 
noire Sauveur y-y. r jr,i et y. r jy.yy~oz depuis l’union, disait-il a Jalien, 
coniine si celui qui est 7 ix r Jr,z6z et Ovyjro; etait souille et non pas pur 
de peclie*. » Celle remarqire altestait l'intelligence qu’avait le 
patriarche tlu syslenie qu'il conibattait, tt revelait la raison pour 
laquelle il s’y opposait. 

Enfin, — point de detail qui contestait cependant la legitimile 
d'un argument employe par Julien, — Severe n’adniettait pas que 
I’usage scripluraire ou meme profane reconnut mi sens distinct aux 
ternns dcy/pOopy, tpOopz et y.xzy/pOopy et s'en servit pour marijuer lt*s 
divers degres d’activitede la corruption. 11 lui paraissait clair, disait- 
il, (pie saint Cyrille, verse pourlant dans eette sagesse profane dont 
Julien se reclamait *, emplovait inditreremment ry r joox et vix^OorA 1 * 3 4 . 
Le langage courant des livres saints n’etait pas different et si, 
parfois, il distinguait f p (j opz de viz/Jjopz, la relation qu'il etablissait 
en re eux etait juste a Loppose de cello qu'y mettait Julien. II etait 
facile de montrer, disait Severe, que, dans le langage scripluraire, 
« Oix/pOopy n’indique pas une entree, un principe, un debut, mais 
se refere a la prise de possession complete de la z, r jooz par excel¬ 
lence, qui est I’eloignement d'aupres de I lieu ‘ ». 

L’elude comparative des deux terminologies nous permet d’appre- 
cier la valour du grief que formulait Severe a l adresse de Julien, 
et (pie nous relevions au debut de ce chapitr *. Est-il vrai que Julien 
n’entendait (jue dans un seul sens et qu’il reservait Lapplica- 
tion de ce lerine au seul peclie, a I’exclusion des soullrances, de la 
mort et des autres passions dites irrepreliensibles, telles (jue la faim, 
la soif, etc. ? 

Ainsi exprime absolument, ce grief tombe a faux. Julien ne 
refuse pas d’appeler corruption les soullrances et la mort ; ce qui 
est vrai, c’est qu’il requiert en el les, pour ce faire, la presence 
d’une relation intrinseque avec le peclie, relation qui, en fait, existe 
toujours chez nous. Le patriarche ne se rapproche de la verite (pie 
lorsqu’il se sert depressions plus moderees, com me celles-ci : 

« Nous appelons corruption non seulement ce qui est souille par le 


1 Adversus Apologiam Iuliani [Vat. 140, 101 c). 

* Fragment 18. 

s Critique (Vat. 140, 28 c). 

4 Critique (Vat. 140, 28 d). 

Voir les textes, p. 100. 



110 ' LA « CORRUPTION » DANS LKS TEXTES DE JI’LIEN. 


peche, coniine le pense le venerable eveque Julien, mais encore ce 
<jui est mortel 1 . » Mais les expressions <le ce genre sont Ires clair- 
seinees dans les ecrits de Severe et elles disparaissent sous la 
multitude des textes qui reproclient a Julien d’exelure absolument 
les passions irreprehensibles de ('application du terme yOopy. Pour 
asseoir ce grief, Severe faisail nolamment etat de deux textes de 
Julien. II convient de les examiner, taut pour Linteret qu'ils pre- 
sentent en eux-m6mes que pour Petude des precedes de refutation 
employes par le palriarche. 

Severe s'en prend an premier texte dans la Critique du Tome. 
« Tu as ecrit, dil-il, en t’adressant a ceux qui confessent le Christ 
passible dans la chair, mais en elablissant une these generate, qu'il 
ne faut nullement appeler les sou lira nces (r'y. r.y/Jr) <jp Ooox, et cela, 
en pretendant tappuyer sur les livres saints et les auteurs profanes. 
Or, ce que tu as dit etait, en propres termes, ceei : « . . la on 2 3 4 les 
souffrances ne sont pas appelees cpOopi, pas plus d'nilleurs (jue thez 
les auteurs profanes 5 ». La citation s’arrete la. Le grief est forniel 
et motive par l’extrait du Tome cite : d'apres Julien, les passions 
irreprehensibles ne peuvent en aucun cas etre appelees corruption. 
Aussi le patriarche produit-il une longue seric de \ingt-deux textes 
scripturaires, bientbt renforeee de temoignages patristiques, pour 
montrer que le mot yOooy et ses composes sont appliques par 
LKcriture et les Peres a ce que lui-meine appelle les [)assions 
irreprehensibles L 

Ces criti<jues de Severe manquent de fondement. F.n efFet, 
— on l’apprend incideminent dans la suite, lorsque la refuta¬ 
tion, entreprise sur la base que nous venous de dire, est deja bien 
avancee, — le texte incrimine se poursui\ait en ces termes : « ... les 
soulfrances ne sont pas appelees corruption lorsque, precisement, 


elles ne s'imposent pas a celui qui les soulfre par \olonte, mais 
deviennent, au contraire, un remede pour ceux qui souffrent s ». La 
seeonde partie du texte etait d importance capitale pour determiner 
le sens de la premiere! Lue completement, cette phrase ne nie pas 
que les soulfrances puissent s'appeler cpOoyi ; el le se borne a preciser 
les conditions dans lesquelles une soulFrance n’est pas corruption. 
Pour les besoins de sa polemique, Severe a fait abstraction du con- 


* Contra Additiones [Vat. 140, 72 e, 80 e ). 

r 

? C’est-a-dire, dans l’Ecriture, comme il ressort du contcxte 

3 Contra Additiones [Vat. 140, 53 a). 

4 ibid., 53 f. 

5 Fragment 18. 



LES CRITIQUES DE SEVERE. 


Ill 


texte. Aussi sa refutation tombe-t-elle a faux. Pas n’etail besoin, on 
partieulier, de tant de citations scripturaires el patristiques, d'autant 
moins ([ue Julien no songeait pas a les recuser. Celui-ci, en diet, 
admettait sans peine que cpOopa designait dans cos levies « tonic alte¬ 
ration physique des homines, animaux et planles », coniine le voulait 
Severe, puisque tons decrivent les alterations d’une nature qu’il 
disait toinbee tout entiere sous la domination tvrannique de la cor¬ 
ruption. Quoi qu’en dise Severe, Julien n’eut pas besoin d’amender 
sa theorie pour adineltre explicilemenl la chose dans une Addition '. 

Un second texte du Tom ? fournit an patriarche l’occasion de 
reprendre Ie memo grief. Julien, dil-il, a a ecrit sans reflexion, 
coniine cela lui venait en tele, que seules les passions du mal soi.l 
appelees 9O&0/, tandis que colics qui sont irreprohensibles et non 
coupables, la faim, la soif, les plaies, etc., ne peuvent s’appeler 
cpOopa*». Ces lignes visent une explication que Julien avail introduite 
entro parentheses 1 * 3 * , si Ton pent dire, dans un texte de saint Hasile 
qu’il citait. Parlant de passions a propos du Christ, saint Hasile 
distingue les Tr/.Gyj yj'Jixx et les r.y/rr, y.~\ yy.y.'.y.z, dont les premieres 
seules, dit-il, furcnt admises par le Sauveur *. Julien a repris le texte 
et explique les mots ra oz airs xax.ta; nxOr, par Tincise xtzzo eczh r t 
cpGooa, ro zr,z yy.y.’.y.z yiwr/j.x 5 . C’est par la qu'il aurait denie aux r.y/jr 
(pvftTcz, d une maniere generate, le 110111 de corruption. E11 ellet, 
remarque le patriarche, saint Hasile distingue adequatemenl h‘s 7:a0yj 
en cp'j7i/.y. et en y-'o 7? t z y.y/J.yz, les premieres etant les soulfrances 
011 alterations physiques, et les secondes les passions coupables ; en 
disant que ce sont les secondes qui sont preeisement la q/;opa, Julien 
exclut absolument les premieres de celte denomination. 

Le raisounement ne vaut pas, car il ne tient pas compte d’un 
element capital. II ne s’agit, ni dans le texte de saint Hasile, ni 
dans Tempi i qu’en fail Julien, des r.y.Or, vj'jc/.y. en general, mais 
des 7 iz 0 y] (puatzz dans le Christ. Or, c’est preeisement dans le 
Christ soul que Julien refuse d’appeler corruption les soulfrances 
physiques, parce qu’elles y sont volontaires, tandis (pie chez nous 


1 Fragment 51. 

- Contra Additiones [Vat. 140, 75 d). 

3 Severe parle de falsification (Contra Additiones, dans Vat. 140, 75 d , 82/). 
1 Le passage etait extrait de la Lettre aux So\opolitains{ PG, XXXII,972, B): 
"OGsv cpao/srai 6 xvpioz ra uzv (pucixa r.y.Or, Tiapa.dzz 1 y.[j.svoz... , ra Js atro 
y.yy.ly.z r:z 9 r n 6 ax 70 xzOxpov 7r,z yjij.w eniQpvr.xwsi, raOra 

xyxiix 7?^ xypxv 70 'j Qz67y i 70z xr.oyjzu.zvoz,. 

Fragment 21. 



112 


LA « CORRUPTION » DANS LES TEXTES I)E JULIEN. 


il les appelle corruption, parce (jut* nous les subissons necessaire- 
ment. « Le Christ, ecrit-iI notainment, a parlicipe j)our nous aux 
passions volontaires et physiques, que certains », — inais j>as lui, — 
« appellent <pOspa '.» Le sens du fragment 21 est done le suivant : le 
Christ acpOapro; n'a j>as pris les passions du mal (la concupiscence), 
car celles-ei sent necessaireinent cpOoGa ; mais il a pris les passions 
physiques (ou soull'rances) qui, elles, ne sont j>as necessaireinent 
corruption, et qui, en fait, n’ont pas eu en lui ce caraclere, parce 
qu’il les a librement supportees. 

Julien est done loin de denier aux soull'rances, d une maniere 
generate, le nom de corruption ; ayant en vue le cas du Christ, il 
se borne a soulenir qu’elles n’ont pas ce caraclere lorsque, a sup- 
portees avec une entiere spontaneite, elles deviennent pour ceux (jui 
sou lire nt une cause de guerison ». Au lieu d'accepter ia termino- 
logie de son adversaire coniine base de discussion, pour en con- 
tester ensuite le principe, Severe disjoint des elements qui n’ont de 
sens que dans Larmature logique d un systeme. D’apres la termino- 
logie (ju’il accepte, cpOooa s’apjiliijue aux deux sorles de r.yJjr^ les 
passions du peche et les passions physiques, dites irreprchensihles; 
Julien, au contraire, apercevant un rapport necessaire enlre toute 
corruption et le peche, contesle d une part que les passions phy¬ 
siques soient toujours et par definition des 7ia0y; ocdixfitYj-a et, de 
l’autre, refuse de les appeler corruption chez celui (jui ne les 
eprouve j>as en vertu du peche. Sans raniener la discussion sur ce 
point. Severe, guide par un but polemique, fait rentrer de force la 
terminologie de son adversaire dans des cadres (jui lui sont Gran¬ 
gers. Julien ne consent a appeler cp'opx (jue ce qui a un rajiport 
intrinseque avec le peche ; or, d’apres Severe, les passions phy¬ 
siques, la faim, la soif, etc., sont toujours dejiourvues de toute 
attache intrinseque avec le peche; done, conclut le patriarche, 
Julien n’appelle corruption, en aucun cas, la faim, la soif. la mort, 
les souffrances. Severe recourra souvent a des precedes poleniiques 
analogues au cours de ses trades coni re Julien ; dans la meme 
mesure, ses refutations apparaitront faussees et caduques et, sur- 
tout, Uinteret qu’elles eussent pu presenter jiour une reconstitution 
du systeme doctrinal de Julien en sera diminue d autant. 


' Fragment 54 : z/.ocjwsf^i yap r t (j.iv rw TiaGwv rwv zxojGimv y.xl 
xwv a7i£o nvs; (pOotzv TrpoG’xyope’SouG’w. 




CHAPITRE III 


LA NATURE HUMAINE SOUS LA « CORRUPTION » 

I. ( I ) -Jo'£; et oldloL en dehors des fornmlcs christologiques. — II. Les 
trois aspects de la corruption dans la nature : pechd, concupis¬ 
cence, soull'rances et inort. Son rapport ii la nature. — III. Les 
critiques de Severe contre la doctrine de la nature cor- 
rompue. — IV. Les principes des deux systemes. 


I 


« A l’egard de leur ereance, ecrit H. Simon, tons les Monophysites, 
soit Jacobites, soit Armeniens, ou Cophtes et Abyssins, sont du 
sentiment de Dioseore touchant lunite de nature et de personne en 
Jesus Christ; et pour cela on les traite d’lleretiques, (juoi qu’en 
effet, ils ne different des Theologiens Latins, (ju’en la maniere de 
s’expliquer. Ce que les plus savans d'entre eux reconnoissent 
aujourd’hui... (Les Coptes) ne veulent pas avouer (ju’il y ait deux 
natures en Jesus Christ, de peur d'establir deux Jesus Christs... 
Toute cette difference n'est venue que des differentes inanieres de se 
servir des mots de nature et de personne... de sorte que ...il taut les 
expliquer et les limiter selon l’idee... de n’admcttre qu’un Jesus 
Christ, et partant qu’une nature, apres (jue bunion des deux 
natures, savoir de la divine et de l’huinaine, s’est faite d’une 
maniere (jue nous ne comprenons pas 1 . » 11 n’est pas besoin d’un 
contact bien prolonge avec les ecrits dogmati(jues des auteurs mono¬ 
physites pour reconnaitre la justesse de eette observation. On 
s’expose a se termer I’intelligence de leur christologie si Lon ne 
prend pas la precaution de leur deinander au prealable le sens qu’ils 
attachent aux termes qui commandent la (juestion. 

En etudiant la terminologie scientifique de Timothee Elure, de 
Philoxene et de Severe d’Antioche, J. Lebon a etc amend, lui aussi, 
a reconnaitre la valeur concrete que ces auteurs monophysites 
attribuent a cp 'jglz dans I’exposition du dogme christologique. Le 
terme « nature » designe alors pour eux « non pas une essence 


1 Histoire critique des dogrnes, des controverses ... des c/iretiens orientaux f 
chap. IX, p. 119-120. 


8 



114 


LA NATURE HUMAINE SOUS LA « CORRUPTION ». 


specifique ou une forme abstraite, non pas meme one realite entrant 
coinme un principe ou comine une partie dans la composition dun 
etre, mais l’existant coniine tel, la chose concrete, independanle et 
separee. Le noin de cp-J-T*; designe l’individu, le sujet... ' n. Nous 
avons fait des constatalions analogues en ce tjui concerne les textes 
de Julien, mais il sera mieux a propos d en parler en traitant de sa 
christologie. Presentement, nous voudrions reconnaitre la valeur 
que Julien accorde aux termes et gjvlx lorsqu'iI les emploie 

en dehors des formules christologi(|ues. Destinees directement a 
nous livrer la signification precise d’un des leit-motivs de son sys- 
teme : la nature sous la corruption, ces recherches auront encore 
Lavantage de preparer I’elude de sa christologie proprement dile. 

Si nous exceptons les cas ou y^a; designe I’etre du Christ, et ceux 
on il entre dans des locutions a lverbiales (ySvzi) ou dans des expres¬ 
sions toutes faites (zxtx y^7u, -j-nsp yi^vj, r.xox yjGiv, vouso y^eo);, 
y.Gxy/.r, £«;), nous comptons une trentaine de passages ou le mot 
intervient. Nous ne voudrions pas dire qu’aucun de ces textes ne 
pourrait recevoir d’interpretation acceptable qu’a la condition de 
refuser a y^ 7 i; le sens d’essence specifique, mais les cas ou ce 
terme a nettement le sens de « realite, substance)) sent si nombreux, 
quils ereent une presomption pour ceux qui parattraient moins 
clairs. Julien n’echappe pas a 1 ’ambiance de son siecle ; sa philo- 
sophie a lui aussi va plus naturelleinent au concret qu’a l’abstrait, 
et c’est la consideration des realites concretes qui domine sa ter- 
minologie *. C’est ainsi que yj 7 i; equivaut parfois dans ses textes 
a a cbose, realite ». Quand il (lit, par exemple, que ce n’est pas 
la y~ 7 iz du manteau du Christ ou la (range de ce manteau qui ont 
open? la guerison de 1’hemorroisse par leur propre puissance, 
l’expression « la nature du manteau » signifie simplement « le 
manteau » 1 * 3 . 

Mais c'est I’expression r, xvQgw-Ivy, y^7i; ou r t r.uzzeox yivi:_ qui 

doit surtout nous retenir ici. II faut regulierement l’entendre, 
croyons-nous, soit de l ensemble des individus humains, soil d une 
substance bumaine determinee. Le premier sens est tres courant. 

« Le corps du Christ, ecrit Julien. a ete pris de la nature humaine 
soumise aux soulfrances et a la mort, c’est-a-dire, du genre 


1 J. Lebon, op. cit., p. 274. 

4 Ibid., p. 274 : « La philosophic de ces auteurs est simple et directe ; elle 
ne s’embarrasse pas dans les abstractions ...; elle n’atteint que le concret, le 
rCel, l’existant » 

3 Fragment 144. 



<1 ET oixjla. EN DEHORS DES FORMULES CIIRISTOLOGIQUES. 115 


humain *. » II etablit done lui-meine l’equivalence enire r { (pva-ig et 
to avOpuKivov yivoz ; la (pvaig est ici la collection complete des individus 
humains consideree coni me existante et parfaitement une, si bien 
qu’on puisse dire, pour sit^iiitier que quelqu’un en fait parlie, qu’il 
en a ete pris. L’ensemble des individus humains n’etant jamais 
completement realise, il 1‘aut assureinent user d’abstraction pour 
considerer la nature humaine coinino une masse a laquelle parti- 
cipent tous ceux qui naissent homines; toutefois, ce precede ne 
porte pas afteinte a la valeur concrete de Fexpression. La nature 
humaine y est en elfet concue coniine une realite, ton jours existante 
dans son entierete a travers la continuity du developpement histo- 
riijue. Elle etait presente toute entiere en Adam ; elle le reste a 
cliaque moment du temps dans l’ensemble des individus qui sont 
des homines, toujours la lneine malgre l’incessante variation des 
individus (jui la represented ; e’est coniine telle qu’elle est dite 
affectee, d’une maniere permanente, des proprietes (jui alFectent 
tous ceux avec qui elle s’idenlilie, et suscejitible d’en recevoir 
d’autres. Julien jiarle, par exemple, de la cp*J<7i; tombee sous la 
corruption par le peche d'Adam, de la atteinte de maladie ou 

d’alteration % de la qp-Jct- renouvelee par la redemption du Christ et 
en (jui Faction du Sauveur a reintroduit FacpOapo'ta 1 2 3 * 5 6 , de la a 

Fetat sain et de la melangee de corruption, de la zCglz enlin 

sur la<}uelle s’exerce une action tyrannique *. L est cette conception 
qui exj)li(jue les locutions : « participer a la nature », « conserver a 
la nature en sa chair » a soi telle ou telle propriety, ou encore, que 
Dieu puisse etre dil (p^-o)z zoir^r,; ( l , *Jo , i; avOpojTnV/; designe si 
bien une realite, une chose concrete, et non pas la notion formelle 
d’essence specilique ou une forme abstraite, (jne parlois, elle est 
consideree coniine la puissance active (jui produit, par l inter- 
mediaire des parents, les individus avec lesquels elle s identilie 
L’emploi de avOpconivY] pour designer la realite substantielle 
de, Findividu est plus rare, mais clairement atteste. Dans son 
anatheme N il, Julien s’oppose a ce qu’on divise la de Fhomme 
en deux jiarties, la chair et lame, de fa yon a apjieler la premiere 
zara cp-Jc jlv (pOzpzr,, independamment du peche d’Adam, et a declarer 


1 Fragment 31. 

2 Fragments 29, 64, 66. 

3 Fragments 5, 139. 

** Fragments 29, 102. 

5 Fragments 29, 99. 

6 Fragment 29. 



no 


LA NATURE HUMAINE SOUS LA « CORRUPTION ». 


la seconde soustraite a la condamnation de la mort *. Cette ^ 7 ti, 
dont Julien urge ainsi Ionite pour aflirmer quelle est toute entiere 
sous la corruption, n est pas non plus one forme abstraite; c’est la 
realite, composee de corps et d’ame, qui se rencontre en tous les 
individus qui sont des homines. Pour exprimer la meme idee, il 
parle en un autre endroit de l’etre vivant jete tout entier, corps et 
ame, sous la corruption par la sentence divine * ; le o/ov to tyhov de 
ce texte nous parait exactement parallele a la <p^ 7 ii x'/jrjrirJ.vr, du pre¬ 
cedent. Ailleurs, Julien observe qu’apres avoir ete formee d une cote 
\ 

d'Adam, Eve etait femme parfaite, el qu’il ne lui manquait rien « de 
la nature humaine », de meme (pie Penlevement d’une cote n’avait 
cause en Adam aucun commencement de corruption ni aucune 
diminution de ce qu’il etait 1 * 3 . Ici encore, le parallelisme etabli entre 
Pintegrite organique d’Adam et Vx'/jo^tAv^ c yj 7 ii a laquelle Poe a 
parfaitement atteint (yyvafxa ts'/sioo), en depit du pen de matiere qui 
a sufli a la former toute entiere, indique, semble-t-il, que 1’expres- 
sion designe beaucoup moins l’essence specifique de rbomme, forme 
abstraite, que les elements concrels dont la possession rangeait 
Pindividu l.ve dans Pespece « bommo). De meme, peut-il s’agir d’une 
notion abstraite quand il est (juestion de la (p-Jo’i; toute entiere de 
rbomme (corps et ame) racbetee par le Christ 4 ? Citons entin un 
dernier excmple. De meme, dit Julien, (pie la diversite des opera¬ 
tions des sens ne portc pas atteinte a Punite de dans Pbomme, 

ainsi, apres Punion du Verbe a la chair, la permanence de la 
difference specifique des natures unies n’empecbe pas le Sauveur 
d'etre un sujet individuel unique 3 . Le parallelisme est significatif; 
coniine les precedents, ce texte ne prend son vrai sens que si ^711 
v signifie la realile meme de Pindividu, le sujet individuel. 

Laissant momentanement de cote le sen I texte de Julien qui 
emploie aivix dans une formule christologique, etudions a present 
le sens de ce lerme dans les Irois autres passages on il se rencontre. 

Dans les deux premiers, Julien fait de ojgix ('equivalent de zSsii. 

« Nous ne disons pas, ecrit-il dans une Addition , que le Christ 
nous etait consubstantiel v.xtx to nxOryi'/.ov, mais bien en tant qu’il est 


1 Fragment 71 : Pc Til Oixioti Try 'j.ix'j to'j xvOpdiTt on <yj7iv si 4 to 
x'rrofJLXTOv vxi Try 7xov.x. 

1 Fragment 124. 

3 Fragment 35 : Try EZxv [xr^sv a.uo'ksiTiO'jdr^ ty,; av6fxomyr)4 <yi>7i 

4 Fragment 34 : o/rry Try to'j xvOo'otio'j sixyofjxJxc. 

3 Fragment 148. 



<1>J<7£C ET ol(J! 7 . EN DEHORS DES FORMULES CHRISTOLOGIQUES. 117 


de la memo old lx, si l)irn que, tout xnxBr^ et x<pBxpro; qu’il ful, il 
nous etait consubstantiel scion qu'il etait de la meme (pvdi; l . » 
L’anatheme II fournit un exemple analogue. « Si quelqu’un, y esl-il 
dit, soulient que c’est do ciel oil d’une oldlx autre (</ue la noire ) que 
le Seigneur a participe a la chair et au sang, et (jue ce n’est pas de 
la yldic, sou ini se a la corruption et a la mort... qu’il s’est incarne..., 
qu'il soit anatheme 2 . » Dans ces deux textes, oldlx equhaut done 
a yldi^ pris au sens collectif concret defini plus haul. 

Pour prouver (jue le Verhe, consubstantiel au Pore, nous est 
devenu consubstantiel (ou.ooldioz) par Pincarnation. sans avoir pour- 
tant participe a la corruption et au jteche, Panalheme I observe (jue 
« ni le peche ni la corruption ne sont old lx 3 ». Le terme signilie 
ici, croyons-nous, non pas Pessence sjtecifique de Phomme, mais la 
substance huinaine consideree coniine reelle. Fn elTet, si Julien 
croit explicjuer (jue Pabsence du peche et de la corruption ne jiorte 
jias atteinte a Vhotno ousic du Clirist avec nous en disant qu’aucun 
de ces deux elements n’est oldlx, e’est-a-dire, realite ou substance, 
c’est que, lorsqu’il parle de Pidentite d'oldlx entre le Christ et nous, 
il donne a old lx la valeur concrete de « substance ». Le Christ est 
done vrai Dieu et vrai homme, jiarce <ju'i 1 participe a toute la 
realite du Pere (ouooldio: tzxto : ) et a toute la realite de l’liuma- 


{ Fragment 52 w.xt'x to ex ty.z xIty,z old lx z ... xxzx to ex rr,z xjTy.z 
(pvdzCj)^. — Le passage est cite a huit reprises ct clans trois traites dilTdrents; 
sept fois, les manuscrits lisent clans les membres dc phrase paralleles : 

(oldlx-yldiz) ct unc fois seulemcnt : - U-- (oldlx-oldlx). 

Nous ne doutons pas qu'il faille preferer la premiere leqion, d’autant plus 
que e’est celle du passage, attests par deux manuscrits paralldles, ou le 
fragment est cit6 pour la premiere fois ct de la fa<jon la plus complete. 
Severe se servait volonticrs du fragment 52 pour montrer cjue Julien niait 
la consubstantialit£ du Christ avec nous. Il lc cite jusqu’a on/e fois dans ses 
traites dogmatiques et c’est cifcore un des textes auxquels il aura rccours 
lorsqu’il voudra prouver a Jus’inien que cc n’est pas un vain d£sir de dispute, 
mais le souci de la conservation de la foi, qui Pa pouss6 a dcrirc contrc 
F6vcque d’f Jalicarnasse; sans doutc l’aura-t-i 1 cit6 plus d’unc fois de memoire. 
Dc plus, oodlx. venait d’autant plus faeilement sous la plume en cet endioit 
que e’etait le terme employ^ deux lignes plus haut dans une expression simi- 
laire, et que Julien voulait expliquer la consubstantialit <5 du Christ avec nous 
en insistant sur l’etymologie de 6(j.o-oldtoz. Il est des lors ais6 de comprendre 
que, sous la plume de Severe ou sous celle d’un copiste, O'jdlx. ait pris, unc 
fois, la place de yldcz. 

2 Fragment 66 : olpxvoQev y, zz zrzox ; oldlxz ... v.zi olx ex ty}z yvdZMZ ... 
vjo/yj (pOooxz xxi Oxyxzou ... 

3 Fragment 65 : olrz yxp yj xrj.xprlx idziv old'x, olzz r t c oBopx. 



118 LA NATURE HUMAINE SOUS LA « CORRUPTION ». 


nite (o.'/soJcio; y,w:j). Dans ce raisonnement, oi.7 V., valeur concrete, 
designe tout autant la substance huraaine a laquelle tons les 
boinmes parlicipent <jue la substance individuelle de cliacun d’eux ; 
du sens collectif au sens individuel, le passage est aise. 

Pas plus (pie qyJoris, oinix ne s’ecarterait done du concret et de 
l’individuel. Sans doute, il n’est pas question d’elablir, avec ces 
trois exemples, le sens <pie ton jours et partout, Julien reconnaissait 
de facon exclusive au mot obaix ; il sagit plutdt de saisir la tonalite 
de sa terminologie. Or, Julien fait nettement d'oj'jlx 1 ’equivalent de 
< yLvi dont le sens concret nous est par ailleurs sureinent atteste ; 
de plus, il maintiendra cette equivalence dans ses forinules chris- 
tologiques, on, plus clairement (pie partout ailleurs, <p* w 'o , i; prend le 
sens de realite individuelle, abstraction faite de la qualite specifique. 
11 semble done qi igIvix repondait d’abord pour lui a quebpie cbose 
de concret; il taut tenir compte de ce fait pour interpreter les 
textes oil le sens concret du terine apparait des Labord moins claire- 
ment. Quant a la notion abstraite d’essence specifique, autrement 
dit, la qualite de la nature, son to timz z'vjxi, Julien rexprimait par 
la formule r t ttoiot/;; yj'JLzr l *. 

Les expressions « not re oixjix » et r t y.vQo^ntyr, cpJc'i; designent 
done, dans les textes de Julien, soil la collection entierc des individus 
bumains, suit la substance individuelle de cliacun d'ciix. C’esl le 
regime introduit par la corruption dans la nature liumaine ainsi 
comprise qu’il s agit maintenant d’etudier en detail. 


II 


« A cause du peohe, ecrit Julien, la corruption nous est survenue 
apres la transgression » ; « notre nature est terreslre et tombee tout 
entiere sous la corruption a cause de la transgression d’Adam i . » Les 
enonces de ce genre sont frequents dans ses textes, car ils con- 
statent un fait capital a ses yeux : Lintroduction dans la nature d un 
regime nouveau, d une economic nouvelle. En pechant,en elfet. Adam 
n’a pas nui qu’a lui seul ; en lui, la corruption a atteint la 
nature qu il allait transmettre a ses fiIs et, dcsormais, Lindividu en 
sera completement penetre, dans son corps et dans son ame\ La 


1 C r frag r ent 6i. 


2 Fragment 44 : -xr.x <p 'i'jvj r Ji'x Tr,y xaocoTtxv i~ZyivZ70 r,uiv (r, z r JGGx) 
uiz'x 7y;j u x/jx^x.'jVj ; fragment ioo: yrf.vr, (3£ eoriv ( r, r,'j.i7iGx zi7i;) y.xi 
o/y) itr.'j z r JG'j'x'j yv.G'j.ivr, Oix 7r t ; T.xGx. r jx7V r 0‘j \ r )zy.. 

5 Fragment 124 . 



LES TROIS ASPECTS DE LA CORRUPTION DANS LA NATURE. 110 


corruption deborde Ic cours entier de la vie huniaine ; preaidant a 
la conception et a la mort *, elle domine riiomine pendant le temps 
qui s’ecoule entre ces termes extremes de son existence 1 2 , et el le 
1 ’acheve enfin dans le tombeau 3 * * * . Les textes reconnaissent a la 
c pOopx une sorte de personnilication ; c’est une puissance active * 
qui s’est acquis un pouvoir d initiative total et tyrannique 

La corruption se manifesto de diverses I'acons, nous l’avons dit. 
Tantot, c’est un peche qui, sans elre actuel et volonlaire, nous est 
cependant personnel a cliacun ; tantot, c’est la concupiscence et les 
passions qui nous poussent an mal ; tantot enfin, c'est une necessity 
physique qui nous jette, malgre nous, sous la puissance tyranniquc 
des souffrances et de la mort. Kssayons de definir avec precision 
cliacun de ces trois aspects de la corruption, de determiner les 
rapports qui les unissent, de reconnaitre la fayon dont la cpOopx 
arrive a toucher Luniversalite des individus et, enfin, de fixer le sens 
des expressions qui caracterisent le rapport qui la relie a la nature. 

La corruption est d’abjrd un « peche » qui alteint (piicon<iue 

devient liomme dans les conditions ordinaires. II y a en nous, ecrit 

- 

Julien, quelque chose qui est infecte d un peche : to 'ey r/j.iy 'ey 
y.y.ypz'.y. \ Nous sommes ~y. r rr~o\ Wr-v. et yjzpro:, on, ce qui revient 
an memo, ( m~ r j ; il faut done, d apres lui, admettreen nous 

la presence d un peche 7 . (lelui-ci n’est pas une faute que nous 
aurions commise personnellement, a l imitation de celle d’Adam ; 
nous le recevons en naissant, au memo tit re que lame et le corps, 
avec notre substance huniaine, bien quit ne fasse pas partie do la 
nature a Petat sain \ 1,’liomme est prehour du soul fail qu il nail 
liomme. 

II est difficile d’admettre, pensons-nous, <jlie Julien prenait ici le 
mot peche dans un sens inetaphorique. L.n elTet, ses manieres de 


1 Fragments 7, 12. Pour la conception seulc, voir les fragments 23, 24, 41. 

2 Voir les fragments 11, 12 : r\ y.y'y. u.evoy Oiayrtvyr,. 

1 Voir les fragments 115, 126. 

* Fragment 51, 59 : zyzpyoi ; efr fragment 115 : r pOooy. xy-yeoyr^ (dans le 
Christ). 

Julien se sert volontiers des termes yjjyreiv et rjzy.fjOai pour d£crire 
l’action de la corruption dans l’hommc (efr par exemple, les fragments 7, 18, 
20, 74, 83, 93, 106, 120, 126). 
fi Fragment 55. 


7 Fragment 81 : yyyyyyioy 'izrjovr'.be'jbca 

v.y.l ryjv y.u.ypziyy ; fragment 8 > : 
anodc/z yhz f o v.y.l ryjv y.[j.yprixy. 

8 Clr fragments 29, 42, 65. 


:m naOr.TM 

« ' 1 

1 M - 


Zl r JZ r yj'7LVM- 


v.x.l Q'vy.tm y.ac 
1 « 

Ovyjro;..., lotnoy 



120 


LA NATURE HUMA1NE SOUS LA « CORRUPTION ». 


parler se justifient beaucoup moins bien si Uhomme n’avait, a son 
sens, qifnn rapport extrinseque avec le pecbe d’un autre, sans elre 
lui-meme le sujet d une veritable souiI lure morale et d'une certain^ 
culpabilite. Fdles sont d’autant plus signiticatives que Severe, qui 
n’admet, lui, qu’un rapport extrinseque entre riiomme et le pecbe 
d’Adam se gardera bien, cotnme nous le verrons, d’appeler 1 homnic 
pecheur du simple fait de sa naissance. 

Mais quelle est la nature de cette souillure et de cede culpabilite? 
II ne peut evidemment etre question d une culpabilite scmblable a 
celle qui resulte d’une faille commise personnellement. 11 ne s'agit 
pas non plus d'une culpabilite issue du fait qu’Adam, constitue chef 
de l’humanite et contenant cn lui toutes les volontes de ses descen¬ 
dants, aurait pecbe pour eux par une sorte de procuration ; cede 
fiction juridique est trop etrangere aux idees inspiratrices du 
svsteme que nous etudions. Julien songeait plutdl, croyons-nous, a 
une souillure affectant la nature coniine telle, deposee cn die a la 
fayon d’une propriele physique et communiquee de ce chef a tous 
c(* *ux qui parlicipent a la nature. Aucun texte ne developpe explicitc- 
ment cette conception, mais tous la supposent et en reyoi\ent lour in¬ 
terpretation la meilleure, une fois qu’on les envisage sous cet angle. 
Gardons-nous d’ailleurs de preciser ce que Julien ne precisait peut- 
etre pas exactement lui-ineme. II prefendait tenir ses idees d’une 
tradition ; or, il est tant de formules et d’idees <pfune tradition reli- 
gieuse pent veliiculer longtemps avec elleavant de leur donner leur 
entier degagement! Conlentons-nous done de parler d un pecbe et 
d une culpabilite de nature, affectant d’abord la nature et, secon- 
dairement, les individus qui participent a la nature et avec lesquels 
la nature s’identifie. 

Remanpions, en second lieu, que si ce jiecbe souille fame, il son i 1 le 
egalement le corps. Pour une part au moins, il v a son siege. II 
s'agit naturellement ici du corps anime, mais e'est cependant la 
partie materielle de nous-meines, par opposition a la pariie inuna- 
terielle, qui est mise directement en cause dans ces textes. Julien 
soutient que la chair, — par opposition a cequ'il y a d incorporel 
en nous, — est d> venue (pJar^rr, v.y-'y. a la suite du pecbe 

d'Adam { ; comme il dit, d'autre part, qu'un corps (fOaprov est un corps 
vj y.'j.y.GTiy. % sa premiere affirmation revient a dire que noire chair 
est infecteepar un pecbe. Une Addition fournil a ce j»ropos une preci- 


1 Fragment 71. 

* Fragment 17 : si... 7 d)ux... (pOaprov, v.xi £> xu wcprcac. 



LES TROIS ASPECTS DE LA CORRUPTION DANS LA NATURE. 121 

sion interessante. Julien avait eerit dans le Tome que, du fait du 
peche qui etait en Adam (ry ay.zpr:'a 7 r, nxrj Aday.), le diahle avait 
prevalii sur les ames des liommes qui avaient vecu avant Jesus- 
Christ. Plus lard, il rcmplaca les mots : « du fait du peclie d’Adam » 
par ceux-ci : « du fait du peche du corps lui-meme * ». D’apres le 
texle ainsi transforme, c’est done un peclie installe dans le corps 
qui etait devenu pour ces ames le principe d un elat de sujetion par 
rapport au demon. Si nous comprenons bien le sens du cliangement 
apporte au texte primitif, la seconde formule retenait la premiere 
tout en la precisant. La premiere affirmait (jue ce if etait pas un 
peclie commis personnellement dans le temps de lour union au 
corps qui sournettait ces ames a fempire <1 u demon, mais le peclie 
commis par Adam ; la seconde expliquait la fa^on dont celui-ci 
avait exerce sur dies son influence nefaste, en disant que c’etait a 
cause de lui (pie leur corps s'etait trouve infected’un peclie, lequel, 
a son tour, les avait soumises a l empire du demon. 

Mais (pielle est cetle corruption-peclie communiquee a chaqne 
hoinme avec la nature, souillant son a me et ayant egalement le 
corjis pour siege? On doit ici se souvenir que Julien donne aussi 
le iioni de corruption a une chose qui nous est personnelle a 
t ms, <pie nous recevons avec la nature et qui ifest pas sans 
rapports a\ee Uordre moral, e’est-a dire, la concupiscence ou 
rensemble des tendances qui nous portent au mal. L’eveque mono- 
pliysite ifassociait-i 1 j>as intiineiuent la corruption-peclie et la cor¬ 
ruption-concupiscence ? Nous le croyons. Le peclie qui nous est 
transmis avert le corps et fame par la generation if etait pas, dans 
son idee, lotalement distinct de la concupiscence. 

11 faut en diet tenir compte des fails suivants. Lomparons trois 
texles ( loja cites : « Si le corjis du Christ etait <pOaprov, (pfon le disc 
aussi vj y.uzozLx n ; « si lu dis le Seigneur ^H 7 r//>)z r jvr~ 6 z (e'est-a dire 
(fOaproz) donne-lui aussi le jieche » ; « si le corps du Christ a eprouve 
la corruption, disons qu'il etait egalement soumis aux mouvements 
de la concupiscence* ». On remarque (pie C(ts trois enonces, hatis 
sur le meme type, opjiosent indifTereminent peclie ou concupiscence 
au meme antecedent (pOcpa. II ne resulte pas de la de facon apodic- 
tique (jue peclie et concupiscence soient une seule el meme chose, 
car il sullit, pour rendre compte des trois phrases, qifun rapport 
necessaire, fut-il different, rattache le peche et la concupiscence a la 


1 Fragment 50. 

2 Fragments 71, 17, 20. 



LA NATURE HUMAINE SOUS LA « CORRUPTION ». 


corruption ; au moins faut-il reconnaitre que Julien ne parlerait pas 
autreinent s’il croyait qu’ils se confomlcnt. Portons ensuite noire 
attention sur la facon dont Feveque se represente la transmission du 
peche. « Le genre humain, ecrit-il, a en lui la y, 0 opz fuar/.r, depuis la 
transgression dont Adam s est rendu coupahle. (Test que, continue- 
t-il, c'est la tpforA qui accompli! I'union des sexes, et c’est sous 

I empire de cette passion (jue tout liomme vient a I'existence depuis 
la transgression d’Adam 1 . » II ressort de ce texte que c’est la con- 
cupiscence des parents qui transmet le peclie aux entants en menu* 
temps que la nature. En elfet, le peclie est inclu dans la <pOopy. 
cpv 7 ixr t (jue cette concupiscence communi(jue, qu'on entende la 
(pOopy. 'yj'Jiv.Yt de la corruption sous ses trois aspects, ou seulement 
d'un seal d’entre eux, la concupiscence, puisque les trois elements 
qui constituent la corruption son! inseparablement unis. Mais si la 
concupiscence est I'agent actif de la transmission du peclie, el le est 
bit'll pres, vu son caraclere moral a el le et la nature toute speciale 
du peclie transmis, de ne j>as s’en distinguer completement. Ces 
observations sont d autant plus signilicatives que Julien appelle 
auapna zoj 70 )u.xroz le peclie (pie nous lierilons par voie de gene¬ 
ration. Cette appellation ne s’explique bien, en diet, (jue si celui-ci 
se confond, au moins partiellement, avee la concupiscence, (jui 
travaille notre chair de ses poussees mauvaises. 

Nous avons parle jusqu ici dissociation intime et de distinction 
inadequate entre la concupiscence et le peche transmis avec la 
nature. Les expressions choisies sont vagues a dessein, car nous 
craindrions de depasser les textes en en employant de jilus |>recises. 

II s’agirait en elTet de savoir si cette association intime allait jusqu’a 
1 ' id en t idea t ion. Si vraisemblable que l’affirmative juiissc paraitre, 
nous ne pouvons l’etablir avec certitude. On sail qu’en Occident, les 
theologiens qui admettaient I’existence d’un peche de nature furent 
longtemjis a ne pas le distinguer de la concupiscence 2 ; nous dirons 
nous-memes que IMiiloxene de Mabbdgh, un contemporain de Julien, 
qui croyait, lui aussi, a la transmission d’un peclie par voie de 
generation, semble bien avoir identifie celui-ci avec la concupis- 


1 Fragment 41 : cp'ja’oc/jv oz yOooyv iyzi r, xoivoryj; y.uO zr t i Traps j 5 i O'* w; 


- ’ r. 


7 r: zv Aoxu. * ynozzAzi yxo zry tr.it'J r, Vjogx, xx>. 7$V7'.> 7m ~z'jU 
tx(L'j£t 6 y:/j f jfi)~ r ji u.zz'x 7/v 7:aWw?.7r; ryjv zj A dyu. 

2 CCr J. Turmel, Le dogme du peche originel dans saint Augustin, dans 
Revue d'histoire et de litterature religieuses, t. VII (1902), p. 128 ct suiv.; 
J.-B. Kors, La justice primitive ct le peche originel d'apres saint /'homas, p. 15 


et suiv. 



LES TROIS ASPECTS DE LA CORRUPTION DANS LA NATURE. 123 


ccnce ; toutefois, si grande soit-elle, la ressemblance des doctrines 
ne nous autorise pas a affiriner leur identile. 

En tout cas, Julien aurail idenlifie la souillure originellc avec la 
concupiscence, qu’on ne serait pas pour autant en droit de conclure 
que cette souillure n etait a ses yeux qu'un peche an sens inetapho- 
ri(|ue et qu'il lui donnait le noin d'xp.xp7'y pour ce seul molit‘ tpie la 
concupiscence est la source prochaine du peche au sens propre, le 
peche actuel. Julien croyait, pensons-nous, a Eexistence d’une veri¬ 
table culpabilite, au sens expose plus bant, resultant pour chaque 
hoinnie de sa naissance par la voie du inariage. Des lors, si l’on 
admet que Feveque ne dislinguait pas cette souillure originellc de 
la concupiscence, on devra penser qu'il adnietlait, a I’exemple de 
saint Augustin <jue celle-ci revetaif dans les non-baptises un caractere 
de faute. Mais, encore unc fois, les elements nous manquent pour 
elucider completement ces questions de tail. 

Infecte par le peche, rhomme subit les soulTrances et la inort en 
vertu d une necessite physique ; c’est la troisieme maniere dont 
s’aflirnie en lui l'aetivite de la corruption. Si la inort, declare Julien, 
n'est en soi qu'un phenomene d'ordre physique, la separation de 
l’aine et du corps, clle peut cependant avoir lieu de deux faeons 
diverses, suivant que le sujet qui Eeprouve est, ou non, sous le coup 
du peche. Au pecheur, la inort s'impose comnie line necessite ine¬ 
luctable, sur laquelle sa volonte ne peut rien ; en revanche, ello 
ne peut faire la loi dans celni qui est sans peche. Dans le premier, 
la presence du peche lui permet d’exercer un pouvoir d'initiative 
tyrannique ; elle ne peut, au contraire, deployer son activity des- 
tructrice dans le second que si lui-meme consent spontanement a 
reprouver*. Or, c’est suivant le premier mode que se passent les 
souftrances et la inort de rhomme ; tix/jyito: et r )vr 70; a la faeon qui 
convient a un y 0 xp 76 :, il les subit necessairement * et se trouve 
dcvant el les comine le condamne de\ant un chatiment inevitable et 
le debiteur devant un inexorable creaneier \ Julien earaeterise cette 
necessite commc une necessite lie nature (iyayxy; (pw<7s«w;), signitiant 


1 Fragment 108 : 6 yxp Osvaro; ovdsy ciX/.o S77ty si uyj 7 Y t : xt.o- 

/0)pr i 'TLZ XTCO 70j <10YJ.y.70:. AvV270V OZ V.py.TY$Y?J X.l 70V Y l U.xp7Y t Y.07a ’ 70V 
o avap.ap 7 yj 70 v, [j.y, cv*oyo 0 v 7 o; ev av 7 M 70O xiv 700 *j 7 o\j Qxyy'ov, Or.' 
x.'j 7 oO v.px 7 yfjr i yxi oil 0 'jyy. 7 oy ; fragment 37 : 70 os x£V7oov 700 Qy.yy.701j r, 
xu.xp 7 ! .x... y, s'y.y 7.73 xsv7 r n ov x zyzoyzi 0 Oy.yy.70:. 

2 Fragment 45 : t.xQy\ 70 : v.y.l Ovyjro; o>; s: yyxy/.Y,: v.yl v.y~y. 70 j 70 
(pOxp 7 o;. 

3 Fragment 143. 



124 


LA NATURE HUM AIN E SOUS LA « CORRUPTION ». 


par laqu’elle pese sur le genre humain tout entier et qu’elle accable 
les individus du chef de leur participation a la nature. Une domina¬ 
tion violentc, ecrit-il, tyrannise la chair; une necessite physique 
soumet nos corps a la violence (pie leur font les soulTrances et la 
niort ; en un mot, c’est malgre nous que nous soufTrons *. Nous 
saisissant a la naissance, cette necessite ne cesse pas avec la niort 
qui, pourtant, nous detruit deja comnie composes; die nous poursuit 
jusque dans le tombeau pour ramener nos corps au\ principes 
materiels dont ils out etc formes. 

(Test a cause du peche d’Adam que la mort et la corruption sont 
survenues a la nature ; de plus, dies out en chacun de nous le 
caractere d un chatiment. « Les souflrances et la mort, ecrit Julien, 
sont des chatiments dus aux pecheurs qui expient * », et quand il 
parle ailleurs de ces choses qui surviennent a la chair humaine « en 
qualite de chatiment 3 •>, c’est encore, sans aucun doute, les souf- 
frances et la mort qu’il entend designer. Mais il faut rceourir a la 
consideration du peche de nature pour saisir sa pensee. A ses veux, 
les soulTrances et la mort d un chacun, subies par necessite de 
nature, ne sont pas une participation an chatiment du peche person¬ 
nel commis par Adam ; dies ne sont pas non plus, en ordre principal 
tout an moins, le chatiment de peches personnels : en dTet, nous ne 
voyons pas que les textes recourent an peche personnel pour rendre 
compte de la necessite des soulTrances et de la mort. Ce que celles- 
ci chatient, c’est le peche qui se trouve dans rhomme en raison de 
sa descendance ; en d’aulres termes, au peche qui souille la nature, 
repond un chatiment qui pese sur la nature, et c’est on tant que 
1 ’individu participe, avec la nature, au peche qui la souille, qu’il a 
necessaireinent part au peche qui la punit. Au sentiment de Julien, 
rhomme pecheurqui subit le chatiment de son peche, c’est done, avant 
tout, rhomme pecheur et coupablcdu fait de sa descendance. 

II nous reste a voir comment Julien caracterisait, par rapport a la 
nature ellc-meme, I’etat de corruption de la nature humaine. Sa 
reponse tient toute entiere en ced : la corruption est dans la nature, 
si bien qu’on la puisse dire melee a la nature 1 ; mais, qu’on l’entende 
du peche et de la concupiscence ou bien des soulTrances et de la 


1 Fragments 49. 102 ; fragment 5 2 : xv. r yj'7v^: XX'JyGUEV. 

* Fragment 143 : r^ySrr, 0- y.xl Oxyy.ro; y.xrx.Or/.xi et vh ro'.; r/j.xc/rr- 


y.oniy 6z‘ii/.ou.tyxi y.xl oryx: ex.rivo\sjiv. 


Fragment 116 : eTuy-vzvOxi ... ev rxiti tiumo’x;. 

* Cfr l’expression du fragment 29 : xziOuii'j ... rr;j (pv-Ttv xu.iy.roy zOoox. 




LE RARPORT DE LA CORRUPTION A LA NATURE. 


125 


inort, die n’est pas conforme a la nature, elle n’est pas selon la 
nature ((Luorv-hg, v.xzx r^vciv ); elle lui est, au contraire, survenue du 
dehors (nxpx cp-Jo-iv). « Nous ne dirons pas, ecrit Julien, quavant la 
transgression, la inort et la corruption existaient selon la nature 
(cpL/(Ti/cw:), car ce n’est pas Dieu qui a fait la inort; mais (nous (/irons) 
qu’elle nous est survenue en dehors de la nature (~xpx ^laiv), 
a cause du peclie, apres la transgression 1 .» II combat 1'opinion qui 
pretend que le corps etait yj'Ji/M; yQzpzov avant Ie peclie 2 , et il ne 
veut pas qu’on dise <{ue notre chair est rpOzprr, selon ses principes 
naturels et independamment du peclie 3 ; de ineme encore, il (lit que 
1 ’homnie n’e&t pas Qvr,zb- v.xzx yvciv *, i‘t il definit la corruption : 
l’alteration de ce qui existait v.xzx (lCg iv 5 . 

L’opposition meine que Julien etablit enlre r.xpx <pvmv et v.xzx 
cpio-rv nous livre Ie sens qu’il altachait a la seconde expression. 
Quand il aflinne que la corruption n’existait pas dans la nature 
selon la nalure (vxzx (ov'Jiv), il veut dire qu’elle n’avait aucune place 
dans 1’economie primitive. I n elfet, il donne comine raison de sa 
these que ce n’e.st pas Dieu qui a fait la inort, mais que celle-ci s’est 
introduite coniine du dehors, a cause du peclie qui lui a 1 i\re 
passage. En prononyant ce jugement, Julien n examine pas si notre 
nature composee appelle, de par sa composition meine, la soullrance 
et la inort; il considere seubunent que Dieu l avait etablie hors de 
leur altcinte ; v.xzx vjmv equivaut done a « selon Petal primilif ». 
« Les adversaires disent, ecrit-iI, que le Verbe avant participe a 
notre nature deja corrompue, les proprietes de eelle-ci, a savoir, 
la corruption, se trouvaient necessairement dans le corps assume ; 
mais qu’ils sachent (jue lorsque le createur les placa a I’origine de 
la nalure, ces proprietes faisaient apparaitre une nature qui se 
trouvait a l’etat sain (j via) et non pas dans (’alteration de ce qui 
est conforme a la nature (obv. iv x/./saohjii zov v.xzx (p-Jcnv), en 
laquelle, precisement, consistc la corruption r ’ .» Le zb v.xzx viviv de 
la nature, e’est done son etat primilif, anterieur au peclie 7 . Quant 


1 Fragment 44 ; efr fragments 29, 70. 

2 Fragment 152 : si cpi/jr/'o; zb vtiux vOapzov, i&Bxpr, 
xu.xozixz. 

1 l 

3 Fragment 71. 


XV V.XL T.CjO zr t z 


4 Fragment 79 : a/; si7T7); zbv xvOoomov (jvr,zbv v.xzx (pvaiv. 

5 Fragment 29 : ... oitv. ev xlloioiazt zov v.xzx (pwriv, rjiio 

6 Fragment 29. 



7 Voyez l’opposition qu’£tablissent les fragments 44 et 70 entre (Dvglvja; 
&ivz.L et kv ryj; a fxxpziag kmyzvzaOxi. 



12G 


LA NATURE HUMAINE SOUS LA « CORRUPTION ». 


a nier que notre nature soil vouee, de par sa composition menu*, 
a la soulTrance et a la mort, Julien y pense si pen que c’est jus- 
tement pour acquerir la possibility desoulfriret de mourir, dira-t-il, 
([ue le Verbe, substance simple, s’e~t fait liomme coniine lun de 
nous ‘. Ainsi remise dans sou contexte, la negation du caractere 
nature! des soulTrances et de la mort n’a plus rien d'exorbitant. 
Julien, en elfet, n’en juge pas du point de vue de la philosophic qui 
prononce, apres analyse du contenu de In nature, que celle-ci porte 
en elle-meme la raison suflisante de sa destruction ; il se place, 
au contraire, au point de vue religieux et constate avec la foi qu>n 
fait , rhomme etait, a I'origine, soustrait a l’empire des soulTrances 
et de la mort, mais il n’examine pas de plus pres si cette immunity 
etait on non un privilege concede par Dieu a 1’huinanile. 

Cependant, ii cote des textes qui nient que la corruption, les 
soullrances et la mort, soient conformes a la nature, il en e>t 
d’autres qui disent naturelle la corruption, qui qualilient de « propre 
et naturelle a la nature » la condition de celui qui subit les 
soulTrances, on encore qui appellant naturelle la necessity qui nous 
jette sous la domination des soulTrances et de la mort 1 2 . Qu’est-ce ii 
dire ? Les deux series de textes se contredisent-elles ? Non pas. 11 
suflit de remarquer que fvorxog, equivalent de zrg oo'Jsco:, est sus¬ 
ceptible de prendre des sens dilTerents suivant les tpi/O’etg auxquelles 
il s’applique : zCtl; de rhomme avant le peche ou apr6s le peche, ou 
encore, cp-Joa; du Verbe. Les textes <jue nous venons de citer parlent 
de l’etat (jui est « naturel » ii la nature corrompue, et ne s’opposent 
pas, des lors, aux premiers qui parlaient de la a/Jo’t; d’avant le 
peche. C’est en tenant compte de cette distinction que Julien peut 
parlor de choses qui, naturelles au genre liumain tel (ju’il existe apres 
la transgression, n'etaient pas naturelles au Christ, qui ne vi\ait pas 
sous le regime introduit par le peche d’Adam 3 . De memo, c’est en 
se referant a la cp-Joa; dechue que Julien ecrit, sans doute ii propos 
des soulTrances et de la mort du Christ, que « naturel » equivaut a 


1 Voyez les fragments 84, 134, 140. 

4 Fragment 41 : cpv^ixry di (pOoo'xv lyei r t y.oivzrr,; ; fragment 78 : (p'jGixb'j 
Tr t g xoivoTryog uztx Try nxpxfixtjcy ; fragment 45 : ... (pOaprov, xai rwv 
xvxyv/^v q?v<J ixwv tvoyov ; fragment 49 : jrro Try ro>v ~xSjwj xai to'j 
O avxTO'J ( 3 ixv xvxyxY) (puGixr, xxtx tx r,p£Tipa t^'jxtx ; fragment iao : 
xxt xvxyxry ixry r~Trffryxi twj T.xbwj. 

3 Fragment 78: iOiov xxi (LV'Jtxov Trjg xotyoTryog uztx Try nxpxfixO’tv * O'j 
y'xp 'idtoy xai tp'jTixoy toj xup iaxoj adiutxTog ixr t ttstgvtoc i>ub Try ~xt>x- 



Les critiques de severe. 


127 


« necessaire » 1 * 3 . Par eontrc, il parlera dc Vy.yQzovtai du corps 

du Verbe % c’est-a-dire, de la non-corruption qui lui convenait 
a cause de Fexcellence de la c yjrj^ a lacfuclle il etait uni. Toute 
obscurite et toute apparence de contradiction disparaissent si Ton 
prend soin de voir a quelle une chose est dito « nalurelle ». 

C’est done en se reportant a la condition primitive de Phumanite 
que Julien affmne.qu’il n’est pas naturel, c’est-a-dire normal, (jue 
l’homme soil (pQaproc, ~y.Qr~ 6 z et Ovyjrd;. Ce peut paraitre un truisme 
de faire remarquer (pie la corruption n’est pas Petal sain et normal. 
L’opportunite de cetle observation apparaitra mieux lorsque nous 
aurons montre comment Severe aceueillil les fortuities de son adver- 
saire et put en soutenir Pexact centre-pied en en prenant les terines 
dans un sens different. 


Ill 


l)e la lecture des ouvrages de Julien, Severe avait retenu lui aussi 
que l’eveque d’llalicarnasse affirmait Pexistence d’un peclie et d’une 
culpabilite existant dans Pindividu anlerieurement a son premier 
acte de volonte, l’atteignant du seul fait dc sa participation a la 
nature et se transraettant de pere en tils par Ie processus de la 
generation. A cette doctrine, le palriarchc oppose une negation 
formelle : pareil peche de nature n’exisle pas; d'Adam mortel it 
pecheur, nous naissons mortels, mais in n pas pecheurs. l/idee d’un 
peclie se transmettant avec la nature par voie de generation le 
lieurte violemment ; cela revient, iPapres lui, a admettre Pexistence 
du mal subsistant. II fail de cet argument un des pivots de sa polc- 
mique et presente I’opinion de Julien coniine un absurde renou- 
vellement de la doctrine manicbeenne des deux principes. 

Dans la Critique , le patriarche n’avait abotde la question du 
peclie de nature qu'avec une discretion et une reserve inten- 
tionnelles ; en resumant cet ouvrage dans la Troisihne lellre a 
Julien , il Pavait meme laissee completemenl de cote pour s’attaquer 
aux points les plus saillants du systeine de son adversaire, les 
formules sur l’incorruptibilite du corps du Christ. Plus tard, tout 
motif d’observer de la reserve ayant disparu, il discuta longuement, 
dans le Contra Addiliones , le probleme de la souillure originelle. 

Voyons d’abord ce que Severe disait a ce sujet dans la Critique . 


1 Fragment 136 : 6 (poor/a roi; avayxatot; 

- Fragment 58. 

3 Contra Additiones (Vat. 140, 76 a). 


: jT. 07 y.Giii zoy loyov. 



128 


LA NATURE HUM A INK SOUS LA « CORRUPTION ». 


II y est tres sobre de details ; plus d’une fois, il se contente 
d’allusions dont la portee precise ne se revelera queprogressivement. 
Ainsi, quand il s’etend assez longuement, dans les premieres pages, 
sur Uorigine du peclie dans la nature, on ne voit pas des l’abord 
pour quel motif il aflirme avec tant (Uinsistance que le peclie n est 
pas une substance, mais une maladie morale qui depend uniquement 
du lil»re arbitre d’un cbacun 1 . Le n'est qu’apres avoir mene pendant 
longtemps la discussion sur Ie terrain proprement cliristologique 
qu'il revient occasionucllement sur le peclie de nature. II observe 
d'abord que si le Christ lit choix d’une naissance virginale, ce n est 
pas qu’il considerat que Ie mariage et le commerce de I'homme et 
de la femme sont sous Ie coup d une corruption et d’un blame 
(uwao:) resultant du peclie, mais seulement parcc qu'il voulait 
figurer par la noire prochaine regeneration selon l'Esprit *. Le 
mariage, dit Severe, fut un secours concede par la prevoyante bonte 
de Dieu a l’humanite, devenue mortelle par le peclie, « pour mettre 
la race a l'abri de la destruction, par la procreation de iiIs » ; on 
ne pent done le condamner conune s’il elait entache d' « une 
souillure provenant d'un peclie » ; e’est bien piutot un secours 
intervenu a cause de la chute de I’homme qui, (die, provint du 
peclie et de la transgression Jusqu’ici, Severe n’a pas dit a quoi 
ces remarques font allusion. Bientot cependant, il met Julien en 
cause en lui reprochant, mais en termes moderes, d’employer 1'ex- 
pression vj xu.xor'x. « Mais que Ta Chastete, dit-il, examine 

sa terminologie, et (void) si e'est avec raison qu'elle dit ev xulxqtlx le 
corps humain. Quant a raoi, l’etrangete de la chose a resonne a mes 
oreilles comme une nouveaute car, jusqu’a ce jour, je n’ai trouve 
personne parmi ceux qui ont enseigne dans l Eglise en langue 
grecque qui l'ait ecrite dans ses murages ; el le creerait en elTet, a 
ce qu'il me semlde, une opinion mauvaise chez les lecteurs. De memo, 
en elTet, que celui qui dit corps anime signilie qu'il y a melange 
naturel dame et de corps, ainsi, celui qui dit 

corps dans le peclie semble signilier que le peclie se trouve natu- 
rellement compris () dans le corps. Je dis ceci a cause de la 
malsonnance du mot et de son caractere inaccoutume, car il est clair 
que Ta Chastete confesse partout que le peclie survient a I'homme 
comme une maladie. Encore faut-il que les sages comme vous 
observent l’exactitude et la precision des termes. » Sans doute, 


1 Critique {Vat. 140, 21 b). 

8 Critique {Vat. 140, 51 e et suiv.). 





129 


LES CRITIQUES DE SEVERE. 


continue-t-il, en disant que l’eloquence sc trouve dans celui qui s’y 
est exerce, on ne signifie pas que ce talent rentre, coinme 1’ame et le 
corps, dans les elements constitutes de cet homnie ; il n’en est pas 
moins vrai qu'en ce (}ui concerne le peclie, on a des motifs speciaux 
de surveiller son langage, car « les Manicheens et ceux <jui partagent 
leur folic ont dit sottement qu’il se mele a la substance lmmaine en 
formation, coinme un element naturel k- 4 —^ 

Dans le Contra Additiones , le patriarche est autrement severe 
pour les expressions que la Critique se bornait a taxer de dange- 
reuses en raison de leur caractere insolite. II combat longuement la 
theorie du peclie de nature et, au cours de la discussion, il met en 
question six fragments du Tome, dont une Addition *. 11 y releve 
d’une part que notre corps a ete forme ex <pOopi; et, de l’autre, que 
la cpfopa est precisement les ri arro ycx/.ta.; 7r xQyi dont parle saint Basile 
dans la Lettre aux Sozopolitains ; en combinant cesdeux expressions, 
il parvient a preter a Julien Tidee du mal subsistant cjui entrerait 
dans la composition de notre nature coinme un de ses constituants 
naturels. Il serait fastidieux de relever tous les textes oil Severe 
inculpe Julien de manicheisme; notons-en seulement quelques- 
uns. « Son opinion, ecrit-il, rencontre celle des Manicheens et des 
Messaliens qui affirment avec une sotte impiete (jue le mal et ses 
passions naissent avec riiomme et lui sont naturels » ; e’est une 
sottise, dit-il ailleurs, de pretendre (jue « e’est du peclie et des 
passions du mal, qui n’ont aucune realite ( oivta :), (jue notre corps a 
ete forme et constilue » ; puisque d’apres Julien, dit-il encore, la 
souillure des passions coupables du peclie se trouve melangee a la 
substance dans la nature, il faut que soit trouvee menteuse rKcriture 
sainte qui proclame le mariage chose honorable et le lit nuptial 
sans souillure 1 2 3 ; que Julien explique, demande-t-il enfin, comment 
le mal, mele a notre substance (ojcrt'a), pourra devenir non-corruption 
par la resurrection, puisque e’est en restant ce qu’elle est (jue la 
substance ( o'j'jlcl ) de notre corjis revetira l’incorruptibilite resultant 
de la resurrection 4 . Ces textes sont des exemples du ton ordinaire 
des refutations de Severe. En realite, on sait deja (jue c pOopa avail 
plusieurs sens dans la terminologie de l’ev^que d’Halicarnasse, et 


1 Critique ( Vat. 140, 52 /). 

2 Vat. 140, 75 c -82 c. Voir les fragments 21-25, 50. 

3 Contra Additiones (Vat. 140, 75/, 76 a, d\ pour le dernier texte, c'r 
Hebr., XIII, 4). 

* Voir encore, dans le meme sens, Contra Additiones (Vat. 140, 77 c). 


9 




130 


LA NATURE HUMAINE SOUS LA « CORRUPTION >. 


nous avons expose plus haut l’usage que celui-ci faisait du texle <Je 
saint Rasile auquel Severe fait allusion ici \ Tout autant que 
Severe, Julien eut trouve ahsurde l’opinion qui lui est ainsi pretee ! 
En disant que notre corps est forme e/. cpOopy.;, il voulait simplement 
dire qu’il a ete concu sous 1'inlluence de la concupiscence *. 

1 ‘assons aux textes de Severe qui critiquent les idees de Julien 
sur la transmission de la souillure originellc. Voici le commentaire 
dont le patriarche fait suivre le fragment 50 , ou Julien avail precise 
Uexpression y, xpoccj tlx y\ r.xp A ozy., peche en vertu duquel le diable 
dominait les ames du Slieol, en r t xuxpTt’x rov gmuxtc,;. « Mais, dit 
Severe, si le corps est Iv xuxpTLx et a etc forme i/. (pOopx;, et si le 
peche qui se trouvait en Adam passe, avec la nature (x/.CagjO'x 
cpJcr*r,):), d’Adam a ses descendants, coniine une chose naturelle, 
pecher, coniine je Uai dit, est entierement a Uabri de tout blame, 
tout pecheur l'ctant, a ce qu i I semble, du fait de son premier pere 
pecheur. » Nous \ovens maintenant pour <juel motif la Critique 
s’attachait a defendre la bonte morale du mariage ; c’est parce (jue 
Severe ne vent pas qu'on fasse de celui-ci l’instrument qui trans- 
mettrait a tons les homines le peche coininis personnellement par 
Adam ; c'est ainsi, en diet, (pie Severe presente la doctrine de son 
adversaire. De nouveau, il fait observer qu’on n’est pas en droit 
d’arguinenter de la naissance virginale du (dirist jiour aflirmer (pie 
le mariage est souille ; d’ailleurs, dit-il, si c’est dans le peche et la 
corruption que le corps est forme, la procreation des enfants est 
beaucoup moins un secours pour lTiumanite qu’un multiplicateur 
de peches, puisque le mal, qui serait ainsi dans notre nature, 
deviendrait necessairement a son tour une cause de peches 1 * 3 . 

Sa doctrine a lui est toute autre. Nous n’avons eu aucune part au 
peche de notre premier pere 4 ; nous naissons mortels, mais non pas 
pecheurs. a Le peche de ceux qui nous ont engendres, ecrit 
Severe, a savoir (le peche) d'Adam et d’Eve, n’est pas mele naturel- 
lement (v.y-'x ce ^glv) a notre substance (oierix), — coniine le tient 
l’opinion mauvaise et impie des Messaliens, autrement dit Mani- 
cheens, — mais c’est parce qu’ils avaient perdu la grace de 
l'imniortalite, a cause du peche et de la transgression, que le juge- 
ment et la sentence s’etendent jusqu a nous, lorsque, suivant une 
disposition naturelle, nous naissons mortels en tant que (nous 


1 Voir plus haut, p. m-112. 

4 V r oir, par excmple, les fragments 23 et 24. 

3 Contra Additiones (Vat. 140, 76 d. e , f\ 78 b). 

* Contra Additiones (Vat. 140, 80 e). 



LES CRITIQUES DE SEVERE. 


131 


naissons) tie parents mortels, mais non pas pecheurs en tant que 
(nous naissons) tie parents pecheurs. II n’est pas vrai, en diet, que 
le peche soil une realite (cp vviq) et qu’il passe naturelleinent ties 
parents a leurs enfants 1 . » 

Julien faisait-il appel au lexte de Job ou nous lisons que nul mor- 
tel n'esl pur, sa vie sur terre ne fut-elle que d’un jour, et a celui du 
Psalmiste qui represente a Dieu dans sa priere qu’il a ete conyu dans 
le peche 2 ? Nous ne savons. Severe explique longuement le sens tie 
ces texles, pour en enlever le benefice aux partisans de la theorie 
du peche transmis par generation. Le contexte, dit-il, montre (pie le 
premier parle de la souillure qui provient des peches d’action et de 
pensee <jui, seuls, sont susceptibles de « venir en jugement » devant 
Dieu, et que ce « seul jour » est un jour de la vie consciente et 
volontaire, et non pas le premier jour que l’enfant passe sur terre. 
Quant an lexte du Psaunie, il sail (pie certains l’interpretent de la con¬ 
cupiscence (jui preside a la generation ; personnelleinent, il prefere 
y voir une figure tie st\le. I ne fois tombe dans le ineurtre et l'adul- 
tere, David incrimine Pensemble de sa vie coimne si celle-ci s’etait 
passee tout entiere dans le peche; la mere qui Pengenilresv auapr/at;, 
c’est Eve engendrant apres le peche et dans l’etat d’afraiblissement 
auquel l’a reduite le peche ; le Psalmiste mentionne cetle circon- 
stance dans sa supplication pour inviter Dieu a le prendre d'autant 
plus en pitie 3 . Le patriarche n’arrete t>as la sa demonstration ; 
apres l’ftcriture, c'est aux Peres qu'il recourt pour montrer (jue si 
nous sommes atteinls par la condamnation portee contre Adam, 
nous ne participons pas a la souillure de son peche. 11 fait notam- 
ment etat du passage bien connu du commentaire de saint Jean 
Chrysostome sur Pepitre aux Domains (V, ID) et a l’autorite tie 
saint Cyrille *. En terminant l’explication d un temoignage de ce 
docteur, il resume sa doctrine en affirmant que nous n’avons abso- 
lument aucune part au peche du pere de noire race. 

Severe croit done (pie son adversaire admet Pexistence d un peche 
qui se transmet avec la nature ; c’est la conclusion que nous avions 
tiree des textes de Julien. II expose toutefois la chose comine si 
celui-ci admettait la theorie manicheenne du mal subsislant et se 


1 Contra Additiones (Vat. 140, 79 d-e). 

2 lob, XIV, 4 et Psalm. L, 7. 

3 Contra Additiones (Vat. 140, 78 c-79 d). 

* Contra Additiones (Vat. 140, 79 /-So /). Cfr, respectivement, PG, LX, 477 
et Contra Anthropomorphitas , cap. VIII (PG, LXXVI, 1092) ; k^STatrai yor t .., 

'^(AOTIOLYlOrfiOVZOU . 



132 


LA NATURE HUMAINE SOUS LA « CORRUPTION ». 


representait la souillure transniise par voie de generation coniine le 
peehe personnel d'Adam et d’Eve communique a leurs descendants : 
c’est la la part de la polemique. En effet, de la Critique au Contra 
Additiones, Severe fait passer la meine doctrine, et qui plus est, les 
monies textes, de la simple imprudence de langage a l'heresie la 
micux caracterisee. Jusqu’a quel point le patriarclie avait-il con¬ 
science de depasser par la les bornes d une saine appreciation 
des choses? C’est un probleme que nous traiterons plus loin. 

Au sentiment du patriarche, la corruption, c’est-a-dire Jes souf- 
rances et la mort, est une suite de la faute du premier pere, mais 
une suite depouillee de tout caractere moral. Est-elle, d’apres lui, 
v.y-'y. cp-J<7iv on r.y.fjy 'p-Jaiv ? C’est la question a laquelle il nous reste 
a repondre. 

Severe, nous I’avons vu, distingue deux corruptions specilique- 
ment dilferentes : celle qui consiste dans les soulfrances et la mort, 
— corruption physique, — et celle qui s’identilie avec le peehe, — 
corruption morale. (Jr, d’apres lui, la premiere est conforme a la 
nature (zzt a c yiviv) ; la seconde seule ne Test pas ; elle est, celle-ci, 
7iapa cp'Jo-iv. II developpe assez longuement ces vues en les appuyant 
sur 1 'usage recu par les Peres. « L’homme, ecrit-il, n’aurait pas 
subi la dissolution en laquelle consistent la mort et la corruption 
physique ... si, auparavant, il n’avait pas admis en lui la corruption 
de Tame qui, elle, est 7rapa cp-J<riv '. » Un peu plus loin, il distingue 
la cpOsoa re; b.u.ycj7 : .y~ /; r.yo'y. cpvGtv et la (pOopa ^vgc/.y] to-j Oxvzzg'j. 11 
justilie comine suit cette terminologie : la corruption du peehe ne 
peut entrer dans Tame que si la volonte l’y appelle comme du dehors 
par un acte delibere, tandis que la dissolution de noire etre operee 
par la mort resulte de la composition meme de notre nature, (iitant 
un temoignage de saint Athanase, il observe (jue le docteur appelle 
la mort yfoox v.y-y. (pv(Tw, parce que la mort est une dissolution, la 
separation de Fame d’avec le corps, et que la dissolution convient 
naturellement a un etre compose 2 . Ulus loin, il remanjue que c'esl 
le propre de la nature composee de se dissoudre, une fois qu’elle est 
depouillee de la grace de hieu, et que, par son peehe, Adam fut 
lui-meme la cause de son retour a la dissolution et a la corruption 
naturelle, suivant qu’il etait compose et mortel ’. Le patriarche reste 
constamment Fidele a cette terminologie ; il admet quelque part que 


* Critique (Vat. 140, 22 b-c ). Voir aussi Critique (ibid., 22 a, e). 

* Critique (Vat. 140, 21 f), citant De incarnatione Verbi (PG, XXV, 101) : 

6 Ozb; yxp zyy/Ai ecti... uiveiv ev rp> Oavy. rr.) yjxi zv 7f, (fOspi. 

5 Critique (Vat. 140, 23 a, e). 



LES PRINCIPES DES DEUX SYSTEMES. 


133 


la mort est survenue v.xpx tfrjmv a la nature telle qu’elle avait ete 
constitute a l’origine, mais e’est a l’occasion d’un texte de saint 
Gyrillequi emploie cette expression, et en faisant remarqueravec soin 
que si saint Cyrilie appelle la inert nxpy. cp-Joav et la (pOopx ensitrxxToc, 
c’est par analogic avec leur cause, le peclie, qui est, a proprement 
parler, nxpx '. Severe revient d’ailleurs aussitdt a sa termino- 
logie habituelle et parle de la chair d’Adain cp tpOxprr,, memo 
avant le peclie. 

IV 


Arrive au terme de la comparaison que nous avons institute 
entre la doctrine de Severe et celle de Julien sur Petal de la nature 
dechue, autrement dit, de la nature sous le regime de la corruption, 
tachons d'atteindre aux principes qui commandaient les deux 
systeines. 

Ms partent tons deux d’un lends de doctrine common. Composte 
de corps et (Paine, la nature humaine est susceptible de se dissoudre 
partiellement par la soufFrance, jusqu’a ce qu’interviennent la 
dissolution du compose par la mort, et la resolution du corps 
lui-meme en ses elements organiques par Ja destruction qui 
s’opere dans le tombeau : c’est la corruption sous ses divers 
aspects. En fait, la nature no Paurait pas subic si Adam elait reste 
fidele au precepte divin ; mais il a peclie et, apres sa transgression, 
la corruption a envalii la nature, en lui et en ses descendants. Tels 
sont les presupposes dogmatiques coininuns aux deux adversaires. 
Nous ne parlons que de la corruption physique, car ils sont d’accord 
tons deux pour appeler egalement corruption, mais dans l’ordre 
moral cette fois, le peclie. 

Toutefois, de profondes divergences separent les deux eveques 
dans la faeon de se representer Paction de la corruption physique 
dans la nature et les conditions suivant lesquelles s’exerce son 
oeuvre de destruction. Pour Severe, la corruption n’a qu’un caractere 
purement materiel ; elle n est en elle-meme qu’un plienomene 
d’ordre physique, et le fait quo c’est le peclie qui en a declenche 
Paction dans la nature n’en a j>as change le caractere, car le peclie 
n’a joue a son endroit (jue le role de removens prohibens. Julien, au 
contraire, revet la corruption physique d’un caractere moral ; il 
apercoit entre elle et le peche un lien actuel et permanent, rendu 
sensible par la necessity qui impose a Pliomme les souffrances 


1 Contra Additiones [Vat. 140 , 816 - 82 ^), citant S. Cyrille, 
in spiritii (PG, LXVIII, 1005) : yj $z 0 /.oyo;. 


De adoratione 



134 


LA NATURE HUMAINE SOUS LA « CORRUPTION ». 


et la mort. La raison prochaine de cette divergence consiste en 
ceci. Pour Severe, le peche d Adam a eu des consequences directes 
d’ordre physique, consequences qni s’etendent indeliniment et qui 
ne s’epuiseront qu’avec la disparition du dernier honune ; une fois 
commis cependant, on, si Lon veut, une fois cominis et comple- 
tement efface en Adam, il cesse d’exister comme peche et coniine 
culpabilite, ear il etait strictement personnel a noire premier pere. 
Pour Julien, au contraire, la culpabilite issue du premier peche 
personnel a infecte la nature en celui qui Pavait commis, non 
pas Pessence abstraite, mais celte realite qu'il allait transmettre 
a ses tils par la generation ; comme les homines derivent tons 
d’Adam, tous recoivent avec la nature la culpabilite qui y est 
attachee ; celle-ci appelle a son tour les souffrances et la mort par 
voie de consequence physique et necessairc. Si celles-ci, des lors, 
sont, pour Severe, une simple consequence materielle du peche 
commis autrefois par Adam, el les se chargent, aux yeux de Julien, 
d’un caractere moral, du fait qu’elles sont toujours liees au peche 
immanent a la nature comme le chatiment est lie a la faute. De la Ie 
sens different qui s’attache au ineme mot dans la langue des deux 
auteurs. Chez Severe, d’une part, TraOypo; el Svtjto; de l’autre, 

sont des termes equivalents, a comprehension identique el toujours 
interchangeables ; ils signifient Paptitude a devenir le sujet de la 
corruption materielle, des souffrances et de la mort. Chez Julien, 
(pQxpzo;, necessairement lie a Pidee de peche, n’exprime qu'une des 
deux manieres d'etre r.y/jrjo; et 0>r;ro:, a savoir, celle (jui consiste a 
subir les souffrances et la mort comme Ie chatiment du peche 
immanent a la nature, par opposition a celle qui consiste a les 
prendre spontanement sur soi, sans avoir rien a expier. 

La difference des doctrines ne se reduit pas a une divergence de 
terininologie j entre Julien et Severe, il y a toute la (juestion du 
peche de nature, qui leur fait voir de deux points de vue differents 
Peconomie historique de la nature humaine. I,a nature humaine a 
Petal authentique, «a Petat sain, dit Julien, e'est la nature telle que, 
en fait, el le avail ete constituee par Dieu a Porigine, nature 
materielle et spirituelle tout a la fois, mais soustraite aux souffrances 
et a la mort. Qu’y avait-il dans cet et at bienheureux qui rcle\at 
strictement de la « nature », on au contraire, du « privilege », de la 
« grace » ? Au jugeinent de Peveipie d'llalicarnasse, la question etait 
secondaire ; il semble meme qu'elle lui eut paru pen pertinente. La 
eut-il repondu, e'est ce qui est, Petre concret.et il faut juger de 
la purete de son type, — en d'autres termes, de ce qui lui est naturel 
— par comparaison avec Petat dans lequel el le fut creee 


LES PRINCIPES DES DEUX SYSTEMES. 


135 


par Dieu. II disait done xara cp-Jorx tout ce qu’il apercevait dans la 
nature a Torigine, el -ypx cp-Jatv tout ec* qui s’y etait inlroduit du 
dehors par la suite pour 1’alterer et la faire dechoir de cet etat 
(a/Ao’.wcrj; ?r t ; (pasco;). Mais le peclie est adinis par Tliomme dans la 
nature ; e’est une premiere alteration : le peclie est nypy. (phew. Non 
seulement il s’y introduit, mais il s’y installe a demeure et y se\it 
comine un tyran (x.parsi), et il amene a sa suite, coniine son chati- 
ment necessaire, Ies soutTrances et la mort ; e’est une seconde alte¬ 
ration : les soulfrances et la mort sent r.yfj'y. tbi'ivj. La nature humaine, 

i 

realite dont la puissance de multiplication ne tarit jamais, est 
toujours identique a elle-meme sous ses multiples participations, 
mais coniine le peclie et son chatiment s'y sont etablis par la faute 
d’Adam, quiconque participe a la nature est infecte de la double 
corruption qui s’\ attache; coniine la nature n’existe plus qu’a l’etat 
corrompu, on peut appeler naturelle (c wr/x) la corruption. 

Dans cette conception, e’est la note religieuse et morale qui 
domine ; celle de Severe tire au contraire son unite d une conside¬ 
ration pliilosophique de la nature humaine. Pour le patriarche, en 
effet, Tidee de nature humaine eveille celle de ses principes consti- 
tutifs essentiels : un corps et une nine substantiellement unis, mais 
naturellement susceptibles de dissolution du fait de leurcomposition. 
Aussi va-t-il d'instinct a distinguer en Adam ce qui etait nature et 
ce qui etait grace ; posee des les premieres pages de la Critique , 
cette distinction ne sera jamais perdue de vue au cours de la contro- 
verse. Le peclie intervient : la grace est perdue pour tons, mais la 
nature reste entiere et identique a ce qu’elle etait. De plus, comme 
Severe n’admet pas que la culpabilite ait passe en Adam de la per- 
sonne a la nature, les soullrances et la mort, suites materielles du 
peclie d’Adam, ne sont pas le resultat immediat de Taction d un 
peclie de nature existant et se developpant en nous, t ne fois 
perdue la grace de 1'immortalite cl de l impassibilite, b» simple jeu 
des elements constitutes de la nature laissee a elle-meme suftit a 
produire les souH’rances et la mort /.y-'y. ; pour le patriarche, 

aucun caractere moral ne vient se gretfer sur ce phenomene physique. 

Si nous avons bien lu les textes des deux adversaires, il y a done 
a la fois, pour les separer, et une divergence sensible de mentalite, 
Tune plus religieuse et 1 'autre plus philosopliique, et surtout, une 
(jueslion proprement dogmatique, celle du peclie de nature. II s'agit 
maintenant de savoir comment tons deux vont concevoir les condi¬ 
tions de la participation du Verbe a la nature decline. (Test, en par- 
ticulier, la question qui se posait a la christologie de Julien. 



CHAPITRE IV 


LINCAKNATION 


I. Le monophysisme de Julien. — IJ. L’acpOspafa du corps uni au Verbe. — 
III. L’union du Verbe a la chair, raison derniere de Vy.yOxwjla. — 

IV. La naissance virginale, raison prochaine de EacpOapacz. 


I 


On en a fait justement la reinarque, le monophysisme s'est inspire 
du theme xxi o 16yo; 7ap; eyir/ero dans Elaboration scienlilique de sa 
christologie. Insistant sur le mot de saint Jean (iyivz ro), il conceit 
Lincarnation comine un fieri admirable et prodigieux qui se dis¬ 
tingue a la fois de celui de la creation el de celui de la transfor¬ 
mation : en restant ce qu’il est, le Verbe devicnt chair. En passant 
du Fils au Christ, le monophysite ne change pas l’objet direct de 
ses considerations ; sa preoccupation constante est de maintenir 
1 unite absolue et Eidentite totale du Verbe avec lui-meme apres 
comme avant Eunion a la chair 

Monopliysite comme Timothee Elure, Philoxene de Mabbdgh et 
Severe d’Antioche, Julien d’Halicarnasse reste fidele a ce principe 
inspirateur de leur christologie. Si le monophysisme n’intervient 
pas comme element specifique dans Elaboration de la doctrine de 
l'incorruptibilite, il y joue cependant un role. De plus, Eetude des 
formules que Julien eiuployait pour exposer sa foi au mystere de 
Eincarnation peut contribuer pour sa part a Ehistoire des doctrines 
qu'un parti puissant opposa aux decisions du concile de Chalcedoine 
au sortir de la grande epoque patristique. Pour ces deux motifs, il 
est utile d’ouvrir ce chapilre en rassemblant ce que les texles nous 
permettent de connaitre de la terminologie monophysite de lYveque 
d’Halicarnasse. 

Le Verbe s’est fait chair, s'est incarne C'ra&xYOy;) 5 , s'est fait liomme 
(;V/;v0pcon7;7£v) 3 : ce soul la des termes equivalents * *. Par 1inear- 


* Cfr J. Lebon, Le monophysisme severien, p. 190, 178. 

* Cfr fragments 29, 66, 70, 71, 95, 130, etc. 

3 Cfr fragments 65, 67, 99, 131, 141. 

* Cfr fragments 65, 67, 131 : y.xi evav 0 pw 7 Ty;a , jt;. 



LE MONOPHYSISME DE JULIEN. 


137 


nation, le Verbe a participe (y.zzeyztv, xoivwveiv) a notre nature et se 
Test appropriee (idioTtoteiv ) 1 . Parfois caracterise coniine une GapxoxiLz, 
une (TMyxToxJiz , ou une ivxvQodiTrrpiz J , I’acte par lequel le Verbe a 
pris chair reyoit le plus souveni le nom d’svwTi; 3 , union mysterieuse 
dont la notion propre nous echappe et qne nous soinmes impuissants 
a definir *, inais union veritable et indivisible (a&a'psro;) 8 . Une 
fois seulement, il est. question dans les textes du corps a uni physi- 
quement ('p'jTrxw;) a la source de bincorruptibilite 0 », et nous n’y 
relevons pas bexpression z'jmzl; yvor/.r, ou xxz'x ( yjotv . Toutefois, la 
doctrine de Julien sur ce point capital ne diflere pas de 
l’enseigHeuient ordinaire des Monophysites ; pour Ini aussi, bunion 
du Verbe a la chair s’est acconiplie dans bordre de avaic, el le a 
coniine ternie une (p-Jai; unique. 

Considerons de plus pres les elements ramenes a l’unite par 
bincarnation. D’un ccHe, c’est le Verbe, le Verbe de Dieu, le Dieu 
Verbe, Dieu, le Seigneur, la divinite 7 . De bautre, c’est la chair ou 
le corps 8 ; les deux tenues out la nienie valeur, et bacte de bincar¬ 
nation e>t appele indifleremment o’aoxcoo’i; ou aojuaTwatc, f jxoi et 
TMp designant la realite humaine du (Christ toute entiere par son 
element sensible *. Parfois, Julien detail le les composants de 
bhumanite du Sauveur : la chair, le sang, baine raisonnable et 
intelligente, ou, plus simplement, bame et le corps “VQuand il est 
oppose a i'j/f,, zxoi a necessairement un sens plus restreint : il 
designe alors la partie corporelle de bhomme en la distinguant de 


1 Cfr fragments 42, 55, 66 ; 70. 99, 118. 

2 Cfr fragments 11 ; 92 ; 3. 

3 Cfr fragments 7, 43, 48, 61, 63. 72, 102, 117, 147, etc. 
1 Cfr fragments 72, 147. 

s Cfr fragments 65, 102. 


Fragments: zo'j (arouaro;) (pixjixwc : r;juyj.Z'j r /j zr, zr,z y/^Oy.cz'xz TtYfyr ,. 
7 f O Xoyo; : cfr les fragments 7, 29. 63, 68, 102 ; 6 70O r Jioii /oyo; : 102; 
0 Oso; /oyo; : 48, 65. 66, 69. 70; 0 Oeo; : 38, 97, 116. 130, 131, 153; 0 xvoio; : 
66, 71; yj G-oryj; : 55, 96, 102. La r jz 6 zr,; repr£scntc dans ccs textes un 
e ement concret ; clle y est parfois con^uc comme agissante ou comme sujet 
de proprietes qui sont communiqu6es a l’elcment humain (cfr les fragments 
102 ; 55, 96). 


8 II 'Jy.^i : cfr les fragments 29, 63, 68, 77, 82, 83, 95, 97, 102, 109, in, 
112, 116, 117, 118, 131, 132; 70 (Juyx : 1, 5, 29, 33, 38, 43, 48, 49, 57, etc. 

9 A preuve, l’opposition 6tablie entre z.x r J zx'jziz et y.xzx (Jxpxtx pour 
£puiser tout ce qu’il y a de reel dans le Christ, Dieu et homme (cfr les 
fragments 130, 131). 

10 Cfr ies fragments 32, 42. 



188 


iP INCARNATION. 


Pelement spirituel *. Dans ces textes, comine ailleurs encore*, Paine 
(In Christ est appelee ; il semble que .lulien l’appelle quelque- 
fois r.'yZ'ju.z * 2 3 . Idee courante dans la christologie inonophvsito, cost 
le Verbe «jui joue le role aclif dans Psvwo’i;. (Pest Ini <jui est dit 
s’unir un corps, prendre un corps, s’approprier la chair, se donner 
a la nature humaine, participer a la nature 4 * * . En eiTet, la chair 
ne subsistait pas par elle-meme avant Punion; elle est devenue du 
Verbe (roO loyyj) qui a voulu la faire sienne, el elle n'a jamais eu 
d’existence qu’en taut < 111 ' e 11 e etait du Verbe 

Les adversaires de Julien n’etaient pas du genre de ceux que 
Severe avail autrefois combattus dans le l^iilalethe et Ie Contra 
Grammaticum : la discussion sur Pincorruptibilite se menait cntre 
Monophysites, et non pas entre Monoph)sites et Chalcedoniens. Les 
deux partis en lutte etant d'accord sur la formule j w.z r f'j7t; roi Ozoz 
/Ayoit 7Z7ay/.r,)uzyr IJ Julien n’avait sans doute pas Poccasion de deve- 
lopper pour elle-meme la doctrine de l unique nature du Verbe 
incarne ; en fait, ses textes ne l’abordent qu'accidentellement et 
dans un but polemi pie ; ils sont precieux pourtant, car ils revelent 
que les formules proprement christologiques de leur auteur n’etaient 
pas tout a fait les ineines que cel les de Severe. 

Les adversaires de la doctrine de Pincorruptibilite, dit Julien, out 
pour peres « les impies qui divisent en deux natures celui (jui esi 
un » ; en disant le Christ 7xy/.i ub cpOaoro; zxzx (p'Ja'iv, ryjzbj.y -1 ok 
zzOxpzoz, coniine le vent Severe, on aboutit, pretend-il, a admettre 
deux Christs, deux zz7itz et deux tils, dont Pun le serait par nature 
et Pautre de l'acon impropre 7 ; il anathematise quiconque adhere a 


* Cfr le fragment 71 : z'( tl; dixipzl ryjv uJ.zv rov avOow nou rp'j7c* ziz ro 
y.7^yj.y~ r j'j y.zl rr,v 7zy/.x ... 

2 Cfr le fragment 50 : yy.zzfir, r, zo'j 16 yov zl~ xOov. 

3 Cfr le fragment 71 ; l’expression est cependant reprise aux adversaires. 
On i>ait que la distinction 7 y.oi-T.'jZZ[).z equivaut partois dans les textes 
christologiques a y.vO00)7:67r^-Ozorr^ ; sur l’emploi qu’elle trouve chez Apol¬ 
linaire, cfr G. Voisin\ L’Apollinarisme, p. 326; dans la tradition en general, 
cfr Severe d’Antioche, Contra Additiones (L at. 140, gS e et suiw). 

1 Cfr les fragments 117; 4; 29: 70, 99. 118; 102 ; 42, 55, 66. 

• Fragment 63 : ovy irr:z 77 Y} r, 7xbi ttomtov , y.'/lca xay yz'JZ7 r )xi 
y.J 7 fj vTTT.p'Zv Y} 7 r j\j ryyyj zz 7 i; ; fragment 116 : avOpwTTtV/;; 7xpybz io'.zz 
yzvouLZvr^ 7 Oj Bzoj (cfr fragments 97, 29). 

Fragment 13 : zzzzpzz iyyjzzz 77 jz zov zvx. st; Ojo zz 7 zt; x 7 z[yoz 
otxt poiyzzz. 

7 Fragment 71 : o) 77 Z 5^:00: zi 7 xyzvj 7 y;j r«> \ r A77 r oy O'jxOx xxi 
©d'JScov... '/.zi 'jiw, bx ub Zz 7 zc, S 7 zpM Oz y.z. 7xyor^ziv/oi. 



LE MONOPHYSISME DE JULIEN. 


139 


la doctrine des deux cp vveiz, car elle revient, a son sens, a admettre 
deux ttoovmtlol et deux v t.ozzxgziz 1 ; en opposant dans un meine sujet 
deux elements coexistants, dont Tun est cp Oxoroz, r. aOyjro; et Ovyjroc, et 
l’autre, xyOzorog, a7ra0yj; et aOavaro;, dit-il enfin, on ne fait (}iie 
defendre les idees de Nestorius, on introduit la division (diztceviz) 
dans celui qui est un, et on fausse le concept meine de bsvoxjt; qu’on 
aftirine, parce qu’on fait du Christ, sujet un, deux Christs et deux 
tils 2 Sans nous arreter presentement a expliquer le sens de cette 
argumentation polemique, remarquons seulement qu’en rejetant la 
formule diophysite chalcedonienne, Julien ne souscrit pas pour 
autant a la doctrine connue sous le noin d’eutychianismc, qui aurait 
affirme one confusion des essences dans le Christ ou une sorle de 
conversion mutuelle de leurs proprietes. Pour lui comme pour 
Dioscore, Timothee Elure, Philoxene et Severe \ le Christ cove tlz 
unique, c’est le Christ sujet unique, individu unique ; et cette vCaiz 
unique, c’est la divinite, ou mieux, I’hvpostase du Verbe (rov Ozov 
loyov) mise dans un nouvel etat par 1’appropriation de la chair 
(o’etjaoxwyivy;). II exprime la chose en une formule energique : « I .a 
chair, dit-il, n'a pas subsiste anterieurement a bunion, inais, des 
Pinstant ou elle comiuenca d'etre, la c ivnz du Verbe fut la sienne, du 
fait de bunion au Verbe 4 . » L’humanite du Christ, si concrete 
et si reelle soit-elle, n est pas et ne fut jamais une cp-Jct;; elle ne 
subsiste et n’a jamais subsiste qu'en etant d’un autre, si bien qu’on 
ne pent compter dans le Christ un et deux subsistants, mais un seul, 
le Verbe dans un etat particulier, Petal incarne. 

Non content de rejeter les deux ^vrsiz, Julien s’oppose encore 
aux formules ovo ooobat, dvo i r Jio7r,7Zz, ovo Wzoyzixi, et il ne vent pas 
entendre parler de dualite de proprietes (y; rwv iOiorrjoyj dvxz), ni 
des proprietes des activites et des natures (at .vzoyzAov y.x t c ivozwj 
iOlott-zz) Toute dualite dans le Christ apres bunion lui paraissait 
suspecte. Examinons ces formules dans leur eontexte et eclairons-en 
le sens en recourant a la doctrine commune des theologiens mono- 
phy sites. 


1 Fragment 72 : zi tlz 'j.ztx tyjv... sv «< 7 tv Tohtxrpzi Izyziv ovo rovoziz... ' 
co: ovo izpodter.x /zyoYj r, Ovo vr.oOTxozLz, a. i, 

- Fragment 147 : rov ivy ovo Xcagtovz y.xl Ovo viovz zioxyovoiv, 7r,z... 

ZVOXJZMZ X y. 7 X’lzvO 0 U.Z'JOl. 

^ I i 

3 Cfr J. Lebon, op. at., p 300 et suiv. 

* Fragment 63 : ovy vr.zorr, r, rj'y.rA TTOwrov, xU.x xy.x 70) yzvzoOxi, 
xv-f, vm jp£ev Yj 70 v t.oyov yvaiz rrj r.o'oz 7 ov Koyov zvdiozi. 

5 Cfr les fragments 61, 71, 72, 147. 



140 


L INCARNATION. 


La doctrine de la u.ix z'Apyzia. est courante chez les Monophysites. 
J. Junglas en avait degage la signification dans la christologie de 
Severe, d’apres les fragments grecs qui ont subsiste d(»s a»uvres du 
patriarche 1 * ; J. Lebon a repris et developpe les conclusions de cet 
auteur en utilisant les passages de la correspondance de Severe avec 
Sergius qui consacrent une attention speciale a ce point de doctrine *. 
hu point de vue polemique, la formule tux bApyzix s’oppose a cello 
du Tome de saint Leon : « agit ulraque forma quod pro/triutn esl » : 
du point de vue de la systematisation doctrinale, elle n’est qu’um* 
consequence de la doctrine de la y'.x yja;. Puisqu’il n’y a qu’un 
soul sujet existant, dit Severe, il n’y a qu’un soul sujet agissant, 
qu’un seul mouvement operatoirc, bien (jue les efTets produits 
soient d'ordre divers, les uns etant proporlionnes dans le Christ a 
sa qualite de l>ieu, d’autres a sa qualite d'homme, tandis que d'autres 
encore accusent en lui un melange indivisible do divin et d’humain. 
Distinguant dans l'action un prinoipe mediat (le sujet) et un prin- 
cipe immediat (forma), fonde, celui-ci, sur la qualite physique 
(y; 7Tsr>7/;; ryj'Jiv.r )du sujet agissant, saint Leon distinguait pareillement 
deux activites dans le Christ, en raison de sa double qualite d’homme 
et do Dieu. Au contrairo, le systeme monophysite ne distingue pas 
deux principos d’action subordonnes ; le desir d’eviter la « division » 
nestorienne y distrait I’attention do la consideration de la qualite 
physique pour la concentrer sur oclle du sujet agissant. C’est la 
meme preoccupation qui cmpeche .lulien de souscrire a la doctrine 
dos deux evipyecxt ; on elfet, d’apres lui, qui dit deux activites 
dans le Christ, dit par le fait meme deux deux toogmux 

ot deux irr:o77 xgzlz 3 , c’est a-dire, deux individus distincts. 

Le refus d’admettre 1’existence de deux proprieties (iol6ty-u) dans 
le Christ, ou do reconnaitre la ou les proprieties dos natures, n’a pas 
une portee differente. Les Monophysitos ne songent nullomont a 
nier par la la conservation dos proprietes ou attributs de la divinitc 
et de l'humanile dans le Christ, coniine si les seconds avaiont tota- 
lement disparu devant les premiers, ou comme si les uns ot les 
autres s’etaient amalgames pour en constituer d’autres d’une 
troisiome espece. Pour oux, aftirmor la propriety de la divinite ot 
do l’humanite apres Lunion, c’est dire quo le Christ est deux indi¬ 
vidus juxtaposes, deux cpisubsistantes par ollos-moinos, o’ost 


1 Leontius von By^an^, p. 107-109. 

5 Op cit., p. 443 ct suiv. 

3 Fragment 7 2 : si Til p£TX 7 r,v... 
r t 6'jo htVjyv.x^j 0 ); T.pi'J'or.x 


ZWJl'J 

Kiywj 


7 r //.u.r,7H /iystv oA pJ? 
r, oSo ir. r / 77 x 7 -i; i x. L 



LE M0N0PHYS1SME i)E JUL1EN. 


i 4 i 


dire que Ie Verbe ne s'est pas incarne ' ; distingucr lcs proprietes 
des natures apres runion, c’est les repartir entre deux ^aziz, entre 
deux subsistants individuels. Cette doctrine esl (*n diet essenliel- 
leinent antinestorienne chez Timotbee Clare, IMiiloxene et Severe *. 
Elle a la meine signification chez Jalien d’llalicarnasse ; le contextc 
des passages qui l’affirment ne pennet pas de la comprendre autre- 
ment. Les adversaires, ecrit Julien, veulent introduire « la dualite 
de Christs, de (pcrst;, de proprietes et de tils 1 2 3 4 5 * » ; il anathematise 
ceux qui admettent deux proprietes apres bunion, parce qu'ils 
adinettent par le fait memc deux np6ao)Kx et deux •jTrocrrao’et; *; enfin, 
il declare que ses adversaires sont des nestoriens, partisans de la 
division et de la dualite de proprietes , et que leur doctrine ahoutit 
a admettre (jue le Christ, sujet un, est deux Christs et deux fils 
Le probleme des « proprietes *» avait cependant une autre face : 
la permanence des essences specifiques du Verbe cl de la chair 
apres bunion. Tout en repetant que bunion n’a pas amene la con¬ 
fusion des essences et que le Verbe et la chair sont restes ce qu'ils 
etaientTimotbee Llure et IMiiloxene ne paraissent pas avoir eu 
baltention specialement attiree sur la question 7 ; Severe, au con- 
traire, amene a combattre d(‘s tendances ou il reconnaissait, a tort 
ou a raison, une manifestation de beutychianisine, cut boccasion 
d’en trailer a loisir 8 . (best ainsi (jue ses ecrits mettent en vive 
lumiere la conservation de la propriety des natures considerees 
(juant a la qualite ou a bessence. « J’ai dit, ecrit-il j»ar exemple a 
Sergius, qu’il fallalt... que nous confessions les proprietes des 
natures dont est (forme) I’Lmmanuel, j’entends (les proprietes) 
coniine en qualite naturelle, et non en tant (jue les natures exis- 


1 Cfr un texte de Timothdc Elure et un texte de Severe dans J. Lebon, 
op. cit., p. 417 et 424. 

2 Cfr J. Lebon, op. cit., p. 418, 421, 423. 

Fragment 71 : wore... eltJxyetv Try twj Xpiorcov Q'jxOx v.y.i (pvtjeuv 


\ t 


y.x i ioiOTryw rxi 'jiw. 


x 


4 Fragment 72 : si r 1;... Q.zyu)... duo i r Jlorryx co; duo “Goo’wt: 
/kywj r t O'jo 'jtcggtxgzl;, x. z. 

5 Fragment 147 : oi yap (juxocpavrai (ppov7i'£o>7S; 7 a rou Xsotoojou 
o6yu.y-y... v.xi (3ou/oaevoi (3sj3awtJv 7 ry OiyJ/jinvj, Try 7w idiorryoiv 
djy.Ox cxdixouvrsc... 7ov eva $uo Xpiorou; x xi duo viovg zitjxyo'jviv. 

Cfr J. Lebon, op. cit., p. 418. 


7 Ibid., p. 433. 

8 Notamment dans sa controverse avec Sergius le Grammairien (cfr 
J. Lebon, op. cit., p. 433 et suiv., p. 538 et suiv.), et avec Julien d’Halicar- 
nasse (cfr Contra Apologiam Iuliani : Add. 12158, 102 tf-109 c). 



142 


l’ incarnation. 


teraient a part, divisees et eloignees Tune de Pautre, En etfet, 
quiconque ne confesse pas cela, en vient a Popinion de ceu\ qui 
melangent les essences 4 . » Le patriarche entend ainsi prendre 
a la fois position contre le diopliysisme et contre Peutychianisme. 
Ici encore, la doctrine de Peveque d'llalicarnasse est celle des 
grands rtoms du inonophysisme ; coniine Severe, Julien se reclame a 
ce propos de Pautorite de saint Cyrille. « Je n’ai pas consenti, ecrit- 
il, a parler des proprietes des activates et des natures apres Punion, 
reglant mon langage sur celui de saint Cyrille ..., lequel a dit qu’on 
ne peut les apercevoir ( alors) que par la poinle de Pesprit, sous le 
rapport de la qualite naturelle 1 2 . » Le texte est dirige contre les 
Nestoriens, dont Julien accuse ses adversaires d’embrasser la 
doctrine ; cost pour ce motif qu’il met Paccent sur le rejet de la for- 
mule « deux proprietes apres Punion » ; cependant, il n’en affirme 
pas moins explicitement la distinction, scion Pessence ou la qualite 
naturelle (,-v uolotyjl (p'jorx/,), de la chair et du Verbe apres Punion. 
En eludiant Penseignement de Julien sur la passion du Christ, nous 
constaterons, par une sorte de contre-epreuve, quo Peveque d’Hali- 
carnasse, a Pexemple des autres Monophysites, maintenait la per¬ 
manence des attribute du Verbe et de la chair apres Punion. 

Jusquici, nous avons trouve les deux adversaires en parfait 
accord. Tons deux recoivent le principe fundamental du inonophy¬ 
sisme, la formule u.lx cpj etz roi i '/.oyo-j (jiny.y/Mu.kvr i ; tous deux 

refusent de distinguer deux c yjvziz , proprietes et activites apres 
Punion ; tous deux enfin reconnaissent la permanence, en qualite 
naturelle, de la propriety des elements ramenes a l’unite par Pacte 
de Pincarnation. II nous reste a signaler entre eux un point de 
divergence : Pemploi de o'jgIx dans les formules christologiques. 
Coniine il refuse de confesser deux yuGuz, Julien refuse d’ad- 
mettre deux ojglxi dans le Christ apres Punion 3 ; Severe, au con- 
traire, rejette la formule w'.x oicix et lui prete un sens eutychien. 

Le patriarche, explique J. Lebon, donnant a oicix , en matiere 


1 Cit£ par J. Lebon {op. cit p. 434). 

i Fragment 61 : oil y'xp r^iGyouyy y.zTX £veo< 7 tv /eveiv rxz rw 
evspyeiMV xxc (p-J<7Swv iOloty-xz, xa.Tx.< 7 xomr,Gxz ... lvJca/./.ov. Gi/rcc 
y'xp ... i'j i 7 /yxU ewolxi^ xxl vo\j (pxvrxtjtxiz eitiev u; ev 7T oi 6 rr t Ti 
(Lvfjiy:/) QeteoeLtjQxL rxi> 7 xz (cfr Ad Succensum epistola I, dans PG, LXXVII, 
245 . A). 

3 Fragment 72 : si' n; u-rx rxjv ... ekotiv Tolur^-i /sveiv 0 *J 0 


^ ' 


^ * 


idiOT^rxz r, O'jo EVEpyeix; * cLo npoGOi-x Kiywj r, O^o •jTTOgtxgsi^, 


xiixOs(j.x Edrco . 



LE MONOPHYSISME DE JULIEN. 


143 


christologique, le sens d’essence specifique, doit maintenir la dualite 
pour conserver la distinction specifique de la divinite et do 
l’humanite dans l’union *. Julien enseignait-il done la confusion des 
essences? Non, son refus d’adinetlre deux oiefyi ne peul avoir cette 
portec ; nous venous d’ailleurs de constater <ju'iI aflirme la per¬ 
manence de la qualite specifique du Verbo el de la chair dans 
l’incarnation. En realite, e’est une difference de terminologie el non 
pas une divergence de doctrine qui le separe ici de Severe. Nous 
voyons en effet que le texte cite met sur un pied d’equivalence les 
formules S6o zSt-iz, 660 oiaty.i, 060 tdioryjri;, 060 eyzoytiyt, et les 
rejette toutes an inenie litre : elles ne signilient rien moins que la 
division du Christ en deux TrooccoTia et deux inioGTy^ziz. II faut done 

t 

conclure que : .y. n'a pas ici le sens d’essence specifique, — notion 
que Julien exprime par r t notzrr,; <pj7C/tr lf — mais que, donne comme 
equivalent de il prend le sens concret d’individu. Des lors, 

une unite parfaite regne sur ce point dans la terminologie de 
l’eveque d’Halicarnasse. Nous avons dit plus haut que, en dehors 
des formules christologiques, il faisait de oi/vtz I’equivalent de f'6<7tz, 
pour signilier, soil le genre humain, suit meme une substance 
individuelle concrete *. Sa terminologie n'a pas varie en passant de 
la consideration de I’homme en general a celle du Verhe incarne : 
l’analheme VIII emploie oi)G:y. comme equivalent de ",C<jiz pour 
designer la substance individuelle du Christ, abstraction faite de 
toute consideration d’essence specifique. 

Kemarquons que Julien n’etait j)as seul a parler de uJy o'jglx. 
Sergius le Grammairien lui aussi caracterisait l etat du Christ par 
la formule uxxz v.x/jxr.xi yzyzvr.u.iYf,; o'j'j'xz v.x\ 7:0167^702, et il mettait 
dans des conditions identiques la tz, Voiiz'x, l’totory;; et 1 'ivipystx 
dans le Christ 5 . Mais il y a plus. Severe lui-meme, qui se 
defend, contre ce Sergius, d'avoir attrihue au Christ une seule ouetz, 
qualite ou propriety 1 2 3 4 , a parfois employe oLa'x au sens de ^6ciz ; 
meme, dans certains texles, il use des deux termes comme d'equi- 
valents pour designer une chose concrete, une substance, et non 
pas une essence specifique. Sergius l’avait deja remarque ; sans 
avoir etudie particulierement la question, nous avons nous-meme 


1 Op. cit p. 257. 

2 Cfr p. 116-118. 

3 Cfr J. Lebon, op. cit., p. 433, 376, note. 
1 Cfr ibid., p. 550. 

& Cfr J. Lebon, op cit., p. 548. 



144 


L'INCARNATION. 


constate la justesse de robservation du Grainmairien 1 . A ce moment 
oil la terminologie christologique essayait de se lixer et on Chalcedo- 
nienset Monophysites disputaient sur le sens dti < p'ucri;, on coinprend 
que certains esprits, dans l’ardeur de la reaclion antineslorienne, 
aient rencheri sur la fornmle [i(x (pua 1 ; et souteim (jue le Christ 
etait w.x ougIx et (xfx kolotyi;. be sens de oug'ix etait encore llottant. 
Nous venous de le dire, Severe lui-meme donnait a ce terme aussi 
bien le sens de substance que celui d’essence specilique; en 
dehors des tommies christologiques, il l’employait parfois coniine 
synonyme de cpuaiz. De soi, rien n’empechait qu’on lui conservat 
ce sens dans les tommies christologiques, d’autant inoins qu’on 
pouvait recourir a la formule noiozr^ fvatz y\ pour exprimer limnm- 
tabiiite de la chair et du Verbe dans l’incarnation. Autre chose 
est de savoir si l’usage patristique autorisait cette maniere de 
parler, — en fait, c’est du point de vue de la tradition que Severe la 


1 Voici, par excmple, deux cas ou ouglx signifie une rEalitE quclconque, 
quelque chose de concrct, de reel. Critiquant le fragment 22, ou il dEcouvre 
l’affirmation que la substance de notre corps a Ete formEe de la corruption 
comme de sa cause materiellc, Severe attaque 1 ’absurditE qui soutient que 
« c’est du pechE et des passions de malice, qui n’ont aucune ouglx 

qu’a etE constitue et formE notre corps » ( Contra Addi- 
tiones : Vat. 140, 76 a). Plus loin, a propos du fragment 35, reprochant k Julien 
de dire que le Christ n’a pris aucune matiere du corps de la Vierge, il Ecrit : 
« il me parait que tu insinues ... que le Verbe n’a rien pris de V ouglx de sa 
mere (ibid. : Add. 12158, 44 b) ». — Voici un autre texte ou l’on voit, grace 
au parallelisme des expressions, que ouGcx et (puGiz sont employes comme 
synonymes pour designer la substance humaine concrete. Il est empruntE 
au Philalethe (Vat. 139, 63 c) : « Dieu avec nous , Ecrit Severe, — c’est le sens 
d'Emmanuel, — signifie que le Dieu Verbe s'est uni notre ouGtx toute entiere, 
sans rien laisser de cote de ce qui nous constitue comme hommes * 

^ "T* - ^ li p; -I— ; 

en effet, il a ete completement assimile a ses freres, hormis le pechE, pour 
gratifier d’une redemption complete ceux qui etaicnt tombes sous le pEchE. 
Done, du moment que le Verbe eut couvert la Vierge de son ombre, et se 
fut uni notre (puGiz D c’est-a-dire une chair animee d’une dme 

raisonnable et intelligente , et qu’il l’eut faite sienne suivant l’Economie, il n’y 
eut pas d’instant ou la chair fut separee du Verbe. » Ces exemples sont pris 
en dehors des formules christologiques ; s’il etait prouvE que le texte du 
Contra Grammaticum conserve par Eustathius (Epistola de duabus naturis , 
dans PG, LXXXVI, 924, A) est exactement citE, et que Severe fait plus que 
d’y reprendre la terminologie de son adversaire, on y trouverait un cas 
tres net de l’emploi de ouG'.x. comme Equivalent de (putjiz dans un texte 
proprement christologique. Celui-ci porte en effet : ou Ouo xupiOi, ou Ouo 
uior, ou duo Xgigto oix to ur^i txz ouglxz fyouu unoVTZGtiz r, fuazi; 
idioGuoTxzojz uweoTYjxevxt y.xi xxi xvx [xioo;. 








145 


L a©0ap<7ia DU CORPS UNI AU VERBE. 

combattait: les Peres, remarquait-il, ont bien (lit [uot yCaiz, mais ils 
n’ont pas dit pJ.x olvix 1 , — nous voulons seulement faire remarquer 
qu’il faut mettre quelque circonspection a suspecter l’orthodoxie 
des auteurs anciens (jui recevaient en christologie la formule yx 
o'jglx. En taxant de ce chef leur doctrine a tons d’eutychianisme, 
on conunettrait une erreur semblable a celle qu’on a commise en 
croyant voir la confusion des essences dans la formule monophysite. 

Quoi qu'il en soil des autres, le cas de l’ev&jue d’Halicarnasse nous 
semble clair. D’une part, Julien ne rejette la formule SCo ojglxl que 
parce qu’elle lui parait necessairement impliquer le dedoublement 
du Christ en deux individus; d’autre part, il aflirme la permanence, 
apres l’union, de la propriete de la chair et de celle du Verbe sous 
le rapport de la qualite naturelle; c’est dire qu’on serait mal fonde 
a interpreter coniine une profession d’eutychianismc l’anatheine 
qu’il jette sur quiconque enseigne l’existence de deux oiaixi dans le 
Christ apres l’union. 

II 


A la chair unie au Verbe, Julien reconnait des conditions privile- 
giees d’existence. II les enonce d’abord d’une fayon generate ]>ar 
comparison avec celles qui sont faites a notre chair. Le Christ, 
dit-il, est veritablement homme, car il a participe comine nous a la 
nature humaine 1 2 * ; toutefois, sa condition d’homme et de ressortis- 
sant a notre nature est sensiblement superieure a la notre. La chair 
du Christ, ecrit-il, n'etait pas d’elle-nteme, mais c’est la yU 7iz du 
Verbe (jui etait sa yLviz et, pour ce motif, el le fut au dessus des lois 
naturelles \ Ailleurs, il reprend a Jean le Klieteur un texte (jui enonce 
en principe que « toutes les choses du Christ se passaient d une 
facon (jui depasse notre nature 4 ». La conception et la naissance 
virginales en furent le premier exemple. Coniine nous, le Christ a 
pris d’une femme la matiere de son corps, « des os et de la chair de 
Marie, qui nous etait consubstantielle 5 »; cependant, au lieu de 


1 Cfr J. Lkbon, op. cit., p. 257, note 2. 

2 Fragment 65 : 6 Oebz /.oyoz ... axpxcobciz xxi ivavSpco; rr.axz x/.r^roz ... 
avOpoinoz sort xxi ypr^x .7 iC,u ; fragment 99: 7 r,z oe yScsuz xvxocjwj rye 
Slx rrjz (japxcoaecoz. 

5 Fragment 63 : yj (Jxpc, ... Tohz, 'Av.vjz, yj(Jixo'jz. 

4 Fragment 100 : Ttxvrx yap rx 7 oi> Xpiorri vmp 7 r,v Y}u.z~epx'J yirji'j 
vK^pyev. 

b Fragment 66 : z( 7 xpx coOyj ... ex M xpiaz 7 > 5 ; rr xpOzvov zx 7 ory oorwv xxi 


ex tt,z <jxpxb ; x/jT^z 7r t z yj/jlIv 6u.oov(jio'j xx7a nxv 7 x. 


10 



L* INCARNATION. 


146 


naitre du commerce charnel, il est ne par une operation extraordi¬ 
naire (le l’Esprit-Saint ; c’est ce (jue Julien exprime en disant que 
la conception du Sauveur s’est passee ir.zp (pJa-'.y ; semhlable en cela, 
dit-il, an pere de notre race, l(* Christ fut an dessus de la loi 
naturelle en vertu de laquelle I'homme nait de I union des sexes et 
de la concupiscence*. Homme veritable (a/yj&fo), le Christ nest 
cependant pas mi hoinine ordinaire (xotv6;) ; sa chair est une chair 
humaine, mais elle cchappe, — le mot est repris a saint Gregoire de 
Nysse, — a la condition normale (xoix6zr^) de la nature humaine, 
c’est-a-dire, du genre humain *. Accidenlelles quant a la qualite 
d homme, les prerogatives qui conferent a la chair du Verbe incarne 
un rang exceptionnel sont essentielles a la realisation de V oeuvre 
qu'il vient accomplir par cette chair ; nous touchons ici un point 
de doctrine fondamental qui assure a la christologie de Julien une 
remarquable unite. 

Quels sont done ces privileges qui font que la chair du Verbe nest 
pas une 7xp\ xotvr^ Les propositions qui resumaient la doctrine du 
Tome en enumerent trois : a deux reprises, idles appellent le corps 
du Christ xzQxp rev, xyiw e t \ En realite, ces prerogatives se 

ramenent a une seule, la premiere, \'xz0xp7ix ; c’est elle, en etTet, qui 
explique que le corps du Christ ail pu devenir un principe de \ie 
pour la nature dont il avail etc pris et, d’autre part, la saintete de 
la chair du Verbe n est qu'une de ses manifestations. 

Le Christ est xrpOxozoz y le corps du Christ est xcpOxpzov ; Julien le 
repete a tout propos et sous des formes diverses. Le Verbe, dit-il, a 
pris corps de la nature lombee sous la corruption, mais ce corps est 
xzOxrjzov ; il a fait sienne la nature commune, mais il l’a fait 

l 

apparailre en lui x'uxzvj ^Oopx, non pas alteree, mais a Petal sain *, 
et puritiee de la passion de la corruption dont elle etait infectee s ; 


1 Fragment 85 : zrjz yzxvfaztoz -j 7T£0 (p-Jcriv ( r Z'7r i z) ; fragment 24 : xvi/.i- 
zx/xMr, 'Tz inTsofixz ziv vitxoy, rov sx y.d'ieo; A-y<o xxi ex ^0 Vjxz . 

4 Fragment 7 : (ro 7uvj.x. ) ... zr,z c p-V-w: rr;v x r A'sizr,zx *xj 5 s- 

3 ry/jz (efr Oratio catechetica , XIII : PG, XLV, 45, B); fragment 78 ’ iOtov xxi 
cp'j&txoy zr t z xotvozr.zoz uzzx zry r.xpxfixiii/ * oil y'xo i'Oiov xxi c yj 7 ixw 
roO xvptxxei zr^u.xzoz ; efr les fragments 41, 55, 75, 138. 

3 Fragments 43, 48. 

4 Fragment 29 : lx zr,z 'Jui (pQopxx 77Z77J7r,z zmz i/.xfiz 7(bux 
xcpOxozov... ; Jyix x~zdzizzv i'j xz>zy zry (pJcav xpaxzov zOoox... Or/x 
rov xr}j toj zBxpr;jxi 3 /ij 3 ouz 1 efr les fragments 31, 66. 

3 Fragment 64 : rs xz>zy z/.z^iAvov /x 3 ziv Ojx ev x/'/.om> 7 Zi zrjz yvar£(*)z f 

X/.). ZV XX r JXlC>i 7 Zl ZO‘J uxBo'JZ 0 ~i<j £< 771 > Y. zOgOX. 

i i * T 1 



L *<x<pQap<Tia DU CORPS UNI AU VERDE. 


1 Al 


incarne, lc Christ n'est pas tombe sous la corruption, raais il est no 
degage de toute celle qui a envahi le genre huinain apres le peche *. 
Julien veut bien appeler le Christ nxOyyoz et 0vr t z6z, mais il refuse 
de le (lire cpGapro; 1 2 3 4 ; comment, remarque-t-il, pourrait-on appeler 
cpOapro; celui qui n’a pas recu en lui la corruption 5 6 ? Assuree au 
Christ des l’union, cette dcpOxpjix est absolue : on ne pent adinettre 
que le corps du Christ ait ete cpOxozov en quelque temps oil de quel- 
que inaniere que ce soit 1 ; non seulement il n’a pas vu la (pOopa, 
mais il n’a pas imbue vu la dixyOoox, qui n’en est (jue le vestibule ou 
le portique \ Le plus qu’on puisse dire, c’est (jue le Christ semblait 
yOxpzoc ; en diet, a le voir naitre selon la chair, vivre avec les inlirmi- 
tes humaines, soull'rir et mourir coniine un lioinme, on pouvait croire 
que c’etait de fait un xoivoz avOpotnoz, un cphxpzoz ; toutefois, il n’en 
etait rien, car il jouissait d’une immunite absolue par rapport a la 
corruption C Julien detaillait toutes les circonstances dans lesquelles 
s’etait manifestee la parfaite xcpOxpalx du (Christ. Kile s’etait aflirmee 
des l’union 7 8 ; elle avait preside a sa conception K , a tout le cours de 
sa vie 9 , a ses souffrances et a sa mort 10 ; elle avait persiste jusque 


1 Fragment 70 : Gypy.o/jziq (ohx) zmazv hub zr t v (pQopxv ; fragment 29 : 
anyway yzvoz Tzxayjq zr,z r pQopxz yzvzi ZT.tyzvoy.zvr t q. 

2 Fragment 27 : nzOrjov y'zv /syw, (pOxpzbv bz ohx dvzyoy.xi Xzyztv ; 
cfr fragment 3. 

3 Fragment 2 : oh yxo oiy.xi bzxzixov zr,z yOopxz IzyzaOxt zov zry rphooxv 
y:r\ bzzdyzvov. 

* Fragment 43 : /jtyj... xx/i bvzrvx zpor.ov r, ypovov (pOxpzov z'o (jo)fjLtx... ; 
fragment 48 : (ovx) hnzazr, z'o ffcopu... zr\v c phopxv, ohzz zzlziwq ohzz 
xxz'a ylpoz. 

• s Fragments 8, 51. 

6 Fragment 11 : yy\ yap ecp’ w btxxpivovzxi ozt Olx zr,z xvx ykrzov 
TTOocAr/pzo); zmv z? t z ry.zzzoxz duhzvzt'xz osx ry xyOapzoz 0 zx r.ySrr, 
nxpxbe^xyevoz, bix zov zz/.ojz zby])A/jy] ; fragment 91 : zi yxo zv zolz 
xvouolz <zloyt(J r JY h zi yzyy zi xx.i zv zolz yhxpzoiz zvoyAOr, ; Cfr fragment 6: 
ivoyXezo yovov (z'o zdiyx) ~o'o z?,z xvx<jzx<jzo)z yOxpzov. 

7 Fragment 43 : y.TCo zyjz... evcojeco; xcpOxprov (zb ati jjlx) ; fragment 48 : 
zz oh ryrhQr, Ozy Aoyo) d(pQxpzov (z'o zovya ). 

8 Fragment 7 : y.Y\Oey.Ly.q (pQopxz ryzrykvov... zv rj'Su:r;lzi ; fragment 11 : 
cp Good yap... zyjz zxpyb)zzo)z oh vjyfrrryrpxzo ; fragment 24 : hnzpfixq zov 
voy.ov , zov zx ytzzodq. .. xxi zx (pOooxq ; cfr les fragments 8, 12. 

9 Fragments 12 : yj xvx yznov dixyuyri xhzoh zv zolz xvOpMnoiz zr,z 
(pOopxz r,v zlzvQzpx. 

10 Fragment 126 : ohzz yap r.xOorv zcpOapyj... ; fragment 7 : (zo (Jdiy.xj 
yyjoey.idz (pOopxz yjzzyjuzvov... zv Qavxzo). 



148 


l’ incarnation. 


dans le tombeau 1 . En un mot, le Christ se re\elait xzQxgzoi la oil 
les autres deviennent les sujets de la corruption *. 

Ecriture, raison, tradition, tout est accord, declare Julien, pour 
nous inviter a admettre la doctrine de l’incorruptibilite 3 ; les adver- 
saires alleguent des textes en sens contraire, mais encore est-il qu'il 
faut les bien comprendre. I Is objectent d’abord un texte de Severe 
oil le patriarche a appele le corps du (Christ dexzixbv zr,i rpOopz; xnb 
to'j Ozvzzg'j xai -y.ysj ; c’est la, pense Julien, une erreur commise 
par le copiste, car Severe a dii ecrire : dexztxbv atirrou toj Ozvzzgu 
xzi zzyj l . Ils lui opposent ensuite divers textes de saint Cyrille. 
Un premier, tire de la premiere Lettre d Succensus % affiruie 
qu’apres la resurrection, le Christ eut desormais (Iolt.ov) un corps 
yyOy.GTov. Ils lisent dans ce loinbv l’affirmation equivalente de la 
corruptibility du Sauveur avant la resurrection, mais Julien les 
refute ab absurdo en remarquant qu’au cas oil leur interpretation 
serait exacte, le docteur alexandrin aurait admis que le corps du 
Christ etait zv zuzpzfz ; le texte aftirme seulement, croit-il, que le 
Christ a semble c pOxpzo; avant la resurrection 7 . Mais, observe-t-on, 
saint Cyrille n’a-t-il pas parle du corps du Christ 7 f, yinu yOapzbv 
ramene a la vie par la resurrection 8 ? Le contexte du passage 
allegin'*, replique Julien, montre a (’evidence que cet emploi du 
terme est tout a fait impropre; le corps du Christ n'est appele ici 
tpOzpzov qu’en taut qu’il avait ete [iris de la nature commune, qui,elle, 
est <pOaoryj 9 . C’est done a tort, conclul-il, (jue les adversaires se 
reel ament de l’autorite de saint Cyrille, et il les renvoie, quant a lui, 


* Fragment 11 : & 0 ocz yzp zbv Ozvxzov ob bizozzzzo ; fragment 126 : 
... ovtz zzyi; zr t ; rpOopzg Yjzzr/jr, ; fragment 115 : erzOr, zv zzyp... xzi 
nzG’z (pOopz avzvepyr,- r,v ; efr fragment 1 

* Fragment 126 : erpavr, yy.p z&GzpTOC zv oi~ oi zvOproTtcx rpGztpovzxi. 

3 Fragments 38, 39. 

* Cfr le fragment 1. 

« PG, LXXVII, 236, B. 

fi Cfr le fragment 17. 

7 Fragment 6 : ovy roc r.GOZZpov (pOypzov, z/J. ozi svo/ju&zg uovov ttoo 
zrc y.vy.zzy.'iiro: tfjypziv. 

8 De recta fide ad Theodosium (6dit. Pusey, vol. VII, part I, p. 68 = PG, 
LXXVI, 1165, A). 

9 Fragment 4: xzi zic r, zvvoix... si u/j zb zr t XGtvfj yjfJU rpOxpzov 

izjZ'o r,vro 7 zv b zz Kz r JY} Xxfl'bv... ; cfr le fragment 7 : zb zr t xuvr, ybrjzi 
(p r ,zozbv xxi oirx — xzi yio ex zov z/jzpzG'j iKrrfor^ — ... rr, 



L’ac pOapata DU CORPS UNI AU VERBEJ. 


140 


ail texte de saint Gregoire le Thaumaturge, qui anathematise expli- 
citement ceux qui disent le Christ yOapToq :m vuvj.ct.Ti 1 . 

Mais les partisans de la corruptibility avancaient une objection 
d’un autre ordre : le Yerbe ayant participe par Fircarnation a une 
nature eorrompue, il fallait admcttre que la corruption, propriety 
de cette nature, se trouvait naturellement dans le corps assume. 
Pour faire face a cette argumentation, Julien recourt a l’exemple de 
la nature, capable de faire naitre des enfants sains de parents 
aveugles on atteints de quelque infirmite corporelle ; a fortiori, 
dit-il, failt-i 1 penser que le createur de la nature a pu participer a 
son oeuvre en degageant de tout melange de corruption la chair qu'il 
en prenait, d’autant plus que la corruption, suite du peche, n’a 
dans la nature qu'un caractere adventhe. Insistant sur cet idee, il 
retorquait Fargument qu’on lui opposait. Les proprietes de la 
nature, lui disait-on, el des lors la corruption, devaient necessaire- 
ment se trouver dans celui qu’on admettait avoir participe a la 
nature. Concedant le principe, il repondait qu’il s’agissait au prea- 
lable de determiner ce qui eta it nature et propriety de la nature, 
pour eviter d’appeler de ce nom ce qui n’est que Falteration de 
la nature. Or, il etait evident, d’apres lui, que le type de la nature 
devait etre cherche dans Fetal originel de celle-ci, au moment ou 
Dieu Favait creee. A ce moment, aucune corruption ne la souillait; 
pour voir la corruption prendre rang parmi ses proprietes, il avait 
fallu attendre le peche d'Adam. Appliquant ces donnees au cas 
en discussion, Julien concluait qu’il etait beaucoup plus juste de 
dire que le Yerbe, incarne, il est \rai, de la nature eorrompue, 
Favait cependant, en (juelque sorte, fait apparailre en lui dans 
sa condition primitive et exempte, en tout cas, de la corrup¬ 
tion*. Nous disons « en quelque sorte >, car Julien mettait une 
restriction a son affirmation : tout en montranl en lui la nature a 
Fetat sain, disait-il, le Yerbe lui avait conserve en sa chair ce qui y 
revet en nous un caractere de maladie, comine n’etant pas conforme 
a la conception (/.oyoq) de la nature consideree suivant son veri¬ 
table type, le type primitif 3 . Nous aurons a revenir sur ce texte. 


1 Fragment 32. Cfr A. Hahn, Bibliothek dev Symbole, p. 2S3, anatheme IX. 
Le texte syriaque lit acp Bxgtov ty, '77.0'/.' ; e’est la bonne lc^on, croyons-nous. 

- Voir Fobjection et la r£ponse au fragment 29. 

5 Au moins est-ce ainsi que nous comprenons l’exprcssion '/ il = 

to yJ.oyov. Sur l’emploi dc loyoq dans le sens de « l’id6e, la conception qu’il 
faut se faire de la nature », cfr le fragment 76. — Tertullien donr.e un sens 
analogue a l’exprcssion correspondante « Yivrationale » dc la nature (De 
anima, cap. XVI : edit. Oehler, p. 1019 = PG, II, 672). 




150 


i/INCARNATION. 


Quand Julien affirme <jue l liommo ordinaire (6 ysavg; xyOcy^~gz) est 
(jpOaoroi, il veut dire, premierement, que Fhomme parlicipe, en menu* 
temps qua la nature, a la souillure qui infeete celle-ei <*t quil cprouve 
en lui les mouveinents de la concupiscence, et, secondement, qu’il 
subit I’empire tyrannique dt*s soullrances et de la mort indepen- 
damment de sa volonte et coniine chatiment du peche (is/ zy.zii 
zrj/op : xz). En niantquele Christ soil yOxpZGz, Julien nie par consequent 
tout cela a propos du Sauveur; il aflirine que la chair du Christ etait 
soustraite taut au peclie de nature qu’aux mouveinents de la concu¬ 
piscence, et que le regime suivant lequel el I e eprouvait les souf- 
frances et la mort n’etait pas le ndtre, celui de la necessite 
naturelle. 

Julien accorde one importance speciale a la doctrine de l’absolue 
saintete du Sauveur. Toutefois, il importe de ne pas se meprendre 
sur sa pensee. En affirmant (jue le Christ est pur de peclie, Julien 
entend dire, a coup sur, que le Christ n’a pas com mis de faute 
actuelle ; neanmoins, ce (pie ses textes visent surtout a relever, c ost 
l’exemption du peche de nature et de celte aaaor.V. zoi> ggaj.zz'jz <jui 
a aussi noire chair pour siege et qui se transmet par le phenomene 
physique de la generation. Aussi est-ce le corps du Christ qu’il 
declare saint, et saint des le premier instant de son existence 1 ; 
c'est en participant a la nature humaine que le Verhe a laisse de 
cote le peche qui infeete celle-ci 2 3 * * 6 et c’est |)our ce motif < j ue ce qui, 
en nous, est infeete par le peclie, est depourvu dans le Christ de 
toute attache avec le peche ’; ce n’est pas seulement l ame du Sauveur, 
mais aussisachairquiest sans peche*. Le Christ n'est pastombe sous 
le regime introduit par la transgression d’Adam, il n’est pas tombe 
sous le peche \ il n'est pas pecheur, il est sans peche Nous 
n’avons pu determiner avec certitude la nature du rapport etabli par 
Julien entre le peche de nature et la concupiscence ; nous constatons 


1 Fragments 43, 48 : 70 ( tmulx ... xyiov xrl r r t z — 1 g : j YjvdiQr, 

:m Gsm flyry. 

i Fragment 42 : 1 r t y.wj \x1zi7yyj ... 7 xprylz y.xi xluz roc Y.xi ’^jyyz..., 
y/j)ph 7 r,z xu.xpzr'xz /.yi 7 r,z zQopxz ; fragment 65 : axo/MO-i; Y.xi vjzv - 
OryoTT^aaz y/rjOroz ... yypiz 7 r,z xy.yozixz Y.yi 7 r,z <p r JO r jzz ... 

3 Fragment 55 : 70 vj Y)u.iv sv zuzpzix, sv 7 M xvyuzGzrptz. 

* Fragment 125 : o : j uovoy *v zr, luyf,, at/J.k Y.yi vj zr, y.xzx 7XG/.X 
oiyy'oyip xvxyxozr-oz yiyoviv. 

■' Fragment 78 : ... ZG'h y'jgixy.G'j Gmuxzoz, yr; ~£ 7 gvzoz vtto zr,v Tizpx- 
fiyrjiv ; fragment 103 : oz>y r . zr, xuxozix. 

6 Fragment 135 : yyj zyzozw/lz ; fragment 143 : xvxyxpzr,TGZ, 



l’UNION, RAISON DERNIERE DE L 'xffBxpvtOL. 


151 


qu’il prend un soin egal de les ecarter tons deux du Christ. Le corps 
du Christ, dit-il, no peut etredit cpOaorov, sinon, il faudra egalement 
le dire 'ey xixxotlx et, de la ineme maniere, sounds aux inouvcinents 
de la concupiscence \ 

Exempt du peche de nature, — premiere manifestation de sa par- 
faite acpOapova, — le Christ sera libre de toutes les sujetions qui 
derivent, dans les autres, de la presence de la souillure originelle 
dans leur chair 1 2 . Sa liberte s’affirmera surtout dans la facon dont 
il supportera les soufTrances et la mort. Comme Delude de ce point 
reclame des developpements speciaux, nous la renvoyons an chapilre 
sixieme, qui y sera entierement consacre. 


Julien enseigne <jne la chair du Christ esl y/y r jyo7oz parce qu’ello est 
la chair de Dieu. Il a voulu, dit-il, se faire le defenseur de VyrpOypGix 
du corps qui etait uni selon la zogiz ii la source de l’acp Qxog'x et 
il trouve que, d’un accord unanime, I’Ceriture et la raison sont 
hostiles ii Fidee que le corps du Dieu yrpOxpToz ait pu etre (pOxpToy *. 
II ne vent pas qu’on dise que le Christ ne jouissait pas, des avant 
la resurrection, « de Vy/pOxo/jiy ou de queh]ue autre des proprieties 
qui conviennent ii la divinite ’ et lorsqu’il aftirme qu'en appelant 
le corps du Christ xxrx rpoGiy pQxozoy, on s’oppose aux propres 
paroles de celui qui s est dit le Eils de Dieu 11 * 5 * , il veut signilier 
que le corps du Christ etait y/pOxOToy parce que c’etait le corps de 
Dieu. Aussi est-ce des I’union, dans 1’acte de l union et ii cause de 
l'union qu’il veil ct aftirme la presence de 1 'xrpQxp'Jix dans la chair 


1 Fragment 17 : si... to ... -to yj.x (pGaprov, v.xl 'ey xfjLxpzix ; fragment 20: 
el... (pOooxy r.yrjzoziy.ro, eh rcousv on xxi twj ooz/.t iv.'Wy xivrpzwj r-zrfjr, ; 
fragment 51 : oobe O^gzlz Toy ogiov goo ifev bixroQooxy. e( do)jjzv Oz to 

, ” J l 7 » 4 

rr y.Ooz ryjz zt:lQou.:x: r c oOooxz. 

2 Fragment 143 : xotoz [j.yj gov 6 rpzilz 7 r,z on v.xi xyytj.xpTTiTO 4 ; frag¬ 

ment 132 : 007oz oox zyoyoz ; fragment 49 : uy /.zx.TZoy to goyj.x ... xxtx 
7l zvoyoy b r pl:r i u.y.7UYj ; efr fragment 102 : 00 boyxToy... fi'.x Tooxyyzoziy 

ryjv 7 r,z (poGZCi); er.r/.oxTs'xy. 

5 Cfr le fragment 5 . 

i Cfr le fragment 38 : 70 oity zQy.OToy yevza r jy.i to go)u.x too yrpOxOTOV 
oeoo ... xrzopyJJ.zi ... 

5 Fragment 42 : ... ry;v y/oOyfjGtyy r. y/'/.o n 7 gov Oeottoettmv. 

I i 

f> Cfr le fragment 71. 



152 


l’ incarnation. 


du Verbe 1 * * * ; de meme, s’il parle d 'xyOapaiz cpv<JtY.r n e'est parce que 
cette prerogative est a ses \eux une consequence de bunion en nature 
(z.x7x r yL f Jvj) du Verbe a la chair *. 

Mais Severe admettait lui aussi que le corps du (Christ etait le 
corps de Dieu, sans voir en cela un motif suflisant de bappeler 
atpOxproy des bunion, (best que, en elfet, ni la foi a bunion person¬ 
nels du Verbe a la chair, ni meme la profession de monophysisme, 
— c’est-a-dire, bexpression de cede foi par la formule yix cp-Jca; roC 
O-yj ).iyvj (jzrjxpzuy.vjr, — ne suftisent a rend re compte de la position 
doctrinale defendue par Julien ; dans belaboration de la doctrine de 
bincorruptibilite, ces deux elements ninterviennent iju'a titre 
secondaire et Julien put trouver des partisans aussi bien du cote 
chalcedonien que dans le parti monophysite. Pour se ranger a ses 
cotes, on devait adinettre un troisieme element, la doctrine du peche 
de nature et les formules par lesquelles il bexprimait ; c’est a celte 
condition seulement que la croyance a bsvc ovi; postulait la formule 
ayOaprov ri 7'>)ux 7 oj XpiaroO. C’est parce que, par hypothese, un 
cor[)s <p0ap7w est un corps infecte de la soui11ure originelle, un 
corps to oifxzpTtx, qu’il est impossible que le corps de Dieu ail etc 
<p r jzp tov, en quelque temps on en quelque maniere que ce soit 5 ; 
c’est la enoncer la majeure et la conclusion d un argument dont 
la mineure, sous-entendue, est obvie : Dieu est toute saintete. 

La profession de monophysisme ne jouait, disons-nous, qu’un 
role de fait dans belaboration de la doctrine de V x^jxoa'x. Mais le 
grief de nestorianisme, eleve par Julien contre ses adversaires, ne 
tendrait-il pas a prouver le contraire? De l’avis de beveque, en elfet, 
attribuer an Christ la corruption, ce n’est rien moins que se declarer 
nestorien, — lisez : diophysite, — et diviser le Christ en deux indi- 
x i<l us. 11 s ont beau dire, ecrit-il, que manger, boireet grandir est le 
fait d'une nature cpOapr/;, ils se revelent en cela les tils de ceux qui 
divisent 1'unique en deux natures i ; en le combattant, dit-il, Severe 
s'est fait le champion des Nestoriens 5 ; ceux qui opposent c pfaprw et 


1 Fragment 43 : xr.o 7r,z ... svmtscoc x<p r Jxpi70v ... Ota 7r,'j r.p'oi aorov 
; cfr les fragments 7, 48. 

1 Fragment 58 : %ix r/;v (p'jcczry x r phxpn ; x:j ... yvjoyivry •/. 7 r t ; ev'.W 

5 Clr fragments 43, 17. 

* Fragment 13. Comme ses adversaires, Julien admet que lc Christ a 
vdritablement maog£, bu, grandi, etc. (cfr fragment 99); ce qu’il nie, c’est 
qu’i ce seul titre, on puisse l’appeler zpOxpro^ (cfr fragment 11 ). 

5 Cfr le fragment 150. 



l’UNION, RAISON DERNIERE DE L'zcpQapGLX. 


153 


avOaproy (c’est-a-dire, ceux qui disent que le Christ, xyOaproq comme 
Diea, etait c pOapzoz comme liomine), se font les defenseurs de la 
dtyj'pz'jL; nestorienne et divisent Funique en deux Christset deux tils'. 
La meme accusation est portee contrc ceux qui s'autorisent de la 
distinction de Fame et du corps pour etablir que le Christ est < 7 xpxi /jlsv 
( pOapTOV xx7x <p*J< 7 iv, tivsCuxti r Tz x<p0zp7oy * : ils ad met ten t deux Christs, 
deux cpi>7££;, deux proprieles et deux tils * * 3 4 . Lntin, Julien reprend un 
passage de Jean le Hheteur qui pr£le aux « vains docteurs du S\ node » 
Faffirmation que le Christ etait sous le coup de la corruption *. 

(/argumentation de Julien s’explique comme suit. Ltant donne, 
d une part, le rapport necessaire qui exisle entre lout ce qui est 
(pOapTOV et le peche, et de Fautre, Fincompatibilite de la saintete 
d’une (p'jong divine avec toute attache an peche 5 * , admettre que 
l’humanite du Christ, ou simplenient son corps, est yOzpzov, c’est 
nier par le fait meme Fexistence d une union veritable, c’est, 
pour reprendre les termes de Julien, fausser le concept de Funion 
qu’on aftirme par ailleurs c . Or, pour nos auteurs, il n’y a pas 
(Funion veritable en dehors de la conception ques’en font les Mono- 
physites. Des lors, nier Yz<p r Jxcj7 : .x du Christ equivaut, pour eux. 
a professer la vin/xyeiz nestorienne, Funion morale du Verbe a un 
'/Oivo- y.'/i'j o)7To; 7 (}ui n a pas atteint du coup a la perfection morale 


' Fragment 147 : (3 Qj//yj.iy r A j3s/3 ouqjV ry;v Ziz'.pzviv ... rw rpOyprp) ... 

ro y^Oyproy x"J 7 L 7 x 77 Vj 7 l ... xxi riy zyy Ojo Xoistcoc xxi crJo ifio'jz 
t r 1 

ZivzyovGi'J. 

4 Fragment 71 : 1 J yzvu.x. signific-t-il Fame, comme semble Finsinuer le 
parall^lisme de 70 x7r^y.x70V-7r,y Gxrsxx avec vxpxi-TTyZ'jy.y.TL, ou bien la 
divinity, 6tant donn£ que la formule de Julien paiait s’inspirer de l’ana- 
theme IX du pseudo-Gr£goire le Thaumaturge (efr le fragment 31) ? Dans les 
deux cas, Fargumentation de Julien est rccevablc, car les adversaires 
oppos f nt dans le Christ un Element cp 0 a& 7 ov (le corps ou Fhumanite*) a un 
Element x(L r Jx070y (Fame ou la divinite). 

3 Ibid. : r,)<j7Z o : j7f>)z zi'jzyziy 7r t y 70>v Xpur ojy dvxdx xxi y^zcivy xxi 
irhoTr t 7WJ xxi vUhy. 

* Cfr le fragment 100 : ho/oz xp ' xy iyzyZ7 r J xxi xhrbq 7 r,z (pOopxz. 

* Severe fait remarquer, au cours de ses Merits contre Julien, qu’on ne 
fait pas injure a Dicu en disant que la chair du Christ etait cpOap7r t (cfr 
Critique : Vat. 140, 25 b } e, 30 c). C'cst sans doute la reponse au grief que 
Julien adresse d ses adversaires d’adjoindre a Dicu unc chair souill^c. 

Cfr le fragment 147 : 7 r t z £vco< 7 EC0; xxrx'bz'jbou.zyoL. 

7 Cfr le fragment 137 : r.xo avOpcorr&) r.xc>z<J 7 i 7x TtxOri xxi oil r.xcj'x 
7rp Oco), zxy Azycouizy xurev (p'j7txC)z Ttzr.oyOzyxL 7xpx’. Si le Christ a 
souffert comme un (p 9 xp 7 GZ, ce n’6tait qu’un homme comme nous, sous le 
coup du pech£ ; des lors, Fincarnation n’est plus une union physique. 



151 


l'incarnation. 


mais qui doit, an contraire, y nionter par degres*. C’est la encore, 
pensons-nous, le sens du reproche que Jnlien adresse ailleurs a 
Severe : « En disant par sa chair , tu etahlis la chair a cote de 
Ini, autre (que lui ), et tu la separes de Ini, si pen que ce soil * .» 
Sans doute Severe faisait-il remarquer <jue le Christ, ayant soullert 
par le moyen de sa chair, devait, a ce litre, etre appele (pOapro; ; 
Julien ne niait pas <pie le Christ eut soullert par le moyen de sa chair, 
— il le declarait an contraire en propres ternies 5 , et disait que toute 
la raison de l incarnation residait precisement dans la volonte du 
Verhe d’acquerir la capacite de sonllrir * * 3 4 5 , — mais il contestait qu on 
put, de ce chef, l appeler cpOapr^;, a moins d’adherer a la doctrine 
nestorienne de la « division ». 

Le grief de nestorianisme formule par Julien a Fadresse de ses 
adversaires n'a done quune valeur polemique. Supposant etahlies 
et la doctrine du peche de nature et la terminologie par laquelle il 
l expriine, Julien vent acculer ses adversaires a des consequences 
qu’ils doivent repudier conmie monophysites. Mais rargument ne 
pent les toucher, parce que, precisement, ils en contestent hi moyen 
terme, nous voulons dire le bien-fonde de la doctrine du peche de 
nature et Lopportunite de la t(Tininologie adoptee pour la formuler. 
Severe n’est pas plus nestorien que Julien ne sera docete, phanta- 
siaste, manicheen, eutychien, voire nieme arien et apollinariste 
La profession de monophysisine n avant aucun lien intrinseque a\ec 
la doctrine de V du corps du Christ avant la resurrection, il 
n’est deja plus vrai que l idee fondamentale du julianisme authen- 
tique soit une conception du monophysisme plus poussee et plus 
logique que cel Ie de Se\ere. On La pretendu, mais, coniine nous le 
dirons, e’est pour s'etre fait une idee inexacte du monophysisme et 
du julianisme. 

IV 


Pourquoi, etant donne la doctrine du peche de nature telle qu’il 
la formulait, Julien devait-il admettre que le Christ etait acpOa&ro; 


’ Ce grief devait jouer un certain role dans la polemique, car nous voyons 
Severe preoccupe de deg^ger sa propre doctrine de toute attache avec la 
doctrine nestorienne de la ~Cj r s/.o~r, (efr Critique : Vat. 140, 30/ et suiw, 35 f 
et suiv.; Troisieme lettre a Julien : ibid., iif , 12 b, 17 b \ Contra Additiones : 

ibid., 86 c). 

3 Fragment 112. 

3 Fragment 104. 

‘ Fragments 134, 140; efr les fragments 8p 146. 

5 Voir plus haut, p. 49. 



LA NAISSANCE VIRGINALE ET L'zcpOzpGia. 


155 


des l’union, c’est-a-dire, — car c’est la la signification precise du 
ternie, — exempt de la souillure originelle et de scs suites? Comment 
expliquait-il que le Christ, participant a noire nature, avail pu 
eviter d’etre conlamine? Lcs deux (juestions sont dislinctes. En 
repondant a la premiere : a cause de f union , nous avons assigne la 
raison profonde et necessaire, ontologique si Ton veut, de Pabsolue 
xz r jy.pGiy du Christ. En repondant a la seconde : a cause de la con¬ 
ception virgt’nale , nous assignons le moyen physique dont le Vcrbe 
s’est servi pour devenir y.v f jpo)~og sans de\enir pour cela un v.oivog 




/ * V « . 


Le Christ est ne z<pOzpz( : ) rpoTTM, c’est-a-dire, d’une vierge 1 ; il a 
acquis son existence selon la chair en dehors des rapports ordinaires 
du mariage 2 . Julien emprunte cette donnee a Penseignement eccle- 
siastique 3 * , inais il Pincorpore dans sa systematisation theologique 
d’une maniere tout a fait intime. A ses yeux, en ellet, une naissance 
Mrginale n’etait pas seulement, pour un Lieu, de simple convenance, 
mais encore (Pabsolue necessite. Le peche de nature se propageant 
par voie de generation naturelle, Dieu, dont Pabsolue saintele est 
incompatible avec le peche, ne pent naitre scion la chair sous le 
regime de la concupiscence. Si le Christ etait (pvaixti; ( rjr t zog, — 
c’est-a-dire y r jy.oz6z, — (ju’on lui attribue aussi le peche, dit Julien, 
et il donne dans une incise la raison pour laquelle le Sauveur n'etait 
ni c tOzozoz ni zv y.u.zoz\y : il est ne (Purie vierge l . Ailleurs, dans un 

I 4 4 f 1 

tcxte attribue a Pierre d’Alexandrie, — faussement, parait-il, — nous 
lisons <jue Paul de Samosate el Arius auraient eu raison d'appeler le 
Christ (p'jy.ozoz, a supposer qn'i 1 fiit ne suivant les dispositions 
ordinaires de la nature ; mais puisqu'il est ne d une vierge et que 
le mode de sa naissance depasse celui qui est common aux homines, 
que ces impies cessent d’attrihuer a Dieu Piniquite 5 . Julien 
reprenait egalement un lemoignage de Jean le Itheteur qui s’attache 
a mettre en relief le caractere extraordinaire de la naissance du 


1 Fragment 29; voir plus haut, p. 103. 

2 Fragment 82 : 0 zvpiog y 6 zov yzy.ov ijlyi ~poGOzr,Qzig zr, zvzov Gv/./.y- 
fioiiGY} ; fragment 139 : ovz yppvjog zozrfjy) 7 :obg gv/Iy^cj ; efr lcs frag¬ 
ments 23, 24. 


3 Fragment 66. 


‘ Fragment 82 : si oz zvgu 6 )i Ovyzoz 6 '/.voioz* y.y.zy. zb oyzov gov. 0 zov 

. « 9 1 | s 1 

yzy.ov yYj r.pGGOzrfjziz zr, <x.vzb'j Gv/'/.yfjOVG-r, ... lomov zr.oboz y.vzy xzi 
zrjv yy.yoziy.'j. 

5 Fragment 85 : zl ... y.zz zyo'/.ovO'yy zy,z (p'Jcsw; zyzvzzo 0 XptGTog 
avOpconoz, yy.h'oz xv zOzpzbv zlzyov zvzbv 01 Ozoyzyoi _ 



156 


l’ixcarnation. 


Christ et qui explique par la que It; Sauveur nYst pas tornbe sous le 
coup de la corruption *. 


Dans l’idee de Julien, a supposer tjue le Verbe voulut s'incarner, 
il etait egalement necessaire que son corps fut acpOaorov et qu’il 
s’incarnat de la Vierge et de l’Fsprit-Saint, en dehors de tout com¬ 
merce charnel, instrument aveugle de la transmission de la tpOopa. 
Unie en nature au Verbe incarne, n'etant avec lui qu’une seule cp-Jat;, 
celle du Verbe, la chair du Christ devait avoir des conditions 
d’existence superieures a celles des autres chairs qui sont elles- 
niemes des (p'jaziz. Dans lordre de Feconomie, la cont;eption virginale 
fut sa premiere superiorite sur le cominun des humains *; grace a 
elle, le Christ avait pu prendre, de la nature (pOzpzr n un corps 
yxpjxpzov, d’une maniere qui etait y.cpQypzoz 3 : cette phrase du Tome 
condense en trois mots toute la doctrine de Julien sur l’incarnation 
du Verbe. 


1 Fragment ioo : £t 9£ zr,z r t ixil 

av r jpomoz, ... vjoyoz xp 1 av zyivzz 
* Cfr les fragments 24 et 63. 

3 Fragment 29 : 0 /r/s; ... z/. z 
y.cpOxpzr,) (z'/.yfiz) 7'>)u.y. y/pOxpzov. 


m zoy~ viazwz r,v 0 Xoi? 
r * • * ' r 

r j y.y.i y. jziz zr,z 'L^'joy.z. 

- j i 

f,Z : jTJj (pOopC/.V ~Z<j'J\j'Jr { ‘- 


hc w; zyzvzzo 


'Lj'jzm: 

1 • 


pOT.M 




CHAPITRE V 


L\ CONSUBSTANTIALITE I)U CUBIST AVEC NOUS 

I. Ltat de la question. — II. Le tdmoignage de Julien. — III. Le grief 
d’eutychianisme formule par Severe contre Julien. — IV. La reputation 
ile Julien au cours du moyen age en Orient. — V. L’eutychia- 
nisme de Julien el les auteurs modernes. — VI. Conclusions. 


I. 


Sous le noin d’eutychianisme, on designe l’erreur qui aurait 
adinis la confusion ou une alteration quelconque lies elements unis 
dans le Christ, refusant ainsi ile souscrire a la consubstantialite du 
Verbe incarne avee nous. Longtemps, le noin de monophysite a ete 
chez beaucoup synonyme d’eutyebien; une meilleure connaissance 
des sources orientales et les etudes recentes sur le inonophysisme 
oiit trace une ligne de demarcation bien nette entre le inonophysisme 
orlhodoxe ou jacobite, — qu'on a appele severien du noin de Severe 
d’Antioche, le grand docleur du parti, — et le inonophysisme euty- 
chien *. Le premier anathematise Eutyches et il n’a rien de commun 
avec la doctrine de la confusion des essences; il fut le seul, semble- 
t-il, a faire figure de parti dans Pempire byzanlin, en Egypte, en 
Syrie, en Mesopotamie, en Asie Mineure, en Arinenie. Le second a 
ete inoins eludie. 

Comme le inonophysisme de Julien ne dilFere pas essentiellement 
de celui de Severe, — a peine avons-nous trouve, pour les separer, 
la formule O'Lo oiovai, — on ne fera sans doute pas difficulte d’admet- 
tre qu’on ne peut incriminer Julien d’eutychianisme a cause de son 
inonophysisme. Cependant, on a eleve contre lui la meme accusation 
en raison de sa theorie de LacpOapc a. Severe Pa fait, les polemistes 
byzantins Pont suivi dans cette voie, et comme, jusqu’a present, on 
n’a somme toute fait Phistoire du julianisme que d’apres les sources 
grecques, Julien [>asse communement aujourd’hui pour uneutychien. 
En affirmant que le corps du Christ etait aipO^prov des l’union, — 
incorruptible, traduit-on, — il soutenait que, dans Pacte meme de 
Psvcoo-i;, le Verbe avait confere a son corps les prerogatives des corps 
glorifies, une inalterabilite absolue et, partant, Pincapacite naturelle 


1 Sur ces denominations, voir J. Lebon, op. cit., p. xxiv et suiv. 



158 


LA CONS UBST ANT IALITE DU CHRIST AVEC NOUS. 


<le souffrir el de mourir. L’inexactitude de cette reconstitution de la 
doctrine de « l'incorruptibilite » a ete demontree en principe au 
chapitre precedent, ou nous avons expose d’apres les sources le 
veritable caractere de FicpOaocriV. conoedee par Julien an corps du 
Christ. dependant, en raison de la frequence du grief d’eutychia- 
nisme formule contre la doctrine de leveque d'Halicarnasse, les 
idees (jue celui-ci professait sur la consubstantialite du Christ avec 
nous reclament de notre part une attention speciale. Nous parcour- 
ronsd abord les textes de Julien et entendrons son propre temoignage; 
ensuite, nous examinerons ce que Severe, le inoyen age oriental et 
les auteurs modernes ont inis en avant pour soutenir rimputation 
d'eutychianisme quils ont elevee contre lui. Cette etude completers 
notre information sur le inonophysisnie de Julien el nous four- 
nira Foccasion de faire une revue rapide des appreciations emises 
a son sujet depuis le VI® siecle jusqu’a nos jours. 

La question de la consubstantialite du Christ avec nous n'est pas 
sans rapport, dans la reconstitution doctrinale qui nous occupe, 
avec celle de Fimpassibilite du Sauveur dans les soutTrances aftirmee 
par Julien. Toutefois, c’est dans 1’acte de l’union que le Verbe, 
suivant les opinions qu’on prete a I’eveque d’Halicarnasse, aurait 
confere a sa chair l’incapacite naturelle de soulfrir. Aussi, laissant 
momenlaneinent de cote les rapports que la question de la consub¬ 
stantialite pent oilrir avec celle des soulfrances du Christ,— rapports 
etablis presque uniquement d’ailleurs a la faveur d une interpre¬ 
tation tendancieuse ou erronee du systeme de Julien, — nous 
limitons ici notre enquete a ce qui fait le fond de la question, a 
savoir, les idees de cet auteur sur la doctrine de la confusion des 
essences et l’alteration de rhumanite du Christ dans 1'acte mcme 
de l’union. 

II 

Des le debut des polemiques soulevees en Egypte par la question de 
Fincorruptibilite, Julien se vit qualifie d’eulychien; aussi prit-il soin 
de ne laisser planer aucun doute sur sa veritable pensee a cet egard. 
Nous le voyons d abord insister sur la realite de l’incarnation <’t 
de Vinhumanation du Verbe : « Le Dieu Verbe, dit-il, consubstantiel 
au Here, s'est vraiment fait chair et fait hoimne 1 •» ; iI aflirme que 
la passion du Christ avait pour condition necessaire une incarnation 
veritable : « II n'eut pu soutTrir et mourir sans se faire homme en 


* Fragment 65 : 6 Oso; Aoyo; ... (7 xai svavOexoKr^^ aLkrfk •>;. 



LE TEMOlGNAGE DE JULIEN. 


159 


toute verile 1 .)) Des sa seconde letlre au patriarche, il protestait 
deja conlro toute interpretation de sa doctrine en sens contraire : 
« .le pense bien, ecrivait-il, avoir confesse en tout Vinhumanation 
veritable el de nous 2 .» 

En second lieu, Jnlieu declare que le Christ jious est parfaiteinent 
consubstantiel (oyoG^GLoq). On trouve deja cette affirmation dans la pre¬ 
miere des propositions oil il avail resume la doctrine du Tome : « II 
faut tenir, dit-il, que c’esl de noiis quo le Verbe a participe a la chair, 
au sang et a lame raisonnable et intelligente, horniis le peche et la 
corruption, el qu’il nous esl devenu consubstantiel 3 » en vue de la 
redemption. Plus lard, dans VApologie, c’est la meme profession de 
foi qui ouvrira la serie de ses dix anathemes : « Si quelqu’un ne 
confesse pas que le Dieu Verbe, consubstantiel an Fere, nous est 
parfaiteinent consubstantiel par nne incarnation et une inhumanation 
veritables, homnie en fait et en litre, horniis le peche et la corrup¬ 
tion, ... l'Eglise 1’anathematise 4 .» L’anatheme deuxieme insiste sur 
ceci que « ce n’est pas du ciel on d’une oivix autre (que la notre) 
que le Verbe a communique a la chair et au sang, mais bien de 
notre (p-Jca; qAxpzr, », et il en assigne comuie raison que c’est d’une 
mere qui nous etait parfaiteinent consubstantielle que le Verbe a 
pris la matiere de son corps 3 * . Ailleurs, enfin, Julien parle de a la 
chair (prise) de nous et consubstantielle a la notre », dans laquelle 
le Christ a soulTert la passion e . L’insistance qu’il met i\ ailirmer ce 
point de doctrine temoigne a sa fa^on de la vehemence des critiques 
dont il se sentait 1’objet. 

Les textes memes qui proclainent la parfaite consubstantialite du 
Christ avec nous excluent le « peche et la corruption » de la partici¬ 
pation dn Verbe it notre nature 7 8 . Julien legitime cette restriction en 
observant que « ni le peche ni la corruption ne sont oiidix », mais, 
au contraire, une alteration de Voinix ou (logl ;\ Sa nianiere de voir 


1 Fragment 134 : ggOs yx.G xv r.x.Osiv xxi xttoOxvslv sd'jvr.Or, si u:r t ozt 
x.'/jgg)~gz syvjszG x/.rfjb);. 

1 Fragment 3 : zr;v x/.r^/r, v.xi si y/j/Wj svx'MG'ATVrpiv x .. 

Fragment 42 : si yjpeov yszlaysv ... v.xi oyoGOGioq r/j.iv sysvszo. 

1 Fragment 65 : 6 Osgz t^yGq ... GXGV.oiOsiq v.xi svx'/jGG)zr,Gxq xArfitiz 
gu.gggglgz r/j.iv sv t.xgl v.xi avOproTTO^ igzl v.xi yGr/j.xziCsL. 

:i Fragment 66 : tGxovjiyjr, ... sv. M xpixz ... zr t z r/j.iv ougoggIgg v.xzx 

TlXVZX. 

(i Fragment 132 : Gxpv.i 7 r, ... r t u.vv ou.gg'jZlg) ... s~x.Qs. 

7 Fragments 42, 65 : 6 yoo'j(Jioq ... ywpiq zfjq xyxpzixq v.xi 7 r t q cp Oogxz. 

8 Fragment 65 : g : jzs yap r t xy.xpzix SGziv G'jgl a, o : jzs yj (pOopx. 



160 LA CONSUBSTANTIALITE DU CHRIST AVEC NOUS. 


etait juste ; ce n'est pas en niant que le Christ eut participe, en 
s’incarnant, a la cpOyoa, c’est-a-dire, a la souillure originelle, qu'il 
avail porte atteinte a la consubstantialite du Sauveur avec nous. II y 
revint encore dans une Addition : a Nous disons rdfxoo’Saio; 
ecrivit-il, selon que le Christ est de la inline 007/a. C>4TiI fut a^Oaoro:, 
peu importe; cela ne lYniptkdiait pas d'etre de la ineme o'jfjix » (pie 
nous et, des lors, 60.^710; avec nous *. Or, nous savons ce (jue com- 
porte pour lui elre de noire ovtlx : cost posseder la chair, le sang, 
Tame, en un mot, e’est elre un hoinnie complel *. 

Sur la foi de ses adversaires, on a pu croire que Julien avait reduit 
le temps de la consubstantialite du Christ avec nous a un moment 
fugitif : incarne de notre f^7tc, le Verbe aurait, des I’union, trans- 
forme sa chair en une chair dotee des propriety <pi’on reconnait 
au\ corps glorifies. On voit deja la part de legende que renferme 
cette interpretation des formules de PevYque d’Halicarnasse. Pareille 
i lee est loin de son esprit et ses textes en sens contraire sont for- 
mels : le Christ, dit-il, nous est consubstantiel; il a en lui tout ce 
que nous avons, le corps, le sang, Paine raisonnable et intelligente; 
son corps n'a aucune des proprietes merveilleuses qui conviennent 
plutbt aux esprits qu’a la chair : il est circonserit dans le lieu * * 3 ; 
e'est son contact materiel qui gucrit Fhemorroisse 4 ; coniine le noire, 
il ne se sustente que par le boire et le manger. Julien argue memo 
de cette infirmite naturelle pour etablir que le Christ se lit hoinnie 
et le resta : « II participa a la nature par Pincarnation, ecrit-il, et 
prouva qu'il s’etait fait homme en assurant la subsistance de son 
corps par des inoyens semblables a ceux qui nous sont coutumiers 
a nous-inemes, en le sustentant par le boire et le manger \ » 

C’est surtout en jouant sur le sens du terme zcpOxorog que les pole- 
mistes antijulianistes preterent a Peveque d'llalicarnasse l’idee d une 
humanite transformee par le Verbe dans l'acte de Punion ; en fait, 
la prerogative d’iq rizocia, qui exemptait le Christ du peche de nature 
et de ses suites, n'a rien a voir avec P xrp r jxo7ix des corps glorieux 
etelle laisse entiere la consubstantialite du Christ avec nous. L'idee 
d'une transformation quelconque s’accomplissant dans la chair du 
(Christ an moment de Punion est si etrangere a Julien qu'il ne se 


* Fragment 52 : xav xr.xfo,*, y.xv y.rfjxpzo;, 
ro rx rr t c ai/ryjc z>'i>7 (ou oj7cx;). 

* Cfr les fragments 42, 65, 66. 

3 Fragments 113, 114 : zzuyoxTZT^ zv r6~y ; 

4 Fragment 144 : rrj xcfry} ; cfr fragment 20. 

8 Fragment 99. 


0'J. r jO'^7l r jL r.lLVJ 1771 Y.X7X 


7WJJX71 KSptypXfOUZYOZ' 



LE TEMOIGNAGE DE JULIEN. 


1G1 


represente memc pas cette afOapaia qu’il concede au Sauveur coniine 
le resultat d’une purification. D’apres lui, en eflet, le <ilirist n a pas 
pris un corps c pOypzov pour le transformer ensuite en un corps 
ycpQyprov par le contact de sa divinite; ses formules sont £>1 us rigou- 
reuses : le Christ, dit-il, a pris un corps acpOaprov, le corps est 
y&Qypzo'j des Turnon et a cause d’elle ‘, mais il n’est pas rendu, fait 
ou devenu (yzvouzvov) tel par Turnon; ce sont d'ailleurs les seules qui 
soient exactes, car un corps ne d'une vierge n’eut pu etre <p0ap7ov, 
ne fut-ce qu’un instant. Quant a la formule : « corps ycpOyprov pris 
de la nature cpQypzr t », elle signitie seulement que le Christ est vrai- 
ment honime couime nous, qui somnies des yQypzoi. 

La formule arropia ypQypzov mise a part, il en est d’autres qui, a 
premiere vue, sembleraient inspirees par une conception euty- 
chienne du mode de Tincarnation. Impossible, ecrit Julien, d’unir 
VycpQapzoz a ce qui est -aOypov et Gvyjrov par nature, c’est-a-dire, pOyp- 
t ov*; on ne peut admettre, dit-il, que le corps du Dieu atpOapro; ait etc 
(pQypzov 1 2 3 4 . D’autres textes paraissent encore plus explicites : « Tout 
ce qu’avait la divinite appartint aussi a sa chair * » ; « tout ce (ju’il 
avait coniine Dieu appartint sans conteste a la chair qu’il s’etait 
appropriee 5 »; « les proprietes de celui qui s’etait approprie la chair 
devinrent les proprietes de sa chair ; or, celles-la sont l’a7 tzOeix, 
Ta.Oavac/a et Ta<p0apc'a 6 .» Ces textes ne prouvent-ils pas que Julien 
a admis un melange de divinite et d’humanite, ou pense tout au 
moins que la divinite avait, en quelquo sorte, deteint sur la chair 
qu’elle s’unissait, de faeon a en alterer les proprietes essentielles ? 

Nous ne le pensons pas. Si Ton veut donner un sens eutychien 
a ces formules detachees de leur contexte, il n’y a plus rien 
a comprendre aux nombreux textes de Julien qui affirment la par- 
faite consubstantialite du Christ avec nous et la permanence en 
quality naturelle des elements ramenes a l’unite de sujet par Linear- 


1 Cfr les fragments 29, 43, 48. 

2 Fragment 101 : ovOz yyp y/./.rf/.OLZ np070uilr ) (Jyi frj'jyzbv zbv yfyOyp- 
TO's ... rri) zr, cpi/O’ct TraOyjrrJ) xai Ovyjrro. 

3 Fragment 38 : 70 O'j'j yOapzbv yvAvQyi 70 C'oua 7 oi> acpOapzov Oevj ... 
y 7 io( 5 a)./£t ... 

4 Fragment 96 : oca yyp eiyzv yj Qzozyic, zybzy eyivEzo x at 7 y,z 7 apxb$ 

5 Fragment 97 : oca yyp ziyzv w; 0 so;, yvyi/Tippr~u>i y;j xai zv]z capxo<; 
7 y t z yevouLZVYZ yvzo'j. 

(i Fragment 118 : 7a iOty zov zy' 6 zY t v idioTionrfiyvzoz, eiz ioiy zyvjzzo 7/;; 
iofxz 7y.pY.6z * zy.vzy Oz Z 7 zcj yj ynyfecy xai Y] aOavacfa xai yj acpGapcfa. 


11 



162 


LA CONSUBSTANTIALITK DU CHRIST AVEC NOUS. 


nation. De plus, on ne peut le faire qu’en donnant aux termes 
y.qbxMjix 9 caixQzix et y.Gyyyjiy, appliques an corps <iu Christ, lc sens 
d'ineorruptibilite, impassibility et immortality, proprietes qui con- 
viennent a la substance divine en raison de sa simplicity ; or, nous 
avons niontre que Y y/^xpolx du corps du Christ n'est pas Yy.^Ootooix 
des corps glorieux : nous montrerons dans la suite qu'il en va de 
meme des deux autres prerogatives du Christ, qui ne sont d’ailleurs 
que la manifestation de son xyOxovix dans les soullrances et la niort. 
Le sens de ces textes est a not re avis le suivant. Quand Julien ecrit 
que le Dieu y.^Oycro; doit posseder dans son incarnation un corps 
acpOaorov, il fait, dirions-nous, un jeu de mots. Celui-ci se jlistifie en 
ceci (jue, moyennant la doctrine du peche de nature, Yy.zOxpaix du 
corps trouve sa raison derniere dans Lunion de ce corps a un Dieu 
qualifie ici d'xzQxoTo; ; c’est neanmoins un jeu de mots, et rien 
qu’un jeu de mots, car le terme xcpOxpzog est pris dans la formule 
en deux sens differents. Le Verbe coniine Dieu et sa chair sont tous 
deux xzOxozot, mais cbacun d eux Lest a sa maniere : le Verbe est 

i 

incorruptible parce que substance simple, la chair est xyOaproz 
parce qu’elle n’a pas contracts le peche de nature. 

On ne suspectera pas Severe d’avoir tenu la confusion des 
essences; pourtant, dans le sen I but d’aflirmer la communication 
des idioines dans le Christ, il emploie parfois des formules qui, 
separees de leur contexte, n’auraient pas d’autre allure que celles 
de Julien'. Accusera-t-on d’eutychianisme saint Cyrille d’AIexandrie 
pnur avoir ecrit que le Verbe a transforme en sa propre gloire et 
activity le corps qu'il s’etait uni 1 2 ? Severe a pleinement raison d'en 
defendre le docteur alexandrin, en observant (jue celui-ci na pas Lin- 
tention d’aflirmer que le Verbe a transforme essentiellement son corps 
pour lui conferer des Lunion la gloire qui convicnt a la seule divinite, 
mais seulement qu'il La orne de celle qui convenait a un echair 
unie a Dieu 3 . Saint Jean Damascene lait des remarques analogues 
sur la deification (sOsuOr) de la chair du Christ dont parle saint Gre- 


1 Voir un texte cite dans J. Leron, op. cit. } p. 429 : « Quand on confesse 
Lunion hypostatique,... les proprietes de l’humanit£ devicnncnt (les pro - 
prietes) de la divinite du Verbe, et les proprietes du Verbe sont confesses 
( celles ) de la chair. » 

* Scholia ie incarnatione Unigeniti, cap. IX (PG, LXXV, 1380, A) : TJ.ry 
£77tv idziv ... Z'jrjJk'jzy. ul'zv tt, yVjCt^r.izrgi 7 ov 70 j Osgz Aovov ... u.S7x- 

<J 7 GC/Sl'x) 7 XV 7 X OS 

evspysixv. 


. 70 /.pz'jsv, rpy'jj'j evwOsv, a; 7 rpj sxj 7 g\j Ooz.ol'j 71 y.xi 
3 Apologie du Philalethe (Vat. 140, 118 c-d). 



LE GRIEF D’EUTYCHIANISME FORMULK PAR SEVERE. 163 


goire de Nazianze; ce sont, dit-il avec raison, des fa^ons de parlor 
qui ne signifient pas une (ransformation dos propridtes de l’huma- 
nite, inais une union intinie des elements unis 1 * . (Test de bonne 
critique. Nous avons des motifs aussi pressants d’en agir do la memo 
facon a l’egard des expressions similaires employees par Julien. Des 
tommies detachees comme : « le corps acpOaprov du Dieu x^Qapzo; » 
ou encore : « les proprietes de la divinite devenant cellos de la 
chair » out pu fournir des arnies aux anciens polemistes, inais elles 
ne doivent pas nous induiro en erreur sur la pensee de celui qui les 
employait. II faut les comprendre selon ce qu’elles voulaient etre : 
des raccourcis elegants pour exprimer un point do doctrine juge 
essentiel. 

Ill 


Une fois qu’il eul rompu avec l’eveque d’llalicarnasse, Severe 
d’Antioche ne lui menagea plus les soupoons olTensants ni les 
epitlietes blessantes ; parmi les griefs qu’il enumere a son adresse, 
celui d’eutyehianisme n’est pas le moins frequent. Dos la Critique, 
il l’avait averti qu’on ne faisait pas preuve de religion veritable 
en se laissant prendre dans les lilets d’Eutyches a la favour de la 
doctrine de Vx^Oxodix 5 ; dans le Contra Additiones , il 1’accuse sans 
detour de s’etre enfonce dans la fange de Valentin, de Manes et 
d’Eutyches 3 . « Les malheureux, s’ecrie-t-il a l’adresse de Julien et 
de ses partisans ! I Is se trompent eux-niemes et, prononyant des 
paroles etrangeres (d la foi), ils disent : « nous disons que le Yerbe 
a pris une chair veritable et nous analhematisons Eutyches », et 
ils ne savent pas qu’en appelant la chair impassible dans les 
souffrances, ils se dressont en favour d une grande erreur, cello qui 
consiste a ne pas confesser la chair 4 .» Faisant allusion au frag¬ 
ment 52, on nous avons vu Julien confesser la consubstantialite du 
Christ avec nous, Severe ecril pareillement : « 11 est bien clair 
que le chaste eveque Julien adhere a la folio des partisans de 
Valentin, de Manes et d’Eutyches, bien qu’il met to en avant le mot 
de consubstantiel. Car a (juoi bon dire, d une part, que le Seigneur 
s’est incarne de noire .oikjlt. et, de Fautre, imaginer pour le temps 


1 De fide orthodoxa, XVII (PG, XCIV, 1069, A) : r 



(pbGEM 




a/ 7 .a v.y~y. 


ZY'J OV/yj'JOU.L'/.Y'J 

i 


Z'JtO'JL'J 


y/jza yy.rj ov y.yzx 

, ZTt'J Y.y.C *j TlOGZXGLV 


Izyoi ... y.xi zy'j ev x/lr^kyi^ zw cp'Jaswv ui^c/dyjf^iv. 

* Vat. 140, 51 a. 

3 Vat. 140, 93 b. 

* Contra Additiones (Vat. 140, 84 d). 



164 


LA CONSUBSTANTIALITE DU CHRIST AVEC NOUS. 


(Je la passion, de la croix redemptrice et de la mort, un corps 
impassible ct immortel, coniine lui-meme I'a dit * ? » Julien, dit-il 

encore, est tombe dans le puits des confondeurs d’essences (* —Li* 
: synousiastes ?) 1 ; il a renverse l’ordre de l’economie et con- 
fond u les temps en faisant jouer a 1'union le role qui revient a la 
resurrection, puisque, a l’entendre, c’est l’union qui a rendu la chair 
du Sauveur impassible ct immortelle, et ce n est pas la resurrection 
qui l a constitute dans un elat glorieux 3 . 

C’est done d’abord de la doctrine de Vx^Oxoaix du Christ avant la 
resurrection que Severe prend occasion pour clever contre Julien l'in- 
culpation d'eutychianisme et de confusion des essences. Onsesou- 
vienten effet que, dans la terminologiedu patriarch e, ztpOxpG’ia ne pent 
significr qu'unechose : l'impassibiliteet I'i m mortal ile (jui conviennent 
aux corps ressuscites. Pour lui, des lors, quiconque aflirme l'existence 
de Vxtpjxbeix dans le Christ avant la resurrection a du admettre, au 
prealable, (pie le Sauveur ue nous etait pas consubstantiel et que, 
des l’union, la chair a eie transformee en line chair glorifiee. « Si, 
dit-il, (le corps <lu Christ) fut xxpQxprov des I’incarnation, e’est-a-dire 
impassible et immortel, quelle mort a ete vaincue, puisque personne 
n'est mort 4 ? » Et ailleurs : « II est insense, dit-il, de pretendre (jue 
le corps du Christ fut impassible et immortel des le temps de l’incar- 
nalion, et (jue la resurrection, au lieu de le constituer dans un etat 
d'incorruptibilite et d’immortalite, ne fit que manifester une incor- 
ruptibilite et une immortalite qu'il avait deja auparavant 5 .» C’est 
par douzaines de fois (pie le patriarche reprend cet argument dans 
ses ou\ rages. Le raisonnement est logique, mais il porte a faux, 
puisque V du Christ dans les sotiffrances n’a rien de common 
avec celle des corps glorieux. Nous developperons ce point dans la 
suite. La prolixite de Severe a pu faire impression sur les lecteurs 
et les persuader que \ raiment, Julien avait enseigne la confusion 
des essences; el le n'ajoutait cependant rien a la valeur de 1'argument 
qu'il repetait ainsi a satiete. 

Dans V Ad versus Apologiam luliani , Severe reprend longuement 
la meme accusation d’eutvehianisme, mais il la base sur un autre 
fondement : Julien aurait explicitement nie la difference specifique 


* Contra Additiones (Vat. 140, 91 f). 

4 Adversus Apologiam luliani (Add. 12158, 108 d). 

3 Contra Additiones (Vat. 140, 75 C 76 c); Contra Apologiam luliani (Add. 
12158, 77 a). 

* Critique ( Vat. 140, 59 c). 

5 Critique (Vat. 140, 42 b). 




LE GRIEF D’EUTYCHIANISME FORMULE PAR SEVERE. 105 


(ro 3ii<popov) du Verbe et de la chair apres I’union. Entendons 
d’abord l’argumentation du patriarche. « II esl clair, ecrit-il, que le 
Christ est un de deux, consubstantiel an Pere par la divinite et con- 
substantiel a nous par riiumanite, mais ce n est pas pour ce motif 
qu’il est divise en deux yvvuz. En effet, celui qui est Dieu eternel- 
lement s’est fait honime a la tin des temps, sans changer ce qu’il est 
en ce qu’il est devenu, ni transformer ce qu’il est devenu 
en VoitaioL de la divinite. Mais toi, tu as ecrit dans ta folie : 
« disons, au sujel du Christ, (que) la difference (esl) indifferente 
iJ L**.a. ic r^U) », ayant l’esprit ivre et 

confondant la divinite et riiumanite dont est ( resulte ) un Christ, 
un 7rp&V&)7rov, une hypostase une cp-Jct; incarnee, celle du 

Dieu Verbe lui-meme. Mais si tu appelles la difference une 


non difference ( W— ~ ^ li ^1), que 

le Christ, ainsi que le veut ta stupidite, suit dit consubstantiel 

a nous par la divinite et consubstantiel au Pere par riiumanite, 

qu’elles se changent et se transformed sans cesse (/’?me) en 

1’autre, suivant ta parole, que la chair se change en Yolvix du 

Verbe, que le Verbe se change en Vo-j'J’z de la chair, pour que 

nous nous inoquions de ta difference indifferente (tf 

l *. » 11 y revient encore plus loin : « De meme, dit-il, que 

la qualite physique accuse l’unite d’essence 

ly—) du Pere et du Fils, de la meme maniere, 

la qualite physique accuse une difference entre Vzhaiz (1-— *—^ A 

aiX du Verbe Monogene et de riiumanite qu’il s’esl 

unie hypostatiquement, desquclles un (seul) et le meme est appele 

Emmanuel, et c’est cette difference si bien etablie que tu as use appelcr 

une non-difference ... I 

nommant difference indifferente (!■-’— U z.*,) la confusion 

de la divinite et de riiumanite *. » Peu apres, Severe continue en ces 

termes : « II y a en toi une telle stupidite et si peu de connaissances 

theologiques (jue, a eause des tenebres de ton impiete, tu ne con- 

> • •• 

serves pas meme les notions des natures (P-is? 1-^-^=—) si bien que, 
lorsqu’il s’agit de la difference de la divinite et de riiumanite dont 
(est forme) Emmanuel, — cette difference s’avere du fait que la 
divinite du Verbe Monogene et riiumanite qu’il s’est unie hyposta¬ 
tiquement ne sont pas une meme oi'j'y. ; l ime n’est pas de Poi/dia 
de 1’autre, mais, une fois unies 1’une a l’autre sans confusion, dies 


1 Add. 12158, 102 tf-103 a. 

2 Add. 12158, 108 a-b. 










LA CONSUBSTANTIALITE DU CHRIST AVEC NOUS. 


166 


ont presente line hypostase et une (pi/?* *;, celle da Dieu 

Verbe, incarnee, — toi, tu introduis la difference indiflerente 
(l——u Ui—do ces choses-la monies dont (est rcsullee ) 

1'union, et tu t’enfonces dans la boue de la confusion \ » 

La these de Severe est formelle : de l’aveu de Julien lui-meme, 
la difference des elements unis dans le (Christ n’en esl pas une. 
Heureusement, le patriarche nous a laisse le moyen de juger de la 
valeur de ses critiques en conservant le texte (jui y donnait occasion. 
Julien ecrivait : « Voici en quel sens jai appele indilferente la diffe¬ 
rence. Difference, parce que e'est autre chose de voir, autre chose 
d’entendre, autre chose d’exercer l’odorat, autre chose de gouter et 
autre chose de toucher. Indilferente, parce que, si en tous se ren¬ 
contre chacun des membres et parties, ce que ceux-ci accomplissent 
est un et est rapporte a une seule activite et ii une yjvii unique, 
opere qu’il est par une seule anie indivisible *. » 

Disons d’abord un mot sur la tradition textuelle de l’expression 
« i - 7 -- 4 ' ■ * It r.uovriyouvjGx to diz(f,ooo'J yJiycpopoy, 

jai appele indilferente la difference ». Le fragment 148, dont el le 
forme la premiere phrase, est conserve dans deux ouvrages, YAdver- 
sus Apologiam luliani de Severe (Add. 12158, 108 c), et les CJiapilres 
cotifre les Julianistes (Add. 12155, 415 d). Ceux-ci l ent repris, avec 
le contexle subsequent, a un manuscrit de la version syriaque de 
YAdversus Apologiam (jui presentait un texte du meme type que 
celui de 1 'Add. 12158. A l’endroit ou ils citent le fragment 148 en 
entier, VAdd. 12158 lit ii i^’—tandisque YAdd. 12155 

lit A ’~ ii |)e j)lus, a six reprises, YAdd. 12158 adopte 

la lecture de YAdd. 12155 en des endroits ou Severe reprend tex- 
tuellement, semble-t-il, Uexpression de Julien qu’il critique. La 
lecture i--—ii est done mieux attestee ; ajoutons que 

le debut de la phrase semble reclamer, comme second terme, un 
adjectif plutbt qu'un substantif. Ces precisions ont leur importance. 
En effet, avec la lecon i ~ ii i la phrase signifie : 

« J ai appele indifferente la difference », tandis qu’avec 1'autre, elle 
devient : « J 'ai appele non-difference la difference.» Dans le premier 
cas, I’auteur aflirmo rjue la difference est reelle, mais que cependant 


* Add. 12158, 108 b-c. 

2 Fragment 148 : o : j 7 'o T. r /J 7 y\yofAX /7 y to oiy.z^ooo'j y.Oiy.'LOOO'j . Aiy.zooo'j 
ui'J , on y/'/o I77i 70 idiiv xyi y/./.o to yy.oizyt ... ’ xoiyt&ooo'v 0£ , orr 

t ^ 4 I r 

VJ T.yfjVJ £7711/ \'/.yZ70'J TMV Vl/.WJ /.Zl UlO r OV. TO Oi yj70l: yr.07i7it.l7’J.VJ0'J 

* . ‘I 7 - . * t 

vj £771 y.yl 7V'jyy£7yt si; wy'j svipystzv xzt u.iy.'j (pvc’rv, uni xotytoszy 
If jyy. vjioyvbuvjo'j. 










LE GRIEF d’eUTYCHIANISME FORMULE PAR SEVERE. 107 


on ne doit pas laconsiderer, pour tel ou tel motif a determiner; dans le 
seeond cas, au contraire, il dit que la difference n’en est pas une ; 
il retient le mot, mais il le vide de son sens. 

Le lecture i- 2 '—U—^, mal altestee, est fautive, croyons- 
nous. (Test accidenlellemenl qu’elle s est introduite en eel endroit 
du manuscrit unique que nous possedons de VAdversus Apologiam 
luliani. La chose pent s'expliquer coniine suit. Dans lout le eontexte, 
ainsi qu’ou a pu en juger par la traduction que nous venous d’en 
donner, Severe donne frequemmenta Fexpression i- T —~ A ' ■ * U ^ 
(70 oiacpooov 7.^17/00007), quil semble bien reprendre textuellement a 
Julien, le commentaire (70 0i7(pooo7 oo o 17 .^ 0007 ) ‘, 

de facon a en faire une formule eutychienne ; le copiste syrien aura 
transports le commentaire de Severe dans le texte de Julien, cite 
par le patriarehe. Toutefois, la faute ne passa point dans tons les 
manuscrits syriatjues de VAdversus Apologiam luliani ; le redacteur 
des Chapitres contre les Julianisles , notamment, s’est servi d un 
exemplaire qui ne la portait pas. 

Apres ees preliminaires,abordons rexamen du fragment incrimine. 




‘ Lorsque Severe £crit {Add. 12158, 108 a) : « C’cst cette difference 


»), 


) si bien etabliequetu asos6 appeler une non-difference (Vo. 
nommant difference indifferentc (l-T —>*■ il t- T —~ ) i a confusion de la 

divinite ct de l’humanite ». il est difficile d’admettre que ■** : - 4 - U ct 
I--—.** a il rendent une meme expression. Tandis que la seconde formule, 
qui reprend celle de Julien, traduit presque certaincment, peut-on dire, 
<7.0i7(D0007 la premiere, qui est ^interpretation donn£e par Severe a cet 

1 I t J *S / • « 

adjectif, nous parait traduire r /j dt 7 .(p 0007 . — Pour traduirc dans le 

fragment 148, nous avons employ^ 70 017(00007 au lieu de 7 ry dix(p 0077 . 
Le sens des deux mots est identique dans la tcrminologie christologique ; 
toutefois, si l’on suppose comme base du texte que nous venons de citcr : 
76 0 ix(popo 7 (et non 7 r;j 017/00077)... Z 7 o).ur l 07 .; lzyzt 7 o : j 3 liepopoy, on 
explique assc/ facilement que le traductcur, a court d’expedients pour dis- 
tinguer dans sa version les adjectifs 7.017(^0007 (deja traduit par * — il) 

ct o'j 017 .( 00007 , se soit contents, pour rendre ce dernier, de faire prccedcr 
de la negation le substantif (-■- — **^ dont il venait de se ser'ir pour rendre 
70 0 i 7 . r 00007 . On sait que les traducteurs svriens rendent 70 017/00007 ct 
yj Oty.oocjy par lc meme • par exemple, dans lc titre du Horilcge 

cyrillien critique par Severe dans le Philalethe, 70 0i7(00007 est traduit par 
t- ^ —-**(voir plus haut. p 53 et 59): au contraire, la version syriaque dcs 
ceuvres d’Apollinaire traduit par le meme mot lc grec diytyoox (efr J. Flem¬ 
ming et H Lietzmann, Apollinaristisc/ie Schriften syrisch, p. 36*, 47 ?0 , q8 ,! '). 
Dans les textes de Severe cites plus haut, nous avons traduit uniformement 
i- ° -—U par non-difference, pour respecter la teneur materielle du texte ; 
nous aurions pu utiliser l’adjectif non-differente ; le sens ne varic d’ailleurs 
pas de l’un a l’autre. 

















LA CONSUBSTANTIALITE DU CHRIST AVEC NOUS. 


168 


Du developpement de la comparaison qu’il annonce, ce texte n'a con¬ 
serve que le premier menibre; il est certain, cependant, de par le long 
commentaire dont Severe rentoure, que la difference dont il parle 
(r o (Jiicpoyov, r t duupopx), c’est la difference specitique, ou en qualite 
naturelle, de la divinite et de l’humanite dans le Christ. Pour expli- 
quer rimportance respective (ja il aceordait a la « difference » et a 
lunite de cpucri; dans le Christ, Julien recourait a l’exemple suivant. 
D une part, disait-il, il y a une difference entre les operations des 
sens ; voir et entendre, exercer l’odorat, gouter et toucher sont 
choses differentes ; d'autre part, c’est cependant l'individu, sujet 
unique et principe dactivite unique, qui voit, entend, touche, etc., 
par le moyen de soil ame, cite aussi unique et indivisce. Puiscjue 
chaque individu est pourvu des organes des cinq sens, il y a en 
chacun, d’une part, multiplicite et difference et, de I’autre, unite. 
A considerer la qualite diverse des sensations, il faut aftirmer en 
chaque honnne I’existence d une difference: to dizyopov; a considerer, 
au contraire, que c’est Ini qui les eprouve toutes, il s’ensuit, non pas 
que la difference constatee n’en est plus une, maisqu’elle n’iinporte 
p I ns ; sans disparailre en fait, l’idee de mul tiplicite s'eslompe pour 
1 ’esprit devant une consideration plus fondamentale, celle de l’unite 
du sujet agissant : adixyopov. 

L’application au Christ est obvie. En lui aussi, il y a multiplicite 
et unite. 11 y a multiplicite, parce qu’il est compose du Verbe et 
de rhunianite ; unite, parce qu’il n’est qu’une seule Apres 

1'union, rhunianite n'est pas la divinite : to oiy.rpoooo ; mais si l* *on 
quitte la consideration des essences specifiques [>our jiasser il c<dle 
de 1’unite de cette difference devient indifferente ; el le nim- 

porte plus; en outre, el le s’eslompe dans l’esprit du monoph)site, 
absorbe presque exclusivement par 1'idee d’unite de sujet dans le 
Christ, et preoccupe de la sauvegarder contre les « Aestoriens » : 
i.Oiy/poooo. Des lors, le texte a pour objet de marqucr que, comparee 
a l unite de dans le Christ, la distinction de rhunianite et de 
la divinite n'a qu line importance de second plan ; il ne nie pas cette 
distinction, il l'affirme au contraire explicitement, mais en disant 
qu’elle ne persiste apres 1'union r/n'en (jualite nalurelle seulemnit *.* 

I n ecrit pseudepigraphique apollinariste, la Letlre d t)eny$ y deve- 
loppe, dans un but analogue, une comparaison du meme genre *. Si 
l’on ne reconnait pas, ecrit le pseudo-Jules, I'unite qui resulle de 


1 Cfr le fragment 6i. 

* Julien utilisait la litterature pseudepigraphique apollinariste; sa doctrine 
offre plus d’un point de contact avec cclle de ces Merits. 



LE GRIEF D’EUTYCHIANISME FORMULE PAR SEVERE. 169 


rk'vwo’i;, on peut tout aussi bien divisor on plusieurs colni qui est 
un et parlor d’une foule de puisque le corps so diversifie on 

os, nerfs, vaisseaux, chair et poau, onglcs et cheveux, sang et 
esprit, toutes ces choses etant diverses rune par rapport a l’autre, 
bien qu’il n’y ait pourtant qu’un soul sujet, qu'unc seule^w^ ; ainsi, 
la realite de la divinite et le corps sont un et ne so divisent 
]»as en deux subsistants distincts*. La diversite des elements 
qui composent le corps de riiomme joue, dans le texte du pseudo- 
Jules, le role que remplil la diversite des operations des sens dans 
la comparaison de Julien. L’ecrivain apollinaristc voulait inontrer 
par Texemple choisi qu'on ne pouvait argumenter do la distinction 
specilique de Tluimanite et do la divinite dans le (Christ, comine le 
faisaient les Chalcedoniens, pour etablir en celui-ci one distinction 
de cp-J'T-t;. C’etait la aussi, sans doute, le but dernier de la compa¬ 
raison du fragment 148 ’ ainsi s’accuse une nouvelle fois la preoc¬ 
cupation antinestorienne qui inspire, nous Tavons deja observe, les 
autres formules christologiques de Julien. 

Comme il a joue sur le sens de y.'^Oypro: dans toutes ses (ouvres 
contre Julien, Severe equivoque ici sur le sens de y.diy.rpoooz *. C’est 
une manifestation, ajoutee a plusieurs autres, de la tournure presque 
exclusivement polemique de ses traites de refutation. 


1 Edit. Lietzmann, p. 257, 1 . 20 : tto/.vziSzz z'o zwj.y zz ogzzoyj xxl ysvpcov 


,C~ 


yjxi cp/cijcov ... y.uifj xtzx'jzx Oixzogx.'j u.vj zyzi kooz a.A/:rAx , w.y. 0 z rzvGiz 
, , 1 t r » • a i _ . 1 

etJTiv, (ogzz y.y.\ r t zr.z Qzozryoz xAr, r JZix u.zzx z r sj GoypLxzoz s> :gzl xxi ziz 
0C0 (L'jgziz go fj.zrjiC.ITxi. 

1 J. Lebon {op. cit p. 366, note 3) cite un passage des Chapitres contre 
les Julianistes {Add. 12155, 116A), qui ineriminc Julien d’avoir ni6 la diffe- 
rence « en pens£e et en contemplation » en pretcndant s’autoriser de 
l’exemple de Th6odote d’Ancyre. Ce passage des Chapitres est extrait de 
YAdversus Apologiam Iuliani {Add. 12158, 109 d-110 c), et il fait suite, dans 
Pouvrage de Severe, & la section qui discute la formule « difference 
indiffdrentc ». Julien, dit Severe, cite Theodote d’Ancyre comme « ayant 
ni6 la difference en pensee et en contemplation de la divinite et de l’huma- 
nite dont est {forme) un scul Christ sans confusion ». Le patriarche cite 
alors, mais sans reference aucune, un texte de Theodote pour montrer a son 
adversaire en quel sens l’dveque d’Ancyre s’oppose a ce qu’on fasse une 
distinction dans le Christ ztavgix <.’j.gvy) {Homilia I in nativitatem Domini , dans 
TO, LXXVII, 1361, C: xy't ziz ry i ttXo'jtmv ; ... zx Tizoy/foy -w/gvwj 
ZZ^Ozlz) ; 1 heodote, dit-il, ne nie pas la distinction dcs essences apres l’union, 
mais il reproche aux Nestoricns dc cacher sous la formule zru'JOix y.ovr, 
la separation reelle des hypostases. Bien que Severe ne le dise pas, il est 
probable que e’est a ce texte de Theodote que Julien se r£fcrait. La preoc¬ 
cupation antinestorienne qui s’y fait jour est bien celle que nous avons 
constat£e chez Julien. Comme Theodote et saint Cyrille, Julien admet la 



170 


LA CONSUBSTANTIALITE DU CHRIST AVEC NOUS. 


V 


Les Chalcedonions n’etaient <juo trop portes a preter au\ 
ecrivains inonophysites, (juels qifils fussent, la doctrine de la con¬ 
fusion des essences et la negation de la consubstantialite du Christ 
avec nous; les Severiens attrilmant, eu\ aussi, c<*s erreurs a I’evcque 
d Halicarnasse, il fallait <pie la memoire de celui-ci fut vouee a un 
perpetuel anatherne. Si Ton peut penser que Severe ifavail pas 
totalement confondu les doctrines de J 11 lien avec les consequences 
qu’il avail pretendu en deduire, la tradition, elle, ne s’embarrassa 
pas de cette distinction, et I’opinion generale, hientdt etablie, fut 
(pie Leveque d'tlalicarnasse, docete et eutychien, avait enseigne la 
transformation de la chair du Christ en la divinite et nie la con- 
suhstanlialite du Sauveur avec nous. Dans les professions de foi, 
on ajouta son nom a la liste deja longue de ceux (pie les generations 
ehretiennes se transmettaient d’age en age comine les vivants sym- 
boles des erreurs (pie UEglise avait eu a couibattre. 

Les documents officiels eehanges entre les titulaires monophysites 
des sieges d'Alexandrie et d'Antioche au eours du VI* siecle en font 
deja foi. Leurs lettres synodi(|ues consacrent d’iinportants deve- 
loppenients a la doctrine de Julien, deja completeinent detiguree. 
Partisan de Marcion, de Valentin, de Manes et d’Eutyches, Leveque 
(Lllalicarnasse, disent-elles, est un phantasiaste qui a nie la realite 
des souflranccs et de la mort du Christ, en admettant (pie l’union a 
rendu la chair du Sauveur incapable par nature de soufTrir et de 
inourir L Dans sa Vie de Severe , Jean de Beith-Aphthonia apparente 
Julien aux memes heretiques * 1 2 . La compilation du pseudo-Zacharie 
le Rheteur rapporte (pie le phantasiaste Julien est tombe dans 
l heresie d Eutvches 3 , et elle termine son r<»cit relatif a la discussion 
sur 1 incorruptibilite en notant (pie Severe ecrivit beaucoup contre 


distinction de l’humanite et de la divinite « en quality naturelle » apres 
Bunion ; toutefois, il ne veut pas qu’on la comprennc dans un sens diophy- 
site et il lui donne moins d’importance qu'a la doctrine de l’unite dc nature 
dans lc Christ (cfr fragments 148 et 61); il n’a pas donne au texte de l’£vequc 
d’Ancyre une portcc diff^rente de cclle qu’y donnait celui-ci 

1 Lettre de Paul d'Antioche a Tlieodose d’Alexandrie ( Documenta ad o^igines 
monop/iysitarum illustrandas, 6dit. Chabot, CSCO, Scripto r cs syri, textus, 
series II. t. XXXVII, p. 109 et suiv.); Lettre de Theodore d’Alexandrie <2 
Paul d’Antioche (ibid., p. 305-306); Lettre de Paul d'Antioche d Theodore 
d’Alexandrie [ibid., p. 327 et suiv.). 

* Edit. Kugener, p. 251 : « Julien. ivre de l’ivrcsse et du doc6tismc de 
Valentin, de Mani et d’Eulyches. » 

3 IX, 12 (edit. Brooks, II, p. 101, 1 . 20 et suiv.). 



LA REPUTATION DE JULIEN AU MO YEN AGE. 


171 


Julien et ses partisans, pour empecher les simples, en particular 
les moines, de tornber dans Leutychianisme Vers la ineme epoque 
(574-577), une let!re adressee par Jean de Jerusalem au catholicos 
Alias d’Albanie < accuse Julien d’avoir confondu les essences par sa 
tlieorie de l’incorruplibilite \ Tributaire des ecrits de Severe, la 
litterature antijulianiste syriaquo du debut du V T II e siecle developpe 
generalement un theme identique L 

Du cote clialcedonien, Theodore de Haitbu, qui composa vers le 
ineme temps un traite De incarnatione , expose coniine suit I’objet 
de la querelle julianiste : Severe et Julien s’accordaient a professer le 
monophysisme, mais tandis que le premier conservait la « difference » 
des elements unis, le second la rejetait *. Cette tlieorie erronee, qui 
presentait la doctrine de la c ny/vooa coinme le point sensible de la 
controverse, avait deja ete developpee au siecle precedent par un 
autre ecrivain diophysite, Leonce de Byzance Plus tard, dans le 
dernier quart du VII e siecle, Anastase le Sinai'te verra lui aussi en 
Julien un partisan de la contusion des essences 1 2 * * * 6 7 . Enfin, au siecle 
suivant, saint Jean Damascene, echo de la tradition grecque, 
remarquera ijue la doctrine de l incoi ruptibilite equivalait au rejet de 
la consubstantialite du Christ avec nous et revenail au docetisme 8 . 

Le temps n adoucit pas la severite de ce jugement. Les Jacobites 
des \ll‘‘ et X11 l e siecles, lideles au souvenir de Severe, n’ont pas 
desarme centre Julien. La Chronif/ue de Michel le Syricn (t H9D) 
ne Pappelle pas aulrement que « le phantasiaste Julien » 9 * 11 . II n a 


1 IX, 13 (edit. Brooks, II, p. 113, 1 . 9 et suiv.) 

2 A. Vardanian, Des Johannes von Jerusalem Brief an den albanischen 
Katholikos Abas , dans Oriens Christianas , neue Scric, t. II (1912), p. 64 e> suiv. 

Ibid., p. 74-75 : « Julianus Halicarnasscus... 1111am profcssus est naturam 
Verbi et carnis Dei fecitque confusioncm et permixtionem ct negavit omnem 
spem tklclium per sanctam cruccm effectam. Si enim immortalis cssct et 
incorruptibilis caro Christi, sicut dixit, immortalitate negaret passionem ct 
incorruptione resurrectioncm. » 

* Voir plus haut, p. 81 et suiv. 

PG, XCI, 1500, C : avzov yap 'l.i'jy.oov u.'av (lvgvj IzyovzGi eivai zbv 

V ' < ' * » - t - -ir ‘ ^ ’ ' -I ' - V 

ApiOTOJ v.ai zr,v Oiayooav zrjy ev :m a oidZ'o ozyou.zvov ’ lov/aavov 0£, 
y.Lzv fj'zv v.aza IvjZqo'j /.iyovzoz zvc tv, avaipovjzoz oz ryjv cha<popav. 

6 Contra Nestorianos ct Cutychianos , lib. II (PG, LXXXVI, 1317-1318). 

7 Ho Jeff ns , XIV (PG, LXXXIX, 244, C). 

8 De fide orthodoxa, IV, 28 (PG, XCIV, 1100, B) : ct yap adixy r Jap 70 'j, 

ovy op.oovviov yjt/iv, ally, y.ai bov:r { 7 ii xai ovy a/.rfkia y'zyo'jiv a yzyovsvai 

<jpy ( 7t to evyyyiho'j, zr,v r.iMxv, ... zbv Oavazov. 

11 Par exemple, IX, 27 (edit Chabot, t. II, p. 224 et suiv.). 



172 


LA CONSUBSTANTIALITE DU CHRIST AVEC NOUS. 


pas meilleure reputation chez les theologiens (jue chez les chro- 
ni(jiieurs. Pour Jacques <le Bartella (f 12i 1), les Julianistes out nie 
les souffrances naturelles et irreprehensibles du Sauveur en disant 
que son corps etait impassible des I union 1 * 3 . Un pen plus lard enfin, 
Bar Ifcbraeus (f 1286) ecrit ce qui suit, dans le catalogue des here¬ 
sies christologiques (jui (ermine la quatrieme section de son Cande¬ 
labrum Saneluarii, consacree a la doctrine de Tincarnation : « Ifere- 
sie XWlll, celle de Julien d'llalicarnasse le phantasiaste. II disait 
que le corps de Notre Seigneur avail ete change des Turnon en la 
nature divine et que, pour ce motif, il ne nous etait pas consubstan- 
tiel : il disait (pie e'etait en apparence que Notre-Seigneur avait 
accompli dans le monde toute Teconomie, et non pas en verite *. » 
Avec le jugenient de Michel le Syrien et celui de Bar llebraeus, nous 
entendons la voix de la theologie jacobite ofticielle ; avec celui de 
saint Jean Damascene, nous avions recueilli Topinion de la theologie 
bvzantine. Cette tradition erronee, restee lidele pendant si longtemps 
a faire de Teveque d Halicarnasse un eutychicn negateur de la con- 
substantialite du Christ avec nous, s’est alimentee a des refutations 
polemiques de la doctrine de Julien ; nous n’avons plus des lors a 


en diseuter le temoignage. 


VI 


Lorsqu’on aborda a Tepoque moderne les etudes de theologie 
positive, on utilisa, pour retracer Thistoire des doctrines, les 
ouvrages des theologiens ou chroniqueurs grecs remis en honneur 
par Thumanisme. Drives des sources originales, les auteurs 
traeerent de Julien et de sa doctrine un portrait conforme a celui 
que la tradition byzantine en avait conserve. Marquons quelques 
points de repere dans Thistoire du julianisme depuis le \Vll e siecle 
jusqu’a nos jours, pour retenir les noms des auteurs qui ont fait 
usage de quelque source inulilisee jusqu’a eu\. 

Aux livres IN et V de ses Dogmata theologica (1650), D. Petau, 
se referant a saint Jean Damascene el a Nicephore Call isle (vers 
1520), voit en Julien d’dalicarnasse un des representants les plus 
qualifies de Teutychianisnie *. Le theatin C. Galano ne s*en fait pas 
une autre idee ; il ecrit, dans sa Conciliatio Ecclesiae Armrnae rum 
Uomana (1658), que Julien est un eutychien qui a tenu que Nolre- 


1 Thesauri , pars II (Vat. sy'r. 159, 143 b). 

1 Edit. Nau, dans PO, t. XIII, p. 257; efr Vat. svr. 168, 167 b. 

3 De incarnatione, I, 17 (6dit. Fournials, t. V, p. 234); X, 3 (ibid., t. \ I, 

P- 363). 



L’EUTYCHIANISME DE JULIEN ET LES MODERNES. 


173 


Seigneur avail pris du del une chair incorruptible '. Au siecle 
suivant, J. S. Asseniani ecril, dans sa Dissertalio de Monophysitis 
(1721), que Julien s’cst rallie a la secte eutychienne proprement dite, 
qui nie que la realite de la nature humaine ait etc conservee dans le 
Christ 1 2 3 * * . Le tome VIII de Vllistoire des Heresies de C. Walcli etudie 
longuement Lhistoire des discussions menees autour de Fincorrup- 
tibilite du corps du Christ et rassemble le dossier de la question 
julianiste tel qu’il etait possible de le constituer alors (1778). Au 
terme de son travail, raene d’une 1‘acon methodique et objective, 
Walch, mis en defiance par la tournure polemique des refutations 
opposees au julianisme, refuse de souscrire au jugeinent des auteurs 
qui Font precede \ 

Le travail de J. Gieseler (18.78) marque un retour vers Fappre- 
ciation portee sur Julien par Detail, Galano et Asseniani. Julien, 
pense Gieseler, n’est pas un docete ; toutefois, il n’a admis la con- 
subslantialite du Christ avec nous au moment de l’incarnation (jue 
pour soutenir que le Verbe, dans Facte niome de Funion, avait 
transforme son corps en un corps glorifie ; depouille des proprietes 
humaines, le corps du Christ en avait acquis de divines et Funion 
avail abouti a la confusion des natures *. On trouve une conception 
identique du julianisme chez J. Dorner (1835) :i et J. M. Neale 
(1850-1875) 6 * 8 . 


1 T. II, p. 119 : « cum Iulianus Salvaturem nostrum incorruptibilcm e 
ccelo carncm assumpsisse dicerct... ». 

* IV ( Bibliotheca Orientalis, t. II): « Eutychianistae proprie dicti, qui negant 
vcritatem humanae naturae in Christo conservari... Julianus Halicarnasscus 
cum asseclis suis huic haercsi adhaesit. . — Julianistae, a Juliano Halicar- 
nasseo dicti... Eadem cum Eutyche sentientes, aiunt, Corpus Christi incor- 
ruptibile iuisse. » 

3 Entwurf einer vollstandigen Historic der Ke\ereien, t. VIII, p. 550-639; 
voir notamment p. 621 631. 

1 Commentatio qua Monophysitarum veterum... opiniones ... illustrantur , 

pars II. Void sa conclusion (p. 10) : « Iulianistae.., corpus... Christi nostris 
esse non simpliciter, sed singulari tantum addita explicatione, 

concedere iis 1 icnit. Christus quern fingebant, homo eorum instar, quos 
salvatum vencrat, certe non fuit. Corpori enim humano, quo praeditus fuit, 

defuit humana sentiendi et agcndi ratio, sine qua verus homo cogitari nequit. 
Praeterea quum corpus Christi proprictates humanas amisisset, atque pro 
iis divinas accepisset, naturarum mixtionem evenisse, a Iulianistis negari 
iure non potuit. » 

8 Enlivicklungsgeschichte der Lehre von der Person Christi , II. 1 cil, p. 151 
et suiv. 

(i A History of the Holy Eastern Church , t. II, p. 10, 30 : « Julian... a 
stricter follower of Eutyches *>. 



174 


LA CONSU B ST A NT IALIT E DU CHRIST AVEC NOUS. 


1*1 us pres <le nous, les histoires des dogmes ont repris la inline 
idee. Sur la base du travail de Gieseler, A. Ilarnack croit que Julien 
a aflirme la glorification complete du Christ des bunion * et que les 
principes de son systeme lui defendaient d’admettre (jue le Christ 
nous fut consubstantiel apres bincarnation, tout autant qu’ils lui 
commandaient de professer Vhomoousie du Christ avec nous au 
moment ideal qui a precede bunion*. Pour F. Loofs, le point discute 
entre Julien et Severe a ete celui de la consuhstantialite du Christ 
avec nous ; tandis que le second la maintenait avec saint Cyrille, le 
premier, partisan d’Eutyches, reportait a Pincarnation le commen¬ 
cement de la divinisation de la chair du Christ 1 * 3 . H. Seeberg reprend 
la facon de voir de A. Ilarnack : Julien a admisque, des bunion, le 
corps et I’ame du Christ se sont trouvcs dans la condition qui sera 
celle de la nature humaine apres la resurrection *. Enfin, J. Tixeront 
range a son tour Julien parmi les Monophysites eutychiens ; si nous 
lisons bien, il en fait meme mi docete \ 

Les articles des encyclopedies consacres a Julien d’llalicarnasse 
parlent de lui dans un sens identique. Dans la Real nicy clopadie de 
llerzog-llauck (1901), G. Kruger ne croit pas pouvoir concilier les 
divers enonces dogmatiques de Julien sur la consuhstantialite du 
Christ avec nous, a moins de rcleguer cette consuhstantialite (bun 


1 Lehrbuch der Dogmengeschichte , t. II, p. 410-411 : « Julian von Halikar- 
nass entwickelte die Lchre von der einen Physis zur Lehrc von der Wesens- 
und Idiomcn-Identitat der Gotthcit und Menschheit in Christus von der 
Empfangniss (nicht erst von der Auferstehung) an... Die Julianisten... 
scheuten sich nicht, die vollkommene Verklarung des Leibes Christi von 
Anfang an zu behaupten. » 

i Ibid., p. 410, note 2 : « Erne Homoousie des Leibes Christi mit unserem 
Leibe nac/i der Menschwerdung wiirde den ganzen Trost und die Gewisshcit 
der Erlosung aufheben. » 

3 Leitfaden 7 inn Studium der Dogmengeschichte , p. 303 : « Julian... dachte, 
wie Eutyches. . den Prozess des Vergottetwerdcns des Fleisches Christi 
beginnend bei der Menschwerdung. * 

* Lehrbuch der Dogmengeschichte , t. II. p. 253 : « Leib und Seele Christi 
haben demnach von der Empfangniss an die Beschaffenheit gehabt, die der 
Menschennatur nach der Auferstehung zuteil werden soli. * 

s Histoire des dogmes , t. Ill, p. 115 : « Par suite de son union avec le Verbe, 
disait-il Julien , et des le premier instant de cette union, l’humanit£ du 
Christ ... avait re9u des propri£t£s differentes de celles qui conviennent £ la 
notre. Elle etait absolument et radicalement incorruptible : il n’y avait en 
elle o'jti Tpomr,, oirrz r Jix'.rjz<jL~, our* i/./ocoat;, oijrz 7 ryoj 3 o/.r', ouri 
u.ETx'iolr,. C’est par suite d’une erreur venue des sens que l’on attribue 
au corps du Christ tous ces changements. > 



I^KUTYCHIANISME DE JULIEN et les Modernes. 1 ?" 


genre special au seul moment de Eunion *. J. Chajunann, dans The 
Catholic Encyclopedy (11)09), concoit Ea'pOaoo’ia dont parle Julien 
coniine une sorte de spiritualisation du corps du Christ 1 2 . Dans 
I ’article qu’il a donne an Dictionnaire de iheohtgie calliolujue sur la 
question (1914), le I*. Jugie emet un jugemenl inoins defavorable : 
inconscieininent, dit-il, Julien subit l influence de Eeutychianisme 3 * 5 6 . 
Enfin, des auteurs que le sujet de leurs iravaux amenaient inci- 
demment a parler de Julien Tout naturellement considere, eux aussi, 
coniine un eutychien. Citons par exeniple A. Vascbalde (4902) *, 
E. Ter Minassiantz (4901) ;i , C. Glaizolle (4905)'*, J. Junglas (1908) 7 * 9 10 , 
J. Lebon (1909) % et A. Eortescue (4945) ,J . 

La conception du julianisme presentee par les auteurs inodernes 
vaudra ce (jue valent les sources dont ils se sont inspires. Voyons 
done quelles elles sont. Avant J. Gieseler, on ne possedait, pour 
reconstituer la doctrine de Julien, que les breves notices des his- 
toriens byzantins rapportant qu’en lutte avec Severe, Julien avail 
soutenu que le corps du Christ etait y^OxciTov avant la resurrection. 
C. VValch mis a part, on comprit le mot d’apres le sens qu’il avait 
dans la terminologie courante et comine, pour celle-ci, un corps 
acpOaorov est un corps incorruptible, incapable par nature de souflrir 
et de inourir, on admit generalement (jue Julien avait attribue 
au Christ un corps glorifie des Eunion. Embarrasses pour concilier 
les enonces contradictoires de la christologie de Julien, — la con- 
substantialite du Christ avec nous, et son « incorruptibility », 
— les historiens crurent (jue Eeveque d’llalicarnasse avait pense (jue 
le Yerbe avait jiris un corjis corrujitible, mais (ju’il en avait trans- 
forme les propriety dans l’acte nieine de Eunion Nous dirons 


1 Julian von Ilalikavnass , t. IX, p. 6o8, 1 . cl suiv.; Monophysiten , t. XIII, 
p. 400, 1. 21 et suiv. 

2 Eutychianism, t. V, c. 639 : « a spiritualizing of the body ». 

3 Gaianite (Controverse), lasc. XLV, c. 1007 : « Sans etre proprement cuty- 
chien, Julien subit comme a son insu l’iniluence de la penscc eutychienne, qui 
mele les proprietbs hypostatiques et les proprietes naturelles ou specihques. » 

i Three letters of Philoxenus, bishop of Mabbogh, p. 67. 

5 Die armenische Kirche in ihren Be\iehungen \u den syrischen Kirchen, 
p. 79, etc. 

6 Un empereur theologien, Justinien, p. 40-41. 

7 Leontius von By^an$, p. 103. 

* La christologie de Timothee JElure , dans Revue d'histoire ccclesiastique , 
t. IX (1908), p. 701 ; Le monophysisme severien, p. 366, 518, note 4. 

9 The lesser Eastern Churches, p. 207. 

10 Voir, par exemple, J. Gieseler, op. cit ., p. 8. Get auteur se trompe sur 
le sens accord^ par Julien au terme 



I7t5 


LA CONStfBSTANTlALITE DU CHRIST AVEC NOUS. 


comment, [>ar une deduction ulterieure, on crut que Julien s’etait 
represente la vie da Christ coniine 11 n miracle perpetuel. Sans le 
savoir, on se trouvait donner do julianisme Pinterpretation que 
Severe en avait presentee des la premiere lieure. 

En 1858, J. Gieseler lit usage des sources syriaques. C’etait la 
premiere fois qu’on y recourait dans cette question. It insera dans 
sa Commentatio une version latine de dix-huit fragments qu'il 
presenta comme les dix anathemes el les huit propositions de 
Julien ; un sien ami, Bertheau, les lui avait traduits du catalogue 
des manuscrits syriaques de la Vaticane, publie par les Assemani L 
La traduction etait defectueuse ; de plus, aucun des deux auteurs 
ne remarqua que les Assemani s’etaient homes a transcrire les 
incipits de la plupart de ces dix-huit morceaux * 2 3 4 5 ; c'est ainsi que la 
Commentatio ne traduit completement (pie cinq anathemes (3, 4, 8, 
9, 10) et une seule proposition (0) Dans ces conditions, on ne 
s’etonnera pas que Gieseler n’ait pas cru trouver heaucoup de neuf 
dans les textes qu'il utilisait L II en retint seulement (jue Julien 
n’etait pas un docete. 

La publication (pie lit Mai, en 1844, du texte grec des trois livres 
de Leonce de Bvzance centre les Nestoriens et les Eutychiens ’ 
n’etait pas de nature a corriger 1 idee qu on avait concue jusque la 
de la doctrine de Julien. An livre II de cet ouvrage, on voyait en 
effet Leonce en discussion avec un chalcedonien (jui defendait 
Lopinion suivante : apres avoir pris un corps corruptible dans le 
sein de la Vierge, le Verhe l’avait immediatement transforme en un 
corps incorruptible fi . Yetail-ce pas la la conception classique du 


‘ Catalogus, t. Ill, p. 223 et suiv. 

2 La chose a d’ailleurs echappe depuis a A. Harnack, qui a edifie sa 
th^orie du julianisme sur le travail de J. Gieseler (cfr Lehrbuch der Dog- 
mengeschichte, t. II, p. 411, note 2). 

3 Voir les fragments 42-49 (propositions) et 65-74 (anathemes). Par exemple, 
Gieseler reduit a ceci les anathemes I et II : « I. Is qui non confitetur verbum 
Dei esse filium naturalem patris (anathema sit). II. Qui dicii ( Verbum) particeps 
factum esse ( carnis) a coelo aut a substantia altera. III. Qui dicit (cfr op. at., 


р. 5 - 6 ). 

* Op. cit., p. 5. 

5 Spicilegium Romanum, t. X, pars II. 1 . 127 (= PG, LXXXVI, 1267-1395). 
Sur ces trois livres, voir A. Casamassa, I tre libri di Leon^io Bi^antino contro 
i nestoriani e i ynonophysiti , dans Bessarione , t. XXXVII (1921), p. 33-46. 

PG, LXXXVI, c. 1325, A : oi> yjztx zi> 7 tv ... ro arnpuc ym 

/eyousv, a// rf, ttc-o; rov Oeov ; 

с. 1328, D : rusic jub ovv ... roij.Oi rr-ot rf,- ex o/}jZ \01770i Oolx^ousv 

^ M * I I I I 1 



l’eutychianisme de julien et les modernes. 


177 


julianisme? Desormais, on utilisa couramment, pour reconstituer 
le julianisme aulhentique, les donnees fournies par Louvrage de 
Leonce. Mais le procede etait-il legitime? Et que penser de ces 
Aphthartodocetes, — c’est le mot des Byzantins pour designer les 
partisans de Lincorruptibilite, — avec lesquels Leonce aurait eu 
une discussion dont le livre II du Contra Nestorianos et Eutychianos 
ne serait qu’une sorte de proces-verbal ? 

En premier lieu, nous constatons que la doctrine et les formules 
de l’adversaire de Leonce sont completeinent differentes decelles de 
Julien d’Halicarnasse. 1 Is parlent tous deux d'x(pQxpvtx, mais c’est 
dans un sens bien different. Lour le premier, xcp r jap7oz signilie « natu- 
rellement incapable de souffrir et de mourir », en sorte (jue les souf- 
frances et la mort d’un incorruptible auront le caractere d un mira¬ 
cle * 1 2 ; pour le second, il a le sens de « exempt du peche de nature 
et de ses suites ». Abstraction faite du sens de acOapro;, la seule 
teneur des formules nous avertirait de la difference des doctrines. 
Lour a Lheretique » de Leonce, le corps du Christ est detenu (y&6uevw t 
uz7ZGx.vjxC.Z7o, ixi7zy.zrjy.Gy-d) xzAxp70v, par une veritable transforma¬ 
tion ; pour Julien, le corps du Christ esl xtp0xp7ov des l'union, sans 
avoir eu besoin de le devenir , parce qu’il est ne dune vierge. 

Mais il y a plus. Si Lon observe que la doctrine de l’adversaire de 
Leonce est identique a celle que Severe prete a Leveque d’Halicar¬ 
nasse, on doit se demander, semble-t-il, si Leonce n’a pas adopte 
un procede de refutation semblable a celui du patriarche. Bencon- 
trant a Constantinople des Julianistes authentiques *, n’aurait-il pas, 

1 ni aussi, interprets leurs formules suivant sa terminologie a lui, 
— identique a celle de Severe, — et abouti par la a leur altribuer, 
par voie de deduction logique, des theories qu'ils ne songeaient pas 
a defendre, a savoir la transformation essentielle de Lhumanite du 
Christ des Lunion ? L’ouvrage de Leonce est beaucoup plus un traile 
de polemique theologique qu’un expose objectif de doctrines, et on 
ne verra sans doute qu'un procede d’exposition dans la forme 


071 xxz aurv'v ye Tr,q GJAAr/^zo); ryjv xoyrp, dux 70 )v itxpQt'Jixw 
£ZYjit 7 xi GizAxyyvcov, xxl 70 npoGlr&Svj elz ayOxpGixv pzzeGxzvxXzzo ; 
1329, B : (pSxpzov zx pjrpa; /a( 3 wv 70 ex 7rjz itxpOzvoj Grhp.x, zjOzm; 

XJ70 Ttpbz XfOxpGlXO [J.Z7EXZGXGX70. 

1 Ibid., 1341, A : axpE, uyj nzyvx'jia zoj c pOzipzGOxi ; 1333, D : ... zx p.h 
itxJjy] Qx.jp.x70z Aoycp zyj Gxpxl 7oj XpiGzov Gjp.( 3 xivziv... 

2 Disciples immediats de Julien, ou rallies au parti de Lincorruptibilite 
que Severe avait combattu a Constantinople vers 510 (voir plus haut, p. 5-6). 



178 


LA CONSUBSTANTIALITE DU CHRIST AVEC NOUS. 


dialoguee qu'il adopte * 1 . A ce litre, il ne parait pas presenter des 
garanties suffisantes pour qu’on puisse se faire une idee exacte de 
la doctrine des Aphthartodocetes de Constantinople a l’aide des 
renseignemenls qu’il fournit 2 . Quoi <jn’il en soit de ce second 
point, au moins recusons-nous, pour les motifs exposes plus haul, 
le temoignage qu’on fait rendre a 1’adversaire de Leonce en cause 
de Julien d’lialicarnasse. 

Dans Particle dont nous parlions, M. Jugie allegue un texte qui, 
formule coniine il le traduit, donnerait a penser sur la justesse des 
idees de Julien touchant la consubstantialite du Clirist avec nous. 
Ce texte est cite p:ir Severe dans sa l,dire a Justinien , conservee elle- 
meiiie dans Vllistuire ecclesiastique du pseudo-Zacharie le Hheteur ; 
M. Jugie, qui lit le fragment dans la version allemande de Poeuvre du 
chroniqueur etablie par K. Ahrens et G. Kriiger, le traduit coin me 
suit: « Nous disons que le Christ nous est consubstantiel non par la 
faculte de soulfrir, mais par Pessence. C’est par la nature qu'il est 
impassible, incorruptible, et aussi noire consubstantiel 3 * * . » La 
traduction de M. Jugie est assez libre, car le texte allemand ne dit 
pas que le Christ ne nous est pas consubstantiel « par la faculte de 
soulfrir » *. En fait, le texte original n’est pas exactement rendu 
dans Louvrage de Zacharie ; le morceau est une Addition % mieux 
et plus completement conservee dans les ouvrages de Severe. Elle 
affirme (pie la consubstantialite du Christ avec nous resulte de ce 
qu'il est de la meme oiaiz ou cpuaiz (jue nous, et que ce n’est pas sa 
fayon de soulfrir, dilferente de la notre, rjui a porte atteinte a cette 
consubstantialite. 

Disons enlin un mot d un texte apporte par J. Junglas et J. 
Tixeront 6 en preuve <jue Julien aurait admis une transformation 


* Cfr PG, LXXXVI, 1270, C. 

i Nous avons deja exprime ces reserves en rendant compte, dans la Revue 
d’histoire ecclesiastique (t. XY T III, 1922, p. 580-581), de la contribution de 

F. Loofs ( Die « Ke\erei » Justinians) a Harnack-Ehrung , Beitrage fur Air- 
chengeschichte, p. 232 et suiv. 

3 DTC, fascicule XLV, c. 1004. 

‘ Die sogenannte Kirchengeschichte des Zacharias Rhetor , p. 202 : « Wir 
sagen nicht im Leiden, sondern im Wesen (ooefa) uns naturgleich ; also, 
wenn er leidenslos. unverweslich und wcsensgleich ist, so ist er von Natur »; 
cfr pseudo-ZACHARiE, IX, 16 (edit. Land, Anecdota syriaca , t. Ill, p. 284, 
1 . 12-14 = edit. Brooks, II, p. 129). 

3 Fragment 52. 

fi J. Junglas, Leontius von By\an^ t p. 103; J. Tixeront, Histoire des 
dogmes , t. Ill, p. 115. 



l’eutychianisme de julien et les modernes. 


179 


complete et radicale des proprietes du corps du Christ des l’union. 
Julien aurait ecrit qu’il ne se passait dans la chair du Christ oo ze 
zpoTzr^ oozz diyy'pzcriz, ooze aAAo«»< 7 ^, ooze y.E 7 x{ 3 oA* */j. Le texte est extrait 
d’un commentaire sur Job qu’on a attribue, de fail, a Julien 
d’Halicarnasse, mais a tort, croyons-nous. A notre avis, ce com¬ 
mentaire est I’oeuvre d’un arien, dont la doctrine subordinatienne 
est nettement caracterisee 4 . Ses passages dogmatiques ne discutent 
pas le probleme christologique, mais la doctrine trinitaire ; ils 
parlent d’incorruptibilite, mais c’est Vincorruplibilite de Voodix 
du Pere dont il est fait etat pour rejeter la consubstantialile du Fils 
avec le Pere , et non pas Vincorruplibilite du corps du Christ , qui 
legitimerait la negation de la consubstantialile du Sauveur avec nous 
selon la chair. 

C’est la, en particulier, le sens du texte cite par J. Junglas et 
J. Tixeront, une fois qu’on le lit dans son contexte. Dans 1 'idee de 
l’auteur, adversaire de Voucoo^tog niceen, le Logos ne pent etre 
consubstantiel au Pere (pie s’il y a eu une u.zzxdoGiz de la substance 
divine et des lors, division et changement de celle-ci ; or, c’est la, 
dit-il, une chose impossible, puisque le Pere, coniine d’ailleurs le 
Logos, est xcpOzpzog. Citons le texte et son contexte immediat, qui 
decrit les conditions d’existence du Logos : « ... '/.oyoz d; apEdtzEo- 
7(o; yEvouEVog, fio'j/.r,dzi v.x.i Oovxu.ei yzvvrflzrz, go tzxOei zr,z r po7zo)z y go 
O iaipZGEi zr,z ootjrxz ' x<p r jxpzoz y'y.p 6 yzwrpag co; xOx'jy.zoz, y^Qxpzog 
dz y.y.l 6 yzvvrfjziz v.xz'y. r/jv gc/.z'x.'j xzJx.'j ok u.o'joyzvr.z bzoz * zr.i dz rwv 
y.(p 6 xp 7 (t)y ooze zporzr, ooze otxipEdig ooz ’ y/'/.G : oz' 7 iz, oozz zpofioAY) oozz 
o.szxfio'/d, zrA'JGrfjryyi Oovxzxi * go y'y.p xo pfnr.oz g yzovrpyz x././.x Qeog 


yxkr\ go'j yj oozx zgo zccjzoxpzzopog 


/OZE GO'J 


xlrfji'j'oz xyiGz ... Ms 
opGooGLG'j zi zg aozoo (zipYjzz' yxp ozt xzQxpzoz), oozz 60.01007100 
(x.Goyzpizog yxp zdzi) *. II n’est done question ici ni d’incarnation, 
ni d’incorruptibilite du corps du Christ, ni de la consubstantialile 
du Sauveur avec nous, mais seulement de la generation du Logos 
entendue au sens arien, de l’incorruptibilite du Pere et du Yerbe et 
de leur consubstantialile mutuelle ". 


1 Voir Un commentaire grec arien sur Job , dans Revue d'histoire eccle - 
siastique, t. XX (1924), p. 38-65, et plus haut, p. 7 ct suiv. 

* Voir cc texte et d’autres passages dogmatiques du commentaire dans 
H. Usener, Aus Julian von Halikarnass dans Rheinisches Museum fur Philo - 
logie, neue Folge, t. LV (1900), p. 32^ et suiv.; L. Dieu, Fragments dogma¬ 
tiques de Julien d'Halicarnasse, dans Melanges Moeller , t. I. p. 194 et suiv. ; 
notre article cit£. 

3 II est difficile de voir dans ce texte, avec L. Dieu [art. cit., p. 196-197), 



180 


LA CONSUBSTANTIALITE DU CHRIST AVEC NOUS. 


VI 


Anlinestorien declare et monophysite dans la inline mesure, 
Julien admet, comine Severe et ses partisans, que le Christ est une 
(p-Jci;, un sujet unique. Son monophysisme n’a rien de coinmun avec 
la confusion des essences dont on fait grief aux Eutychiens ; il 
maintient en elfet apres Uunion la distinction en qualite naturelle 
des elements unis (diyfoGz vj r vj<jiv:r), tout en pretendant 

que la permanence de cette difference n’est que d’importance secon- 
daire en christologie (dix^oGz aSiycpococ) et ne contraint nullement 
ceux qui radmettent a recevoir les forniules diophysites. Sa theorie 
de r 'y/^jy.on'x absolue de la chair du Christ des l’union n’est pas 
davantage de Ueutvchianisme. En affirmant que le Christ fut toujours 
zcpOypro;, Julien entend dire que le Sauveur n’est pas tom he sous le 
regime introduit ttxgx cp^aiy dans la nature par le peche d’Adam et 
que son humanite n’est pas corrompue (cpOap ty). Grace a une nais- 
sance virginale, Ie Christ n’a pas herite de la souillure (jue la 
concupiscence des parents, dominant I’acte de la generation, trans- 
met a Uenfant qu'ils appellent a la vie, et il echappe, des lors, aux 
consequences qu’elle entraine. 

Une longue tradition a cru que Julien enseignait que le Yerbe, dans 
l'acte meine de Uunion, avail transforme en une chair dotee des 
prerogatives des corps glorieux, la chair semblable a la ndtre qu'il 
avait prise de la Vierge ; en Uabsence des textes authentiques, el le 
a pu inlluencer les travaux des auteurs modernes. Toutefois, 
controlee sur les pieces originales de la controverse et, en particu- 
lier, sur les textes authentiques de Julien, la conception classique 
d un julianisme eutychien ne nous a pas paru defendable. 


une attaque dirigee non pas contre les homoousiastes « qui affirment la 
consubstantialite du Pere et du Fils ni£e par Arius x*, mais contre « ceux qui 
disent que le Fils nous est consubstantiel ». 




CHAPITRE VI 


LA PASSION ET LA KESUHRECTION Itll CHI', 1ST 


I. La rt?a 1 il <5 de la passion du Christ. — II. L'y.nzOciz et Yy/javy.d'.y. du 
corps du Christ dans la passion. — III. Souffrances « naturelles » 
et « non naturelles ». — IV. Sou (Trances volontaires. — V. Le 
Christ consubslantiel a nous dans la passion. — VI. La valeur 
redenipliice de la jiassion du Christ. — VII. La resur¬ 
rection du Christ. 


I 


« Alors, ecril Michel le Syrien, la seinence de zi/.anie (setnee) 
par Jalien d’llalicarnasse coinmenca a pousser. 11 disait, coniine 
Manes, Marcion, Bar-Daican, que la passion du Christ avail ete 
apparente et non reelle; que, des I union dans lesein (de la Vierge ), 
Notre-Scigneur avait fait son corps iinniortel et impassible. II dit 
encore qu'il lit parailre en sa passion settlement des apparences, 
scion sa volonte, tandis qu’il ne soull’rait pas 1 2 3 . » Telle est lidee que les 
cercles officiels de l’eglise jacobile avaient conservee, au Xll w siecle, 
de renseignement tie Julicn sur la passion du Christ 5 ; c’est l’echo 
fidele des accusations qu uu lointain predeccsseur de Michel sur le 
siege patriarcal d’Antiochc, Severe, avait tant contribue a accreditor 
contre l’eveque d’lialicarnasse. 

Le grief de docetisme etait deja latent dans la Critique du Tome. 
« Que personne done, ecrivait Severe, ne nie la inort veritable et la 
redemption sous des pretextes insenses, (mort) que (le (Jirist) a 
eprouvee selon la chair et qui devait se passer dans un corps 
susceptible de soulTrir, de mourir et de se corromprc '. » On devine 
ce que sont ces « pretextes insenses » : c’esl le desir, mis en avant 


1 C/irom'que, IX, 27 (edit. Chabot, t. II, p. 224). 

2 Lcs passions (tt yJj'f]) du Christ dont il sera question dans cc chapitre nc 
sont pas sculement les souffrances de la passion ; ellcs comprennent aussi la 
faim, la soif, le sommeil, la fatigue, etc., en un mot, toutes les alterations 
physiques 6prouvees par le Sauveur. En fait, ccpendant, les textes de Julien 
ont surtout cn vue les souffrances de la passion; de la, le titre de notre chapitre. 

3 Critique {Vat. 140, 25/). 



182 


LA PASSION ET LA RESURRECTION DU CHRIST. 


j>ar Julien, de garantir Va<pOzfj<j:a perpetuelle ilu corps du Christ *. 
Le patriarche sYn ouvre davantage dans le Contra Additiones. t< Que 
quiconque, dit-il, soutient avec impieteet ignorance, sous le pretcxte 
de se faire le defenseur de Lincorruptibilite du corps saint, qu'avant 
la croix ct les souffrances volontaires et irreprehensibles, il elait 
iminortel el impassible, presentant coniine one apparcncc les souf- 
frances veritables et redemptriees et la inert veritable <jui nous a tons 
sauves, — car il est impossible qu’un impassible et un iminortel 
souffre reellement — ait part, pour sa condemnation, aux lenebres 
des Manicheens qui imaginent une apparence comine dans un songe 
nocturne,et qui disent apparence trompeuse lYconomie veritable*.» 

Ailleurs, Julien est nommement designe. « Si, dit le Contra Addi- 
tiones, {Emmanuel) fut iminortel avant la resurrection, comine a ose 
le dire le chaste eveque Julien, la mort redemptrice a ele une 
apparence et une vaine phantasia . Car e’est il un corps mortel qu’il 
appartient de inourir » Le patriarche assimile ouvertement son 
adversaire aux heretiqurs. « Voici, ecrit il, que tu te mets ii t’en- 
foncer dans une autre fange, coniine je l ai dit plus haul, celle de 
Valentin, de Manes et d'Eulydies, <jui disent quo le Christ a souflert 
comme dans une apparition menteuse de nuit *.» Julien ecrit conlre 
les Manicheens, niais Apollinaire n’a-t-il pas ecrit contre Arius ? 
« T’elTorcant de paraitre en dehors de la bande perverse des plian- 
ta^iastes, continue le patriarche, tu as ecrit dans ton tome etonnant, 
ii propos du Christ : a Ce n’est pas en apparence, niais en realite, 
qu'il a pave tout ce que je devais L » Mais comment ne serait-ce pas 
une apparence que ces souffrances d'un corps impassible et iminortel 
dont tu paries comme d une fable? Comment aurait-il pave la dette 
a notre place, celui qui n’a pas souffert nos souffrances irreprehen¬ 
sibles fi ? » Mais c'est surtouf dans le Contra Apologtam Juliani que 
Severe donne libre carriere a cetle accusation de docetisme et de 
lnanieheisine. Julien, dit-il, appelle apparence la verite; il tient les 
songes du docetisme; il a ete pris par le (liable dans les rets de la 
phantasia de Manes, etc. 7 . Qu'il sullise d’avoir note quelques textes 


1 Cfr le fragment 5 : ... z/ui]y v/jZW arf, y.z r jy.rj f j!.x ruvrytom 
yivi(j r jy.i z r /j y'j'Jiy/o; yivmulzvo'j ~r, r r t z zyfjxCjGizz T^yr,. 

2 Contra Ad Jit tones (140, 71 d). 

3 Contra Additiones ( Vat. 140. 72 /'). 

* Contra Additiones (Vat. 140, 92 t). 

3 P'ragment 28. 

*> Contra Additiones (Vat. 140, 92 c). 

7 Voir par exemple Add. 12158, 55 d, 66a, c, 68 c, job, 77 c, 78 c, 81 d, 
89 a, f ; 92 f, 9J d, 95 c, 102 b ; Vat. 140, ioi a, 104 b, 105 b, d, ioj c. 



LA REALITE 1)E LA PASSION. 


183 


de ce genre et d’avoir montre comment Faccusation de docetisme 
gagne en fermete chez Severe avec le developpement de la contro- 
verse. 

Ce ne sont la, pourtant, <pie des invectives de polemiste, car Jalien 
exprimait clairement sa foi a la realite de la passion du Sauveur. 
« Nous confessons, dit-il, que le Seigneur a soulfert et est mort vrai- 
ment dans sa chair j»rise de notre nature et consubstantielle a la 
notre 1 . » Excluant explicitement toute interpretation de ses formules 
dans tin sens docete, il anathematise celui qui sentient que c est en 
plianlasia ou en apparence que le Dieu Verbe, fait liomme et fait 
chair, aurait supporte les soufTrances dent il est queslien dans I’Ccri- 
ture *. Pareillement, il declare se separer entierement de (juiconque 
admettrait que Jesus-Christ aurait ete y.r.yfjry et y.Oy.vyzo^ en tant 
qu’il n’aurait pas eprouve les soullrances et la mort, ou qu’il les 
aurait produites en lui selon une apparence, en phantasm, mais 
sans soull'rir en realite \ « L impassible, dit-il, a souflert dans sa 
chair qui etait susceptible de soull’rir 1 3 * * * »; « lorsque sa chair soulFrait, 
c’etait lui qui soulfrait » Il enseigne que le Seigneur a goute la 
mort f> , et que c’est precisement pour acquerir la possibility de souf- 
frir, de mourir et de nous racheter par ses soullrances <pie le Verbe 
s’est incarne 7 8 . 

Dans sa deuxieme letlre, aussitdt apres avoir proteste de sa foi en 
la realite de l’incarnation, Julien confesse que le Christ etait 
r.y/Jryoz et r jvr,z6z *; « jappelle ~y r )r-6‘, dit-il ailleurs, mais je refuse 
d’appeler yiy.ozoz^ celui qui nous a confere VyyOy.ooly » En disant 
le Christ -y/rryoz et Ovryoz , Julien signilie parfois que le Sauveur a ete 


• Fragment 132 : Gy.oy.l zr, idly v.y.l zz y\ulwj y.yl ytjdv oyoouGirp 
y.'krfj&z ... 'zr.yfjz yy\ y.T.ziyvzv 6 yioioz. 

t 

2 Fragment 67 : si' tlz IzyzL ozi (oyvzy.Gly r, Govzfazi ir.zy^ivzv 6 izo^ 
loyoz aypyroOz 1; ... 7a r.y.Qr, ... * a. z. 

3 Fragment 69 : si r«; Izyzi ozi 'oz u.r, r.yfry y.yl iavazov r.ypydz- 
yoy.zvoz y.r.yfryz ry y.yl y/jy.vy.zoz ... fj otl Ooyrpzi 7 ] rpyvzy.GLy y.vzdz'iev 
y.vry yy.i ouy. yfzryi'y zr.y'Jzv ... ' y. z. 

{ Fragment 104 : 0 yrryO^z rr, Idly GypyJ r.y.iwv dzznxy zr.vfjzv. 

•' Fragment 111 : r.yOoiar^z zr t z Gypy'oz yizoi, y.vzo ; ry 0 r.yOdrv. 

f * Fragment 119 : lyzi^yzo zoi Qyyyzov. 

7 Fragment no : cha zouzo ryoxjzv zyuzo) ... 0 y.T.y/r'nz z'o d'jvy.u.zvov 

r.yOziv , ivy ~yQ 6 rv y.y.zy.oyrpr, zry zoyj ny.OoiV .vipyziyv ; efr les frag¬ 
ments 84, 134, 140, 146. 

8 Fragment 3 : T.yfhy'ov zoizov 6 y.oloyoiu.zv ... y.yl ... Ovryov. 

Fragment 27. 



184 


LA PASSION ET LA RESURRECTION DU CHRIST. 


pris de la nature nxOrgr, et ( rjr~r t 1 * 3 ; beaucoup plus sou vent, il vent 
dire ejue le Christ a reellement eprouve les soulfrances et la rnort. 
Dans b? second sens, ces qualilicatifs conslatent le fait des 
soulfrances : « nous l appelons r.xBrgiz en taut qu’il a soullert * » ; 
« celui au pouvoir de qui il etait de soulfrir et de ne pas soulfrir... 
est devenu ~x r jr~6- pour nous 4 » ; « Dieu incarne... s’est fait r.xOrjiz 
pour nous 3 * . » C’est ega lenient pour aftirmer (jue le Christ a soulfert 
que Julien 1’appelle dzx.7tx.iz zoi Oxvxzg'j et dex.zix.iz rwv t.xBwj '' ; dans 
ces expressions, en etfet, dzxztxiz no signitie pas « susceptible 
d’eprouver les soulfrances et la mortw, niais il caracterise Fetat de 
celui qui les eprouve en fait fi . 

Soltises et equivoques que tout eela, deelarait Severe ! « Si le 
Christ etait immortel et impassible au milieu des soulfrances, 
repliquait-il a Julien, quelle sottise n’est-ce pas de Fappeler r.x/rr-oz, 
r.i r yj'xi)z zi r.xBei'j ou dv/.zLxiz zd>y nx.OruLxzMV. et (Cavancer des mots 

- C 

vides de leur sens naturel 7 8 9 ? » C’etait la, disait-il, le jeu d’une 
habilete hypocrite qui voulait faire recevoir par les tideles une doctrine 
heretique \ Aujourdhui, on a fail credit aux protestations de Julien. 
J. Tixeront est scul, pensons-nous, a faire de Feveque d'llali- 
carnasse un docete attarde mais il a ete indnit en erreur par un 
texte qui n est pas de Julien et qui, d’ailleurs, parle de l’incorrup- 
tibilite de la substance divine el non pas de I’acpOapja du corps du 
Christ *°. 

II 


Julien affirme frequemment que la mort et les soulfrances ont 
coexiste, dans le Christ, avec Yxt.x/jzlx et Yx/jxvxtj’a. Anathenie, 


1 Fragment 31 : zzxQrgiv ... zi cwp.a ... dzi zx, zr t z r.xirg^z x.x.1 Bvrg^z 


yjZZ'tiz £/ ' 


/ r 


* Fragment 129 : ux r Jr,ziv 0* Azyouzv xx r )i zr.xOzy. 

3 Fragment 77 : zyzvzzo iineo yj [iMV TtxOrgbz. 

* Fragment 130. 

3 Fragment 1 : (dz/.ziv.iz) x'jzoi zo\j Oxvxzov; fragment 104 : i xr.y c Jr t z... 
ir.xizv * zvj r jiv anx.Qo'iz r,v ~xBgz ~xBgxzgz zf, id x uapxt, xx\ Ota 
zxzzY)Z yzyove rrov TriOwv ozxzrxoz. 

« Sur ce sens de dzxztxiz , voyez, outre les fragments 1 et 104, le hag- 
ment 2 : o'j yxp oiu.xt dzxzixov zrz zBggxz /zyevOxi ziv zy;j oiooctv uij 


OE1X.U. ZVGV. 


7 Troisieme lettre a Julien ( Vat. 140, 15 d). 

8 Contra Apologiam Iuliani {Vat. 140, 101 e). 

9 Histoire des dogmes, t. Ill, p. 115. 

*® Voir plus haut, p. 179. 



L’anaGeia ET l? cr$xvxfjl<z DU CORPS DANS LA PASSION. 185 


dit-il, a quiconque pretend que c’est en ne supporlant pas les 
souffrances et la inorl que le Christ fat znxOqz et zOzvzt oz ! II confesse 
au contraire, quant a Ini, que le Christ les a vraiment eprouvees, et 
(pie c’est dans les souffrances monies qu'il a etc xnzOyjz et dans la 
mort meine qu’il a etc y/jyyxro; 1 2 . 

II est important de noter <jue ee n est pas au Christ coniine Dieu 
que Julien attribue ces prerogatives d'xr.xQziz et d'zOzvzaiz dans la 
passion, mais au Christ coniine honime. Ses adversaires ne s’y sont 
pas trompes ; Severe, notaminent, lui reprochera de tout confondre 
en ne faisant pas, a ce propos, une distinction recue par tons *. Les 
textes sont, en elfet, explieites. Julien parlait de « Vzr.y.Oeiz du corps 
du Seigneur dans les souffrances 3 4 5 », ou « du corps du Christ qui 
ne s’etait pas depouille de son y.TtxQeix et de son aQxvzt7\z au 
cours de la passion * » ; il disait meine que le Seigneur n'eut pu 
ressusciter, s‘il avait ete depourvu tie ces prerogatives avant la 
resurrection s . De nieme, quand il parle de Vy.rp r )zp<j(z s de L y.Oyyy.niz 
et de VzTzzOeiz devenues proprietes de la chair du Verbe 6 7 8 , c’est 
sans doute a I'union qu'il en fait remonter le principe ; en elfet, 
outre 1’appui que les textes que nous venons de citer apportent a 
Cctle interpretation du passage, on se souviendra que VzyOzpw'x 
n’avait jamais abandonne le Christ, meine au temps de la passion \ 

’ Xr.y/jr,z selon la chair, dit encore Julien, le Christ s’esl fait volon- 
tairement na.Oryoz pour nous K . Los deux seuls passages conserves 
do sa IHscussion arec les nestoriens Achille et Victor mettent le fait 
en pleine lumiere : distinguant le Christ comine Dieu et corame 
honime, ils le declarent y.nzOr^ sous les deux rapports. Le Dieu fait 
homme et incarne, dit l’un d’eux, est reste y.Ttz c Jr t z dans les 
souffrances, meine selon la chair 9 ; le second est encore plus 


1 Fragment 69 : ei tlz... u.rj oy.o'/.oyzi zjt'ov zv 7 oiz T:xOz<Jiy y.nx r JY> yjzi 
ey to) Euoroi'h Oxvztm aOa.yy.zoy... y. i. 

» J 1 * 

2 Troisicme lettre d Julien ( Vat. 140, 9 c et suiv.). 

3 Fragment 57 : Tr t ixyJ,yzi... Try dwxu.iv zr,z y.r.y.Ov.y.z zy tolz ny.Oeortv 
toj zvpiaxoCt crcoo.zToz. 

4 Fragment 45 : to (jow.x... u.r, oLuOGTrpyy zy tojtolz zry iQizv xnzOzizv 
xat aQyyy(jr'yy. 

5 Fragment 121. 

Fragment 118. 

7 Fragment 16 : T.y.Oovzoz to'j rrovj.y.Toz .... otryz/.C)z zy ccjtm ziipzOr, r, 

xyOapalz. 

8 Fragment 77 : (jxpy.i y.TizOr,z vity.pywj... zyzvzro ttzGyjtoz. 

9 Fragment 131 : 6 Ozoz... zy tolz ny.Ozatv zu.zivzv y.r.y.O'^z, v.ai v.xt'x ( 7 zpx.z. 



180 


LA PASSION ET LA RESURRECTION DU CHRIST. 


explicite : il affirme que le Dieu incarne a soufFert tout en etant 
znxCufc, et selon ce qu’il est, et selon la chair 1 * . 

No restat-il que cos textes des oeuvres do Jalien, on no pourrait 
deja plus adinettre qu'en attrihuant a la chair du Christ Yx t.x/jzix 
avant la resurrection, Feveque d'Halicarnasse \oulait signilier que 
le Christ no soulFrait pas, car les textes monies qui attrihuent cette 
prerogative au Sauveur maintiennent trop clairement que les 
soulFrances do la passion furent reelles. En fait, Jalien vent carac- 
teriser par ces expressions lo mode unique do soullrir et de mourir 
qui fut celui du Verhe incarne, et y.r.xQr,; y prend la valour d un 
adverbe ; le Christ, dit-il Iui-meine, sest fait TraOyjro; d'une maniere 
qui etait xt.xOy,; : txOyjoz yiyovzv xtxOmz i . Appliquons-nous a deter¬ 
miner la condition quo .1 alien reconnaissait avoir ete faile au Christ 
dans les soulFrances, pour expliquer ensuite comment il en vint a 
Texprimer par une terminologie qu’on qualifierait facilement do 
paradoxale. 

On est frappe, des I’abord, de rimportance que prend, aux yeux 
de Julien, le caractere volontaire des soulFrances et de la passion du 
<Hirisl. II le souligne a tout propos. « Le corps du Christ, dit-il, 
soulFrait volontairement (zx. 7 j 7 i'(*iz) 3 » ; « il faut confessor (jue c’est 
volontairement et vraiment qu’il a supporte les soulFrances et la 
mort 4 . » Les expressions zxowmc, znx r jzv 5 * 7 et ojx xyxyxin ((p^sco;) 
ijrxBsv reviennent frequeinment dans ses enonces ; parfois mrine 
il les reunit '. Le correctif qu’elles contiennent lui semble etre le 
complement naturel de i~x c jzv, car il Lintroduit dans des contextes 
qui n’ont aucuneinent pour objet d’otablir le caractere volontaire 
des soulFrances du Christ. 11 Lajoute, par exemple, a des citations 
bibliques 8 ; il parle du Christ glorieux qui, desormais, n’admettra 


1 Fragment 130 : Q-i; ypx 7xpxcoQzi? It.x/jzv, xtxOy,z rov xxB' zauziv zz 

XXL XXZX 7X7/X. 

* Fragment 130. 

3 Fragment 16: r.xQovzoz zx/j'j 7 u.oz. .. z 7 j 7 tju.xzoz. tcxQ^zoj... 

1 Fragment 45 : z/. 7 j 7 Jt)z mz xkr t r J r *)z imz(J.zivzv t.x/jy,... 

s Fragment 69 ; 5 ixov7>Oiz nxpxdzzxy.z'joz zx t.x/jy, ; fragments 77, 130 : 
zxvj7trj)z zyzvzro t.xBy-oz ; voyez l’expression r.xB'r, sxoj7ix aux frag¬ 
ments 34, 54; cfr les textes cit£s aux notes 3, 4, 6, 7 de cette page. 

(i Fragment 98 : ZT.i7zxrj.zy7J Z7 j u:r t xxz xyxyx.Y'j r.xBoyzoz ; frag¬ 
ments 133 : (ojx.) xvxyxY) ZJ7Z r oz “iOcoy... y;j zyoyoz. 

7 Fragment 132 : 6u.0Y7y7jy.zy ozi ... zxo'j7 Jj)z ztx/jz ... y.Yi xxz x.yxyxY,y 
(p*J(7Ew; iuo/Jsyoyyzzz x.jz 6 y xxzxfirjyxi ziz zzjzo ; ctr les fragments 4, 42 : 

zx. 7 j 7 .roz xxi ojx y.yy.yxr, <p^<7SG);. 

* Cfr les fragments 4 et 42, citant Matth., VIII, 17 et Rom., \ III, 32. 



L ’txTZxOetx ET e'xOxvxglx DU CORPS DANS LA PASSION. 187 


plus volontairement des soufirances en lui 1 ; il oppose « soullrir 
en apparence » a « soullrir volontairement 2 3 ». A ces soufirances 
volontaires, ou mieux spontanees, du Sauveur, Julien oppose les 
ndtres, qui sont des soufirances necessaires, forcees et subies par 
i ecessite de nature : « le corps du Christ, dit sa Proposition VIII, 
n’est pas toinbe sous Faction violente des soufirances et de la inert 
en vertu d une necessite de nature, coniine c’est le cas pour nos 
corps s »; (( nous soutfrons en efiet independamment de notre 
volonte tandis que le Christ a soulTerl volontairement 4 * * . » 

Julien no se lasse pas d insister sur Fenliere liberie du Christ dans 
la passion. La soufFrance, dit-il, n’avait pas puissance contre le 
Sauveur ; la inert non plus n’exereait sur sa personne aucune 
domination tyrannique 0 ; a la dilFerence de ce qui arrive pour nous, 
elle ne s’en rendit pas maitresse 7 * * 10 , ne fut-ce que la durec d’un clin 
d oeil °. C’etait d’ailleurs une des lois de Feconomie, que le Christ, 
au lieu d’etre demine ou abaisse en prenant contact avec notre 
nature, la dominat et Felevat a Ini ,J . Cette loi se verilia particuliere- 
ment dans la passion : si le Christ v fut mis un instant dans une 
situation inferieure, ce fut pour renverser aussitdt les roles et 
reprendre le dessus Certes, il endura les soulFrances et la inert, et 
a ce litre, il fut nxOryoz et Gvy ( ro;, mais il fut plus fort que la souf- 
france el il foula la mort aux pieds 11 . Pleinement libre dans la 


I Fragment 34 : O'jzzzi G'jryyysorpzi Toiz kx/jzglv zzo'j 1 TtVo;. 

- Fragment 67 : v. tiz Lzyzi on (pxvTXGiz r t oo'/yGzi iinzp.zivzv t'x t.x/jy,... 
zxi oh/ zzoon :o)c ... * x. z. 

3 Fragment 49 : (cox) zyzviTO to guvj.x iir.o Try tmv nx.Oorj x y.i too 
Oxvxtov yixy xvxyzr, 'P'JtJt'zf, zxtx t'x Yju.ZTZOy govj.x.tx. 

i Fragment 52 : xoroz zzo'jgigjz irxOzv, rjuziz o'z ... zzougi w; r.xuyouLZv. 

■ s Fragment 83 : u;r\Ozuxx toyj r.u.ZTZOoyj xU.ou'ogzoyj xvxyr/oG xvtoz x.iiTov 
to'j t.xOo'jz , O'j /zyo) oti x xt' x.jtov Ig/Z'j zgxtoz. Le texte joue sur lc 
double sens de ~x/joz : puiscjuc la passion de la concupiscence n’a pas 
infects la conception du Christ, la souffrance n’a pas pouvoir sur sa personne. 

f * Fragment 74 : zinz to'/.u.x Izyziv zzzpx.Try.zvxi ... c jxvxtov too govj.x.- 
toz Too xvpiov yvmo ... a. i. 

7 Fragment 93 : bix n Oxv ... ryzrfjr, zxi zx.TZGyzOr, into too Oxvx.zo'j , 
zx.v yobvov zivx ; 

H Fragment 106 : cox ... •zjjx.zrfrr^ zxv ooiyov w; onr'ry dyOxAu.o'j. 

II Fragment 55 : py zoxto'juzvoz f, xxtx/Qz’.z, xu.x xpy.zrpxz zxi 
xvxyx.ywj ... 

10 Fragment 105 : jr.x.ySziz xai ryzro.x. iiuou.z'.vxz. zv Oz'a Oj'jxu.zi 

* r . , ,y 1 1 ' 4 

C vzzpzyzv Try zxciv. ^ 

11 Fragment 3 : £1 dz -y/rrybv ... oy.oSoyo'jp.zv ..., x/'/.x zxi zoyj t.x/jwj 
X pZLTZOVX ’ Zxi ZL Oy/jTCV, y.l'/.X '/.X.T X~ XT'S G X.'JTX. TO'J 0 XV XT O'J. 



188 


LA PASSION ET LA RESURRECTION DU CHRIST. 


mort, il a>ait en son pouvoir tie soulFrir et de ne pas souirrir 1 ; 
c’etait lui, et non pas la mort, qui avait 1 initiative ; les souftrances 
n’avaient pas deploye leur puissance en sa pcrsonne *, mais c’etait 
lui, an contraire qui, dans la mort ineme, avait exeree la siennc 
contre la mort et la sou (Fra nee 3 . Julien en voyait un rcmarquable 
exemple dans la deseente du Sauveur aux enters et, avec la tradition, 
il appliquait an Christ les paroles d'lsaie et de Job : en le voyant, les 
gardiens du Sheol avaient fremi d'epouvante; survenant en ces 
lieux, ou la mort exeiyait un empire tyrannique sur tous ceux que 
lui ax ait litres le peclie d’Adam, le Christ avait parle en dominateur ; 
aux captifs de la mort, il avait (lit : a sortez ! », et a ceux qui etaient 
dans les tenebres, il avait dit : « recevez la lumiere ! » ; au lieu 
d’etre lui-meme prisonnier du Sheol, il 1 'avait depouille et fait cap- 
tit C De ces textes scripturaires, Julien concluait que le (Christ 
n’etait pas entre a I'interieur du Sluml et des portes de la mort; dire 
qu’il y etait entre, aftirmait-il, c’etait admettre qu’il y avait etc 
detenu (yzzoyoi) ; or, comment un detenu aurait-il pu tenir le lan- 
gage d’un liberateur 5 ? Sous ces images, Julien voulait exprimer de 
facon saisissante la liberte du Christ dans la mort 

Chez rhomme ordinaire, les soutFrances et la mort sont com pa- 
rables a des echeances ineluctables ; el les sont un chatiment; nous 
sommes des debiteurs (d'pztlzzzi), tenus (zyoyot) a les subir, chacun 
pour son compte personnel 7 . C’est le troisieme theme qu’exploit? 
Julien pour mettre en relief la liberte du Christ dans la passion. Le 
Christ, dit-il, n’etait pas debiteur 8 ; il n’etait lui-meme lenu a rien ; 


* Fragment 77 : 'ey rrj ico'j'jiy. iyuyj z0 TtaOziy xxl to [xr, r.xOziy, ou 
Kyoto; r;y zoy u:r, ny/jz’.y. 


* Fragment 59 : iy xitzr'o nx^yovzt oyy r,y ivzoyy. z'x 7 iz r Jr t . 

3 Fragment 141 : xpzzo; y.xz'z 7 ' ov r,rxZTZpo)y r.yfjwj ... v.y.t yy.zx zoy 

Oxvxzoj kdzwyj'Tzy. 

1 Fragment 59 (efr Is., XLIX. 9 et Job , XXXVIII, 17); fragment 115 : 
si: y.ooy xxzzfir, ... y.y.i xyz'ov zoy xor,y Z7yy/.zy7z y.xi r.yyyx/MZKJzy. 

■* Fragments 88. 89, 90. L’auteur des Chapitres contre les Julianistes conclut 
de ces textes que Julien a nie la mort et l’ensevelisscment du Christ (Add. 
12155. 113 d). 

'• L’aphthartodocete de Lconce dc Byzance recourait au meme exemple 

et employait les memes formules : yj \yyy zoy yyp'oy (pyffiv oyy £t;zsv - l r 

y.3oy xyzx/.iuirxyzzOyi... : yoxzz ; 7 f jy.t oy tt ztajKZ T.xyzxT.x7ty ; zr,z Toy 

. 

yOoy x yzoyr, ;; ylryozzox xxi ypz’zzroy Iz'jyyxyzy (PG, XXXVI, 1341, B). 

7 Fragments 143, 84, 117, 66. 

* Fragment 143 : yyz'oz ay; o'pzt/zzr,;. 

9 Fragment 132 : ojzo; oyy zvoyo;. 



liOLltafkia. ET h'ocOxyy.fjlx DU CORPS DANS LA PASSION. J 89 


il n’avait nulle dette ou obligation 1 2 3 4 * 6 ; il n’avait nul bcsoin ni 
necessite de soufTrir ct do mourir pour Iui-mdme ou de so sauver lui- 
meme * et s’il souffrit, c’est pour nous. Aussi, les mols Gt: 10 yjuow se 
joigncnf-ils naturellemrnt a InxOev sous la plume de Julien et le 
texte de la I Petri ( IV, I) : XpioroO 7i xOoyrog vttzg t,(jlw Tap/.:' esl-il pour 
lui plein de sens, car il \ lit la justification scripturaire de ses idees 
favorites : si le Christ a soufl’ert it kzo ty/ov, ce n’est pas pour lui- 
nieme ; des lors, il n’a pas soufTert necessairement. « Si quelqu’un, 
dit Julien, entend le mot de Pierre : « le Christ a soufTert pour nous 
dans la chair », il ne peut eerles penser (pie c ost pour lui-meme 
(jue le Sauveur a soufTert; or, s’il avait etc tenu de souffrir et de 
mourir en vertu d’une necessite physique, c’est lui-meme qu’il 
aurait cherche a sauver et non pas les autres *»; et ailleurs : « .\ous 
confessons, dit-il, que le Christ est morl volontairement et non pas 
en vertu d’une necessite de nature. Pierre le dit en efTet : « le 
Christ a souffert pour nous dans la chair » ; or, celui qui a souirert 
pour nous n’a certes pas ete tenu lui-meme ;i . » 

Le Sauveur devait cet etat privilegie et unique dans les souffrances 
el la moit a son immunite ahsolue par rapport an peche. Le Christ, 
dit Julien, n'etait pas debiteur, parce qu'il etait sans peche c , et il 
rejette la theorie de ses adversaires parce qu’clle revient a dire 
que le Christ, non pecheur pourtant, a du quelque chose pour 
lui-meme 7 , alors qu’il n'v avait rien en sa personne de ce chatiment 
qui nous frappe tons en raison du peche 8 . Le Christ, disait-il, n’est 
pas tombe dans la niort, parce qu'il n’est pas tombe sous le peche 9 10 ; 
il niait par la, non pas que le Christ tut reellement inert mais (jue 


1 Fragment 49 : jj:r t Xz/.zzoy... z'g f 7 r >)ujx ... v.xzz 71 vjoyoy o<pAyjpw:rcov. 

2 Fragment 83 : gCozum- uwJ'l.rpz Oi zzjz'gv -yfjv.'j zav zg'j rz c’wjetv. 

3 Fragments 67, 77, 130 : zy.G'j 7 l co; itnzp r,[j.wj (inxQzv) ; efr fragments 42, 

4 8 > 143. 

* Fragment 133. 

3 Fragment 132 : zxovvito- ir.yfjz... u.r, v.yz xvxyy.r,y cpytizco ;... * Xpcc ’zgz 
yap, eepy; 6 llirpoc, 'itn'zp rjfX'iw zr.xOzy capxf * g vz itnzp TraOwv, 

oitzoz oir/. zvoyo^. 

6 Fragment 143 : xi> 7 Gz uly] «v 6 ^zi).zzr t z ozi v.y.l zvzpxpzr-o^. 

7 Fragment 135 : zg'j ovy apta.prco/ov /. zyzi; itr.zp zx'jzg'j ocpzO.Gyzx. 

8 Fragment 116 : g'jg'z yxp d'jvxroy, a.vOpcoTT'V/j; ay.G/.'o; idixz yzyo^zy^z 

zo'j Qzg'j, y.jzti emyzvzdOxi zi rwv zv zxzzl ziuutpiyz x'jzt, ZuZivzlQovztov 

Olx zyiv y.’j.xoztyy. 

1 1 r 

9 Fragment 103 : oit yxp itnznz'Jzy :m Oyyy.zrp znzl g'jOz zr, y.(j.ocpz(x. 

10 C’est pour nier la resurrection, ecrit, l’auteur des Chapitres contre les 



190 


LA PASSION ET LA RESURRECTION DU CHRIST. 


la mort eul exerce sur lui son empire. S'il pretendait que les souf- 
frances n’etaient pas actives dans le Christ *, c’est paree <|ue le 
peche non plus n’etait pas actif en lui. L’aiguillon de la mort, (lit il 
en eitant la parole de PAptitre, e’est le peche, et si cel aiguillon ne 
pique pas, ce n est pas la mort qui est active, bien qu’il puisse 
sembler que c’est el le (jui agit *. Encore une fois, ces enonces ne 
signilient pas que les soullrances du Christ n’etaient pas reelles * 1 2 3 * 5 , 
mais seulement que, denudes de tout pouvoir d’initiative tyrannique 
sur sa personne, elles ne pouvaienl exercer en lui leur action que 
dependamment de sa lihre volonte. Celui qui jugeait les choses du 
dehors n’apercevait pas ce qui faisait de la mortdu (Christ un pheno- 
ineneunique; ignorant du mystere, il pouvait juger que le Christ etait 
un Ovryoz ordinaire, sans pouvoir sur sa mort et domine par el le. En 
effet, pour le Sauveur coniine pour un autre homine, la mort n'etait 
rien d’autre que la separation de Paine et du corps ; pourtant, une 
difference profonde separait son mode d'action dans Pun et Pautre 
cas ; sur le commun des homines, la mort avail puissance, parce 
qu’elle trouvait en eux le peche, tandis que sur le Christ, son pou¬ 
voir etait vain, parce que son aiguillon, le peche, n’existait pas dans 
la personne sainte du Sauveur \ 

Cet etat de parfaite liberte el independance dans les soullrances 
et la mort est celui de \'y r Xso7o; ; c'est la condition de celui qui est 
izzOryo; et Ovyjzo; , mais non pas a la maniere d’un < iQsozo; . Gardons- 
nous de dire, ecrit Julien, que le corps du Seigneur fut nsQryov et 
Qvryov en vertu d une necessity et des lors (pOaprdv, et tenu par les 
necessites physiques ; confessons, an contraire, qu'il a souffert et est 
mort volontairement 5 . Si Pon ne pent dire qu’une mort destructrice 


Julianistes [Add. 12155, 123 a), que Julien a dit que le Christ n’etait pas 
« tombe sous la mort ». 

1 Fragment 59 : zv a*jro> r.y.zyovzt osv y,v zvzpya. z'er. ti y/jy]. 

2 Fragment 37 : 7 0 3 z vivzoov zov Ozvy.rov Y] suzozis... r, zs.v u.r t vzvzy,, 
oh/, kvzoyzi 6 Qy.vs. 7 o;, v.sv vou.iC.rysi eveoysiv (efr I Cor., XV, 56). 

3 Commentant le fragment 37 dans VAdversus Apologiam Inliani {Add. 
12158, 63 a et suiv.), Severe assimile Julien aux phantasiastes; les Chapitres 
contre les Julianistes ont suivi son exemple (Add. 12155. 113 c). 

* Fragment 108 : 6 yzp Os.vszo; ovOzv sX/.o zariv et uyj Try ’^vyry 
sTtoyrdprpi; x~o zov 7'i)uy.7o;. Avvsrov Os xoszr/jrjvsi zov Yiuspzr/.ozs. * 
7ov o'svxuy.pzryov, ur, zvsoyovvzo; iv sv ro> zov vivzpov zov Qsvzzov, 
itTZ zvzov voxzrBr.vst ov Ovvszov. v.y.v ui/.oov 71. 

• s Fragment 45 : ur, /zvzzov 76 crtifjuz zov vvolov y,u.^v ~x r jryov xsl 
Qvryov co; zvs.yv.ry vz\ v.xz's zovzo (pQxozov, xxi :wv svsy/.chv <f>v7i*rdy 



h’znzdeiz ET L * zQy.vy.Gio: I)U CORPS DANS LA PASSiON. Ii4 


s’est rendue maitresse du corps da Seigneur, c’est <jue ce serai! la le 
supposer soumis a la (bOopx, aux soull'rances et a la mort sous 
l’empire d’une necessite *. Julien voulait bien adinettre que le Christ 
avait etc TtzO^oz, mais non qu’il cut ete (pGapro; * i 2 3 4 * 6 , et il on fournissait 
dejii la raison dans sa deuxieme lei Ire a Severe : -zQr^oz et Ovyjro;, le 
Christ l’avait etc d’uneinaniere absolument unique parce que, dans les 
souffrances et la mort, il avait domine la mort s . Par ailleurs sembla- 
bles aux ndtres, les soull’rances et la mort du Christ n’avaient aucun 
caractere de (pQopz *, parce qu’elles etaient volontaires et spontanees, 
et que les soull'rances ne s’appellont pas cpOoGz lorsqu’elles 
ne dominent pas celui qui les supporte de sa pleine volonte ’’ ; 
le Christ, disait-il encore, a participe aux soiillrances naturelles et 
volontaires, <jue certains nomment cpOooi Aussi s’opposait-il a ce 
qu’on appelat les soull'rances du Christ corruptrices ou destruc- 
trices 7 ; il a goute la mort, disait-il, mais non pas la mort corrup- 
trice 8 * 10 . Julien Padmettait : le Christ avait semble (gOxgtgz dans la 

i i 

mesure oil il avait paru soumis a la puissance de la mort <J , mais sa 
resurrection, disait-il, avait bien montre qu’il etait un nzO^z6z et 
Oyy-oz d’un genre tout particulier, e’est-a-dire, un ztpOxpToz ,w . 

Ces remanjues eclairent une phrase du Tome qui pourrait servir 
a resumer les rapports que Julien ctablissait entre I'ztpQz.po-r'z et 


zyoyoy, a/./.* ou.o/.oyrfrzov otl zy.oi/JLGjz coz x'/.rfjoiz it-zfjziyzy r.xfjr, (Joir^pia 


•jTTcO yuwj y.y.L ox.yx. 7 oy CGJor.GLoy. 

i 

1 Fragment 74 : si 712 7 QAujx "kzyziy /.z/.pyzry.zvzi dlzOptoy Oxvxtgv Toil 
f 7 G)fj.y. 7 GZ to j y.'jp'.o'j Yjtj.ow g)z 77,2 (pOopzg Z'jO/oj •£ zyzyy.^z, y.xi 
TCxQod'j y.yl 7 O'j Qzvxtg'j , x. i. 

2 Fragment 27 : Tizdr^oy uzy z.zyG), <p6zp7oy oz odx xyzyoyai Azyziy... 

3 Fragment 3. 

4 Fragment 126 : oo7Z yxp nzOonv zpOxpYi ... ; fragment 7 : fj.ridzu.iz^ 
tyQopZZ Y.T7TUZ'J0'J ... £V 6 X'JX7G). 

Fragment i8 : 7 x r.xOr, oi> Azyz 7 zi (pOopx, ... 07 x.v u.x'/.i(J7z ur t y.pznr) 
... 70 'j ( 3 o'j’koy.vjoj r.y/jzl'j. 

6 Fragment 54 : ey.oivoinrpz yxp yjptfy rwv kxQgw 7gw sxoutiwv y.xi 
(pXJdLXWJ XT.Zp 7 L'j'z^ (pOopy.V TZpOG ZyOpt'JG'JGL'J. 

7 Cfr fragments 73, 74 : drzOpLOz , cpOoporzoLOz. 

8 Fragment 119 : \yzdax~G 70 ‘j Oxvxtov... gj d'z 7oi> (pOopoTZGiG'j, 

* Fragment 6 : z'jgulCzzo fxo'jov 1:po 7 r,z xvx(J7XGZG)Z (p r Jzp 7 oy ; frag¬ 
ment 91 : 'ey roi; (pOzp 70 L 2 zvoytaQr,. 

10 Fragment 11 : xa 1 yxp Z(p' w dixxpivoyTxi on dix 7 rjz zy'z uzaoy 
TrpoaXr^ZGiz 7G)y 7/jz r;uz7zpxz zcOzyeizz oir/. r;y zcp0zp7oz 6 7 'x. tixCy] 
Ttxpzdzzzy.zyoz, dix 7oi> 7 ZA 0 ‘jz zdryd^Oy. 



J 92 


LA PASSION ET LA RESURRECTION DU CHRIST. 


les soulFrances du Christ. Aux adversaires qui lui opposaient qut* le 
Christ, en se faisant homine, avait du prendre, avec le corj>s, toates 
les infirmites du corps, la corruption, en un mot, Julien repondait 
qu'il etait plus juste de dire que, tout en gardant a la nature en sa 
chair ce dont elle soufFre en nous coniine d’une nialadie, le Sauveur 
avait neanmoins montre en lui une nature a I'etat sain et non 
melangee de corruption Ces inlirmites de notre nature sont les 
soulFrances et la mort avec leur long cortege de miseres ; le Christ 
les a prises toutes, inais en pleine volonte et independance* ; aussi 
ne revetent-elles pas en lui un caractere de cpOopa. Le Sauveur 
voulut passer par nos epreuves, mais leur aspect moral fut autre 
en lui et en nous: ce qui est cpOxorov en nous, etait en lui x(p0xp7ov $ ; 
ce qui en nous est Gvyjrov etait, en lui, xBxvx7ov 4 ; et la raison en est 
obvie : ce qui, en nous, est dans le peche, etait, en lui, completemenl 
soustrait au peche s . 

C’est cette x r pBxpv : .x du corps du Christ dans les soulFrances et la 
mort que Julien qualifiait {VxnxBeix et d 'xBxvxaix. a Ne disons pas, 
ecrit-il, que le corps de Notre-Seigneur etait izxBrjov et Bvy\7ov en 
vertu d’une necessity, et des lors c p0xG7ov. et sounds aux necessites 
de la nature, mais confessons qu’il a soulFert volontairement et 
vraiment pour nous les soulFrances redemptrices et la mort vivi- 
liante, sans se depouiller de sa propre xr.xBztx et xBxvxgix , mais, au 
contraire, pour nous en gratifier * * 3 * * 6 .» Le corps a soulFert et est mort : 
a ce titre, il est dit r.xBr~ov et Bvr\7ov ; mais il n’a pas soulFert neces- 
sairement et comme un corps cp6xp7ov : a ce titre, il est dit avoir 
sans cesse conserve Vxv.xBelx et YxBxvxgIx 7 . « Dire que le Christ a 


* Fragment 29 : x1y]Bz77Zg6v Z77i 7 0 Azyziv ori (pvAxddw ryj ®^7zt zv 
7Y) lOlX 7XGYJ X OlX 70 <xloyOV VZV07Y>YEV EV /JULY, iiyLX XHZ0ZL1ZV ZV X'J70) 
TY,V (p‘J>7CV X[J.l'/.70V (pBoGX. 

* Fragment 4 : 0 7x ~y.Br> rifJMV Axfjwv Yxi 7xz voaonz y,'j.mv ^x77X7xz 
(cfr Matth., VIII, 17 ) ZYO'JGiteq yxi O'jY xvxyYY, (p'J<7Eco«. 

3 Fragment 55 : 7 0 zv r t fjlv (pBxp70V, zv 7 m loyco xtpOxprov; fragment 126: 
z(pxvr> yxp x(pBxp7og zv oU oi xvBpconot (pBeipovra 1 . 

( Fragment 55 : 7 0 zv r\filv Bvr~6v, zv 7 rjj Aoyoy y.Bxvx 70 v. 

s Ibid. : 70 ZV TilJLV ZV XfJXpTLXy ZV 7p) AOyG) XVXULXG7Y,70V. 

fi Fragment 45 : a r, ).ZY7Zov 70 (TO)ux... nx0y]7ov yxi Bvrjov W 2 c : * 
xvxyY.r>z yxi yx.7x 70\j70 (pGaprov..., a/./’ oiJOAoyr\7Zov 671 £y.ghk7ig )?... 
'J7T ZfJElVSV TiX-bn... YXI BxVXTOV ..., U.Yl X~077Y,7XV ZV 70'1>70LZ 7Y]V loixV 
XKxBztXV YXI xBxVX7LXV... 

7 Voyez aussi le fragment 55 : 70 zv Y,fjiv cpOapTov f zv 7 M Aoyoy x(p0xp7ov * 
Yxi 70 iv r t uiv Gvrj70V, zv 7r.> loyop xBxvxtov. 



L’aTT xOzix ET L xQavxdix DU CORPS DANS LA PASSION. 193 


souflert coinnie un uxOnzoz, declare encore Julien, ce serait signilier 
qu’il a etc souinis aux souifrances en vertu d’une necessite de nature 
et sans que sa volonte y ait eu part 1 » ; des lors, dire qu’il a soullert 
comme un x.nxOr,;, ou x.-xJj&q 2 3 * 5 * signiliera qu’il a soulTert sponta- 
nement. II n’v avail done pas de contradiction a parler, coniine le 
faisait Julien, de « VxttzOslx du corps du Christ dans les 
souifrances », et de I'xnxQsix et de Vx.Oxvxaix dont ce corps jouissait 
avant la inort et la resurrection ’ ; ce n'etait ([ue l’expression de la 
prerogative d'xyOxpe’x dont 1’humanite du Christ avait etc dotee des 
le premier instant de son existence. 

Le Christ, disait Julien, etait t zx r jr t zoq et Qvrjoz, — il eprouvait 
reellement les souifrances et la inort, — inais il ne soulfrait pas a la 
maniere d’un -xOryoz (ordinaire) et il ne inourut pas a la fayon d’un 
Oyyjroc (ordinaire), e’est-a-dire, d’un vOxpzoz. Pour exprimer cette 
condition unique faite au Christ dans les souifrances, Julien parla 
du Sauveur xi raOw; r.x r jr,z6z *, ou, en un seul mot, x-nxfyz (e'est- 
a-dire, non-r.x/rr-6z) dans les souifrances et x-Oxvxzoz (e’est-a-dire, 
non- r jv/}z6z) dans la inort la negation que ces termes incluent porle, 
on le voit, non sur le fait des souifrances et de la inort, inais sur la 
fayon de les eprouver qui est celle du cpOxpzoz. A~xOr t q comine Dieu, 
le Verbe incarne, disait Julien, se trouvait etre aussi x~xOr,q comine 
hoinme 0 ; il disait meme que Dieu, fait honime pour soulfrir, 
« resta xr.x/j^z, meme coniine hoinme 7 ». On ne se trompera pas sur 
le sens de ces manieres de parler, car el les ne sont qu’un oxymoron. 
C’est en elfet le terme seul qui reste , et non pas sa premiere accep- 
tion, quand elles passent de la consideration du Christ comme Dieu 
a celle du Christ comme hoinme, car les deux membres de phrase 
prennent le terme xtz xfrr { q dans des sens different*. En elfet, Julien 
distinguait Yxt.x/jzix qui convient au Christ comme Dieu de celle qifil 
lui attribuait selon son humanite ; la premiere est I’impassibilite des 
substances simples ; la seconde est la parfaite liberie dans les 


1 Fragment 120 : ro yap z'meiv ozi oaq nx 9 r t roq zizxOz G^yxivei xvzhv 
y.x.z' xvx.yy.ry (pjG’txYjv r-zrf/ryxi rcov TraOcov xai r.xpx Try Qilrpiv xjzo'j. 

2 Fragment 130 : nxOryoc, yzyovzv x~xOm;. 

3 Fragments 57, 121. 

* Fragment 130. 

5 Fragment 69. 

(i Fragment 130 : Ozoq xox G’xpxcdOziq enxOzv, x.~xOr t q wv xxJj zx.vzov 

Ti XXL XX~X (JXpXX. 

7 Fragment 131 : 6 Ozoq... zv zoiq ~x.0z<jiv zu.zivzv xnxQr,z, xxl xx.zx 
axpxx. 



194 


LA PASSION ET LA RESURRECTION DU CHRIST. 


souffrances et la mort en celui qui a souffert et est morl autrement 
que les homines ordinaires, les yQypzo', les raOyjroi et Ovrjroi', les 
« mortels ». C’est dans un sens analogue, on s’en souvient, quo 
Julien parlait du « cor[>s atyOaorov du Dieu a^Oapro: ». 

Tel est done, d’apres nous, la signilication de ces formules tant 
combattues. Ce n est pas un niortel qui niourut sur la eroix, disait 
Julien : xOx'jxzoz y.nzOxyzv ; cet enonce etait vrai en un double sens, 
pretendait-il : celui qui mourait etait iminortel coniine L)ieu, et, 
coniine hoinme, il ne mourait pas coniine nieurt un simple niortel, 
e’est-a-dire, en chatiment du peche : or/jxvyzoz xaO iauzov zz v.y.l 
y.xz'y. zy.Gv.y. II 1’ul facile au\ polemistes de s’armer de ces formules 
pour accuser Julien de nier la realite de la passion du Christ 
et de ressusciter les erreurs des Docetes et des Manicheens ; dans 
les omrages de Severe, notammenl, il ne manque pas de periodes 
emues inspirees par ee theme. En realite, Julien entendait carac- 
teriser par des formules quil voulait typiques une condition 
speeiale du Christ dans les souffrances, liee intimement, pour lui, 
coniine nous le verrons, a I’efficacite redemptrice de la passion du 
Sauveur. 

Ill 


Julien n’aimait pas a appliquer le mot cpyo’ixo; a la condition du 
Verbe income; il disait, par exemple, que le Sauveur n’etait pas ne 
vou'p tp-Jcsto;, et que bunion avait place la chair du Verbe au dessus 
des lois naturelles 1 . II manifeste la meme reserve en parlant des 
souffrances du Christ. Si I dit que le Sauveur a participe aux souf¬ 
frances « naturelles », il prend soin de corriger le mot en le faisant 
preceder de « volontaires » 2 ; et encore, le terme cp vs at* semble 
etre repris ici a Uadversaire. La soif que le Christ eprouva sur la 
eroix ne peut, d’apres lui, etre appelee « propre et naturelle au 
corps du Seigneur 3 » • en outre, il declare a deux reprises que le 
Christ n’etait pas zjzr/yo; Qvy\z6z 4 5 . La qualification qui lui parait la 
plus convenable pour designer les souffrances du Christ est celle 
de « souffrances volontaires (r.y/rr, z/ss^giz) ». En resume, Julien les 
appelle, d une part, « volontaires » et, de Lautre, « naturelles » ou 


1 Fragments 85, 100 (citations); 63. 

1 Fragment 54 : zxowwr^z.. . r'ov TraOwv exoi xjfwv xxi cpoo’txMV. 

3 Fragment 149 : co yxo Z'jgixqv tz x.xl Votsv zoi y.vpizxcO goj'jlxzzz zo 
di’fzv ; efr fragment 78. 

* Fragments 82, 137. 

5 Fragments 34, 42, 45, 52, 54, 67, 69, 77, 130, 132. 



SOUFFRANCES « NATURELLES » ET « NON NATURELLES ». 195 


« non naturelles », suivant un sens que nous avons maintenant 
a reconnaitre. 

I)es textes de Julien, Severe retienl ceci : les souilrances du 
Christ etaient volontaires et non naturelles. II y oppose, lui, des 
souilrances volontaires et naturelles. Le plus souvent, surtout dans 
ses derniers ecrits contre Julien, Severe a tot fait de juger la termino- 
logie de son adversaire. Les souilrances volontaires et non naturelles, 
dit-il, ne sont pas de veritables souilrances, et si Julien soutient le 
contraire, c’est pour dissimuler sa phantasm manicheenne. Au reste, 
ces souilrances volontaires et non naturelles sont les souilrances 
d’un corps impassible ; or, pareil corps ne soullre pas, parce qu’il 
est incapable de soullrir. Bornons-nous a eiter deux textes de 
VAdversus Apologiam lulxani qui illustrent cette argumentation. 
L’incarnation, dit Severe, n’est pour Julien qu’une pure apparence, 
puisqu’il refuse d’adinettre que le Verbe « a supporte dans la cbair 
ce qui appartient naturellement a la cbair », en avancanl comnie 
motif que « supporter naturellement ee qui appartient a la chair 
suppose une passion necessaire ) et non volontaire * * ». Aussi, 

dit ailleurs le patriarche, Julien aflirme que le Dieu incarne a 
soullert volontairement pour nous, mais jamais et dans aucun de 
ses ecrits, il ne dit que c’est a dans un corps naturellement apte a 
soullrir (- * qu’il a subi la passion 1 ». 


Dans quelques autres textes, Severe adopte une precede de refu¬ 
tation moins sommaire : il ne faut pas, dit-il, mettre sur le meme 
pied la conception, la naissance virginale, les miracles et la resur¬ 
rection, d’une part, et de l’autre, les souilrances ; les premiers sont 
des prodiges, des miracles qui depassent la nature, tandis que les 
secondes se sont passees naturellement. Les souilrances « non natu¬ 
relles » dont parle Julien ne peuvent etre, — si souilrances il y a, — 
que produites d une facon miraculeuse. « Done, dit-il par exemple 
dans la Critique, la mort se passa naturellement dans le corps, \n 
qu’il etait naturellement capable d’etre corrompu, mais le fait 
d’entrer portes fermees fut un miracle or. un miracle se passe 
d’une facon surnaturelle ; ii-krj cp-Jo-jv) et inellable 

(■jirso w). Mais ce n’est pas a cause des miracles glorieux et sur- 
naturels (jue nous nierons follement que les souilrances volontaires 
de la redemption se sont passees suivant la loi de la nature humaine 


1 Add. 12158, 68 d. 

* Add. 12158, 68 Ailleurs ( Troisieme lettre d Julien : Vat. 140, 15 d) f 
Severe fait grief a Julien d’appeler a la fois le corps du Christ « impassible * 
et « naturellement apte a souffrir ^ ». 






LA PASSION ET LA RESURRECTION DU CHRIST. 


196 


; vgum Tr,z avOpcomvy;; (p^eco :) 1 . » Kt ailleurs, 

dans Ie Contra Additiones : « Autre chose sont, dit-il, les miracles qui 
depassent la nature, qui apparaissent glorieux et operes en vue de la 
confirmation de la verite, —parmi lesquels on distingue an premier 
rang la resurrection, — et autre chose sont les souflrances, nalu- 
relles celles-ci, et par la veritables *. En eflet, c'est dans nos son I - 
frances et dans notre inert que le Verhe incarne a voulu vaincre la 
mort par la resurrection. Car le Dieu tout-puissant pent a son gre 


operer aussi des choses surnaturelles (U-^ mais 

c’est naturellement (U^— : yx-'x (p-Jcrv) qu’il a voulu souflrir selon 
sa sagesse, et ressusciter surnaturellement : Ctt'-o 

cp-J<7e>) selon sa puissance divine, de memo aussi que s’etaient passes 
surnaturellement Loperation et le prodige divin de la naissance 
virginale 3 . » Ailleurs entin, le patriarche reproche a Julien d’avoir 
assimile explicitement les souflrances du Christ a ses miracles. « II 
est tout a fait hors de propos, ecrit-il, d’alleguer les miracles et de 
dire que, de meme que notre Sauveur a inarche sur la mer el a 
multiplie les cimj pains an point d'en rassasier cinq mille homines, 
sans compter les enfanls (*t les femmes, et de montrer encore cinq 
corbeilles remplies des restes, et de meme qu’il entra dans la inaison 
porles closes et se tint an milieu des disciples rassembles, ainsi il 
taut dire que, dans le corps passible de Notre-Seigneur, meme au 
milieu des soudrances, lorsqu’il soutfrait volontairement pour les 
autres, on trouva constamment en lui I’incorruptibilite, c’est-a-dire, 
l’impassibilite et 1 immortalite. Les Peres, en efFet, ... nous out 
cnseigne a penser et a dire les prodiges divins et non pas humains, 
et que les soulfrances se passaient suivant la loi de la nature 

: voa'o (p-j'rr/.y) par la volonte du Verbe, tandis ({ue les 
prodiges avaient lieu d une maniere qui depassait les lois de la 

nature (* : jn'-o tojz ty;z (p-JcEw; v6fj.ojz ) 4 . » II 

donne ensuite en exemple la resurrection du Christ. 

Les griefs que Severe eleve contre la facon dont Julien con^oit le 
mode des soulfrances du Christ se ramenent done aux suivants : 


2 


Vat. 140 , 51 c-d ; cfr Troisieme lettre d Julien (Vat. 140 , 11 b). 






Qx'jfjLZTw loyoz itUip tp'Sdiv 
(L'j'Jix.rj)v y.xi diet TO'jto x'/.rfroy. 

3 Vat. 140 , 95 e. 
i Critique (Vat. 140 , 48 d-e). 



.. y.xi oi/'/.oz 6 7 «v 


: x/'/.oz yxo 0 
TixOory '/.6yoz 


MV 


MV 







SOUFFRANCES « NATURELLES » ET « NON NATURELLES ». 197 


premi&rement, les souffrances volonlaires et non naturcllcs no sont 
pas veritables; deuxiemement, pareilles souffrances enssonl fait do 
la vie du Christ un miracle permanent. Apres ce que nous avons dit 
sur Penseignement de Julien touchant la realite des soulfrances du 
Christ, le premier grief no nous retiendra pas; qu’il sullise de noter 
quo Severe le formule en dependance de la conception qu’il se fait 
d’un corps a^Oaorov. Le second, moins excessif, merite davantage 
examen. 

Pour le patriarche, des soullrances naturelles (ny/jY] zv 7 ixa), ou qui 
se passent yy-'y. ou suivant l’ordre de la nature, sont des souf¬ 
frances qui sont le resultat et raboutissenient d’un processus 
physiologique naturel ou physique. 11 s’en explique dans un passage 
de la Critique consacre precisement a inetlre en relief, centre Julien, 
le caractere naturel et volontaire tout ensemble des soullrances du 
Christ. II prend occasion d un extrait d’une homelie de saint Basile, 
ou le docteur expose (pie le Christ a supporte et admis en 1 ni la 
faim, la soif, la fatigue et les larnies comine des accidents naturels 
(7j'j.r.7^)tiy-y zver/.y.) et decoulant de la nature ineme de sa chair 
(zy zzgzm; ir.yy.o/.o'j r JO'j';7y) , la faim et la soif apres epuisement de la 
nourriture solide ou liquide emmagasinee dans le corps, la fatigue, 
a cause de la surtension des muscles et des nerfs oecasionnee par la 
marche 1 2 . Severe commente le passage en ces termes 1 : « 0 sagesse 
admirable et veritable du docteur, ou pluldt, d operation divine de 
l’Esprit qui La fait parlor de la sorte ! II a resume toute (la doctrine) 
sans s’ecarter en rien de ('exactitude. Preincrement, il a dit quo 
e’etait le Seigneur qui avail eu faim, ne divisant pas en deux le 
Verbe incarne. Deuxiemement, il a monire par des termes nombreux 
et significatifs la volonte (manifestee) dans les soullrances, en disant 
clairement qu’il supporta la faim, qu'il aceepta la soif, qu'il con- 
sentit aux larnies. Troisiemement, il a confesse b* caraelere naturel 
et veritable des soullrances du corps en les appelant accidents 
naturels de la chair, et il a attrihue a chacune de ces soullrances 
une cause naturelle qui la produit naturellement (—~ 

tvz .9 |:.^i^ pour la faim. e’est la 

digestion de la nourriture; pour la soif, e’est le manque d humidite ; 
pour la fatigue resultant de la marche, e’est la distension des nerfs; 
pour les larnies, e’est la vapour provenant de la tristesse (et qui se 


1 De gratiamm actione (PG, XXXI, 228, D) : go; G'j'J yy. 

7'j[J.T. 7rj)y y 7 iry . 

2 Critique [Vat. 140, 44 e ). 


>> y 

Oiiy.70 


• • • 



108 


LA PASSION ET LA RESURRECTION I)U CHRIST. 


resout) en line humidite qui esl deversee et qui sort par les canaux 
des \eu\ '. » Res lors, le patriarelie appcllera soulfrances non 
naturelles des soulfrances qui se seraient produites dans le Christ 
a l intervention de la seule volonte de celui-ci, sans etre precedees et 
amenees par les antecedents physiques qui suflisent, mais qui sont 
reijuis, pour en determiner en nous la production ; en ce sens, des 
soulfrances non naturelles seraient vraiment miraculeuses. 

Cette interpretation, qui fait des soulfrances « non naturelles et 
volontaires » admises par Julien des soulfrances produites mira- 
culeusement, est hien dans la ligne de celle quo Severe a donnee de 
la doctrine de V y.y r ) zealot. du corps du Christ. Si le corps du Sauveur 
a ete transforme par Uunion en un corps spiritualise et glorifie, 
pourvu de proprietes telles que, de lui-meme, il soil radicalement 
incapable de soulfrir, seules sont possibles en lui des soutlrances 
produites miraculeusement par la volonte toute puissante du Christ. 
Mais comme on ne voit pas bien la possibility absolue de souf- 
frances dans un corps qui en a ete rendu naturellement incapable, 
il est naturel de dire que parodies souHrances sont impossibles. 
Ainsi se rejoignent les deux griefs que Severe formule contre la 
terminologie de Julien : des soulfrances non naturelles sont des 
soulfrances miraculeusement produites ; celles-ci, a leur tour, sont 
impossibles a concevoir ; admettant des soulfrances de pure appa- 
rence, Julien aboutit au docetisme. 

Ces deductions de Severe pouvaient tout au pi us servir les interets 
de sa polemique. On se souvient que Julien, en se placant a des points 
de vue divers, appelle la ipOooz naturel le et non naturelle. II 
I'appelle naturelle, en considerant qu’elle est le sort de la nature 
humaine dans son etat actuel ; il la declare non naturelle en se 
reportant a Petal qui, de fait, etait la condition d’Adam a\ant la 
chute, mais en laissant entiere, — le point est important, — la 
question de Uaptitude naturelle que possede tout corps humain a 
se dissoudre en ses composants. C’est pour des motifs analogues 
qu il appelle les soulfrances du Christ tantdt naturelles et tantnt 
non naturelles. Quand il les dit non naturelles, il vent mettre en 
relief une prerogative qui les distingue, et du tout au tout, de 
celles qui sont le lot de la nature humaine commune, a savoir 


i ] r ^z J* 1 

U^? G-"' : (?) tgL 0i ozxoCoi;, Try lx Try /yrrry Oiz 

to'j ityoo\j £v/£gu:>sj rzl otzfox'vGVTs; /.zt'z tgj: rwv kgoouz 

(cfr PG, XXXI, 229, A). 






SOUFFRANCES « NATURELLES » ET « NON NATURELLES ». 100 


leur parfaite spontaneite ; mais il laisse entiere, en ce faisant, la 
(piestion de lcurs antecedents physiques, car, sous ce rapport, les 
soufTrances du Christ ne different pas dcs ndtrcs et c’est pour ce 
motif qu’il consent a les appeler naturelles, Place dans les con¬ 
ditions <pii deterniinent en nous la faini, la soil' et. la fatigue, 
le Christ, d’apres Julien, eprouvait la faini, la soil’ ct la fatigue : 
soufFrances naturelles ; mais ce que nous soutlrons axooo’to);, le 
Christ le soufFrait sxojo’i'w; ; a ce titre, l’eveque parlait de soulFranccs 
non naturelles. 

Cette interpretation des forinules de Feveque d’llalicarnasse 

nous est fournie par les textes «jne nous rassemblions tantdt. Julien 

lui-meme v declare pourquoi, et des lors en quel sens, il ne veut pas 

nltribuer au Christ des soufFrances naturelles. Parler de soufFrances 

* 

naturelles, dit-il, c’est soumettre le Christ a des soufTrances neces- 
saires, suhies par necessite de nature *. Dire que le Christ est 
(Jj'jgly/oz Ovarii, c’est lui accorder le peche *, e’est-a-dire le soumettre, 
comine nous, au peche de nature et a son chatiinent oblige ; c’est 
dire (pie les soufFrances de la passion out eu lieu, non pas dans 
le Verbe incarne, mais dans un homme qui n’etait qu’un luitnme 3 . 
un y.orAz soumis a la loi du peche. Et s’il refuse de dire 

que la soif etait naturelle au corps du Christ sur la croix, c’est 
encore une fois, il le declare en propres termes, pour marquer (pie 
le Christ ne ressortissait pas au genre liumain tombe sous le peche*. 
On le voit, la (piestion des antecedents physiques des soufFrances 
n’est pas en jeu ; des lors, il faut admettre que, lorsque Julien 
qualifie les soulFranccs du Christ de r.x r Jr\ iy.o-ji’.y y.xi (pjor/.x, il veut 
mar(juer que rien ne les distinguait des ndtrcs hormis leur pleine 
spontaneite. 

11 faut se souvenir en outre, (pie 1 ’union, d’apres Julien, n’a rien 
change aux proprietes physiques du corps liumain et consubstantiel 
au noire que le Verbe s’est forme dans le sein de la Vierge. Des 
lors, rien n’obligeait I’evdque a admettre que les soulFranccs reellesde 
ce corps y etaient produites, non par les causes naturelles et les ante¬ 
cedents physiques qui en deterniinent la presence on nous, mais 


1 Fragment 136 : 0 vucrc/tx Izyoiv, tolz oryxyzzioiz 'jr.OTxG'JZi tov loyov. 

* Fragment 82 : ct oz ( yj^iv/oz OvriTOz 0 yvptoz, y.xTx to pr~ 6 v too ... 

/otrrov ztssJoz y.jT r >) y.xi Try y.u.yjjT'.yv. 

•'If 

3 Fragment 137 : TTao’ zvOprowo T.xpZGTi tx r.zQr, zed O'j r.xpx :m Osw, 
z'y.'j lzy(^y.zv aorov (p'j'JiyMz t.z^j'/jvjzl axpy.\ 

‘ Fragment 78 : 00 yxp t^tov y.xi cpuo’txov to'j zvpixzoij o’cSuaro; u.r t 

r.za ovtot : jT.'o Try r.xpxpyfjiy r. d 7 :o Try xr, xiirr,; tpOopxv. 



200 


LA PASSION ET LA RESURRECTION DU CHRIST. 


grace a on ne sait quelle operation niiraculeusc; Severe ne prut 
pretendre le contraire qu’a la faveur d'une interpretation abusive do 
la doctrine de 1 ’iqjOacoTx. De plus, Julien reconnaissait que le Christ 
avait seinble cpOaoro;, et que la mort et les soulfrances avaienl paru 
exercer sur lui aussi leur empire tyrannique * 1 . (Test un nouveau 
motif de ne pas douter qu’il accordait au Christ une humanite 
differente de la ndtre ; si le Sauveur avail pu paraitre ^OypTo^ ou f 
ce qui est Uexact equivalent du terme, c pjaizo); r.xOry'oz v.y.i 
c’est que, en lui comine en nous, sauf la pleine liberte qu’il etait seul 
aposseder, le regime des soulfrances dependail des causes naturelles. 

Dans la pensee de l eveque d’llalicarnasse, l absolue autonomic 
du Christ dans la passion n’etait pas sans rapport, il est vrai, avec 
It's miracles qu'il avait accomplis. Encore est-il pourtant (jue Julien 
n'assimilaif pas soulfrances et miracles quant a leurs causes pro- 
chaines, comme Severe se plait a le dire 2 ; il se bornait a dire 
(jue certains prodiges de l’Ancien Testament ou certains miracles 
racontes dans l’Evangile etaient le type de la situation unique faite 
au Christ dans les soulfrances, et que les miracles du Sauveur 
avaient comme principe dernier la puissance divine donl sa liberte 
dans les soulfrances avait ete, el le aussi et comme eux, une mani¬ 
festation. 11 soupconnait, par exemple, de ne pas croire au prodige 
du buisson ardent quiconque n'admettait pas la parfaite xyOyp'j'y du 
(Christ dans les soulfrances 3 : de meme que le buisson subissait 
Faction du feu sans en eprouver 1 ’efTet habituel, la destruction, 
ainsi le Christ supportait les soulfrances sans qu’elles pussent etre 
ce qu’elles sont regulierement en nous, une * ; le feu faisait 

rage dans le buisson sans s’en rendre maitre, telles les soulfrances 
dans le Christ. De meme, disait Julien, la multiplication des pains 
manifestait la puissance qui expliquait \’y-y r jsiy du Christ dans la 
passion \ I n autre fragment presente la fraction et la manducation 
des cinq pains comme le type des soulfrances et de la mort du 
Christ, mais sans preciser en quoi elles en etaient le type Le 


• Voir plus haut, p. 147. 

2 Critique (Vat. 140, 48 d-e), texte cite page 196. Severe v fait allusion aux 
tragments 57, 145 et 16. 

3 Fragment 16; cfr Exod., Ill, 2. 

1 Fragment 126: o : jtz yip 772 Orb v i r p f jypr t ... Etpiyr, yip a^japTOT zv 

oi yVjpr^r.oi (pGsc&ovrai. 

3 Fragment 57 : (jr t p.y'vzi yio r { rcbv ypzwj Try O'Jvoculiv 

rry anyOzia: -v to(: r.yfjzGi T r /j y.v r Ayx.o\j 7 ^’j.xtoz. 

* Fragment 145 : ir.x'Tyyj yip x/'busvot, xxi z 7 r ji 6 'j.zvot T 7 j Givjcrov 


ZUVJ.OSJTO. 



SOUFFRANCES « NATURELLES » FT « NON NATURELLES ». 201 


caractere physique des causes des soullrances du (Christ n’est pas 
meine inis en jeu. Miracles el souifrances sont egalement -j-nzo (pJo-w, 
mais dans des sens diflerents. Appliquee aux miracles, Fexpression 
indique la production (fun diet disproporlionne aux causes 
nalurelles ; appliquee aux soull'rances, elle marque que celles-ci ne 
se sont pas passees a\ec le caractere de sujelion qiCelles revetent en 
nous, qui vivons sous le regime de la nature corroinpue. 

Severe disparu, les polemisles qui continuerent la lutte contre le 
julianisme abandonnerent generaleinent le theme des soull'rances 
miraculeuses pour developper celui des soullrances de pure appa- 
rence. Les auteurs modernes, au contraire, qui avaient reconnu que 
Julien ne niait pas la realile de la passion du Christ, revinrent au 
concept de soullrances produites par miracle, pour expliquer les 
alterations physiques d un corps incorruptible ou glorilie. I. Gieseler, 
par exemple, crut que Julien avait admis des soullrances se passant 
y.y-'x ‘/y.bw dans un corps dont les proprictes essentielles avaient etc 
transformees par 1 ’union A. llarnaek a repris les conclusions de 
cet auteur : les Julianistes, dit-il, voyaient dans toutes les allections 
et passions du Christ, non pas taut les suites nalurelles, quoique 
volontaires, d’une constitution humaine, que lacreptation d’un el at 
y.y-y. /xotv sans connexion necessaire avec la cp-Jci; divino-humaine 
du Redempteur *. Pour 1 C Seeberg, les soull'rances du Christ 
admises par Julien ne pouvaient elre que des miracles, vu (ju’clles 
se passaient dans un corps impassible 1 2 3 * 5 . Lnlin, M. Jugie resume 
comme suit la these de Julien sur le point (jui nous occupe : « l*ar 
nature, par etat permanent, le corps du Verbe incarne elail impas¬ 
sible avant la resurrection, tout comme il le lut a pres ; mais par un 
miracle l'requeinment renouvele pendant sa \ie mortelle, Jesus- 
Christ a deroge aux lois (jui regissaient sa chair impassible, et I’a 
soumise Ires librement aux inlirmites (jui n’ont rien de reprehen¬ 
sible » Un j)eu |>lus loin, M. Jugie parle du eor|>s du Christ 


1 Op. cit. } p. 25. 

2 Lehrbuch dcr Dogmengeschichte , t. II, p. 411 : « Die Julianisten... scheuten 

sich nicht die vollkommene Verkliirung des Leibes Christi von Anfang an 
zu behaupten und demgemass in alien AtTecten und Leiden Christi nicht 
sowohl die natiirlichen (wenn auch — auf die Gotthcit geschen — freiw illigen) 
Folge^ustandc inenschlichcr Bcschaffenhcit zu erkennen, als vielmehr die 

Uebernahme \on Zustanden yyzy. yxpcj, die ohne notwendigen Zusammen- 
hang mit der gottmenschlichen Physis des Erlosers seien. » 

5 Lehrbuch der Dogmengescliichte , t. II, p. 253 : « Es war somit cin Wun- 
der, dass das an sich ieidlose Fleisch des Logos litt. »> 

* Art. Gaianite (Controverse ), dans DTC, fasc. XLV, col. 1003. 



202 


LA PASSION ET LA RESURRECTION I)U CHRIST. 


soulFrant « miraculeusement », sans perdre «la propriety d’incorrup- 
tibilite et d’impassibilite <jui etait la loi de sa nature 1 * 3 ». 

J. Gieseler et A. Ilarnack n’ont pas, (jue nous voyions, appuye 
leur affirmation de references a des textes originaux. It. Seeberg 
renvoie a Leonce de Ityzance; en effet, Paphthartodocete du livre II 
do Contra iXestorianos cl Eulijchianos soutient (jue les soulfrances 
dn Christ se sont passees Oz-juxtoz /oy'.i et que leurs causes n’etaient 
pas les causes physiques qui les produisent en nous *. Mais nous 
avons dit 5 qii’on ne pouvait se servir des « reponses » de Padversaire 
de Leonce pour reconstituer la doctrine de Julien d’llalicarnasse 4 . 

M. Jugie a apporte des textes de Julien. Le premier est einprunte 
a la Vie. de Severe, par Jean de Iteitli-Aphtlionia 5 . M. Jugie traduit : 
« Nous le disons passible en ce qu’il soufTrit (en fait) et non pas 
en ee qu’il fut susceptible de souflrir (par sa nature). » Ce (pie 
nous avons elabli plus liaut de la terminologie de Julien nous permet 
de montrer que Pexplication « non passible par sa nature » n’est pas 
lieureuse. Le Christ, dit Julien, etait 7i x0rj6z t mais il n’a pas soufTert 
en r.xQ'r-oi 6 ; autrement dit, il a souffert, mais non pas coniine ceux 
a qui s’applique couramment le terme KxOrgoz dans une acception 
plus definie, il savoir r.y.0r~6z a la maniere d un ^0xcj7o; 7 . he ineme, 


1 Ibid., col. 1004. — M. Jugir a repri-s plus recemment la mcme manure 
de voir au cours d’un article sur La beatitude et la science parfaite de Jesus 
viateur d'apres Leonce de Byqance et quelques autres theologiens byqantins, 
dans Revue des sciences philosophiques et theologiques, t. X (1921), p. 548 
et suiv. 

* Contra Sestorianos et Eutvchianos, lib. II (PG, LXXXYI, 1333, 1345)* 

3 Voir plus haut, p. 176-178. 

< Au second passage cite (PG. LXXXV 1 , 1345), Leonce utilise, aux memes 
fins que Severe, le passage de saint Basile (Homilia de gratiarum actione , 
dans PG, XXXI, 228, D) que le patriarche apportait ( Critique , dans Vat. 140, 
44 e) pour exposer, contre Julien, la doctrine des causes physiques des 
souffrances du Christ, et il le reprend dans le florilege qui termine le livre II 
de son ouvrage (efr J. Junglas, Leontius von Byqanf, p. 33, n° 91). Ailleurs, 
son « heretique » etablit une comparaison entre les souffrances des damn£s 
et cclles du Christ, pour montrer que le zx/jrgo; n’est pas n£cessairement 
(pOaoroi (voir col. 1337) J or, Severe consacre le chapitre 28 tout entier du 
Contra Additiones [Vat. 140, 88/-91 /) a souligner ce qu’aurait d’offensant 
pour le Christ pareille comparaison; toutefois, il ne dit pas explicitement 
que Julien 1 ’ait propos6e. JusquA quel point Leonce aurait-il utilL6 les 
Merits du patriarche contre Julien ? 

5 Edit. Kugener, p. 252. C’est le fragment 129 : r>x 9 r, 7 W 3 s /iyo«£V /aOo 
ir.x r JVJ, y.x't vj hlsl ( j'o 3z/~tzoz ry 7W tixSjwj. 

Voyez, par exemple, les fragments 3 et 120 ; voir plus haut, p. 192 et suiv. 

7 Cfr fragment 45. 



SOUFFRANCES « NATURELLES » FT « NON NATURELLES ». 203 


dit-il, et exactement dans le lnemc sens, le Christ etait dey.Ttx.oz twj 
ttxQow \ mais il n’a pas souffert on Szy.TLzb; rwv t.xOwj. C ost la le sens 
du fragment invoque; 7ra0y]ro; et dzy-iyoz r.y.Owj elan! des termes 
equivalents pour designer Petal de celui qui soutfre, Jalien les a 
employes indilFeremment dans les deux membres de phrase : a l.e 
Christ fut t.xOy\to^ (— dzy-iy.oz rwv r.x/Joyj) en taut quil soullrit, 
mais non pas en I ant qu'i I fut un ozy.7iy.oz twj 7i xQw (— Ttxbrgoz) » 
ordinaire. Par ailleurs, J alien admettait que le (Christ etait, coniine 
ehacun de nous, « susceptible de souffrir par sa nature », au sens 
on VI. Jugie entend Pexpression. 

Un second texte affinne que le Christ aurait etc a impassible et 
incorruptible par la nature ». M. Jugie le lit dans la version alle- 
mande de Yllisloire ecclesiastique du pseudo-Zacharie le Kheteur ; 
nous avons dit que le texte grec etait mal rendu dans Zacharie, et 
n’avait pas ce sens dans sa forme authentique *. 

Un troisieme et dernier texte est emprunte a la traduction par- 
tielle de la Critique du Tome publiee par Mai 1 2 3 4 . II traduit trois frag¬ 
ments du Tome *. Mai ne les a pas distingues ; de plus, coniine 
on peut s’en rendre compte en comparanl sa version avec le texte 
syriaque, il a mis a les traduire une liberte telle qu’il serait oiseux 
(Pen relever les ecarts si ce n’etaient precisement les passages les 
moins fidelement rendus qui out amene .M. Jugie a penser que Julien 
admettait dans le Christ des soulFrances miraculeuses. La traduction 
de Mai debate coniine suit : « Memo sibi persuadeal Domini corpus 
vcl tunc fuisse passibile cum sponte patiebatur ; semper enim ei comes 
incorruptibilitas fuit. » Ce corps iPa done jamais etc T.xbrgoo, meme 
dans les soufFrances, parce quil fut toujours x r d)y.07oy. Cn realite, le 
passage doit se traduire com me suit : tt'o; d> rucTzozi [ri;] on 
r.xQovroz, :‘j~zp :wv zzzpw zzoozio); zoo gwuxtoz r.x/rrgoi zoi xupiou r/j/oo 
di y]vexw; ev xiizd Z'jpzOr, r t xyOxyj'x ; La difference de doctrine est 
sensible : en fait, le corps est dit avoir etc r.xOrzov dans les souf- 
frances, sans avoir perdu pour cela son a<jp Qxpvi'x. — Ce texte de 
Mai continue : « Dorro nec snncti Cyrilli verba : <« ullerius corrup- 
tibile » ila intelligcnda sunt, quasi anted fueril corruptibile , el quasi 


1 Fragment 104. 

2 Voir plus haut. p. 178 ; e’est le fragment 52. 

3 Spicilegium Romanian , t. X, pars I, p. 186. Mai traduit ici lc Vat. 140, 
26 b, lignes 2-30. Voyez le passage parallele dans lc Vat. 255, 55 b, ligne 15- 
56 a, ligne 3. 

4 Dans l’ordrc : fragments 16 (la partie entre asterisques), 6 et 7. 

'■> Le Vat. 255 est seul a distingucr les fragments 6 et 7 par le lemma 
(et de nouveau ); Mai ne s’est done vraisemblablement servi que du Vat. 140. 



204 


LA PASSION ET LA RESURRECTION I)U CHRIST. 


evidenter demonstratum fuerit post resurrectionem tanlummodo 
/uisse incorruptibile ilhiri quod secundum naturae proprietatem erat 
incorruptibile. » Ainsi traduit, le texte afflrme que, des avant la 
resurrection, le Christ possedait Pincorruptibilite a litre de propriety 
naturelle. Nous avons souligne les derniers mots (illud . . . incor- 
ruptibile) : c’est le debut d un fragment qui n’a pas de lien avec ce 
qui precede. Quant a la partie <jue nous retenons, el le sign i lie : « ce 
qui est cpOaprov en vertu de son appurtenance a la nature commune, 
et non pas autremcnt (U- U—cn 
— se revela aipOaccov, en vertu de son union au Verbe, 
en n’etant soumis a aucune ni dans la conception ni dans la 

mort. » Dans la traduction de Mai, « la nature commune » est 
devenue « la propriety de la nature », a ete lu xtpOxprov * *, 

« et pas autrement » a ete omis; le tout, ainsi traduit, a ete rattache 
a un autre fragment. — La version de Mai se (ermine ainsi : le corps 
soumis au Verbe ne tut pas soumis a la corruption, « utpole carens 
generalibus seu inttints natures nostra ? proprielalibus ... » Le texte 
traduit porte : — ^- r *-j, c’esl-a-dire : 
« echappant aux conditions communes de noire nature » (dans sa 
conception virginale et sa mort, (pie ne suivit pas la corruption); la 
formule est reprise a saint Basile, sous reference explicite a VO ratio 
Catcchetica Nous n'insistons pas sur le danger que presente 
1 'utilisation de traductions de ce genre. S’il n'est done nolle part 
question dans les textes de Julien d un corps qui aurait ete depourvu 
des proprietes essentielles a tout corps humain, on n’y trouve plus 
rien non plus qui permette de croire (jue Julien ait admis, dans le 
Christ, des souffrances se produisant suivant un processus mira- 
culeux. 

IV 

En mettant une telle insistance a souligner le role de la volonle 
du Christ dans la passion, Julien n'entendait pas simplement dire 
qu’en voulant Lincarnation, le Verbe a\ait voulu du meme coup se 
soumettre a toutes les inlirmites humaines. Dans son idee, les textes 
Pont suffisamment montre, Pa zOygviy et la pleine maitrise de soi qui 
en est la manifestation, sont des prerogatives conslantes de la vie du 
Verbe incarne ; la spontaneity des soufTrances coexiste aux souf¬ 
frances elles-memes 3 . Julien n’a pas non plus limite l aclion de la 


1 Le dernier « incorruptibile * du texte cite. 

* XIII (PG, XLV, 45, B). 

5 Fragment 16 : nxQovro; toj edmxro;... Otr^s/.rb; -v xurw Vjoe'jt, r, 
x(p9ap7ix. 







SOUFFRANCES VOLONTAIRES. 


205 


volonte du Christ sur ses souffrances a (’acceptation pleinement 
consentie d’unc mort que, lot on tarit, il n’aurait pu par aillcurs 
eviter. He cela en effet, un homme ordinaire esl capable; Philoxene 
remarquera (jue les apdlres ct les martyrs eux aussi out .sacritie 
Ieur vie avant le temps, mais que la sponlaneite de la mort de I)iou 
est d’une nature plus haute *. 

C’est en opposition avec nos souffrances (jue Julien definissait 
celles du Christ coniine des r.y/rr, zzouaix. « Le corps du Christ, ecrit- 
il, n’est pas toinbe coniine nos corps sous Taction violente des souf- 
frances et de la mort en vertu d une necessity physique 1 » ; toute la 
portee de sa doctrine sur le caraclere volontaire i*t spontane des 
souffrances du Christ reside dans cede antithese. 

Les souffrances du Christ et les ndtres out un element commun, 
mais elles different par un autre cote. Les ndtres sont des tixO/j 
(p’jtJL'/.y. ou, pour eviter toute equivoque, des t : x r Jr t (pucizx v,x.i xy.oomx ; 
celles du Christ sont des ~x r rr t c v^iv.'x y.x'i z/.ozzix. Nos souffrances, 
par example, la faim, la soif, la mort, s’expliquent par des antece¬ 
dents physiques determines : r.x/jr, z'jzr/.x ; mais sur la production 
de ces antecedents, Ieur cours et leur connexion avec la douleur, 
Ieur cffet naturel, noire volonte ne pent absolument rien ; h*s souf¬ 
frances nous surviennent d une maniere qui echappe totalemcnt au 
controle de notre volonte : ~ x/r t zozc/.x v.x.i x/ssinix. Dans le Christ, 
au contraire, la faim, la soif, la mort s’expliquent par d(*s antece¬ 
dents phy>iques qui sont les menu's ijiTen nous : r.xOr zoziyx ; mais 
sa volonte resle maitresse de leur developpement et de leur elfet : 
Tix/m zvoT/tx y.xc zy.ozrj.x. Pecheurs, nous sommes soumis a un 
regime de necessites et de chatiments ; etant sans peche, le Christ 
est parfaitement maitre de son corps. Telle est la doctrine de Julien. 

Est iI possible de la preciser davantage ? Peut-on dire sous quelle 
forme il a conyu la maitrise de soi qu'il accordait au Christ ? L’a- 
t-il concue coniine s’exercant sur le determinisme naturel qui preside 
a la production des souffrances deja suppose existant, pour permeltre 
a celui-ci de s’exercer ou pour en empecher le developpement? L’a-t-il 
concue, au contraire, coniine anterieure a ce determinisme, 1’infor- 
mant, pour ainsi parler, en sortequenon seulement el le consentait 
a son action deja existante independamment d’elle, mais encore le 
mettait lui-meme en activity ? Le second mode assure inieux la pleine 


1 Lettre aux ynoines de Tell *Adda (edit. Guidi, p. 15, col. 1 et suiv.). 

- Fragment 49 : 70 o’coaa rov xvpiou .. (oux) zyzvz to vnb ZYjV tmv 

TTaOcov y.xl rob Oavxzov (3 (av xvxyvsr\ yvetyS} v.x.zx 7 a rjU.Z7z.ox cwaara, 



200 


LA PASSION ET LA RESURRECTION DU CHRIST. 


el enticre liberte du Christ, mais il n’est decrit dans aucun textc. 
D’ailleurs, Julien ne so livrait pas a des analyses psychologiques ; il 
etait persuade que le comment des souffrances d un Dieu dans la 
chair *echappe a toute intelligence creee *, et il croyail avoir suffi- 
samment defini les souffrances du Christ en les opposant a nos riO/j 
xxoCaiz, suhies en vertu d une necessite de nature et comme chati- 
ment du peche. 

V 

Indemne de toute comproinission avec l’eutychianisme, Julien 
affirinait que le Verbe n’avait pas altere les propriety naturelles 
du corps qu'il s’etait uni. II pretendait egalement maintenir la par- 
faite consubstantialite du Christ avec nous dans les souffrances : le 
Christ, disait-il, a souHV*rt dans une chair consubslanlielle a la 
notre*. Mais la parfaite spontaneity des souffrances du Christ telle 
(pie nous venous de la delinir ne portait-elle pas atteinte a la con¬ 
substantialite du Sauveur avec nous? Julien le nie et s’en explique 
dans une Addition : « Nous ne disons pas le mot « consubstantiel a 
nous » du fait qu’il aurait souffert comme un nzOrjoz, mais en tant 
qu'il appartient a la meme oiicrix (pie nous, de telle sorte que, tout 
y.-yJjr^ et x^OzoTo; qu’il fut, il etait notre consubstantiel parce qu'il 
appartient ii la meme nature. En effet, ce n est pas parce qu’il a souf¬ 
fert spontanement ce que nous souffrons independamment de notre 
volonte qu’il appartient ii une autre nature 1 * 3 . » Le Christ est-il 
homine ou non ? Voila la question qui domine le probleme de sa 
consubstantialite avec nous ; qu’il souffre dependamment de sa 
volonte et nous independamment de la notre *, la difference est sen- 


1 Fragment 146 : d Si Tt' zb tt'oz nyo7(pepei, xxovztm Trivrw; zttoxgkjiv 

ozi Tov zoor.o'j supers oitdsvi zoiv v.ziguzzwj sHecrtv. 
r 1 1 

* Fragment 132 : rjy.ov.i zr, loix y.x\ ii yju/nv v.xi r,y±'j 6y.0QU7i(ti x^rfi'dz 

ixouGiotz IkxOs yxi xmOxvev 6 y.^oioz. 

1 

3 Fragment 52 : oit Azyousv r,u.zlz zb « ouoo'j7loz Tiiirj * y.xzx zb T.xbr,- 
rocov, x/'ax yzzx zb zy zr,z xirrr, j; 0'j7izz, wots y.xv xTZxOf^, v.xv 
xtpOxpzoz, bu.oo'icio^ Yiy.iv Z7zi yxzx zo vy zr^ xbzr,z ybeetoz * oit yzo 
OZI xitzbz ZY.0'J7L(&Z £7 Tx/jEV, YjfJGIZ Os ZxitZX y.V.O'Jtji0)Z T.X7/OyiV^ £/. 

ZO'jTO* izZQOO'JGlOl i<J 7 lV. 

r 

* To 7ix9r,zix6v ne signifie pas « la passibilitd », ou « la capacity de 
souffrir *, mais la fa9on de souffrir du ~x r jr,zbz ordinaire, du zx c jr,zbz-rp r jxp- 
zbz, ; en effet, Julien explique que le Christ ne nous a pas 6t6 consubstantiel 
yxzx zb ~xOr,z iy.ov , parce qu’il n'a pas souffert xxov gkaz. Le fragment 102 
emploie le mot dans le meme sens: zr,z Osorxjro;. fJLSTa.,, zr;]/ evwartv ro 
TraOyjriy.ov z/jz 7xpybz xvnpyj'xz^ zb Tzx'jrjiybv loinbv ob ouvarov \zyi<J c Jxi 



LE CHRIST CONSUBSTANTIEL A NOUS DANS LA PASSION. 20? 


sihle assurement, mais no change rien an fait primordial quo le 
Sanveur appartient a la memo nature que nous. An reste, disait 
Julien, s’il fallait admettre qu'une difference de ce genre nuisit a 
la consubstantialite du Christ avecnous, il faudrait nier que fcelui-ci 
nous soil reste consuhstanliel apres la resurrection *. 

Ces observations do I’eveque d’Halicarnasse etaient jusles. Les 
proprietes naturelles du corps huniain et, on particulier, la capacite 
de souffrir ou passibilite restant intactes dans le Verbe incarne, le 
fait que les sou lira nces du Sauveur n’echappaient pas au contrdle de 
sa volonte ne portail nulle atteinte a sa consubstantialite avecnous. 
II est pi(|nant d'observer que Severe ne defend pas line autre doctrine 
(jue celle qu'il attaque; il declare en elTet que les Peres ont professe 
que le Christ avail le contrdle par fait de ses souirrances et (jue ce 
qui est en nous le fruit d une necessite naturelle ne pouvait 
avoir son cours en lui (|ue moyennant une intervention de la volonte. 
II n'a pas echappe aux Peres, ecrit-il, « que c’est volontairement 
(ixoiKjio j ;) qu'il (Ip Christ) supporta les souirrances, en perniettant a 
sa chair de proceder suivant ses lois 4 >*. Commentant un texte ou 
saint Gregoire de Nvsse expliquo comment le Christ eut faim apres 
un jeune de quarante jours * 1 * 3 4 , le patriarche remarque que. d’apres 
Pensoignement du docteur, le mouveinent nalurel (jui produit la 
faim cliez nous la produisait egaleinent dans le Verbe incarne, avec 
son consentement *. Le mouveinent des passions n'a eu lieu, dit-il 
ailleurs encore, « qu'avec la volonte et le consentement du Verbe 

incarne ~ zri |sn L^. ^ Le Christ, dit-il plus 

loin, a pris les passions naturelles et necessaires L^.) 

et « le caractere volontaire » : ro v/.g£giw) divin s'est sur- 

tout affirine dans les soulfrances, en ce que le Christ, en Dieu (ju'il 
etait, comniandail aux necessites naturelles de se produire dans son 

corjis 1^-1 )• Aussi, cYtait 


ivjy.L 7Y, :m xnxCei Yjvomzvr, nxpv.'. } r ss)i ['yy. Tupxwe'jeiv rr;j 7?,z (puTtro; 
£T:izoy. 7 Sty.y j dans ce texte £galement, le TraOyjrotov desjgnc clairemcnt la 
domination tyrannique des forces qui s’exercent actuellement sur la nature 
humainc. 

1 Fragment 53 : c’est un argument ad hominem qui j->rend les termcs 
(pOaprog et ycpOxprog dans le sens que les adversaires leur donnent. 

* Contra Additiones (Vat. 140, 88 a). 

3 De beatitudinibus, IV (PG, XLIV, 1237, A) : yko ors s( 3 oi/hro rrj 

(jfVtJiL Kcupov ra saury;; 

4 Adversus Apologiam Iuliani (Add. 12158, 62 a-b). 

3 Adversus Apologiam Iuliani (Add. 12158, 62 d). 



LA PASSION ET LA RESURRECTION DU CHRIST. 


1>08 


chaque fois par un elFet de sa volonte, et non pas autrement, 
qu’avaient lieu en sa personne les passions du sonmieil, de la fairn, de la 
crainte, et les autres passions irreprehensibles dont parle l'Kvangile 
.• i^— joTi 15n 1—UJj U © ; L-— |?n v ’ L— 

I i a ' r|? -*ti© 1 — | V.., ’. jj?? La-— U—j \ao jlJ “ 1,c L*.-?© 

II est inutile de multiplier les textes *. 

Dans toute eette question du mode des souffrances du Christ, 
Severe est reste lidele a la methode polemique (jue nous Pavons vu 
adopter en d’autres matieres. J alien appelait les soullrances du 
Sauveur naturelles et volontaires mais non pas naturelles tout court, 
dans la crainte qu'oii ne les confondit avec celles de la nature cor- 
rompue ; Lest en ce sens qu’il opposait des soullrances volontaires 
a des soullrances naturelles, les designant alors les unes et les 
autres par leur cote caracteristique, en negligeant ce qu’elles avaient 
de commun, a savoir, des causes naturelles. Severe s arnie de I’ex- 
pression « soullrances non naturelles » pour en deduire que les 
soullrances du Christ etaient des phenonienes physiques sans antece¬ 
dents physiques, diets miraculeux de la volonte divine dans un 
corps rendu incorruptible, c est-a-dire, physiquement incapable de 
soullrir. Dans ces conditions, le patriarche n eprouvait nulle peine 
a acculer Julien a la negation de la consubstantialite du Christ a\ec 
nous dans les souffrances * 2 3 , voire meme an docetisine, mais sa 
refutation etait aussi caduque que le principe sur lequel il la fondait. 

Un dernier mot sur la consubstantialite du Christ avec nous. Dans 
quelle mesure Julien admettait-il que le Christ possedait un corps 
semblable a celui d’Adam ? Leonce de Byzance prete a l’aphtharto- 
docete <ju'i 1 combat l’idee que le Christ, nouvel Adam, a porte un 
corps semblable a celui qu’avait notre premier pere avant la chute, 
un corps acpOaorov 1 5 ; Lest ainsi que . 1 . Gieseler et B. Seeberg 6 ont 
attribue cette doctrine a Julien et aux Julianistes. De meme, 
Paul dWntioche, dans sa lettre a Theodose d’Alexandrie, reproche a 
Julien d'avoir tenu que le Verbe s est uni « un corps impassible, 


* Adversus Apologiam luliani (Add. 12158, 67 a-b). 

2 On peut voir encore, par exemple : Troisieme lettre d Julien (Vat. 140, 
10 e, 11 b, 26 f ); Adversus Apologiam luliani (Add. 12158, 68 a, 81 c). 

3 Comme il le fait, par exemple, dans la Critique (Vat. 140, 59 c). 

i Contra Sestorianos et Eutychianos (PG, LXXXVI, 1348, B). 

5 Op. at., p. 8-9; efr A. Harnack, Lehrbuch der Dogmengeschichte , t. II, 
p. 411, note 2. 

6 Lehrbuch der Dogmengeschichte , t. II, p. 253. 




LA VALEUR REDEMPTRICE DE LA PASSION. 


209 


immortel, et semblable a celui d’Adam avant la transgression 1 2 ». 
Le grief trouve quelque fondeinent dans les textes ; Julien disait en 
efl'et que le Christ « avait montre en lui la nature a l’etat sain et sans 
melange de corruption * », et il remarquait que le Christ, coniine 
Adam, n’avait pas etc conyu ex ^''em; xai ex fOzpz; 3 * * . On aurail tort, 
toulefois, de presser la comparaison, et surtout, de lui dormer un 
developpement que Julien nc lui donnait pas. Adam ne soull’rait pas 
avant la chute, tandis que le Christ, disait Feveque, « avait garde 
a la nature en sa chair les inlirmites » qui y out cours depuis le 
peche, a savoir les soulFrances et la mort *. Puisque c’etait le pro- 
bleme des souirrances d’un acpOapro; qui sollicitait surtout l’attention 
de Julien, on comprend que celui-ci n’ait pas developpe davantage 
la comparaison qu’il etablissait implicitement, dans les textes que 
nous venons de citer, entre le regime fait au corps d’Adam avant la 
chute et les conditions d’existence de celui du Christ. 


VI 


« Que personne n’aille imaginer, dit Severe a 1 ’adresse de Julien, 
que c’est des son incarnation que le Yerbe detruisit la mort et que 
notre salut se trouva realise \ » D’apres le patriarche, en efFet, la 
doctrine de l’i< pOapoYa impliquerait pareille theorie : « Pourquoi,dit-il 
plus loin, nous ellorcons-nous de montrer <jue la mort de noire 
Sauveur fut superllue, en disant (jue c’est depuis le temps de son 
incarnation (pie la chair de notre Seigneur, Dieu et Sauveur le 
Christ etait incorruptible, c’est-a-dire impassible et immortelle 6 ?)) 
Ailleurs encore, il ecrit : « Si c’est par la participation du Yerbe 
incarne a la chair que la chair devint incorruptible, impassible et 
immortelle, c’est par consequent ( alors ) que la puissance de la 
mort a ete detruite ; la croix du Christ a ete superllue, et el le est 
vaine la parole de LApotre qui dit (pie c’est par la mort qu’il a 
detruit la puissance de la mort. Celle-ci avait en elFet ete complete- 
ment detruite, puisque la chair n’etait plus susceptible de la mort 
et des soulFrances irreprehensibles 7 .» 


1 Edit. Chabot, Documenta ad origines monophysitarum illustrandas, p. 109, 
1. 29-30. 

2 Fragment 29. 

3 Fragments 23, 24. 

i Fragment 29. 

s Critique (Vat. 140, 37 f). 

6 Critique (Vat. 140, 38 c). 

7 Critique (Vat. 140, 26 c). 



o» 


210 


LA PASSION ET LA RESURRECTION DU CHRIST. 


Ce sont la des deductions basees sur une interpretation abusive 
de la doctrine de I'x(p0xp7iz, car Julion reyoit la doctrine ecelesias- 
lique de la redemption par les soutlrances et la niort. II en parle 
suivant les diverses conceptions que s’en fait Fenseignement com- 
niun : c’est un racliat ', un paiement pour les homines*, un renou- 
vellement * 3 , un relevement de la nature tombee 4 * * , une guerison 
une vivitication % une reconciliation avec Dicu 7 , et surtout, une 
deli\ranee du peche, de la mort ct de la corruption 8 . C’est par des 
soutlrances volontaires, dit il, <jue le Christ a rachete riiomme 
lout enlier 9 10 * * , et c’est par sa mort (pie nous avons etc reconciles 
avec Dieu ,w ; il ecrit que les soutlrances du Sauveur out gueri les 
notres et que sa mort nous a domic la vie n ; enfin, il appelle les souf- 
rances du Christ ffuzr.otx et sa mort 'Cmot.glgz, car c’est a leur vertu 

i 7 

qu’il attribue noire delivrance de la corruption, de la mort et du 
peche 

Mais il faut reinarquer la fa eon dont 1’eveque incorpore a son 
sysleme cet enseignement de la foi. D’apres lui, les soutlrances et la 
mort du Christ n’ont pu nous procurer les biens de la redemption 
(pie parce quVIles etaient les soutlrances et la mort d un y.^Oxp 70 ;. 
Cette idee se fait souvent jour dans les textes. Julien a repris a Jean 
le Rheteur une phrase qui resume bien sa propre pensee : « Comment 
celui qui se flit trouve sous la corruption eut-il pu trouver en el le 
de quoi nous delivrer, nous les corrompus 13 14 ? » Le Christ, repete-t-il 
avec insistance, n’etait pas tenu par les souffrances et n'a pas 


1 Fragment 70 : y.TTo'/^TCOddt;. 


i Fragment 28 : 7 0 vt, eulg'j xrl7i7iv. 


3 Fragment 29 : y.'jyxxi'jvj'j ; fragment 139 : ivacroiysiWi;. 

1 Fragment 55 : 70 '/JAvhv jtpoGv. 

3 Fragments 3, 18, 69, 141, 146 : '(x7i7, ixaOai. 

Fragments 3, 69, 141 : 

% * t 

7 Fragment 42 : xx 7 xAAxyr,. 

8 Fragments 70, 78, 100, 117, 132, 133, 143 : xnyj'Axyr,, x~< xXax 77 zi'j, 

9 Fragment 34 : 6 )r'J 7yjy 7 o\j x'/jo'atig'j cpi/cav z%y.yjpy. 7 xz 70 i~ t:x. 0 e 7 iv 
X 0 'J 7 LOt 2 xiiTG'J. 

10 Fragment 42 (citant Rom., V, 10). 

" Fragment 3 ; fragment 18 : t.x/jy, ( JZGx.t:zj 71 y.x 70 >v t.xSj 6 'j 7 uyj \ frag¬ 
ment 69 : 70 yzyoz 7 r t ; ot'x 7 W r.x/jw iz 7 i&z npoxipov/jL-yoz xx'i 7r,z 3 tx 

7 r ji> Qxvx 7 qj ; fragment 141 ; zx 7 yw ix 70, xxi xTioforpxMV 

uGLii ; fragment 146. 

14 Fragments 45, 47, 141. 

<5 Fragment 100: taoz 0 -jt.'g 7ry (pjt&xv ysvouei/o; ex 7xi>7 av n y}v 
r.’jLX 7 7 oiz ya. 7 Z%>^xou.ty r jj: xr.x/'/xixi; 

• T i » 



LA VALEUR REDEMPTRICE DE LA PASSION. 


211 


souflert en vertu d’une necessite de nature, car, an cas contraire, il 
ne nous eut pas delivres ; etant lui-meme tenu, il aurait d’abord du 
se delivrer lui-meme, — cliose impossible, — avant d’etre a meme 
de delivrer les autres Tomber sous la transgression et la cor¬ 
ruption qui en derive, et accomplir l’oeuvre de la redemption soul, 
auxyeux de Julien, deux cboses inconipatibles 1 2 . (Test parce qu'il 
n’est pas tombe sous la corruption que le Christ a eu, avec la volonte 
de nous sauver, la puissance de realiser ce dessein 3 4 . En sens 
inverse, Julien prouve par l’et’licacite redemptrice de la passion (jue 
les soullrances et la mort n’avaient dans le Sauveur aucun pouvoir 
tyrannique d'initiative *. 

11 suffit de se rappeler les themes favoris de I’eveque d’Ualicar- 
nasse pour comprendre pourquoi il deniait aux soullrances d’un 
c pOxpzoz le pouvoir d’operer la redemption. Le peclie d’Adani a 
jete le genre humain tout entier sous la puissance du peclie ; celui- 
ci y sevit en maitre, et amene avec Jui son chatiment, la necessite 
ineluctable de subir les soullrances et la mort; la redemption doit 
consister a nous delivrer de cetle domination et ramener, sur ce 
point, riiumanite a son etat primitif, anterieur a la chute. Or, 
Julien concoit le peclie coniine une puissance quasi personnelle, 
et dont l’empire est absolu. Des lors, il admet que celui qui est 
sous le peclie, — le zQxpzoz, — est incapable de se redresser centre 
le tyran qui l'opprime et de secouer le joug qu'il fait peser sur lui. 
Le Christ seul a eu ce pouvoir ; c'est parce qu'il est Dieu, sans 
doute, inais, formellement et immediatement, c'est parce qu'il 
n’etait pas, coniine hoinme, sous la puissance du peclie, parce qu’il 
n’etait pas (pOapzog. Il a soullert et il est mort, mais c’est en mail re, 
et parce qu’il a voulu vaincre la mort sur son propre terrain : y.pxzoz 
y.xz'x. zoj Oxvazo-j \vipysjv zOz'.v.yjzz'j ; parce qu’il n’etait pas soumis a 
la mort, parce qu’il etait xcpOxpzoz, ses soullrances et sa mort, con- 


1 Fragment 133 : ixavfrioiz ztixOz... (y.xi oi>) y.x.z ct.vy.yyrp (p-Jo'sco;. .. 
6 oe vnzp Yjubrj 7 raGcov, ohzoz oiy. Ivoyog * oirx. xv y'xb xnr^lxizv zoiz 
y.llovC) zi zvoyog yzyovzv x^zog ; fragment 133 : zi d'z xvxyysp (p'Sezoig 
ny/jtov y.xi Oxvxzov rp vjo/oz, xr.yjj.xyrp xv iyuzvj TixvZMg z'Crpzt y.xi oil 
zwj izzpcdv y.zO' cov zxlvO'jvZ'jZ ; fragment 143 : zi yap rp oyzilizr.z dig 
zdiv avzwv Ivoyog, ovx. xv xt zr'u.xgzv zoiz oyzUovzag. 

2 Fragment 78 : .. zov K'jpiazov crdiyxzbg ur, T:zz6vzog vtco zrp uxpx- 
fixGiv r, 'j~o zrp xt: x'jzrjg (pOopxv, alia y.xi r,u.xz xux'/.'/.xzxyzoz. 

3 Fragment 70 : 'ivx r t u.xz anxllxfy Qxvxzov y.xi cpOopxz, zoizo jS o'jAo- 
yzvog zz y.xi 3 vvxu.zvog. 

4 Fragment 59. 



LA PASSION ET LA RESURRECTION DU CHRIST. 


01 o 


trairement a FefTet qa’elles ont dans les <f 0 zp 7 G‘\ ont eu la puissance 
de guerir et do \i\ilier : -xz/wj tiers v.y.i y.TtrJh/f,r/.wv i'Cw7:0:11 *. Cos 
considerations, inspirees d’ailleurs des oeuvres des Pore*, n’ont 
qu'un but et qu’une valeur d’exposition ; el les nous livrent cepcndant 
la logique interne du systeme de l’eveque*. II n’etait done pas \rai 
que Jalien, renvcrsant tout l’ordre de la sage economic 
t * i 2 3 " 1 s , avail voulu deplacer Fa\e de la soterio- 

logie et le reporter de la inort du Sauveur a Funion du Verbe a la 
chair ; il ne croyait pas que la passion avail ete inutile et que le 
saint avait ete opere, des Funion, par la transformation du corps du 
Christ en un corps incapable de soufTrir et de mourir. La foi Ini 
apprenait (pie la redemption avait ete realisee par la vertu des souf- 
frances du Christ; il expliquait (jue celles-ei n’avaient eu pareille 
vertu (pie parce qu'elles etaient les soufTrances d’un zfOxpro;. 

D’apres A. Harnack, Julien aurait elabore sa christologie en 
dependance du systeme soteriologique «grec)), qui se representait la 
redemption comine la destruction de la corruption par la divinisation 
de la nature humainc en la personne du Hedempteur ; toutefois, 
plus logique (jue la tradition a laquelle il s’alimentait, Feveque 
d’llalicarnasse aurait deseloppe jusqu’au bout les consequences du 
principe qu’elle avait admis. Puisqu’elle concevait une redemption 
s’operant par le contact physique de Fhumanite et de la divinite, 
n’etait-i 1 pas plus logique (Fadmettre (pie cette redemption s’etait 
realisee-des leur premiere rencontre, a savoir dans Facte imbue de 
Funion? Julien le pensa, et il admit que le Verbe s’etait uni un 
corps consubstantiel an nbtre, — sinon, pas de purification possible 
de noire nature, — mais qu it I’avait transforme en un corps glorieux 
(t proprement divin (« in das G<”>ttliche erhoben hat ») an moment 
nieme ou il se Funissait. Autant Vhomoousie du Christ avec nous 
etait necessaire au moment ideal qui preceda Funion, autant sa 
permanence apres Fiocarnation cut atteste l’inanite de notre 
redemption 4 . 


* Fragment 141. 

i L’aphthartodocMe dont parlc Leonce de Byzance faisait observer, 
lui aussi, que si le Christ avait eu « une nature passible », il aurait souffert 

la mort pour lui et non pas pour nous, et qu’en ce cas, e’en eut £t£ fait de 
notre redemption (Contra Nestorianos et Eutychianos , dans PG, LXXXVI, 
I33A B). 

3 Contra Additiones ( Vat. 140, 75 c). 

1 Lehrbuch der Dogmengeschichte, t. II, p. 411, note 2 : * Gieselcr (hat) ge- 
zeigt... dass diese Julianisten (s. das 6. Anathem des Julius p. 6) von dcr 
Erldsungsvorstellung ausgegangen sind, wonach dcr Logos unser Fleisch 



LA RESURRECTION. 


213 


Ce julianisme elaborant une christologie eutychienne pour servir 
les interets do la « soleriologie grecque » est une reconstitution 
denuee de fondement. A. Harnack Fappuie uniqiiement sur le travail 
de J. Gieseler, niais on a vu combien rinforination de l’auteur de la 
Cummenlatio etait 1 imilee et defectueuse 1 2 . Au reste, contrairement 
a ce (jue croit A. Harnack, l’ac pOxcxj'x que Julien attrihue au Christ 
des l’union nest pas la divinisation du corps par son contact avec 
le Verbe ; cest rexemption de la souillure originelle et de ses 
suites, grace a une naissance virginale. De memo, le rdle solerio- 
logique attribue par Julien a I'ycpOxoa’a est tout autre que ne le croit 
A. Harnack ; cette prerogative du corps du Christ n’a pas supprime 
la consubstantialite du Christ avec nous, de I'ayon a ce que nous 
soyons racheles, principiellenient, par la divinisation d’une chair 
prise de notre nature et disiuisee ; el le constituait le Christ dans un 
etat d’independance et de superiority vis-a-vis du peche, de facen a 
lui donner la possibility de vaincre la mort et le peche dans le 
combat qu'il devait leur livrer sur la croix. 

VII 

Les chaines syriaques conservcnt des fragments de \'Adcersus 
blasphemias Severi on Julien declarait que la resurrection du Christ 
avail fourni la preuve que le corps du Sauveur avait possede 
Vy.r.y/jZLx et V xhxyxG'.y. des avant la resurrection, ou encore, que le 
corps du Christ etait tel au temps des souffranees et de la inert 
qu’apres la resurrection *. Un fragment du Tome , conserve par 
Severe, allirme que le corps du Christ ressuscila apres Irois jours, 
sans changement, et tel qu’il etait au temps de la passion 3 . Le 


(oyoo'Xioz) angenommen hat, aber dasselbc (2. Adam) ais nicht der Siinde, 
also auch nicht der co-ruptio, unterworfen, und dass er es im Moment dcr 
assumptio in das Gottiiche erhoben hat. Eine Homousie des LeibesChristi mit 
unserem Leibe nach der Menschwerdung wiirde den ganzen Trost und die 
Gevvissheit dcr Hrlosung aufhebcn. » 

* Voir plus haut, p. 176. — L’anath&mc VI (fragment 70', auquel 
A. Harnack renvoie, est reduit a ceci dans Gieseler (loc. cit., p. 6) : « Qtu non 
confitetur, nostram carnem, quae subjecta sit peccato et corrupt iom\ propter 
misericordiam suam effecisse Deum Verbutn, ut cam ipsam liberaret a corrup- 
tione smiul et peccato. » 11 t st traduit d’apr&s Assemani, Catalogus, p. 230-231. 

2 Fragment 121 : -i yxp ooTTto : j~r,Cjiyy otiiTM yj xr.y/jzix y.xl Y) y/jayxv'x 
tjJj 7r t ; avxcraOiW:, oiio' xyx(J7ryyi xv zdnyr/jy] ; fragment 122 : x/'ax 
ZGIOVTO'J T'j JJ.Z7X Try y.'Jy.GTXGl'J OIG'J £V 7012 T.xOzTL Y.xi £V 70) Qx.yx 70 ). 

3 Fragment 33 : xllx 70 xX'g Today M7KEQ ry 07Z znxQzv, o : j 70 ); 
xvz77r l xyy.lAx/.7oy 7pcr l uzpoy y.xl r.po 7r,z dtx'/.iiGZto;. 



211 


LA PASSION ET LA RESURRECTION I)U CHRIST. 


patriarclie d'Antioche n'avait pas attendu de lire tous ces lexles 
pour conclure ue la resurrection du Christ, tout autant (jue sa 
mort, n'etait pour Julien qu’une vaine apparence. 

Si Julien n’avait pas parle ailleurs de la resurrection du Sauveur, 
l’cnseinble de sa doctrine suftirait deja a nous mettre en garde contre 
une interpretation aussi hative de ces breves tommies. Nous savons 
en etfet que, d’apres lui, le corps du Christ eta it sounds, avant la 
resurrection, aux conditions d’existence communes a tous les corps 
humains, corps localises dans l’espace et qui doivent emprunter 
leur subsistance an milieu environnant ‘ ; il n'admettait done pas 
que le corps du Christ etait, avant la resurrection, entierement tel 
qu’il tut apres. 

En fait, 1’identite que ces textes etablissent entre Petal du corps 
du Sauveur avant et apres la resurrection porte sur le seul point de 
Vx$ r jxp7'.x. Remarquons en effet que l’incorruptibilile, pour les 
adversaires de Julien, ne pouvait etre une propriete du corjis du 
Christ qu'apres la resurrection ; des lors, la question discutee entre 
eux et lui prenait necessaireinent cette forme : le corps du Christ 
etait-il, oui on non, x(p0xp7ov avant la resurrection ? « 11 a surgi ici 
des gens, ecrivait Julien a Severe dans la lettre d’accompagnement 
du Tome , qui appellent (p0xo7ov le corps de Notre-Seigneur. Ms font 
appel a des temoignages de saint Cyrilie. Le premier, qui se trouve 
dans la Lei (re a Succcnsus, dit : « Apres la resurrection, e’etait ce 
corps-lii meme qui avail soulfert, mais il etait desormais x(p0xp7ov *. » 
Ms veulent prouver par la qu i I etait (pOzozov avant la resurrection, 
en taut qu’il nous etait consubstantiel, et que e’est apres la 
resurrection qu'il a recu Vx(p0ap7:x 1 * 3 . » C’est a cette objection 
tiree du texte de saint Cyri 1 le que Julien repondait, dans le 
Tome , (jue la resurrection n’avait apporte aucun changeinent dans 
le Christ. '’AyOapzoz apres la resurrection, disait-il, le Christ n'avait 
pas manque de l etre auparavant ; le '/.oi~ov x$0xp7ov se referait aux 
apparences *. Nous devons done remettre dans leur contexte ces 
enonces qui nous arri\ent a Petal fragmentaire et qui aftirment que 
la resurrection n’opera aucun changeinent dans le corps du Christ : 


1 Fragments 113, 114; 99. 

* Epistola ad Succer.sum II (PG, LXXVII, 236, B) : ... x/.'/.x Z.omov 

X(p()X070V. 

3 Premiere lettre a Severe [Vat. 140, 2 d-e ). 

* Fragment 6 : os/ w; t.got tpov (pOxprov, x/'T on ivoiLiCiro uovo'j koo 
T/j; X'JX77X7iO)2 $0x0707, l^Z'/Or, 9i 9IX 7Y,; X7X77: 7Z0)2 071 2^6x0707 
VTTT.pyjV. 



LA RESURRECTION. 


215 


c’est uniquement de I’y.coOy.oo’iy, l’exemption du peche de nature et 
de ses suites, qu’il s’agit. 

Les textes out d’ailleurs conserve des formules du undue genre, 
mais plus completes. I a Proposition VII declare, elle aussi, que le 
corps du Christ etait, depuis l’union, tel (ju’il fut apres la resurrection 
et qu'il ne reyut aucune nooyoiir, du fait de la resurrection ; or, le 
contexte montre suffisamment quo VxyOzpviz est seule en cause ici. 
« II ne faul pas dire, enoncc-t-elle, (]ue le corps de Notre-Seigneur 
a subi la corruption, soit completeinent, soil en partie, mais il faut 
confesser (jue, des 1’union, il a ete tel qu'il fut apres la resur¬ 
rection, — coniine c’est pour nous qu’il est mort, ainsi est-ce pour 
nous aussi qu’il est rcssuscile, — n'ayant reou aucun accroissement 
du fait de la resurrection, mais etant icpO^orov, saint et vivifiant 
depuis son union au Dieu Verbe 1 * 3 . » De meme, la Proposition I dit 
explicitement (pie ce qui ne lit pas defaut au Christ avant la resur¬ 
rection, c’est V y/Jjy.o'jy. (jui lui revenait coniine Dieu, et qui a 
permis a ses soutTrances de devenir pour nous une cause de salut*. 
C’est done quant a Y y/Jjy.oT'.y seule que le Christ etait « le meme au 
temps de la passion et de la resurrection » ; avant coinmc apres la 
resurrection, il etait soustrait a la puissance du peche. Uapprochcs 
de textes analogues et plus complets, les textes detaches (pie nous 
citions plus haul ne soullrcnt pas d’autre explication. 

Nous ne possedons aucun textt* on Julien parle des diets produits 
par la resurrection dans le corps du Christ. Les fragments conserves 
disent sculement (jue le Sauveur ne reviendra plus aux souHrances 
volontaires, puisque son oeuvre de rachat est terminee’. II n’y a 
aucune raison de douler que Julien, d'apres renseignemeijl de la 
foi, ait vu lui aussi dans la resurrection le principe d(‘ la glorilica- 
tion du corps du Christ. 


1 Fragment 48: (oi/) jntVTYi to (j'oua Try yOooxv..., a//a xtY y.vTry 
rv5; e v'-OCiw; toio'jt ov ry otov tizzy. Try xvy.rJTy.Gtv, ... u.rfizwy.v ~oor.o~ry 
Try y.vy.rjTy.'ji'oz 9ziy.tj.zvov, y./.r. zi o'j ry r oOr, :m \oyo x^Oxotov 
y.y.l xyiov y.y.l 'Cfoor.oiov. 

- Fragment 42 : oi> 9ix Try xvxgt y.vzroz u.ztz'/.x.[jZV Try xyOyp'Jixv r, 
y././.o tl T'ov c )zot.ozt.wj , (oz xvt'o tj:r, irry.oyovT'ov y.y.l too Try xvxrTT x'Ji'oz. 

3 Fragment 34 : ojy.zti V'jyywjrpzi tolz ny/jZ'Jtv ezovaiod'.,. olry Try 
7 O'J y.vQpfOTO'j cp 'imv zixyooxtjyy tol ; ny/jzniv izovfj'.oiz xItov. 




CHAPITRE VII 


LA DOCTRINE DE JULIEN ET LA TRADITION 


1 . Les divers jugements portos sur le julianisme. — II. Les grandes lignes de 
la doctrine de Julien. — III. Les elements originaux du julianisme. — 
IV. Julien et la tradition grecque. — V. Julien el Philoxcne de Mab- 
bbgh. — VI. Les motifs de Bopposition de Severe an julianisme. 


1 


Leonee de Byzance fait grief a Baphthartodocete dont il discute 1('S 
idees, de s'etre laisse seduire par le beau mot (Vy/^jy.yc'.y. et d’avoir 
sacrifie le mystere de B economic a un lerme qui sonne bien 1 * * ; plus 
tard, les ecrivains byzantins recourront a la liidmc explication pour 
excuser Justinien d'avoir adhere, vers la tin de sa vie, a la doctrine 
de Bincorruptibilite 4 . L'etude des sources, dont nous avons consigne 
les resultats dans les pages qui precedent, a montre, au conlraire, 
ue les formuhs chores a Julien : « le Christ des Bunion, 

y-yfrr, ; et xOxyzzo; dans les soulfrances et la mort », n’etaient pas que 
d'elegants paradoxes ou des acclamations dont une piete simple et 
sans culture, quelque pen orientale aussi, se serait plue a saluer le 
Christ Sauveur ; elles relevent d’un systeme theologique, et ce-d a 
jusle litre qu'elles ont retenu l’attention des historiens des anciennes 
doctrines cliretiennes. 

Presentee par Julien comme Bexpression de Benseignement tradi- 
lionnel, la doctrine de Bincorruptibilite fut combattue par Severe 
comme un renouvellement des heresies manicheenne et eutvchienne, 
et le moyen age oriental se contenta de repeler ce jugement du grand 
docteur monophysite. A Bepoque moderne,on a generalemenl reconnu 
que le jul ianisme ne marquait pas un relour au docetisme, mais la 


1 Op. cit. (PG, LXXXVI, 1318, C; 1348, D) : oi zyy; 6 r,u.y to; tic zxizw 
r},%v zoi; ivyvziGiz ’ xxi zirKoimixy 6 j 6 iiy.zo;, ~yjjxy viv exz’voi; 


xr.Z'jy.Z'jy.Gxvzo zr,v ouuwzwzv ; — si; rooro 0r t zr,; yz r jT, x; zy u.Zyz r JO;, 

zb y.OfJL'Loy : jv.y.:_ zr,; xybayj'x; x~ryxyiv owj.x. 

* Eustratius, Vita S. Eutychii (PG, LXXXVI, 2313, B) ; Nicetas Cho- 
niates, Thesaurus fidei orthodoxae, lib. XII (PG, CXL, 77) ; NicbrHORE 
Calliste, Historia ecclesiastica, lib. XVII, cap. 29 (PG, CXLVII, 292 ct suiv.). 



LES DIVERS JUGEMENTS PORTES SUR LE JULIANISME. 217 


plupart des auteurs out cependant continue d’y voir une des formes 
les plus aigiies de Peutychianisme ‘. Preoccupes de situer la doctrine 
de Pincorruptibilite dans revolution des doctrines chretiennes, 
beaucoup l’ont interpretee coniine l’aboutissement normal des prin- 
cipes de la chrislologie inonophysite : eutychien parfait, Julien 
aurait fait sorlir de la formule y.'.x ^7 l; to'j OsoG 16yyj GE7xpy.My.vjY] ce 
qu’elle contenait en germe, a savoir, raflirmation d une transforma¬ 
tion essenlielle de riiumanite dn Christ en sa divinite, dans l'acte 
raerae de Punion. D'apres A. Ilarnack, par exemple, c’est en meditant 
sur les conditions qui devaient avoir ete faites a une nature liumaine 
a partir du moment oil Dieu Pavait faite sienne quo Julien en vint a 
professer, comme une suite logique de la doctrine de la tj.'x cp-Jai;, 
que, des la conception du Sauveur, riiumanite et la divinite avaient 
en lui une essence et des proprietes identiques *. IL Seeberg croit 
que Julien ne lit que developper la formule inonophysite de saint 
Cyrille ; le Christ y etant concu comme une nature unique, il etait 
logique d admettre que riiumanite du Sauveur avail possede, des le 
moment de la conception, la glorilication complete que recevront 
les autres homines apres la resurrection I). J. Chapman estime 
que les Julianistes se montrerent plus consequents que les Severiens 
avec leur principe inonophysite G. Kriiger pmiseque les Severiens 
metlaimt en danger leur position inonophysite en se prononcant 
contre Julien I * 3 4 5 * . I\ Loot’s defend la meme idee. D’apres lui, I’apli- 
thartodocete de Leonce de Dyzance, — dont il ne distingue pas les 
formules de celles du julianisme authentiijue \ — reste micux que 
son adversaire dans la ligne de la chrislologie cyrillienne ; aussi, il 
croit inutile de recourir a des inlluences julianistes jmur expliquer 
<|ue Justinien et certains ortho luxes de Constantinople aient adhere a 
a la doctrine de Pincorruplibilih'*; il leur a sufti, pense-t-il, de medi- 
ter sur la doctrine cyrillienne de VhuGt; c yj 7 iv.r n dont on tachait, a 
ce moment, de monlrer la parfaite compatibilite avec la formule de 
Chalcedoine 7 . 

A. Ilarnack a cru pouvoir s’avancer plus loin. Les formules de 
Julien, expression d'un monophysisme qui a sorti st‘s dernieres 


I Voir plus haut, p. 17 2 ct suiv. 

5 Lehrbuch der Dogmengeschichte, t. II, p. 410-411. 

3 Lehrbuch der Djgmengcschichte. t. II, p. 253. 

4 A1 tide Futychianism, clans The catholic encyclopedy, t. V, col. 635. 

s Articles Julian von Halikarnass, dans PRE, t. IX, p. 608, 1 . 45 et suiv. ; 
Monophysiten , ibid., t. XIII, p. 400, 1 . 30 et suiv. 

II Voir plus haut, p. 176 et suiv. 

7 Die « Ket\erei » Jmtinians , dans Harnack-Ehrung, p. 247. 



218 


LA DOCTRINE DE JULIEN ET LA TRADITION. 


consequences, sont en cela, pense-t-il, le puissant echo <Jes croyances 
traditionnelles les plus anciennes L’ancienne doctrine eccle- 
siastique se representait la redemption beaucoup moins comme un 
rachat <jue comme une delivrance de la mort, une elevation a la \ ie 
divine, en un mot, comme une divinisation; subordonnant la 
christologie a la soteriologie, el le voulait que le redempteur fut a la 
fois Dieu et homme, alin <|iie s’etablit en lui, entre la nalure divine 
et la nature humaine, le contact physique qui de\ ait permettre la 
transformation de la nature mortelleen la divinile immortelle ; c’est 
la m theorie grecque de la redemption », qui aurait inspire tout le 
developpement dogmatique pendant la periode <|ui s’etend du IV® an 
VII® siecle ; elle expliqne, d une part, la perseverance d’un Athanase 
a defendre la consubstantialite du Logos-Christ avec le Pere, et de 
lautre, la poussee latente qui aiguille la tradition sur la voic du 
monophysisme reel. Eermes sur le premier presuppose de leur 
soteriologie, — \' oyooivioi :m r.xrpi, — les Peres n’avaient propose 
qu’avec timidite les consequences qu’enveloppait leur monophy¬ 
sisme. En poussant celui-ci jusqu’au bout, la doctrine de Peveque 
d llalicarnasse projette une vive lumieresur la tradition anterieure : 
en efTet, autanl Julien estiine neccssaire d’affirmer VouooC'jio; ryj.b 
au moment de bunion, autant il se rend compte qu’il n’y a [>as de 
redemption si le Christ nous reste consubstantiel apres l union. 
On m' pent s’empecher, conclut A. Ilarnack, de reconnaitre dans 
rajihthartodocetisme le develojipement logique de la soteriologie 
grecque ; on y est (Pautant plus force que Julien, refusant de sous- 
crire aux theories qui attribuaient au Sauveur un corps venu du 
ciel, a Imettait explicitement et ox necessitate fidei la consub¬ 
stantialite du corps du Christ avec le nbtre au moment on le Logos 
le prit i . Athanase et Julien d llalicarnasse ! Que fiit-il advenu, se 


1 Lehrbuch der Dogmengeschichte, t II. p. 411, note 2 : « der k’aqigste 
Nachhall der altesten Glaubensuherzeugung ». 

* Ibid., p. 412. note : « Man kann also nicht umhin, im Aphthartodoke- 
tismus die consequente Ausgestaltung der gricchischcn Erlosungslehre 
an7uerkennen. und man sieht sich dazu um so mehr genothigt, als Julian 
die Homousie des Leibcs Christi mit dem unsrigen in dem Moment, da der 
Logos ihn ergriff. ausdriicklich und ex necessitate fidei anerkannt und jede 
himmlische Leiblichkeit (dem Ursprung nach) abgelehnt hat. » Cfr ibid., p.411, 
note 2 : « Eine Homousie dcs Leibes Christi mit unserem Leibc nach der 
Menschwerdung wiirde den ganzen Trost und die Gewissheit der Erlosung 
aufheben. >* * — Sur le role joue par la soteriologie dans la tradition. d’apr£s 
A. Harnack. cfr ibid., t. II, p. 44 et suiv., p. 410 et suiv., ainsi que Das 
Wesen dcs Christentums, XIII. Vorlesung. 



LES DIVERS JUGEMENTS PORTES SUR LE JULIANISME. 210 


demande A. Harnack, de Pinfluence de Platon et d’Aristote dans 
PEglise, si rOrient s’etait borne a regler sa foi sur Penseignement 
des deux premiers '. 

La tbeorie de A. Harnack a etc partagee par plusieurs auteurs. 
F. Loots ecrit <jue la soi-disant heresie de Justinien, — Paphtharto- 
dncetisine, — n’etait (pie le developpement logique de la doctrine 
grecque de la redemption physique*. E. Ter Minassiantz y trouve 
l explicalion du succes rencontre en terre armenienne, des oT>0, par 
les Julianistes syriens. LT.glise d’Armenie, dont la vie s’est ecoulee 
jusqu’alors dans un isoleinent presque total, a Pabri des lultes reli- 
gieuses qui dechiraient le monde byzantin, se trouve spontaneinent 
d’accord avec les Julianistes; d’apres E. Per Minassiantz, cet accord 
s’explique coniine suit : d’une part, le julianisme n’est quc Paboutis- 
sement de la tbeorie grecque de la redemption et. d'autre part, 
Athanase et Cyrille sont les deux scales autorites (pie recoivent le 
calliolicos d'Armenie et son clerge 1 * 3 . G. Kriiger reprend a son tour 
la formule de Harnack, tout en observant qu’elle ne parait pas tenir 
c -inpte de la resistance opposee an julianisme par PEglise 

La critique de ces interpretations du julianisme presentees par 
les inoilernes ne nous reliendra pas longtemps. Elies partent toutes, 
en elTet, d'un presuppose dont Petude des textes a demontre, 
eroyons-nous, la faussete, nous voulons dire le caractere eutychien 
d<i la doctrine de Julien. Pcnsant que celui-ci attachait au terme 
cf.Z'Oy.rjZ'ji le sens de noire mol incorruptible , on a cm <jue la doctrine 
de V altirmait (pie la chair du Sauveur avail etc gloritiee 
et divinisee des sa conception; ce point etant controuve, les 
theories qui s'y appuient perdent du meme coup leur valeur, et la 
question de savoir si Julien a etc plus monophysite (pie Severe, on 
j>1 us logique (pie les Peres de PEglise, peril elle aussi tout son sens. 

Nous devons cependant presenter quelques observations a ce 
sujet. D’abord, la conception qui considere Peutyehianisme coniine 
Paboutissement normal de la formule monophysite de saint Gyrille, 
est abandonnee par les historiens qui out pris contact avec les abon- 
danles productions dogmatiijues du monophysisme severien ou jaco- 


1 Lehrbuch der Dogmengeschichte, t. II, p. 52 : « Wo ware Plato, wo ware 
Anstoteles in der Kirche, wo waren sie im Mittelalter geblieben, wenn dcr 
Orient Athanasius und Julian von Halikarnass als die cinzig massgebenden 
Kirclienvater verehrt hatte, und wie nab’ ist bcidcs gewesen ! * 

i Die « Ket^erei » Justinians, dans Harnack-Ehrung , p. 248. 

3 Die armenische Kirche in ihren Dc^iehungen den syrischen Kirchen, 
P- 44 > 54 - 

i Article Julian von Halikanuss, dans PRE, t. IX, p. 609, 1 . 13 et suiv. 



220 


LA DOCTRINE DE JULIEN ET LA TRADITION. 


bite, monophysisme qu’on pourrait presque appeler le monophy- 
sisine historique, vu qu'il est le soul dans l'liistoire qui fasse figure 
de parti, de secte religieuse et d ecole theologique. Au restc, nous 
avons montre, pensons-nous, que le monophysisme ne join* aucun 
role essentiel dans Lelaboration de la doclrine de LacpOaosa'a; eelle-ci 
pouvait s’exprimer, coniine on Lexprima d’ailleurs, aussi bien en 
function du diopliysisme que du monophysisme. 

Quant a la theorie grecque de la redemption, dont Julien aurait 
illustre de fayon si frappante le caraclere traditionnel, il est vrai 
que les Peres s’en sont servis pour exposer leur foi touchant l’eco- 
nomie generale du salut; mais elle est loin d’epuiser tout le contenu 
de cette foi, et d’exprimer le point central des crorances tradition- 
nelles, a savoir, le dogme du salut par le croix *. Le cas de Julien 
est particulierement demonstrate a ct*l egard, car s’il est vrai, 
coniine nous Larons dit, que le protagoniste de la doctrine de Lin- 
corruplibilile conceit volontiers la redemption sous ia forme d’une 
communication, faite aux (pOaprca, de LacpOapca'a du Saureur, il ne 
croit pas pour autant que la redemption se soit accomplie suivant 
le schema de la « soteriologie grecijue ». II tient que la redemption 
derail se faire par un acpOapro;, mais e'est parce (pie les soullrances 
et la mort d'un cpOapro; eussent etc impuissantes a operer notre 
salut ; cedes du Christ, explique t-il, out eu cette efficacite salu- 
taire, parce que, en sa qualite d’i'^Qj/.pro;, le Sauveur arait puissance 
sur la mort au lieu d’en etre le sujet, et que, au lieu de faire serrir 
sa mort pour Iui-meme, il a pu Lcmployer pour les autres et en 
verser integralement la valeur expiatrice en paiement de leurs 
dettes. On distingue aisement en ceci la donnee de foi des themes 
<pii servent a Lexposer. Julien recoit de la foi la doctrine du salut 
par la croix, mais il veut Lincorporer dans une systematisation 
theologique ou il a deja fait rentrer d’autres dogmes, celui de 
Lunite du Christ et celui du peche de nature. Pour cela, il recourt 
aux deux themes suivants : la destruction de Lempire de la mort 
par la mort de celui qui n est pas sounds il la mort (IVjpOapro;), et 
Lextinction des dettes de la nature humaine par celui qui ne doit 
rien pour Iui-meme (LaaOapro;). Des formules telles que : « le Christ 
y.qfox r j 7 r j: nous conferant Lincorruptibilite », ou « le cpOapro; impuis- 
sant ii tirer de la cpOooa de quoi en dclirrer les % r )y.t>7 r j'. sont des 
raccourcis, des enonces a Lemporte piece ; on se meprendrait sur 
leur sens i n croyant qu'ils attribuent formellement la redemption 


• Cfr J. Riviere, Le dogme de la redemption, p. 86 ct suiv. 



LES GRANDES LIGNES DE LA DOCTRINE DE JULIEN. 221 


a la communication physique de VzyOy.paiy. du Christ aux (pOaorot. 
En diet, si on les penetre plus a fond en les remellanl dans I’ensemble 
du systeine, on decouvre que leur signification est toute autre; e’est 
aux soufTrances ct a la inorl du Christ que Juljcn altrihuait formel- 
lement notre redemption, ct VxcpOzpaSz du corps du Sauveur n’elait, 
a ses yeux, qu’une condition de leur efficacite salutaire. Encore 
est-il, toutefois, qu’il n’identifiait pus cette y/sO acc'a avec 1’incor- 
ruptibilite des corps glorifies. 


II 


La doctrine de Julien rallia des adhesions et souleva des opposi¬ 
tions tant chez les Monophvsites que ehez les llyzantins. C’est uii 
signe que, a cote d’elements traditionnels, elle en acceptait d’autres 
qui paraissaient a certains introduire une nouveautedans la doctrine. 
C’est a demeler ces deux elements, 1’un, traditionnel, et l’autre, 
original et nouveau, que nous voudrions nous employer maintenant. 
II sera bon toutefois, avant d’aborder la question, de resumer les 
lignes maitresses de la doctrine de Julien ; nous verrons ainsi dans 
quelle direction nous devons orienter nos reeherches. 

L'absolue y.^Ox^'y du Christ ne prend son veritable relief dans 
le systeine de Julien que par opposition a la corruption de la nature 
huniaine ; le Christ act 0a pro;, c’est le Christ liomme parfait, mais 
sans noire <p9opa. Sur ee point special, la christologie de Julien n’est 
que la replique de sa doctrine sur riiommc. Aussi, un expose de cet 
element caracterislique du systeine christologique de l’eveque 
d’Halicarnasse doit-il necessairement etre precede d’un expose de 
sa theorie sur Faction de la r p r jooy. dans la nature. 

I i 

Avec 1’auteur du livre de la Sagesse , Julien constate (pie Dieu n’a 
pas fait la mort. Supposant, sans se preoccuper de l’etabjir, <jue 
1’homme elait, a l’origine, pbysiqueinent capable de soufTrir et de 
mourir, il s’attache surtout a relever <pie, en fail, Adam etait sous- 
trait a la mort et aux souflrances. Celles-ci ne rentrent done pas 
dans l’ordination primitive : elles ne sent pas y.yTx r yj<Jiv. Mais 
Adam [leehe. La desobeissance au coinmandement le jelle tout entier, 
corps et ame, sous la corruption ; notre premier pere ressent desor- 
mais dans sa chair 1’aiguillon de la concupiscence et, contre son 
gre, il devra subir les soulTrances et la mort en chatiment de son 
peche. Adam est corrompu : il est a/;aoro;. 

Adam n’a pas nui qu’a lui seul ; la nature huniaine tout entiere, 
dont il portait le germe en lui, est corrompue ((dOx^tyi) par son 
peche ; Adam c pQypzoc engendre des fils cpOaprot comme lui. Les textes 


222 


LA DOCTRINE DE JULIEN ET LA TRADITION. 


permettent de dislinguer trois elements dans l'etat du cpGapro;, ou 
si Ton veut, trois aspects de sa cpOooi. La corruption est d’abord une 
souillure morale, un peche (zuzztiz) ; c’est ensuite la concupiscence 
(iniOvfjL'cc, ooexrtxxi y.iyfazii) ; c’est enfin la necessite de subir les 
soufFrances et la niort. Ancree dans la nature, cette cpGooa se transmet 
avec elle par la generation, accomplie sous 1'impulsion de la con¬ 
cupiscence. Jusqu’a quel point Julien confond-il ce peche avec la 
concupiscence? Nous n’avons pas cru pouvoir le determiner avec 
certitude. Quoi qu’il en suit, le peclie que nous heritons de nos 
parents est une veritable souillure morale ; si la culpabilite qu’il 
entraine nest pas cel le (jue cree un peclie actuel, el le est neanmoins 
reelle. C’est en raison de ce peclie de nature que le cpOapro z subit 
necessairement les soufFrances et la mort : (dies sont le cliatiment 
du peclie qui le souille du seul fait de sa participation a la nature. 

Depuis la faute d'Adam, riiomme est TraOyjrc^, Ov r,r6;, Ozxrixo; r«y 
r.y.huyj y.y.l rov Qxvxrov. Par eux-memes, ces termes se borneraient a 
marquer la presence des soullrances et de la mort dans riiomme, 
mais com me ils s'appliquent en fait a la condition du (pOyprz;, i Is en 
viennent naturellement a signilier la faQon dont celui-ci les eprouve, 
a savoir, necessairement et en cliatiment du peclie de nature ; appeler 
un lionime r.yfjr-iz re\ ient done a dire qu’il est , infecte par la 

souillure originelle et sous le coup du cliatiment que celle-ci reclame. 
Avant la transgression, la corruption n’etait pas v.y-y. yjvu ; apres 
la transgression, il est juste, au contraire, de la qualifier de (p'j<Tixr lf 
car el le est la condition normale de la avOpwTr 'v/; toutentiere. 

Dieu voulant reparer les effets desastreux de la faute d'Adam, le 
Yerbe se fait homnie pour devenir capable de soutTrir et de mourir. 
Le Yerbe incarne, le Christ, est un sujet un ; coniine tons les Mono- 
physites, Julien d’Halicarnasse exprime ce doguie en disant que le 
Christ est une nature, celle du Dieu Yerbe, incarnee (pea roo 
0-oj 16yov 7i / 7ypyj,)ij.z^r l ). En sa qualite de Dieu, le Christ ne pouvait 
avoir aucun contact avec le peche ; aussi, il n’a pu prendre qu’une 
humanite qui n est pas infectee par le peclie (sv kuyor ; a), et sa chair 
ne pouvait etre (pOapr/;. Puisque, d’autre part, la souillure originelle 
se transmet avec la nature par le moyen du commerce charnel, le 
Yerbe se fait chair d’une vierge. Homme parfait, consubstantiel a 
nous, le Christ n’est cependant pas un homnie ordinaire (y.ooo;), un 
cpGapro; ; il est acpOaproc, car le Yerbe s est fait homnie de la seule 
maniere qui convint a Dieu, e'est a-dire, sans participer au peclie 
immanent a la nature. 

Comme le Christ a soulFert et est mort, en vue de la redemption, 
on peut dire qu’il fut -x9yit6; et Gvyjro;. Toutefois, comme il n'avait 


LES ELEMENTS ORIGINAUX DU JULIANISME. 


22 ^ 


pas cu part au peclie de nature, ses soud'rances et sa inort n’ont pu 
prendre Ie caractere qu’elles ont cliez le (pOaprc; : elles ne Ini furent 
pas imposees comine le chatiment <le ce peclie de nature. Diderenee 
capitate entre le Christ et nous ! Kile fonde, aux yeux de Julien, la 
possibility nieme de Poeuvre redemptrice. (Test parce (pie le Christ 
ne devait pas ses soud'rances pour lui-ineme qu’il a pu Ies ollrir 
pour le rachat de ses freres ; conipleteinent niaitre du fruit de sa 
passion, le Sauveur a pu en disposer pour Ies autres. Le Christ etait 
done u?/jr~6± et Qyy-6z a la facon qui convient a un y.&Qxrjzoz ; en 
d’autres tenues, il il’etait pas raOyjro; et r jyr~6z a la fa yon du KaOyjroz 
et r jyr,7cz ordinaire. Pour expriiner cette verite, Julien ecrit que 
le Christ, menie coniine hoinuie, fut y.~y.0r t z dans Ies soud’rances, et 
y/jyyy-oz dans la mort ; la negation que ces adjeclifs incluent porte, 
non pas sur le fait des soud'rances, mais sur la /a^on de les sup¬ 
porter (jui est courante chez les homines. Cos expressions etaient 
suggerees en partie a Julien par ce fait (jue, avant Pincarnation, le 
Verhe etait deja y.r.y/r^z et y/jyyy-yz, quoique dans un tout autre sens. 
Le Verhe, disait Julien, est resle y.r.y/jr,z et y/jy.yyroz, scion la chair 
aussi ; e'est la un jeu de mots, sur le sens dmpiel nous avons attire 
Pattention, car Vy.zOxorjix du N’erhe coniine Dieu et P y^jyoniy de la 
chair du Christ dans les soud’rances sont deux prerogatives que 
Peve(jue ne confondait pas. 

De quel nom caracteriser les soud'rances redemptrices t*t la mort 
viviliante du Christ? Severe les appelait soud'rances naturelles (ry.Oy] 
(p-j'Tr/.y). Julien ne rej(*tait pas entierement cette maniere de parler, 
car il adinettait <|ue les soud'rances n’avaient pas surgi coniine par 
miracle dans Porganisme du Sauveur. mais qu’elles avaient procede, 
commecheznous, de causes naturelles; toutefois, commePexpression 
« soud'rances naturelles » eveillait trop, a son avis, l idee de souf- 
f ranees tel les (ju'elles se passent dans la nature corrompue, il voulait 
prevenir toute tMjuivoijue en evitant d’appeler r.y,r, <LV7izy tout court 
les soud'rances du Kedempteur. II parlait de « soud'rances naturelles 
et volontaires », ou, plusordinairement, de « soud'rances volontaires »; 
e’etait la son expression favorite; die marquait en edet, a ses yeux, 
la profonde dilference (jui avait separe les soudranees du Sauveur 
de celles (Pun homme ordinaire, en menie temps (ju’elle assignait la 
raison de leur efticacite redemptrice. 


Tel est, esquisse dans ses grandes lignes, le systeme de Julien; 
nous en avons ainsi note, pensons-nous, tous les traits essentiels. 


LA DOCTRINE DE JULIEN ET LA TRADITION. 


•>•>4 


II n’y est pas question d’eutychianisme ni de negation de la consub- 
stantialite du Christ avec nous. Le monopliysisine n'y intervient que 
coniine un element de fait, pour exprinier le dogine de funite de 
sujet dans le Christ. L’inleret du systeme est ailleurs ; il nous 
parait resider surtout dans les deux points suivants : une doctrine 
du peche de nature dont le contrc coup se fait sentir en eliristologie, 
et une terminologie autour de laquelle on lit seandale dans certains 
milieux. Si le julianisme pent pretendre a quelque originalite, 
c’est en ces deux points seulement, car, pour le reste, nous ne 
decou\ rons rien d'anormal dans les textes de son representant le 
plus autorise. En diet, l'eveque d llalicarnasse est monophysile 
coniine tous les Severiens ; coniine eux, il se pose en antinestorien 
declare ; comme eux encore, il aflirme, contre les Eutychiens, la 
consubstantialite du Christ avec nous ; enlin, est-il besoin d'y 
insisler, il defend la parfaite realite des soulfrances du Christ et il 
en releve, avec toute la tradition, le caractere d’entiere liberte. 

Le premier point marquant du systeme de Julien est la croyance 
qu'il exprime a l’existence d’un peche de nature. Saint Augustin 
etait mort depuis pres d’un siecle lorsque parurent les ouvrages 
de l'eveque d’Halicarnasse, mais n oublions pas que Julien et Severe 
sont des teinoins des doctrines recues en Orient. Or, on sait que la 
croyance au peche originel cut peine a se faire accepter universelle- 
uient dans cette partie de l’Eglise; la crainle de l’origenisme 
semble lui avoir fait tort ; si les ecrivains ecclesiastiques orientaux 
s'accordaient a rattacher a la faute d’Adam la necessity de soulFrir 
et de mourir qui pese sur la nature humaine, il n’en manquait pas 
parmi eux qui repugnaient a admettre (jue l’liomme mortel nait 
egalement coupable * 1 . a En soimne, ecrit .1. Tixeront, si la croyance 
en une decheance de 1’humanite par suite de la faute d'Adam est 
incontestable chez tous nos ecrivains grecs du IV® siecle, I'idee 
quits se font de cette decheance reste en deca de la conception que 
I on s'en fait a la nieme epoque en Occident : elle est inoins com¬ 
plete et moins precise. II faut peut-etre excepter le disciple d'Origene, 
Didyme*. » Etendant son enquete a la theologie grecque des trois 
siecles suivants, M. Tixeront constate <jue, « si explicite pour affirmer 
que nous subissons la peine du peche d'Adam », cette theologie 


* Voir les textes dans J. Turmel, Le dogme du peche originel avant saint 
Augustin, dans Revue d'histoire et de litterature religieuses, t. V (1900), p. 503- 
5^6 et t. VI (1901), p. 13-31, ou dans J. Tixeront, Histoire des dogmes, t. II, 
p. 140 et suiv. 

1 Op. cit ., t. II, p. 144. 



LES ELEMENTS ORIGINAUX DU JULIANISME. 


9 9 * 


« Test beaucoup moins pour affirmer que nous heritons de son 
peclie meine », et il remarque quo « 1’ecole d’Antioche, toujours 
jalouse de sauvegarder les droits et l'integrite de la nature humaine, 
devait eprouver une difficulte particuliere a entrer dans cetle idee* ». 
En cela, tout au moins, Severe serait bien, lui aussi, de nuance 
antiocbienne, car il s’oppose energiquement a la doctrine du peclie 
de nature ; il met en avail! les noms de saint Jean Clirysostome et 
de saint Cyrilie, pour etablir que nous naissons mortels, niais non 
pas pecheurs, et que, si nous subissons les suites du peclie d’Adam, 
nous n’avons part en aucune facon au peclie lui-meme de notre 


premier pere *. 

Or, a la difference de Severe, Julien n’eprouve aucune difficulte a 
penser que nous recevons un peclie (yu.y.GTiy) avec la nature, et que 
tout honime est pecheur du fait de sa naissance. L’eniploi du mot 
« peclie » pour designer la souillure que riiomme conlracle en 
naissant n’est sans doute pas sans importance pour determiner la 
nature de celle-ci ; toutefois, il n’est pas decisif par lui-meme, car 
Julien eut pu appeler la concupiscence du nom de peclie, en taut 
qu’elle est le principe aclif du peclie. Aussi, ce sont les effets de 
cette y.[JLyp 7 Ly qui doivent retenir notre attention. Or, Julien admet 
que ce « peclie » etablit Phomme dans un etat de culpability ; a 
vrai dire, cette culpabilite est d’un genre special, car el le souille 
d’abord la nature, et ne souille l’bomme qu’en taut qu’il parti- 
cipe a la nature, mais c’est cependant une veritable culpabilite ; 
Julien croit, par exemple, que la mort en est le chatiment. Le fait 
que, selon toute probability, l’eveque d'llalicarnasse identiliait avec 
la concupiscence le « peclie » qu'il disait transmis avec la nature, 
ne prouve pas que celui-ci n’etait vraisemblablement, a ses yeux, 
(jue le desordre physique que constitue la concupiscence ; si la 
supposition etait exacte, il faudrait dire que non seulement Julien 
expliquait par le peclie d’Adam la presence des mouvements desor- 
donnes de la concupiscence dans fhomnie, mais encore u'i 1 croyait 
(jue celle-ci infecte 1 lionime d’une veritable souillure morale, et 
qu’elle appelle necessairement la mort sur celui dont elle travaille 
la chair, coniine la fante appelle le chatiment. 

La croyance a l’existence d’une souillure originelle etait si vivante 
cliez Julien qu elle a conditionne la doctrine de l’acpGapava qu'il 
defcndait en cliristologie ; c’est meine uniquement par cette voie 


1 Histoire des dogynes, t. Ill, p. 209. 

2 Voir plus haut, p. 127 et suiv, 





22G 


LA DOCTRINE DE JULIEN ET LA TRADITION. 


indirecte que nous pouvons la constater chez lui. II est regrettable 
que les textes conserves n’exposent pas d’une maniere complete et 
directe la foi de Peveque d’llalicarnasse au peche do nature, car 
nous y aurions sans doute trouve one doctrine assez proclie de Pen- 
seigneinent de saint Augustin *. Tels qu’ils sont, cependant, ils 
rendent un temoignage interessant a la foi que professaient certains 
cercles orientaux au dogiue du peclie originel, au tournant des 
Y e et Yl e siecles 

IV 


Des les premiers temps de la controverse, avant meme que la 

question qu’elle soulevait no fut deferee a rexamen de Severe, 

Julien se pretendit convert par Pautorite des Peres : sa christologie, 

disait-il, etait en pleine conformite avec Penseignement traditionnel. 

II convient, croyons-nous, de faire deux parts dans celte pretention, 

et de distinguer ici la pen^ee meme de Peveque d’llalicarnasse et la 

terminologie qui lui paraissait propre a Pexprimer. La premiere ne 

s’eeartait pas des voies traditionnelles; en efFet, rien n’etait plus con- 

forme a Penseignement des Peres (jue d’affirmer Punite de sujet 

dans le Christ, d’insister sur Pimmunite qui avail garanti le Sauveur 

conlre toutes nos souillurcs, de souligner le fait (jue Pintegrite du 

Christ n’avait pas porte atteinte a sa eonsubstantialite avec nous, 

d’attirer enlin specialement Pattention sur la pleine liberte du 

Redempteur dans les soulFrances, gage precieux de notre saint. 

Mais la tradition refusait elle d’appeler (pOacorw le corps du Sauveur 

ct s’accommodait-elle si aisement de la formule cwaa y.-y.b'n iv roiz 

. » 

t: yfji'iL y/jxvyzw h (jy'Az^ ? Le perte j>resque totale du Tome 

et des ouvrages (jui le suivirent de j>res nous empeche de dire dans 
quelle mesure precise Julien croyait pouvoir repondre affirmative- 
ment a ces questions ; nous pouvons cependant nous en faire 
quelque idee en examinant le pet it nombre de textes que nous 
savons avoir fait partie de son dossier patristique. 

Nous ne trouvons nulle part, ecrivait Julien dans le un 

docteur de PEglise qui ait dit (jue le corj>s du Christ avail jamais ete 
cpOxprov *. Si Julien eut voulu dire par la qu’aucun Pere n’avait 
jamais qualifie de ce nom le corps du Christ, son affirmation eut ete 


1 On sait les relations etroites que saint Augustin etabhssait entre lc 
peche originel et la concupiscence (Cfr J. Tixeront, op. cit., t. II, p. 47 2 et 
suiv.; J.-B. Kors, Im justice primitive et le peche originel d’apres saint 
Thomas , p. 15 et suiv., p. 168). 

2 Fragment 39. 



JULIEN ET LA TRADITION GRECQUE. 


227 


inexacte ; Severe, en eflet, n’avait pas de peine a lui signaler des 
passages patristiques oil le corps du Christ etait appele yOapTov. Lo 
patriarche en appelait, par exeinple, a saint, Athanase disant (jue 
Pincorporel n’aurait pas eprouve les accidents corporels, s’il n’avail 
pris de la Vierge un corps (oOxotov et Ovryov 1 ; il citait saint Cyrille 
ecrivant que le Verbe avail pris, avec la chair, les passions de la 
chair, puisqu’il avail pris un corps Ovryov et (pOaccov % et il renvoyait 
Jalien aux passages oil le meme docteur declare que la mort n’est 
possible que pour celui qui est susceptible de corruption 1 * 3 4 , et oil il 
donne aux plaies du Christ le nom de fpOop'x GtnuxTixyi C 

Nous n’avons pas conserve de lexte oil J alien s’expliquait sur Io 
sens des quatre passages de saint Athanase et de saint Cyrille que 
nous venous de lui voir opposer par Severe. 11 est probable, cepen- 
dant, qu’il les comprenait coniine il avait interprets, dans sa 
Deuxietne letlre d Severe , un autre texte de Saint Cyrille oil il est dit 
que le corps du Christ, aOxpTov par nature, revint a la vie par la 
resurrection 5 . Entendez, disait Julien, un corps xtpOapTov, mais appele 
ici cfsOapzov en taut qu’il avait etc pris de la nature commune qui, el le. 


1 Critique (Vat. 140, 50 c, 52 d) ; Refutation des Propositions de Julien (ibid., 
63 £), citant Oratio III contra Arianos (PG, XXVI, 440, . B) : O'fj'z y'xo lv 
xawpLXTM t'x to'j aoSuaro; xv iyzyovzi, el p:r, etipix '/.xfofv fy (oOxotov 
xxl Ovryov. 

4 Critique (Vat. 140, 28 /); Troisieme lettre d Julien (ibid., 11 c) ; Refutation 
des Propositions de Julien (ibid., 6 2 d) ) Contra Additiones (ibid., 88 e), citant 
Thesaurus (PG, LXXV, 396, C) : 'er.ziOr, y'xp Ovyitov xxl (pOxpTOV xnz/.xfcz 
ceopia,... (J.ST7. rry Gxpx'oz xxl t'x xirfy idioT:oiZLTxi r.xOr,. 

3 Critique (Vat. 140, 27 c, d t 28 a, 43 e, 51 c) ; Troisieme lettre a Julien (ibid., 
10/, 15 e) ; Refutation des Propositions de Julien (ibid., Cn c) ; Contra Addi¬ 
tiones (ibid., 84 f) ; Adversus Apologiam Iuliani (ibid., 105 c), citant In Ioannis 
evangelium commentarius, lib. XII (edit. Pusey, t. Ill, p. 128= PG, LXXIV, 
705, D) : ore tolvaj nEfji g. 6 vov 70 (pOelpzGOxi ~z^'jxoz 70 toj Oxvxtou 
ylvETXL xpy.70 77£p£ X'JTO Or, TtXVTOiZ XXL T, Try aVXGTXGZOJZ oCvxu.iz 
VOOlf XV ELXOT(A‘... 

4 Critique (Vat. 140, 56 e) ; Troisieme lettre a Julien (ibid., 18 a); Refutation 
des Propositions de Julien (ibid., 64 a) \ Contra Additiones (ibid , 94 b)) Adver¬ 
sus Apologiam Iuliani (ibid., 100 b, 106 b), citant In Ioannis evangelium com¬ 
mentarius, lib. XII (£dit. Pusey, t. Ill, p. 146 = PG, LXXIV, 728, B) : 
ZLTX 7T0)C, ZpZL 747 T'jyOV , EV 7M XtpOxpTOd (JtelJ.XTl TX Try C pOopXZ 3lSCpX''vET0 
(TY]usix ; (pQopyy yap GO)p.x.Tixfy xtioOzlilv zyzi... yzipotv... GffC.oiJ.zvr, 

OLXTpr,GLZ... 

5 De recta fide ad Theodosiwn (6dit. Pusey, vol. Ill, part II, p. 68-59 = 
PG, LXXVI, 1165, A) : gwjx pt kv xvz(5lod to r/j cpvozt (pOxpTOv. 



228 


LA DOCTRINE DE JULIEN ET LA TRADITION. 


est rpOapry, * * ; c’etait la, d’apres lui, le seul moyen de preserv (r ^ain 
Cyrille d’une contradiction avec lui-memc. Sans doute eslce a one 
exegese de ce genre qu it faisait allusion dans sa Deuxieme lettre d 
Severe, en disant qu’il s’etait efldree de metlre les Peres d’accord 
avec eux-memes et entre eux *. Mais si Julien se rendait compte que 
les Peres avaient qualifie de cpOxprov le corps du Christ, on 
udmettra que, en ecrivant qu’aucun Pere de PEglise n'avait jamais 
appele cp0ap7ov le corps du Christ, il voulait dire que la tradition 
n’enseignait pas que le Sauveur avail etc, coniine nous, sous le coup 
du peche de nature et de ses suites ; en d'autres termes, il exprimait 
ainsi la doctrine traditionnelle dans sa terminologie a lui. Nous 
voyons en ciret qu'il eearte une objection tiree du mot de saint 
Cvrille : 7 f '<)u.x 70 r f, (pw-t c pPaorov, en renvoyant son adversaire a une 
autre parole du meme docteur, extraite du meme contexte, ou saint 
Cyrille ecrit (jue la chair unie au Verbc n’avait pu subir la tyrannie 
de la corruption \ En tout cas, si Julien prouvait, par des textes 
coniine celui-ci, que sa pensee ne ecartait pas de celle des Peres, il 
ne reussissait pas a etaldir que sa terminologie etait conforme a la 
leur, en rcfusant d'appliquer au corps du Christ Pepithete ( pOxprw. 

Julien produisait-il des textes patristiques oil, de fayon bien 
claire, le corps du Christ avanl la resurrection etait appele acpOaprov, 
au sens qu’il donnait ace mot? lei encore, notre information est 
ties limitee ; des moreeaux conserves, il en est deux seulement qui 
presentent un argument de ce genre. 

Le premier fait appel a VAncoralus. Parlant du Christ, saint Epi* 
phane ecrit : tv xj-d) 70 keticvOoc uv j cpOxpiv, 70 xt.x(j'e; x(p9xp rov, 
acpOaooTa ro 6/ov Oso; z^pio; L A deux reprises, Severe prend Julien 
a partie pour avoir allegue ce texte en sa favour :i , mais il ne nous 
apprend pas quel usage precis Peveque d’Halicarnasse en avait fait; 
quant ii lui, il croit que saint Epiphane a ici en vue Yy.7fiy.p7 lx qui 
suivit la resurrection ; en elfet, dit-il, ii est question, quelques 
lignes plus haut que le texte cite, de Papparition du Christ res- 
suscite a Papdtre Thomas, et le contexte subsequent parle, lui aussi, 


1 Fragment 4 : 70 rr, xotvr, <p^ 7 Zi vQxp-w zxvrd) r t VM( 7 EV ; fragment 7 : 
70 7 r, vsAvr, &^7Zi (lOxotov x.xt oirs. x///•):, — y.xl *jy. r J ev. 7 oC &Ox& 70 ’j 

z/.Y^JY,, - 70V70 77, T.rJjl 70V /SS/OV EVM7 ll X7fixp70V X^EOEI/Oy]. .. 

* Fragment 3 : rx -j~ r j 70 >v TixzzpM £ipY,u£vx i(pp6v7i(Tx ex'jtolz te v,xi 

X/.Ay./.OU 7'JU.1SjYJ0\j'J 7X. XTZOOEl'Xl. 


3 Cfr fragment 4. 

4 Edit. IIoll. p. 100, 1 . 29-30 = PG, XLIII, 168, D. Cfr fragment 19. 

5 Critique (Wit. 140, 58 d ); Contrj Additiones (Add. 12158, 42 b). 



JULIEN ET LA TRADITION GRECQUE. 


220 


du Christ glorieux. II est assez difficile de dire jusqu’a quel point 
l’interpretation proposee par Severe est exacte. Les remarques que 
celui-ci presente sent justes ; toutefois, semble-t-il, saint Epiphane 
ne mentionnc Papparition a Thomas que pour prouver incidemment 
la realite de la resurrection, el le contexte precedent park de Bunion 
et non de la resurrection; de plus, toute la premiere parlie de celle 
section (LXXX) de VAncoi alus vent montrer, conlre les Apollina- 
ristes, que le Christ a pu posseder une amc sans contracler pour 
cela le peche ; e’est la, dit saint Epiphane, le sens du mot de 
l’Apotre : zjpzOzt; m; y.yQpomo; 1 * . En tout cas, independamment de 
Tidee (jue saint Epiphane a voulu exprimer iei, les ohservalions que 
nous venous de faire expliquent comment Julien pouvait etre amene 
a comprendre que Vy.zOxGz'y dont park* ce passage etail Eimniunite 
du Christ par rapport au peche de nature. 

Nous savons, en second lieu, que Julien recourait a Panatheme IX 
du pseudo-Gregoire le Thaumaturge *, qu'il lisait commc suit : 
v. r t.iyzi tozktov r t 7././.OKA 7ov 70v Xptorov, v.y.l p:r t 6y/Aoyzi a.'Jlhv 
y~QZK7Gv 7w TtvzCuuxzi, itLJcr.QTOv 3 7 f, crzoxi, a. i. II y trouvait l aftir- 

i * » 7 » i s r J 


‘ Philipp ., II, 7 , 

- Cfr les fragments 32 et 125. Sur ccs anathemes, cfr O. Bardenhewer, 
Geschichte der altkirchlichen Lite^atur, t. II, p 330-331. 

3 Faut-il l : rc'^Oa 070 v 7 r, zy/s/J. ou y.tfj zotov zr, Zyrs/t ? Migne (PG, X, 
1132, D), tout en notant la variante a(pOa07GV, ct A. Hahn ( Bibliothek der 
Symbole , p. 283) lisent (pOap 70 V. J.-B. Pith a (Analecta sacra Spicitegio soles- 
mensi parata, t. IV, p. 97. note 4 et p. 338. note 5) rcmarquc que plusieurs 
manuscrits grccs lisent : J f, JjyG 70V, et que les manuscrits syriaques qu’il a 
consults (les Add. 12155, 12156 et 17200; supposcnt la meme IC9011 
(P—|j — y.zOyfjToy) ; toutefois, commc le sens reclame, a son avis, 
fpQyorov, il conjecture que le passage aura 616 corrompu par (juek|ue par¬ 
tisan de la doctrine de Pincorruptibilite. La raison est peu convaincante. 
Obscrvons d’abord que le pseudo-Gregoire prouve le bien-fond6 de son 
anatheme en renvoyant au texte oCre r\ zy.oc, y\j zgxj ziozv diyyOopy.y (Act., 
II, 31; voycz l’explication qu’il donne lui-meme de son anatheme, dans 
A. Hahn, ibid., p. 283 = PG, X, 1132, I)); or, ce texte pouvait servir a 
montrer que la chair du Christ avait 6 t 6 y.z/jy.G 702, mais non pas l’inverse. 
En second lieu, a supposcr que Severe cut rencontr <5 quelque part la lc^on 
c lOy.rjTO'j , il n’eut pas manque de dire que Pargumentation de son adversaire 
manquait de base dans la meme mesure; or, il ne conlcstc jamais la lecture 
a©Ga 070 v ; il l’admet, en se contentant de lui donner une explication accep¬ 
table (voyez Critique : Vat. 140, 39 e\ Troisieme lettre a Julien : ibid., 16 c) 
Refutation des Propositions de Julien : ibid., 62 f J Contra Additiones : ibid., 
98 b, d). Selon toute vraisemblancc, la lei^on authentique etait y.^Oy07ov ; 
y trouvant plus tard une difficult^, une partie de la tradition manuscrite 
grecque laissa tomber Yy pri vat if et lut cpOaprov. 




230 


LA DOCTRINE DE JULIEN ET LA TRADITION. 


mation explicite de la perpeluelle ayOxpfjia tin corps du Christ, 
tandis (jue Severe restreignait la portee du lexte an temps «]ui 
suivit la resurrection. L’anatlieine nous parait Imp laconique pour 
qu’il soit possible d en determiner le sens avcc certitude. En tout cas, 
le texte des Arles : o : u 7 S r t <Jcx.pl xvtgv -io-v dtaepOocxv, allegue par le 
pseudo-Gregoire pour prouver que le Christ etait i'yQapzw 7 yi 7 acx'\ 
ne fournit pas d’argument decisif a Pinterpretation defendue par 
Severe. Bien que, dans les Actes, ee texte s'apjdique a la sepulture 
du Christ, nous voyons Julien 1 et Philoxene de Mabbogli * le nuttie 
mi relation avec la naissancc « incorruptible » du Christ selon la 
c hair ; les auteurs anciens n’exigeaient pas toujours des textes 
qu'ils utilisaient un lien bien etroit avec la these qu’ils leur denian- 
daient d'etayer. Bornons-nous done a constater (jue Julien citait 1'ana- 
tlieme l\ du pseudo-Gregoire pour justilier sa propre lerminologie; 
le y.y r Jzprov Ty 'Taw! de ce texte 1 ui paraissait sans doute traduire en 
une formule plus breve la doctrine de l'anatlieme suivant, qui con- 
fessait la parfaite ressemblance du Christ avec nous, hormis « le 
peril e » 3 . 

On a vu (jue Julien proposait les forinules xr.xQux iv 7o : .z r.xQect et 
xjcxvxejly. iv 70 Qxvy-(jd pour exprimer la condition privilegiee du 
Glirist dans les soullrances et la inert. II pouvait assureinent trouver 
des textes palristiques qui aftirmaient (jue le Christ n'etait pas un 
simple -y/rrjozy un simple Ovrjoz, on encore, que le Sauveur n’avait 
pas etc sounds a la puissance tyrannique des soullrances et de la 
mort, inais pouvait-iI citer des Peres qui altribuaient Vxzxfkix an 
Christ soufTrant considere coniine homme ? Nous ne connaissons 
qu’un seul texte revendique par l'eveque d'Halicarnasse pour 
appuyer ce point de sa terminologie. C’est un passage du jiseudo- 
Gregoire le Thaumaturge, 011 nous lisons (jue la divinite, dans le 
Christ, avail fait disparailre le zxOrjixov de la chair lors de I'accom- 
plissement du mvstere 4 . L’accomplissement du mystere, raisonnait 
Julien, c’est bunion, et de fait, disail-il, il est impossible de con- 
eevoir Pexistence du zx0r~ix6v dans la chair unie a l impassible, 
c’est a-dire, d’aduiettre dans le Christ la jiresence du regime de 


1 Cfr le fragment 8. 

* De Uno ex Trinitate incorporate) et passo , Dissert. VIII {Add. 12164, 79 a). 

9 

5 Edit. Hahn, op. cit , p. 283 = PG. X, 1133, A. 

* II XX7X uipo; 77 ’ 77 iz (£dit. Lietzmann, p. 168, 1 . II = PG, X, 1105, C) : 


Ot 0717704 70 TtxOr,Ttxoy 7r,z jypxoz ev 7r, 


o\j uj77rfi:oj z/ryorju 
r 



JULIEN ET LA TRADITION GRECQUE. 


231 


necessity dans la souffrance qui est le lot do la nature commune *. 
Severe, en reprenant ce passage de Julien dans son Apologia du 
Philalelhe , donne une interpretation difl'erente au texte du pseudo- 
Gregoire ; il y est question selon lui, on s’y attend, de Vxr.xQzix du 
corps glorilie du Sauveur. Pour montrer le bien-fonde de son inter¬ 
pretation, le patriarclie faisait observer que la phrase suivante parle 
du temps qui suit la resurrection : p.zrx dz Oxyy.rou xyrylujiy tzzgi 7y;j 
(jy.py.tx ~r t v y.yh.v xnxOzix ocr^zyri; xxi i/.rpzitroz xOyyxGix 1 2 . La remar(jue 
n’est pas concluante. En efl’et, l’ensemble du passage decrit la vie 
du Yerbe incarne dans ses diverses etapes : Lunion, les soullrances 
et la mort, Letat glorilie qui leur fait suite, et la communication 
faite aux croyants de Limpassibilite et de Limmortalite du Christ 
glorilie ; des lors, il a pu sembler plus naturel a Julien d’entendre 
de la periode de la vie du Christ anterieure ii la resurrection la 
partie du texte qui precede la phrase u.zry $£ Qxyy-ov xarxbjaiy, x. r. 

Si pen nombreux soient-ils, les texles que nous venous (Lexaminer 
nous renseignent assez bien sur un des genres d'argumentation de 
Leveque d llalicarnasse; il est probable qu'ils ne formaient qu’une 
laible partie du dossier palristique qu’il croyait pouvoir alleguer 
pour justilier sa terminologie. Quoi qu'il en soil, Julien n'eut pu 
contester que les Peres grecs appelaient le corps du Christ cp Ozerov 
avant la resurrection, et cela, en raison de son aptitude naturelle ii 
soulfrir et ii mourir; s’ils parlaient de Limpassibilite du Verbe 
incarne dans les soullrances, cest en speciliant (ju’ils le conside- 
raienl alors coniine Dieu. Quant aux tommies y.TtxOzia. rob <roWaro; 
et rj'ou.y xnxQzz zy rolz ~y/jz'Jiv, le moins qu'on puisse dire, c est que 
Julien cut etc embarrasse d’en trouver de nombreux exemples dans 
la Literature des ecrits patristiques ; pour notre part, nous n’en 
connaissons ii present aucun exeiuple indiscutable. 11 semble done 
legitime de conclure que, si la christologie de Julien etait d'inspira¬ 
tion tradition! elle, elle s’exprimait en une terminologie qui ne 
Letait pas ; Leveque d Halicarnasse se montrail notamment trop 
exclusif en refusant d’appeler r iOxorby le corps du Christ, et il 
exprimait la parfaite liberte du Sauveur dans la passion en une 
formule qui n’etait pas courantc dans la tradition grecque. 


1 Fragment 102 : rr,z Ozorrjoz u.zry' ryjv rJ.r^ciy rob [j.wJrmiGU _, 

tout' ZJ7L u.zry rr,v zvoxjiv, rb r.x%riXGv rr,z rrapxbz avYiorixuiaz, rb 
T.xjTiTLxby lonzbv ou O'jyzroy '/syzeByi ziyyi rrj rro xnxOzi ryovpivY 
jypx\ oj6z (3:x rypxyyzbzty rr t y ryjz (oiazcoz irAXOyrzLzy. — Sur le sens dc 
rb T.yfjr^iv.by chez Julien, voir plus haut, p. 206, note 4. 

2 Vat. 140, 27 d. 



9QO 

vOv 


LA DOCTRINE DE JUL 1 EN ET LA TRADITION. 


V 


La confrontation du systeme de Julien avec I’enseiirncment or«Ii- 
naire de la tradition grecque aboutit, so in me toute, a faire de 
l’eveque d'Halicarnasse un isole. En effet, la conception que celui-ci 
se faisait de la decheance originolle et les Tommies <|u'iI employait 
pour l’exprinier depassent celles tie la plupart ties eerivains eccle- 
siastitjues de langue grecque ; en christologie, une terminologie 
fortement influencee par la doctrine du peche de nature marque 
egalement les textes de Julien <Fun cachet d’originalile franchement 
accuse. Par contre, un auteur syrien, contemporain de Julien, 
aboutit, en plus d’un eas, a des formules identiques a celles de 
l eveque d’Halicarnasse, apres avoir insiste sur les points de doctrine 
qui avaient surtout retenu Pattention de celui-ci. Nous voulons 
parler de Philoxene, eveque de Mabbdgh (f apres 522) *. 

Nous ne sommes pas les premiers a rapprocher Philoxene des 
Julianistes. En publiant la letlre adressce par Peveque de Mabbdgh 
aux moines de Tell Adda, I. Guidi notait que Philoxene avail glisse 
vers l’aphthartodocetisme, en admettant que les soufTrances de la 
passion relevaient de la volonte du Sauveur, et non pas de la 
constitution naturelle de son corps*. A. Vaschalic crut egalement 
remarquer dans renseignement de Philoxene les germes de I’heresi » 
de Julien d'Halicarnasse, qui soutenait, dit-il, que le Christ n’elaif 
pas sujet aux passions humaines ou expose aux alterations de notre 
nature corruptible 3 4 . C. Hefele et, apres lui, A. Fortescue, font de 
Philoxene, non seulement un aphthartodocete, mais encore un do- 
cete 2 l . Longtemps avant ces auteurs, J. S. Assemanni ecrivait, en se 
referant a une notice du Liber Radiorum de Bar Mebraeus (t 1280), 
que Philoxene avail donne dans Ferreur des partisans de rincorrup- 
libilite 5 . En realite, le theologien syrien n’accuse pas Philoxene tie 
julianisme ; il note seulement que les Julianistes defendent leur 
formule « soulfrances volontaires et non naturelles » en en appelant 


1 Sur la vie et les oeuvres de ce personnage, voir E. A. W. Budge, The 
discourses of Philoxenus , bishop of Mabbogh, vol. II, p. XVII et suiv. ; 
A. V'aschalde, Three letters of Philoxenus, bishop of Mabbtigh, p. i et suiv. ; 
J. Lebon, Le monophy'sisme severien, p. hi et suiv. ; A. Baumstark, Gt- 
schichte der syrischen Literatur, p. 141-144. 

2 Ixj lettera di Filosseno ai monad di Tell 'Adda, p. IX, note. 

3 Three letters of Philoxenus, bishop of Mabbogh, p 67. 

4 C. Hefele-H. Leclercq, Histoire des conciles dapres les documents 
originaux, t. II, p. 875; A. Fortescue, The lesser Eastern Churches, p. 207. 

3 Bibliotheca orientalis, t. II, p. 22. 



JULIEN ET PHILOXENE I)E MABBOGH. 


233 


a I’autorite de Feveque de Mabbdgh ; sans contester le fait sur lequel 
se fonde Fobjection des Julianistes, Bar Hebraeus leur repond que 
« les docteurs qui pensent autrement sont plus illuslres et plus 
eminents en science et (jue notamment, saint Basile, Lregoire, Jean 
et Amphilochius, celui {Jacques) de Sarug et celui d’Ldesse disent 
que le Christ a pris volontairement les souffranees naturelles 1 ». Les 
Cliapitres contre les Julianistes (VIl e siecle) fournissent un temoi- 
gnage beaucoup |)lus ancien toucliant la pretention elevee par les 
Julianistes a se recoinmander de la doctrine de Philoxene. Cet 
ouvrage, en elfet, cite un temoignage de Mar Lphrein, du discours 
l)e fide, ou il est dit que le Crealeur a pris un corps corruptible 
pour renouveler les natures corrompues. Pour denion- 
trer Fauthenticite de ce discours, 1 auteur apporte, entre autres 
preuves, Fautorite de Philoxene ; celui-ci, dit-il, a cite le discours 
De fide dans son livre contre Habib (n Fattribuaut a Mar 

Lphrein. Or, raisonne-t il, Philoxene n’aurait jamais entrepris de 
defendre la >erite a Faide (Fun faux et, a surtout, il n'aurait pas 
consenti a laisscr sur ce discours le noin de Mar Lphrein, s’il est 
vrai, ainsi (jue le pensent les Julianistes, (jue (Dhilojrrne) lui aussi 
confessait que la chair d'Emmanuel avail etc incorruptible, impas¬ 
sible et immortelle des Funion 1 ». 

Nous n’avons pas tarde a nous rendrj coinpte que ces indications 
de la tradition n elaient pas denudes de valeur, et (jue Fenseigm inent 
de Philoxene presente des points de contact nombreux et caracte- 
ristiques avec celui de Feveque d'Halicarnasse. 11 est d'autant plus 
important de les relever (jue, si nous n’avons conserve (jue des 
fragments des ecrits de Julien, nous pouvons lire dans leurcontexte 
les passages des ecrits de Feveque de Mabbdgh qui sont voisins, 
j>ar la pcnsee ou la terminologie, des textcs isoles de Julien. Au 
meme litre (jue Julien et Severe, Fe\eque de Mabbdgh et ait mono- 
p’.iysite 3 ; loutefois, ce n est j>as ce munoph) sisme, expression d un 
antinestorianisme ardent et convaincu, (jui nous retiendra ici ; c’est 
Fenseignement de Philoxene touchant le peche de nature et la 
repercussion de cet enseiguement sur les formules de sa dogma- 
ti<jne christologique 4 . 


1 Part. Ill, chap. Ill, sect. 2 (Vat. syr. i6g, 84 b -85 a). 

* Add. 12155, 121 d. 

5 Tour Philoxene comme pour Severe et Julien, le mot H * ~ (c*J( 7 (;), 
employe dans la l’ormule « une seule nature du Dieu Verbe incarnee », 
si^nifie « etre individuel, etre subsistant » ; A. Vaschalde (op. cit., p. 53) 
11c parait pas en avoir suffisamment tenu compte. 
i Nous utilisons les ecrits suivants de Philoxene : 1) La Lettre aux moines, 





LA DOCTRINE DE JULIEN ET LA TRADITION. 


231 


C’est pour s’opposer a la doctrine des deux natures, <|u'i 1 ne 
distingue d’ailleurs pas du nestorianisme, <jne Philoxene a com¬ 
pose la plupart do ses ecrits. In des arguments favoris <] u'i I 
emploie pour la combattre est le suivant : Qui (lit deux natures, dit 
deux individus juxtaposes et aftirme qu'un des deux seulement, 
a savoir Phomme, a soufFert la mort ; mais si c’est un liomme qui 
est mort, il n y a pas eu de redemption. II s’adresse, par exemplc, 
on ces termes a son adversaire : « Tu dis : si ce n'est pas un liomme 
naturel j-—) comme l un de nous <jui est mort, ... si ce 

n’est pas un liomme <jui est rcssuscile naturellement, l’esperance 
de notre nature est vaine. Mais moi, je pense, au contraire, que 
c ost au cas mi un liomme serait mort et rcssuscile pour nous scion 
l’ordre de sa nature, — chose impossible, — que Pesperance de 
notre nature serait vaine l . » Philoxene exprime sa foi sur ce [mint 
en disant que ce n’est pas un model qui est mort : « Ce n’est pas 

un model comme l un de nous ... 2 ^) qui sup- 

portait la mort pour nous ; autrement, la puissance de la mort sur 
les models n’eut pas etc detruite* *. » En une expression positive, 

il dit que « c’est un immortel (1^=.^ p) <|ui a ete crucifie pour 

nous 5 ». Qu'est-ce qu’un mortel, d apres Philoxene, et quel sens 
attache-t-il a la phrase : « l T n immortel est mort pour nous 0 ? 

a La mort, eerit Philoxene, est (le jail) des (etres) corporels et 
non pas ( celui ) des (efres) spirituels ; (c'esl) une passion qui se pro- 
duit chez les ( etres ) composes ; la oil il n’y a pas de membres, el le 
ne s’exerce pas. Ainsi done, la mort n'eut point approche de Dieu, 
s’il ne Lit venu a V incorporation, qui, el le, est susceptible de la 
mort L » La composition eu membres et parties, qui, a son tour, 
rendra possible une dissolution, est done une condition qu'on doit 
neeessairement verifier pour elre appele mortel Toutefois, 


la Lettre aux moines de Beth-Gaugal , la Lettre <i lempereur Zenon (6dit. 
A. Vaschalde, op. c/ 7 ., p. 127 et suiv.) ; 2) La Lettre aux monies de Tell 
‘Adda (edit. Guidi, dans Atti della R. Academia dei Lincei, Memorie della 
classe di Scienze morali. ser. Ill, vol. 12); 3) Le De Trinitate et Incamatione 
(edit. Vaschalde, dansCSCO, Scriptores syri, ser. II, t. XXVII); 4) Lc De Uno 
ex Trinitate incorporato et passo (Dissert. I, II : edit. Briere, dans PO. t. XV, 
fasc. IV, d’apres le Vat. syr. 138 et 1 ’ Add. 12164; nous citons d’apres VAdd. 
12164 les huit dissertations non encore editccs) ; 5) La Lettre aux moines de 
Senun {Add. 14597, 35 ^-91 a). 

• De Uno ex Trinitate, VIII {Add. 12164, 75 

* Lettre d Zenon (edit. Vaschalde, p. 170). 

3 Lettre aux moines de Tell l Adda (edit. Guidi, p. 16, col. 1). 

i De Uno ex Trinitate . VIII (Add. 12164, 74 d-e ). 




JULIEN ET PHILOXENE DE MABBOGH. 


235 


clans le langage de Philoxene, le tenne « mortel » signifie beaucoup 
moins l’aptiludo naturelle a eprouver la mort, on iiieme, le fait de 
l’eprouver, <jue la faeon clout les homines ordinaires la supportent. 
Le mortel, c’est ccdui qui esl necessairement voue a la mort, sans 
que sa volonte puisse empecher la mort d’exercer sur lui son 
action : < la necessite de la mort domine sa vie (t—i c .Lc 1-=^? 

-»-~i 1 2 3 * i). Tout au plus peut-il donner a sa mort necessaire 
un certain caractere volontaire, en en devan^ant Parrivee naturelle ; 
tels, dit Philoxene, les saints apdtres et les bienlieureux martyrs, 
qui, par le sacrifice de leur \ie librement consenti, out rendu 
volontaire, dans une certaine mesure, la mort a laquelle, tot ou 
tard, il leur cut etc impossible d'eehapper *. En diet, tout mortel 
subit la mort en verlu de la sentence portee par Dieu contre la 
prevarication d’Adam. « A supposer, ecrit Philoxene, que les 
apdtres el les martyrs se fussent derobes a la mort et eussent 
refuse de mourir pour Dieu, ils eussent ete necessairement mortels 
pour eux memos..., et il leur cut ete impossible d’ecbapper a 
Pempire de la mort qui regne sur le genre humain depuis la sen¬ 
tence divine 5 . » C’est la ce que Peveque de Mabbogh appelle « etre 
muted par nature », ou « etre naturellement mortel » ; les mots 
« par nature » et « naturellement » ne font q ifinsister sur le terme 
« mortel », car « mortel » et « mortel par nature » sont des expres¬ 
sions equivalentes. Tout mortel, dit par exemple la Tellre aux 
moin’es de Tell 4 Adda , meurt « a cause de la sentence... ; en ell'et, 
quand un mortel meurt, c’est ainsi quil meurt, parcc que c’est 
a cause de la sentence ( porlee contre) la transgression premiere que 
tout le genre ( humain ) esl devenu mortel par nature. D on, qui- 
compie est lioinm ; par nature meurt naturellement, et, a supposer 
qu il refuse de mourir pour Dieu ou pour 1’amour du prochain, il 
goule la mort a un moment ou a un autre, pour une cause ou pour 
une autre, parcc que sa nature est mortelle *. » II faut done se 
garder de preter aux expressions « nature mortelle » el « naturel¬ 
lement mortel » rencontrees dans les textes de Philoxene, le sens 
qu’elles out pris dans notre lerminologie courante ; en elfet, dans 
la langue de Peveque de Mabbogh, idles expriment beaucoup moins 
la capacite physique de mourir, — toujours supposee, evidem- 


1 Lettre aux moines de 'fell ‘Adda (6dit. Guidi, p. ii, col. 2). 

2 Ibid. (edit. Guidi, p. 11, col. i-p. 12, col. 1). 

3 Ibid. (< 5 dit. Guidi, p. n, col. 2-p. 12, col. 1). 

* Ibid. (edit. Guidi, p. 12, col. 2-p. 13 col. 1). 




236 


LA DOCTRINE DE JULIEN ET LA TRADITION. 


merit, — que la necessite de mourir procedant de la sentence 
prononcee a 1’origine. 

Pliiloxene rattaelie an mode de la generation naturelle la necessite 
de mourir qui frappe le mortel. Jusqu’au Christ, ecrit-il, « parce 
(jue le peche etait vivant, la mort el le ausd exercait sa puissance, 
et la nature se transmettait suivant son etat ancien ^|) 

par le flux de bunion charnelle et des lors, quiconque 

entrait dans le monde par la voie du mariage etait 

naturellernent mortel 1 . » la mort, ecrit-il, prcnd son eours dans la 
nature du fait de bunion charnelle 1 ; il dit ailleurs qu’elle se mele 
a I’union des sexes : « C’est parce que nous sommes engendres 
naturellernent dans le mariage (jue noire mort est dite naturelle, 
car c’est a la suite de I’union des sexes et du flux naturel que la 
mort el le aussi prend cours, c’est-a dire, que la mort se mele a 
I'union charnelle (<^-? 1?’ j-’’c U.cc] 

-vV* K-k- o°>)\» 

II importe de remarquer que le mortel doit mourir, non pas a 
cause de ses peches personnels, mais uniquement a cause de la 
sentence divine portee a borigine centre le genre humain tout 
entier. Pliiloxene envisage en elFet explicitement le cas des apotres 
et celui des adultes qui meurent immediatement apres le bapteme. 
Tous out ete purifies de leurs peches anterieurs par le bapteme ; 
quant aux apotres, « nous croyons, dit-il, <ju'iIs n'ont plus peche 
apres la reception de I’Esprit-Saint ». Pourtant les uns et les autres 
sont morts necessairement; c’est done, conclut Pliiloxene, que le 
peche acluel n’a rien a voir avec la necessite de mourir et que 
celle-ci s’explique enlierement par la sentence originelle. En cfTet, 
apres avoir envisage le cas des apotres, il poursuit en ces teriues : 
« Mais si e'est le fait de ne point pecher qui explique qu’on ne 
nieure point, et si c’est eelui-la qui a peche qui est sounds a la 
mort, voici qu'il en est beaucoup qui, aussitdt qu'ils out ete baptises 
et purities de leurs fautes par le saint bapteme, (et) sont devenus 
saints, purs, spiriluels, meinbres du Christ, laves et purifies de 
toute souillure, aussitdt qu'ils montent des eaux (du baptistere ), 
meurent a binstant, alors qu'ils ne devraient pas mourir puisqu’ils 
sont purs de peche, si, suivant ta parole, quiconque est sans peche 


1 Lettre aux monies de Te l ‘ Adda edit Guidi, p. 17, col. 1). 

4 Ibid . (edit. Guidi, p. 15, col. 2). I. Guidi restitue J— ; la lecture 

nous parait preferable. 

5 De Uno ex Trinitate, VII {Add. 12164, 65 A); efr Lettre aux moines de Tell 
‘Adda (edit. Guidi, p. 15, col. 1-2). 





JUL1EN ET PHILOXENE DE MAIiBOGIT. 


237 


ne meurt point. Mais ii n’cn va pas coinnie lu pcnses. En diet, c’est 
a cause de la transgression premiere <|ue la mort a acquis de 
l’empire et (jue la mort, ainsi que la concupiscence, se sont 

melees a la nature ; et depuis lors, quiconque enlre dans le monde 
par le mariage est nalurellemcnt engendre mortel ; qifil peche ou 
non, qu’il peche pen on heaucoup, il est, de toute facon, soumis 
a la mort, parce (pie la mort est melee a sa nature » 

Nous n’avons toutefois pas epuise la doctrine de IMiiloxene sur 
la condition du mortel, ne du mariage, en notant que la mort est 
melee a sa nature dans Facte meme qui Ini donne la vie. Avec la 
mort, la concupiscence et le peche se indent encore a la nature du 
mortel. Nous venous de Fenlendre, la concupiscence a etc melee 
a la nature avec la mort a cause de la transgression primitive 
(U-*--— 1^.’ IMiiloxene repete peu apres la 

meme chose : a Quiconque entre en ce monde par la voie du mariage, 
est naturellement mortel, et la concupiscence est melee ii sa nature 
1-^0 1 2 3 .n Ailleurs, il parle de la concupiscence 

« semee (t*—• ’ 1) naturellement » dans Findividu « par Funion char- 
nelle 4 * * ». Apres la concupiscence, e’est le peche qui apparait mole 
ii la nature : « Du fait de la transgression, dit IMiiloxene, le 

pt\lie a etc mele ii la vie humainc .» II insiste de meme sur ceci 
(pie si le Verbe, par Facte de Fincarnalion, est devenu tout ce (jue 
nous sommes, notre consubstantiel, lioinme parfait quant au corps 
et (plant ii Fame, il n’a pas pris le peche, (jui n’est iFailleurs, dit-il, 
ni Fhoiume, ni la nature, ni la creature du Verbe ; e'est dire (jue, 
regulierement, le peche est joint ii la nature transmise par la 
generation fi . 

On a Fimpression (jue IMiiloxene ne (listinguait pas de la concu¬ 
piscence ce peche qu’il disait mele ii la vie humainc depuis la trans¬ 
gression. En diet, il donne exjdicitcment le nom de peche it la 
premiere, parce qu’elle incite au jieclie. Interpretant la parole de 
Jesus : « Qui de vous m’accusera de peche 7 ? », il remarque (jue le 
Ghrist entendait dire par la (jue « sa personne sainte etait pure, et 
du mouvement du peche, et de Facte du jieclie (<*^© 1 1©^ U? 


1 Lettre aux moines de Tell ‘Adda (6dit. Guidi, p. 15, col. 1-2). 

2 Ibid. (£dit. Guidi, p. 15, col. 1). 

3 Ibid. (6dit. Guidi, p. 17, col. 1). 

4 De Uno ex Trinitate , IV {Add. 12164, 38 b-c). 

Leitre aux moines de Tell ‘Adda (6dit. Guidi, p. 43, col. 2). 

fi De Trinitate et Incarnatione (edit. Vaschalde, p. 55, 1 . 8; p. 99, 1 . 17). 

"• Ioh. , VIII, 46. 



LA DOCTRINE DE JULIEN ET LA TRADITION. 


238 


<^-= 3 1 ». II avait note preced eminent qu’en 

disant <jue le Christ nous avait etc rendu semblahle en toutes choses, 
horinis le peche xu.x(jtIxz) % l’Apdtre parlait, « non pas de 

racconiplissement des actions du peche a 

i», c est-adire des peches actuels, « inais des mouvenients 
honteux du peche ^ ill)»; e n elTet,continuait-il, 

« les mouvenients naturels de la concupiscence 1--^^-=- ■’^--1) 

etaient completement etrangers a la personne sainte du Christ 1 * 3 n. Si 
nous coniprenons bien la pensee de l’eveque de Mabbdgh, il se 
represente comme suit la condition faite a la nature depuis le peche 
d’origine. A la suite du peche d’Adaiu, le peche a sevi dans la nature : 
« il est vivant ». Ce peche est la concupiscence, et il se transmet 
par la generation, accomplie sous ('impulsion de la concupiscence 
des parents ; de plus, il transporte avec lui la necessity de inourir ; 
principe de peche, la concupiscence est encore principe de mort. 
Philoxene croyait-il qu'unc culpabilite s attache a la concupiscence 
que nous recevons avec la nature? Observons a ce propos quo 
l’eveque de Vlabbdgh ne juge pas mauvais en soi le desir qui pousse 
riiomme a bunion des sexes (i-x C5 l? ; ce desir, dit-il, « a ete 

place dans la nature par le Createur (U o - r s ,-Lc j pour 

rendre au genre humain ce dont la mort (fruit) de la sentence l’avait 
depouille * », a savoir, la possibility pour la nature comme telle de 
se perpetuer ; riiomme en use legitimement dans le mariage, sur 
l ordre memo du Createur 3 5 . Ainsi en est-il de la propension natu- 
relle a prendre de la nourriture 1^,’ = desiderium ventris) ; 

il assure la conservation de I’individu, comme le premier garanlit 
la conservation de la race 6 . Des lors, la concupiscence qui se trans¬ 
met par la generation depuis le peche d’Adam n'est pas simplement 
la propension physique a tels ou tels actes deposee dans la nature 
par le Createur; elle a un caractere moral bien determine, et de fait, 
nous voyons (pie Philoxene l’appelle « les mouvenients du peche » ; 
des lors aussi, en communiquant la concupiscence aux enfants qu'ils 
engendrent, les parents communiquent a leur descendance une 
veritable souillure morale. De I’idee de la concupiscence souillurc 
morale, « peche » transmis par voie de generation, a I'idee d une 


1 De Uno ex Trinit ate, VIII (Add. 12164, 83 a). 

1 llebr IV, 15. 

s De Uno ex Trinitate, VIII (Adi. 12164, 38 d). 

* Discours De fornicatione (edit. Budge, The discourses of Philoxenus , 
bishop of Mabb 6 gh , t. I, p. 499; cfr ibid., p. 496, 523). 

5 Ibid. (£dit. Budge, op. cit., p. 523). 

6 Ibid. (£dit. Budge, op. cit., p. 509). 





JULIEN ET PHILOXENE DE MABBOGH. 


280 


culpabilite de nature a laquelle Hi online participe par le memo 
moyen, il n’y a certes pas l>ien loin. 

L’eveque de Mabbdgh caraeterisait-il la condition de la nature 
apres le peche comme un etat de corruption ? Appelait-t-il le « mor- 
tel » un a corrompu » ? Si I einployait cetle terminologie, il ne 
scmble pas en avoir fait un usage courant. Nous voyons seulement 
que, pour 1 ui aussi, naitre d’une maniere non corrompue, c’est 
naitre (rune vierge. « Le Christ, ecrit-il, s’est fait corps de fa con 
non corrompue ii) ; c’est pourquoi il est ecrit a son 

sujet qu’il n’a pas vu la corruption ‘.)> II s’etait explique precedem- 
ment sur le sens de I’expression. '< Dieu s'est fait cor|)s, disait-il, 
d une facon non corrompue P), sans le mouvement 

naturel et le flux provenant de la concupiscence li? 

(-?’=) * ». II est vrai que Philoxtme rcproche a ses adver- 
saires de parler de la mort vivante de Dieu et de la passion de celui 
qui ne se corrompt point, a comme on le ferait en parlant d’un 
homme corruptible et suivant la ressein- 


blance des oiseaux, des quadrupedcs et des reptiles 1 2 3 4 5 * », inais on ne 
peut insister sur le sens qu’il a pu attacher ici au terme « corrup¬ 
tible )>, car il le reprenait a la Bible *. Dans un autre contexte, il 
ecrit que «tout ce qui vient a Lexistence suivant 1’ordre de la nature 
humaine est perissable et corruptible ’ », mais il est aussitot ques- 
tion de la corruption du tombeau. A notre connaissance, le terme 
M' — n’a pas, dans la langue de Philoxene, le sens technique 
que son correspondant (pOapro; a pris dans la terminologie de Julien. 

« Dans la Vierge, ecrit Dhiloxene, je ne reconnais pas un homme 
joint a un Dieu, ni une hypostase jointe a une hypostase, 

mais je vois, par l’ceil de la foi, un (e/re) spirituel qui, sans change- 
ment, est devenu corporel, et Marie a engendre, non pas un etre 
double, comme (lit Nestorius, mais le Monogene qui a pris corps. 
II n’est pas mi-l)ieu el mi-homme, mais il est Dieu tout entier, 
parce qu’il est du l*cre, et homme tout entier, parce qu’il est 
devenu de la Vierge f ’ »; « celui qui est Dieu parfait a pris corps et 
est devenu, de la Vierge, homme parfait 7 . » Telle est la foi de Phi— 


1 De Uno ex Trinitate , VIII [Add. 12164, 79*2). Cfr Act., II, 31. 

2 Ibid. [Add. 12164, 7 81 ). 

3 Lettre aux moines de Tell ‘Adda (6dit. Guidi, p. 11, col. 1.) 

4 Cfr Rom., I, 23. 

5 De Uno ex Trinitate, VII [Add. 12164, 67/). 

0 Lettre a Zenon (edit. Vaschalde, p. 165). 

' Lettre aux moines (edit. Vaschalde, p. 134). 







210 


LA DOCTRINE DE JULIEN ET LA TRADITION. 


loxene sur l’incarnation. Examinons quelle fut, d’apres lui, la con- 
dilion de l’humanite unie au Verbe. 

Dieu s'est fait liomnie parfait, « noire consubstantiel scion la 
chair, hormis le peche qui n’est ni riiomme ni la nature 1 2 » ; « il est 
dcvenu tout ce quest chacun de nous, hormis le peche, qui n est 
pas la nature, ni sa creature 4 5 .» II a pris corps de fayon non cor- 
roinpue, c’est-a-dire, en dehors du mariage N’etanl pas ne sous le 
regime de la concupiscence, le Christ n’eprouve pas non plus les 
mouvements de cetle passion; c’est la le sens des paroles : « Qui de 
vous m’accusera de peche? » et : « II nous a ete rendu semblahle 
en tout, sauf le peche » Consubstantiel aux homines, le Verbe 
incarne occupe cependant parmi eux un rang tout a fait unique. 
D’abord, il est Dieu ; c’est la sa condition lonciere et naturelle ; 
c’est « ce qu’il est », par opposition a « ce qu’il est devenu » ; par 
nature, il est Dieu et non pas liomnie : les enonces de ce genre sont 
tres frequents dans les ecrits de Phi loxene. Ensuite, le Christ, ne 
dune Vierge, n’a pas contracts le peche que les autres homines 
reyoivent avec la nature humaine. II ifest pas sounds aux mouve- 
ments de la concupiscence, et il esl a labri des autres consequences 
qui surviennent a quiconque nait par la voie du mariage. 

C'est cette situation privilegiee du Christ parmi les homines que 
Philoxene entend exprimer en disant que le Sauveur n est pas un 
liomnie naturel C*- 3 ! r—) \ et que tout ce qui concerne le 

Christ a eu lieu d’une fayon qui depasse la nature ^ 
L’eveque de Mabbdgh fait grief il son adversaire, par exemple, de 
placer « toute l’e<;onomie, du commencement a la tin, sous la necessite 


1 De Trinitate et Incarnatione (6dit. V'aschalde, p. 55). 

2 Ibid. (edit. Vaschalde, p. 99). 

3 Voir plus haut, p. 239. 

i Voir plus haut, p. 237-238. 

5 Lettre aux tnoines de Serum (Add. 14597, 55 a). Au xn e siecle, le mono* 
physite Denys Bar Salibi (Commentaire sur saint Jean : Vat. syr. 155, 215 c) 
commente encore la meme expression comme suit, dans un contexte ou il 
est question de Philoxene : « Theodore le nestorien dit que le Christ £tait 
en cela un homme naturel. Nous disons : que la communaut6 du nom ne 
nous trompe point. Ce n’est pas parce qu’il est appele Fils qu’il est comme 
l’un des fils, ni parce qu’il est appele Verbe ou Verbe unique qu’il est comme 
l'une de nos paroles ou bien comme Pun des (dls) uniques qui se rencontrent 
chez nous; et ce n’est pas parce qu’il a eu faim, soif, et le reste, qu’il a 
support^ ces choses comme tout le monde. Mais il est appele Fils de l’homme 
d’une fayon nouvelle, etant le Dieu Verbe et non un homme naturel, et c’est 
en £tant Fils de Dieu qu’il est devenu homme sans changement. » 




JULIEN ET PHILOXENE DE MABBOGH. 


241 


de la nature 1 2 », et il affirme que « chez Ie Christ, lout fut en dehors 
de l’ordinaire et superieur a la nature 

Cette qualification de « surnalurelle » donnee a Ceconomic se justilie 
aux yeux de Philoxene a un double titre. I n premier motif, c’est 
que la nature du Christ est sa divinite : « C’est ce qu’il est et ce 

qu’il a A-d® -xjioM? (jui lui est natural, tandis que c'est ce 

• • • ■ > 

qu’il est devenu et ce qu’il a acquis (j*— ^®^?® jotn? f?ci) <jui, pour 

lui, est surnalurel 3 * * .» Un second motif, c'est que les conditions de la 
vie humaine du Christ ne furent pas celles d’un homme ordinaire, 
d’un homme qui n’est qu’un homme : « Nous croyons, dit Philoxene, 
que toute leeonomie fut au dessus de la nature etde P ordinaire 
ir^-»= * ». cette fois, Peconomie est dite surnalurelle par 

rapport a la nature humaine et non par rapport a la nature divine. 
En resume, a tout ce qui concernait le Christ fut hors de 1’ordinaire 
et non pas naturel et ordinaire 
o Ul^ - 5 

Philoxene a pris soin lui-meme de prevenir toute interpretation 
erronee de ce caractere « surnaturel » qu'il reconnaissait a l'eeono- 
mie. Tout d’abord, il s’oppose a ce qu’on prenne pretexte de la 
formule pour declarer que la vie du Christ dans la chair n’a ete 
qu’apparence : « Confesse done, dit-il, la realite de l eeonomie et 
ne la eoncois pas ( comme) une apparence, parce (ju’elle depasse la 
nature 6 . » 11 ne veut pas non plus qu’on y trouve un argument 
pour nier la consubstantialite du Verbe avec nous ; le fait que les 
mysteres ne se sont pas passes naturellement, observe-t-il, n’em- 
peche pas le Christ d’etre de notre nature 7 . A ces remarques, 
ajoutons-en nous-meme une autre touchant le sens precis que 
Philoxene attache aux mots (prodigieux, inerveilleux) et 

(surnaturel), qualificatifs qu'il applique a toute la 
condition du Verbe dans la chair. Dans son langage, ne 

signilie pas « miraculeux », au sens technique que le terme 
« miracle » a pris dans notre terminologie philosophique, ni ineme 
« inerveilleux », si l’on entend par la tout ce (jui est de nature a 
jeter l’observateur dans I’etonnement par sa disproportion avec le 


1 De Uno ex Trinitate , VII (Add. 12164, 64 e). 

2 Ibid. (Add. 12164, 65 b). 

3 Lettre aux moines de Senun (Add. 14597, 71 b). 

i De Uno ex Trinitate , VII (Add. 12164, 61 /). 

K Lettre aux moines de Senun (Add. 14597, 7 1 a )> 

6 De Uno ex Trinitate VII (Add. 12164, 67 f). 

7 Cfr ibid. (Add. 12164, 65 d). 

i6 





LA DOCTRINE DE JULIEN ET LA TRADITION. 


242 


cours ordinaire des phenomenes ; il equivaut a U-*- 
(depassant la nature) et il s’oppose a (ordinaire) et a 
(simple). Des lors, la Iraduction du terme la plusexacte sera souvent 
« extraordinaire », ou '( sortant de Pordinaire » ; en eflet, l’idee que 
tout ce (jui se passait dans le Christ ax ait lieu iniraculeusenient est 
tout aussi etrangere (jue le docetisine a la pensee de Pev&que de 
Mahbdgh. De memo, ? n'a pas le sens que le mot 

« surnaturel » a pris dans notre theologie ; Philoxene applique le 
terme ii tout ce ijui depasse la nature a un titre quelconque, et, le 
plus sou\ent, par la facon dont il a lieu *. 

Le caractere « surnaturel » de Peconomie se revele surtout par 
la layon dont le Christ a supporte les necessites de la nature 
humaine. Philoxene aflirme d'ahord que le Verhe incarne a eprouve 
nos necessites ; ce n’est pas un liomine, dit-il, mais Dieu, qui nous 
a ete fait seniblahle a en devenant honiine coniine nous, en sup- 
portant toutes nos necessites (—t cn --*-), en portant nos 
soulTrances, bien que, en devenant homnie, il n’ail pas ete forme 
coniine nous du melange des quatre elements 1 2 » ; « de nieiiie que 
Vincorporation est le fait du Verbe, dit-il encore, ainsi aussi, les 

soulfrances, les necessites —) et toutes les choses humaines 3 )). 
loulefois, les necessites humaines n’avaient pas sur le Christ le 
pouvoir tyrannique qu'elles exercent sur nous : « Par son incor¬ 
poration, le Verbe prit un corps avec toutes les necessites 
humaines, hormis les mouvements du peclie et la contrainte des 

necessites et il devint liomine coniine nous 4 .» 

Philoxene entend signilier par 1 a (jue les necessites de Notre- 
Seiirneur rele>erent « de sa volonte et non d une contrainte de la 


1 Dans son Commentaire sur saint Jean (Vat. syr. 155. 215 0216 d ), Denys 
Bar Salibi a expose les vues de Philoxene sur la ressemblance que presentait 
le corps du Christ avec celui d’Adam ; la conclusion du commentatcur syrien 
est reproduite dans Assemani, Bibliotheca Orientalis, t. II, p. 169. D’apr£s 
Denys, Philoxene etait d’avis que le Sauveur. exempt de tout ce qui survint 
a la nature humaine apres la transgression, avait un ame et un corps tels 
que ceux d'Adam avant le peche (Vat. syr. 155, 216 b , d ). Nous ne savons 
en quels termes et jusqu’a quel point Philoxene poussait cettc comparaison ; 
au reste, au temoignage du mcme Denys, Peveque de Mabbogh mettait une 
sage reserve a decrire l’etat d'Adam avant la chute ; il admettait qu’Adam 
mangeait et buvait, qu’il aurait use du mariage, mais il avouait en memc 
temps ne pas voir comment tout cela £tait possible (efr Vat . syr . 155, 216 b ). 

4 De Uno ex Trinitate , IV ( Add . 12164, 38 b ). 

3 De Trinitate et Incarnatione (edit. Vaschalde, p. 44). 

4 De Uno ex Trinitate, V (Add. 12164, 44 J). 






JUL1EN ET PHILOXENE DE MABBOGH, 


243 


nature (U-*-®? ir4^°? ®®^ * ». On sail ce qu’il faut 

entendre par « nos necessites » ; c’est le boire, le manger, la 
fatigue, la souHrance. « I)e meme que nous inangeons vraiinent, 
ecrit-il, il mangea vraiinent ; tie memo que nous grandissons 
vraiinent et non en apparence, ainsi il grandit ; de meme que nous 
nous fatiguons, (jue nous soulTrons et que nous dormons, ainsi 
aussi, comme nous, il accomplit ces choses. Et ce n’est pas parce 
qu’il les accomplit comme nous, qu'il les accomplit naturellement 
et necessaireinent, comme nous (• I oat jJo 

I©* ^-*|i^4uc® mais c’est par sa volonte 

tju'iI les eprouva, c’est-a-dire, vraiment *. » Ce texte nous revele un 
ties motifs pour lestjuels IMiiloxene evite d’appeler naturelle l’eco- 
nomie : ce qui est naturel est necessaire* or, comme nous le verrons 
bientdt, il revendique pour le Christ une liberie pleine et entiere 
dans les souirrances. 

IMiiloxene a resume son enseignement sur la passion du Christ 
dans un passage de la Lettre aux moines de Tell ‘Adda ; le texte 
est du plus haut interet pour l’etude de la doctrine et de la termino- 
logie de 1’eveque de Mabbogh sur ce point important. « Du fait de 
la transgression originelle, ecrit-il, la mort a regne, et la mort et la 
concupiscence se sont melees a la nature ; et desormais, quiconque 
entre dans le monde par le mariage nait mortel naturellement, et 
(ju'i 1 peche on non, <ju'i 1 peche pen ou beaucoup, de toute fa^on, il 
est soumis a la mort, parce que la mort est m6lee a la nature. Mais 
Dieu, lorsqu’il voulut devenir hoimiic de la Vierge, pour nous creer 
par son devenir d’une maniere nouvelle, ne prit pas corps 

et ne naquit pas du mariage a la fayon ancienne, alin d'etre 

superieur a la mort dans son incorporation meme, c’est-a-dire, 
superieur aussi a la concupiscence, parce que c’est par 1'union des 
sexes que toutes deux prennent cours dans la nature ?). Or, 

on ne lui attribue aucune des deux, parce que c’est sans recourir a 
bunion charnelle qu'il a ete concu et est ne, et ( parce que) l’Esprit- 
Saint est vemi sur la Vierge, pour que ce fut saintement que se fit, 
(belle, Vincorporation du Verbe. Voici done que le Dieu immortel, 
lorsqu'il voulut se faire homme de la femme, devint homme par 
une incorporation qui n’est pas non plus celle d un mortel —I 
]®<n b-4_]| ^ y .• g»za. i . v . a ) parce que c’est sans 

recourir a bunion charnelle qu'il prit la forme corporelle dans 


* De Uno ex Trinitate, V (Add. 12164, 48 a). 
2 Ibid., VII (Add. 12164, 65 c). 




LA DOCTRINE DE JULIEN ET LA TRADITION. 


244 


laquelle il prit corps; et de iiieme que dans sa nature il est 
immortel, ainsi aussi, dans son devenir, il resta iminortel ; c'est 
des lors a bon droit qu’on dit : « I n immortel est mort pour nous. » 
Immortel en elFet, ce n’est pas do fait d’une justification ^) 

(qu’il I'est), ainsi quo ceux-la le disent, mais par nature (U-^ , 

— parce (|u'iI est ne du Pere immortel, — et du chef de sa 
eorporeite il est reste le meme, parce <iue c’est sans ( recourir a) 
1’union des sexes qu'il a pris corps, et, quant a Fun et Fautre 
), (la f or mule) est juste : « In immortel a etc crucifie 
pour nous » En efFet, ce n’est pas seulement des (euvres du peche 
(jue Jesus etait indemne, mais encore des mouvements du peche, et 
des lors, il etait egalement superieur a la mort naturellement, son 
incorporation s’etant faite saintement, en dehors de bunion des 
sexes, du desir du peche et de la mort. Et 

puisque rien de tout cela ne se trouvait en lui, le combat qu’il 
engagea contre toutes les autres faiblesses ne fut pas sien ou pour 
lui-meme mais c’est par sa volonte qu’il les a 

accomplies en sa personne, pour nous En efFet, s’il y eut 

etc soumis naturellement, c’est par contrainte qu’clles se fussent 
passees en lui coniine en tout honime, et des lors, sa victoire sur 
elles eut ete pour lui (^»-) et non pas pour nous (best 

done par sa volonte qu’il fut soumis a toutes, et non pas comme 
1 j grand nombre *, et non pas comme un (homme) qui avait besoin 
[de les subir ), non pas par contrainte, non pas comme un (homme) 
ne par le mouvement de la concupiscence, non pas comme un 
passible ou un mortel par nature, c| ^—®), 

mais, en (homme qui est) superieur par nature a toutes ces necessites, 
il s’abaissa et les aecomplit toutes par sa volonte, remporta la victoire 
sur tout pouvoir hostile, vainquit le monde et sa puissance 1 * 3 4 5 . » 

La doctrine de Philoxene est bien nette. La mort du Christ est 
reelle. Toutefois, el le n’est pas naturelle ; en efFet, une mort natu- 
relle a pour raison une naissance acquise par la voie du mariage : 

« C’est parce que nous naissons naturellement de bunion des sexes 
que notre mort est dite naturelle, parce que la mort suit bunion 


1 Ou mieux, peut-etre, en donnant a la valeur d’un genitif ob ectif: 

« de la concupiscence-peche, de la concupiscence qui constitue un p£ch6 » ; 

en effet, Us*’ d£signe a lui scul la concupiscence (voir, par exemple, Lettre 
aux moines de Tell ‘Adda : edit. I. Guidi, p. 16). 

4 1 . Guidi restitue I • • • - en Peut-etre est-ce r qu’il faut lire ; 

le terme serait parallele k i | . 

5 Lettre aux moines de Tell * Adda (£dit. Guidi, p. 15, col i-p 16, col. 2 ). 








JULIES ET PHILOXENE DE MABBOGH. 


245 


cliarnelle et le (lux nalurel*. » En second lieu, une inort naturelle 
est une niort necessaire : « La inort du Christ, dit Pliiloxene, ne fut 
pas naturelle, mais volontaire 2 » ; c’est une inort telle qu’clle se 
passe chez nous : « Si sa inort fut naturelle, comine tu le dis, et si 
c’est dans un liomiue naturel comine l’un de nous qu’elle se passa, 
ce n’est done pas par sa volonte qu’il est morl, et il n’eut pas puis¬ 
sance sur le moment de sa inort, mais la inort naturelle, (fruit) d une 
contrainte i-^), lui est survenue tout a coup, coniine 

el le survient a tons les homines, sans qu’il le sut, et sans qu’il fut 
informe du moment de sa inort 3 . » Et surtout, une inort naturelle 
aurait ete denuee de toute eflicacite redemptrice. Si la inort qui 
a detruit la inort etait une inert naturelle, qu’on disc done, s’eerie 
Pliiloxene, que la inort a ete detruite par tous c(*ux (jui sent morts 
depuis l’origine des temps jusqu’au Christ* ! El, en eflet, une inert 
naturelle est subie en vertu de la sentence originelle ; mais, « si 
quelqu’un, par sa inert, paie sa propre dette, succombe a la sen¬ 
tence qui le frappe lui-meme, comment sa sentence (4 sa inert pour- 
raient-elles servir a notre redemption 3 * * ? » Ces considerations nous 
expliquent pourquoi Pliiloxene aflirme avec tant d insistance que la 
inort du Christ fut <• surnaturelle » r ‘ : « Ou bien, dit-il, declare que 
sa naissance s'est passee coniine celle des autres homines, qu’il a 
etc concu et est ne coniine tout le monde du fait d’une union, 
cliarnelle, ou bien crois que le mvslere de sa inert est superieur a 
(la mort) des autres homines, et que, comine son devenir et sa nais¬ 
sance, sa inert aussi s’est passee d une maniere unique, coniine lui- 
meme ^ 1 : 2 - 1 ) 7 8 . I) 

Pour exprimer celte situation unique faite au Christ dans la inert, 
Pliiloxene reprenait le mot du Trisagion : a l/lmmortel est inert, 
rimmortel a ete crucilie jiour nous ». La formule acquiert a ses veux 
un sens tres conijirehensif. Pour reprendre son expression, el le se 
justitie quant aux deux aspects H du Christ, l/lmmortel 

est inert : l'essenee divine etant reslee inalteree dans 1’incarnalion, 
on peut dire, en vertu de la communication des idiomes, que Dieu, 
immortel par nature, est inert; c’est la le premier sens de la formule. 


1 I)e Uno ex Tvinitate , VII (Add. 12164, 65 />)• 

2 Ibid., VII [Adi. 12164, 63/). 

3 Ibid., VII (Add. 12164, 64 b ). 

4 Ibid., VI (Add. 12164, 62 a). 

3 Lettre aux moines de Tell l Adda (6dit. Guidi, p. 27, col. 1). 

fl De Uno ex Trinitate , VI (Add. 12164, 61 d). 

7 Lettre aux moines de Tell ‘Adda (6dit. Guidi, p. 28, col. 2). 

8 Ibid. (6/it. Guidi, p. 16, col. 1). 



LA DOCTRINE I)E JULIEN ET LA TRADITION. 


246 


« Nous confessons sans lionte, eerit Philoxene, que Dieu est devenu 
hoiniue, que l'impassible esl devenu (un sujel st j Iroutanl) dans les 
souffrances, et que le vivant a goute la inort * » ; « e'est a bon droit, 
ecrit-il encore, qu’on dit (jue l'iinmortel est inort, parce qu'on croit 
que Dieu s’est fait boinnie, et que, de meuie qu’en devenant, il resta 
ce qu’il etait, ainsi, en inourant, il resta iminortel *». Mais la celebre 
acclamation liturgique se \erilie encore, d’apres lui, en un autre 
sens ; e’est le suivant : le Christ, inort sur la croix, n’etait pas un 
mortel au sens courant du mot. Ce n’est pas un simple lioinmc 
(t . - .Laj| j.—) 3 * * * 7 ? un homme qui n’etait qu’un honime, un homme 
coniine nous i— *-») ‘UJg:) un mortel par nature 

(un mortel (1-=-*-^=) fi , qui est inort pour 


notre salut; e’est un non-mortel, un iminortel (1^=-*—= tf) : tel les 
sont les transitions successives qui permettent a Philoxene de 
rejoindre la formule du Trisagion, tout en lui donnant un sens bien 
different du premier que nous exposions. 

Iminortel dans son etre ), dit Philoxene, Dieu est reste 

iminortel « dans son devenir ». L’emploi du mot «est reste » 

inviterait a croire <pie la formule se borne a la constatalion banale 
(pie, dans 1'incarnalion, I'essence divine est reslee ideutique a el le- 
meme, inalteree et, des lors, immortelle. Kn realite, cet enonce est 
beaucoup plus charge, car «iminortel » y est pris en deux acceptions : 
I’essence divine est restee inalteree dans 1’incarnation, et, une fois 
fait homme, le Verbe n’est pas mort a la facon d’un homme. 
Immortel dans son e're, Dieu reste iminortel a dans son devenir » ! La 
formule est de l’inspiration monophvsite la plus pure. En (*ffet, pour 
le monophysite surtout, Dieu incarne, e'est toujours et avant tout 
Dieu; non seulement le Verbe, en se faisant homme, n’a rien perdu 
de ce qu’il est, mais I’liumanite qu’il a faite sienne a du etre digue de 
la personne divine a laquelle el le appartenait ; V economic est restei‘ 
digne de 1’etre divin 7 . Des lors, si Dieu s’est fait homme pour mourir, 
il est mort commeil convenaitqu’un Dieu meure: « II n est pasdevenu 
mortel du chef de la sentence portee centre la transgression, comme 


‘ Lettre aux moines de Beth-Gaugal (edit. Vaschalde, p. 151). 

* De Uno ex Trinit ate, VIII (Add. 12164, 74 d). 

3 Lettre aux moines de Tell 1 * Adda (edit. Guidi, p 27, col. 1). 

* De Uno ex Trinitate , VII (Add. 12164, 64 b ). 

3 Lettre aux moines de Tell l Adda (edit. Guidi, p. 16, col. 2) ; Lettre aux 
moines (6dit. Vaschalde, p. 138). 

B Lettre aux moines (6dit. Vaschalde, p. 138). 

7 Cfr Lettre aux moines de Tell ‘ Adda (edit. Guidi, p. 28, col. 2). 








JULIEN ET PHILOXENE DE MABBOGII. 


217 


c’est notre cas, mais il est iminortel parce qu’il est Dieu 1 . » Par 
dessus la naissance virginale, raison prochaine de l immortalite du 
Christ dans la chair, cette phrase de la Letlre aux moines assigne 
la raison derniere de cette prerogative que Pevoque de Mahbdgh 
reconnaissait au Sauveur. 

Philoxene parlait done des souirrances de l’impassible et de la 
niort de l’immorlel, an double sens que nous venous d’expliquer. II 
resulte en oulre (Tun passage de la Lettre aux moines de Senun qu’il 
a probablement employe l'expression « souirrances impassibles » 
a propos du Christ. En eflet, apres avoir emprunte a saint Gregoire 
de Nazianze un temoignage qui se termine par ces mots : « Mainte- 
nant, nous avons ete repris et sauves par ties souirrances impassibles 

(1-^- *d U-p 22 <—*? », Philoxene s’exprime 

coniine suit : « D’ou, il (saint Gregoire) enseigne que nous avons 
ete rachetes par les soullrances impassibles de celui qui est Dieu, 
lequel, pour nous vivilier, a daigne accepter les souirrances en son 
Corps l~C—j 2 i-4d wisiU’ns 

3 i-*-—? ^^4 -J U- 3 zry ) 3 . » Il n y a aucun 

motif de suspeeter la lecon « soullrances impassibles » dans la Letlre 
aux tnoines, d’aulant plus (jue celle-ci la lit a la fois et dans le texte 
de saint Gregoire, et dans le commentaire qu’elle en donne; il est 
vrai (jue l’expression n est pas courante dans les ecrits de Philoxene, 
mais une autre, du memo genre, « le Chr ist ne de la Vierge d’une 
maniere immortelle (-.<*1-^.'-: d) » 4 , ne I’est pas davantage. Par 
ailleurs, la leyon authentique du texte de saint Gregoire est tres 
vraisemblablement celle du texte grec de Migne : <7£(7co(7^£voi rc-i; rc-0 
ar.y/jo^z ~3 .Qi<7lv \ On recourra done, pour expiiquer la lecon « par 
des soullrances impassibles » dans la Letlre aux moines de Senun , a 
l’hvpothese d’une citation libre, peut-etre a celle d’un changement 
intentionnel apporte au texte, l'expression « les souirrances de 1’im- 

passible d? I-*—) u etant devenue « les soullrances impas- 


1 Lettre aux moines (£dit. Vaschalde, p. 139). 

2 Si lc texte est en ordre, il faut sans doutc supplier ici = 11 sc pourrait 

que I -‘"i-, qui forme une ligne, doive faire suite a r 5 —1? ^--d 

qui forme la ligne suivantc dans le manuscrit ; en ce cas, on lirait, sans rien 
suppleer : « ... souffrances impassibles, car il est Dieu, celui qui, pour nous 
vivifier... » 

3 Add. 14597, 54 d 

4 Lettre aux moines de Tell ‘ Adda , (6dit. Guidi, p. 16, col. 2). 

5 Oratio XXX (PG, XXXVI, 109, B). Philoxene rapporte le texte a saint 
Gregoire de Nazianze, mais sans reference plus precise. 






218 


LA DOCTRINE DE JULIEN ET LA TRADITION. 


sibles (U>u L 4 —) ». Le changement n'a pas necessairemcnt 
Philoxene pour auteur : P^veque de Mabbogh a pu le trouver 
accompli deja, par exemple, dans un florilege s\riaque. Quoi qu'il 
en soit, il semble done bien que Philoxene a vrainient appele « souf- 
frances inipassibles » les souffrances du Christ. Papresce que nous 
avons dit plus haul, il entendait signilier par cette fornmle que le 
Sauveur n'avait pas soulTert a la maniere d'un homme ordinaire, 
passible par nature. 

On n'aura pas manque d'etre frappe par le developpement paral¬ 
lel <jue suivent le systeme chrislologique de Julien d'llalicarnasse 
et celui de Philoxene de Mabbogh. Des deux cotes, la doctrine du 
peclie de nature a eu un contre-coup analogue en christologie ; 
preoccupes d'expli(|uer la possibiIite de la redemption, les deux 
auteurs recourent a des premisses identiques, a savoir, aux souf- 
frances pleinement volontaires d’un homme qui n’etait pas sounds 
au peche de nature, parce qu'il etait ne d'une vierge. Dans une cer- 
taine mesure, il est vrai, ces elements doctrinaux sont tradition- 
nels ; encore est-il, pourtant, (jue Julien et Philoxene les combinent 
de la meme faeon et en leur donnant le meme relief. Ce<jui est plus 
significatif, e'est (jue les deux auteurs emploient les memes formules 
caracteristiques. Ms affirment tous deux, par exemple, qu’il n’y 
avail rien de « naturel » dans le Christ, et par la, ils veulcnt eviter 
de soumettre le Sauveur au « necessaire » ; ils s’accordent a appeler 
« non naturel les, mais volontaires » les soulfrances du Redt inp- 
teur ; ils admettent tous deux (jue le Christ etait impassible et 
immortel au temps de la passion, non seulement comme Dieu. mais 
encore comme homme. Les divergences doctrinales qui les separent 
se reduisent a des nuances, et les differences de leur terminologie 
sont accidentelles Moins (pie Julien, semble-t-il, Philoxene discer- 
nait une veritable culpabilite dans la concupiscencc-peche que 
l homme naturel recoil avec la nature ; parei I lenient, 1'eveque de 
Mabbogh ne parait pas avoir utilise le theme de la « corruption » 
pour exposer 1 'etat de la nature decline. Mais ces differences sont 
minimes, et el’es n'empechent pas le systeme chrislologique des 
deux auteurs d'obeir a une inspiration identique. 

^ a-t-il plus qu’une parenle entre les doctrines et les formules de 
Julien et cellos de Philoxene ? I aut-il reconnoitre une dependance 
litteraire entre les deux auteurs ? Si celle-ci a existe, on pensera 
plutdt a la mettre chez Julien, car les ccrits de Phitoxcne que nous 
avons utilises sont anterieurs, en majeure partic, aux ouvrages de 
Julien sur l'incorruptibilite. Or, nous ne voyons [ias que Levccpie 
d'llalicarnasse ait cite 1’eveque de Mabbogh parmi ses autorites ; de 


JULIEN ET PHILOXENE DE MABBOGH. 


249 


plus, les differences de leur terminologie, — nous songeons sur- 
tout au theme de la « corruption », — peuvent etre 1’indice d’un 
developpement d’idees independant, quoique parallele. A la verite, 
on peut trouver que ces raisons sont faibles. Nous connaissons si 
peu de chose des autorites alleguees par Julien ; par ailleurs, 
celui-ci a pu s’inspirer des ecrits de IMiiloxene, tout en developpant 
d’une maniere independante et coniine une theorie personnelle le 
theme de la « corruption ». Une raison plus recevable de s’opposer 
a l’hypothese de la dependance litteraire serait la diversite des 
langues dont usaient les deux auteurs. IMiiloxene etait un ecrivain 
d’expression syriaque 1 ; Julien, au contraire, ecrivait en grec, et 
rien ne nous dit qu’il connaissait le syriaque. Cette raison non plus 
n’est pas decisise, car Julien aurait pu connaitre indirectement, par 
voie de traduction, par exemple, I’un ou l’autre des ecrits dogma- 
ticjues de l’eveque de Mabbbgh. Somme toute, si rien ne prouve la 
dependance litteraire de Julien vis-a-vis de IMiiloxene, il n’est rien 
non plus qui s’y oppose absolument. 

Julien aurait-il rencontre 1’evbque de Mabbbgh a Constantinople 
vers 510 ? En parlant, au debut de ce travail, des controverses sur 
l’incorruptibilite qui avaient surgi a Constantinople vers 510, nous 
avons trouve quelque vraisemblance a rhypothese d’une participa¬ 
tion de IMiiloxene a ces discussions nienees dans la capitale byzan- 
tine 2 . Quoi qu'il en soit, le fait <jue les ecrits dogmatiques de Severe 
centre Julien ne font aucune allusion au\ theories de IMiiloxene ne 
suffit pas a prouver que le non) de l'eveque de Mabbbgh n'ait pas 
ete jete dans la controverse ouverte en Egypte v<*rs 520, comme nous 
savons qu’il le fut plus tard. Les ecrits de IMiiloxene cussent assort¬ 
ment pu inspirer a Severe des periodes aussi enflammees que celles 
du Contra Apoloyiam Iuliani ! C’est IMiiloxene que le patriarche cut 
pu taxer d'imprudence et ensuit 0 de manicheisme, pour avoir parle 
d’un « peche mele a not re nature » ! Mais nous savons quo le 
patriarche d’Antioche savait taire a propos les noms propres et les 
titres d’ouvrages, lorsijue Ie bien de la foi lui paraissait le reipierir. 
Or, eut-il pu, decemment, attaquer en public un nom respecte en 
Orient, s’en prendre a un des evbques qui etaient presents a sa 
consecration episcopate 3 et dont l'inlluence avait ete preponderate 


1 Cfr J. Lebon, La version philoxenienne de la Bible, dans Revue d y histoire 
ccclesiastique, t. XI (ign), p. 417 ; Le monophysisme severien, p. 145. 

2 Voir plus haut, p. 6. 

3 Jean de Beith-Aphthonia, Vie de Severe (£dit. Kugener, p. 319). 



250 


LA DOCTRINE DE JULIEN ET LA TRADITION. 


pour 1 11 i rallier les prelats d’Orient, a Pepoque troublee qui a\ait 
sni\ i la deposition de Flavien ‘ ? 

Laissant done de cote la question du role joue par les ecrits de 
Philoxene dans les controverses sur lincorruptibilite, question que 
nous a\ons soulevee sans pouvoir la resoudre, nous retenons que 
Julien rut pu se reelamer, s’il ne le lit, d un noin que les Monophy- 
sites avaient en grand honneur. Si Philoxene, exile par Justin I (.519), 
s’etait dirige vers I’Fgypte an lieu de prendre le cheinin de la Thrace 
et de la Paphlagonie % et que Julien lui eut envoye son Tome au 
lieu de le soumetlre a Pexamen de Severe, le nom de Peveque d’Hali- 
carnasse ne se fut peut-etre pas transmis a I ravers les generations 
monophy sites de POrient avec le stigniate de Pheresie. 11 eut prolite 
du voisinage d un autre nom, celui de Pbiloxene, que Ptglise jaeo- 
bile ne tarda pas a unir a ceux de ses docteurs. 


VI 


Hevenons, en terminant, sur Popposition declaree et agissante 
(|ue Severe manifesta a logard des idees de Peveque d’llalicarnasse; 
nous voudrions, si possible, tacher de Pexpliquer. A notre avis, la 
question presente un double aspect : premierement, pour(juoi 
Severe s’opposa-t-il au julianisme, et, secondement, pourquoi s’y 
opposa-t-il de la maniere qu’on a vue ? 

(Pest au nom de la tradition (pie Severe refusa de se rallier aux 
doctrines et aux formulos de Julien. Notre terminologie, posait-il en 
principe, ne pent, en aucun eas, s’ecarter de celle des Peres, <‘t 
(Pailleurs, notre langage ne pourrait etre plus approprie (pie le leur 
aux choses de Dieu; or, les Peres n’ont pas craint d'appeler (pGaGrov 
le corj)s du Christ avant sa resurrection, et ils ont enseigne que 
e'est la resurrection qui avail eonstitue le Sauveur dans un (‘tat 
d’incorruptibilite, d’impassibilite et d’immortalite ; nous ne sommes 
des lors pas fondes a pretendre (pie le corps du Christ etait to'j 
des Punion, impassible et immortel au temps de la passion. De 
meme, ajoutait Severe, pas un de ceux qui ont enseigne en grec 
dans PEglise n’a dit 'ey 7 . u . y . r jTiy . le corps de l’homme ; rejetons done 
eette formule, pour ne pas faire le jeu des Manicheens. 

Le desir de defendre les facons de parler traditionnelles fut assu- 
rement pour sa part dans les motifs qui deciderent Severe a s’op- 


1 Cfr J. Lebon, Le monophysisme severien , p 56. 

1 II mourut a Gangres, probablement en 523 (cfr A. Vaschalde, op. cit 
p. 20). 



LES MOTIFS DE L*OPPOSITION DE SEVERE. 


251 


poser au julianisme. Eut-ce la, toutefois, le mobile determinant de 
la campagne perseverante que le patriarche entaina conlre 1’eveque 
d’Halicarnasse ? On pent en douter. L’auleur des Chapilres conlre 
les Julianistes lone en ces termes l’ardeur de Philoxene a combattre 
les heretiques : « Homme enflamme d’un zele divin et infatigable, 
il mettait a decouvert les paroles des liereliques, non seuleinent 
celles qu’ils avaient mises par ecrit, mais meine un simple mot 
<iu’iIs auraient prononce * ! » Toute part faite a la rhetorique orien- 
tale, ces paroles ne caracterisent pas si inexactement racbarnement 
que mettait l’eveque de \lal)bdgb a poursuivre de ses refutations 
a tout ce (jui pencbait vers l'heresie de Nestorius* >. Le zele de 
Severe, non moins actif, parait avoir etc plus mesure, et il semble 
qu’on ne puisse pas reduire entierement a des formules de con¬ 
vention les declarations qui ouvrent la Critique et la section doctri- 
nale de la Troisieme lei Ire a Julien : c’est a regret, dit le patriarche, 
qu il entre dans le debat, et pour ne point se derober aux devoirs 
de la charge episcopate 3 . 

Severe avail done des motifs particulierement pressants de com¬ 
battre les formules de Julien. 11 nous en Iix re un premier dans sa 
Lettre aux moines d’Orient : en Palestine et en d’autres eparchies, 
oil le Tome de l'eveque d'Halicarnasse a etc repandu, tous les Mono- 
physites se voient exposes, dit-il, a cause de Julien, aux moqueries 
de tous « ceux qui combattent pour l’impiete chalcedonienne ». 
Voyez, dit-on, « ces gens, qui se vantent d’etre orthodoxes 4 , mani- 
festent clairement (pfils tiennent la doctrine de Lapparenee d’Kuty- 
ches, qui est Lerreur des partisans de Manes ! » Nous apprenons 
par la <jue les Chalcedoniens, au cours de leurs polemiques avec les 
adversaires du S) node, pretendaient decouvrir dans la doctrine de 
Yy.^QcfjjGlx Laveu explicile de la theorie de la confusion des essences 
(ju'ils reprochaient aux Monophysites orthodoxes de cacher sous la 
formule u.'.x. zCviz. C’est alors, declare le patriarche, que « presse par 
les jugements de l)ieu comme par des aiguillons (*t profondement 
afllige, ne pouvant soutfrir que la calomnieet le blaspheme s'elevent 
contre la gloire du Tres-Haut, ni que regarement d’un seul devienne 
un (motif de) rt'procbe contre I’Lglise entiere », il a lui-meme com- 


1 Add. 12155, 121 d. 

* Ibid. 

5 Critique {Vat. 140, 20 f) ; Troisieme lettre a Julien {ibid., 7 c). 

1 C’est le nom que les Monophysites sc donnaient (efr J. Lebon, op. cit., 
p. XXII). 

s Edit. Erooks, dans PO, t. XII, p. 290. Sur cettc lettre, voir plus haut, 

p. 76. 



9KO 


LA DOCTRINE DE JULIEN ET LA TRADITION. 


pose ses ecrits contre Julien, destines a « inanifester a tous la 
verite * n. 

Mais un autre souci engageait le patriarche a separer sa cause de 
celle de I’eveque d’llalicarnasse : celui de preserver intaete la foi de 
ses tideles. Coniine les fonnules de Julien trouvaient bon accueil 
dans certains convents d’Orient, grace sans doute a I’inlluence des 
ecrits de Philoxene, Severe craignit qu’une partie des Monopliysites 
n’en pi it occasion pour s’ecarter de la vraie foi; qu’on comprit inal 
des enonces tels que : « le Christ impassible dans les souilrances et 
iinmortel dans la mort », la foi des simples pouvait en etre troublee. 
Aussi le vovons nous, par exemple, engager certains eveques pros- 
crits a etendre leur surveillance diligente sur les « pieux archiman¬ 
drites et les devots solitaires», pour que personne ne vienne « trou- 
bler ceux qui sont trop simples avec Lallaire de l’incorruptibilite du 
corps de notre Dieu, Seigneur et Sauveur Jesus-Christ, excitee 
parmi nous par Julien » ; il recommande aux destinataires de la 
meme lettre d’adresser une sorte de mandement pastoral « il tous 
ceux qui avaient ete expulses des saints monasteres, pour y con- 
damner ceux dont le langage ne serait pas exact et les exhorter 
a s’attacher aux enseignements des Peres » qu’il avait reunis dans 
ses oun rages contre Julien 4 . C’est une consideration du meme genre 
qu’il avait developpee en terminant la Critique : il priait Julien (hi 
ne pas repandre le Tome , « par egard pour les ames innocentes et 
simples », et pour ne [>as fournir des pretextes a ceux (jui vou- 
draient leur nuire 1 * 3 . 

Peu sympathique par avance aux idees de Julien, parce qu’elles 
s’exprimaient en des fonnules qu’il jugeait s ecarter de la termino- 
logie traditionnelle, Severe les combattit avec la fermete qu’on a vue, 
dans le desir d’dter aux Cbalcedoniens tout pretexte de confondre 
les Monopliysites quels qu’ils fussent avec les Eutyehiens, et pour 
eviter aux fideles de son parti des discussions qu il estimait dange- 
reuses pour leur foi : tel les sont, semble t-il, les raisons de 1’oppo- 
sition de Severe au julianisme. Toutefois, si ces considerations 
expliquent I hostilite du patriarche a la doctrine de rincorrupti- 
bilile, elles ne rendent pas compte du ton qu'il adopta dans ses 
refutations, ni de la maniere dont il s v prit pour miner le credit que 
l'eveque d'Halicarnasse avait pu s’aequerir. On se souvient, en effet, 


1 Leitre aux monies d’Orient (edit. Brooks, dans PO, t. XII, p. 290). 

* Voir plus haut, p. 77. 

3 Vat. 140, 60 d. 



LES MOTIFS DE L OPPOSITION DE SEVERE. 


25^ 


que Severe presenta les forinules do Julien coniine autant d’affirma- 
tions heretiques : la theorie de la corruption dans la nature repre- 
nait, disait-il, les theses du manicheisme ; l’atlribution an Christ de 
la prerogative d’aq>0aoaYa n’etait qu’un pretexte pour nier la con- 
substantialite du Sauveur avec nous ; les forinules ar: xOyjc Iv toi; 
r.y.Oim'j et xOxvztoc h :m Oavarco dissiniulaient le docetisme et la 

^ i i 

negation de la redemption. Href, a entendre le patriarche, la doc¬ 
trine de Julien n’etait rien moins que la ruine de la foi el la ren¬ 
contre singuliere, sous une seule formule, des heresies christolo- 
giques les plus radicales. 

II convient cependant de ne pas prendre le change sur les expres¬ 
sions de Severe ; dies ne doivent pas nous induire en erreur sur 
l’opinion qu’il s’etait formee de la doctrine de Julien. Kemarquons 
d’ahord, en effet, (jue ce n’est qu’apres avoir rompu avec Julien que 
Severe taxa d’heresie la doctrine de son adversaire; auparavant, 
il n’y avait vu <|ne des forinules inaccoutumees et malheureuses qui 
servaient inal une pensee orthodoxe 1 . Et quoi d’etonnant (ju’il en 
flit ainsi ? Encore beaucoup moins qu’a nous, qui n’avons conserve 
(|ue des fragments des oeuvres de Julien, il ne pouvait echapper 
a Severe que l’eveque d'Halicarnasse ifetait pas ce monstrueux 
heretique (jue la tradition se representera suscite par le diable pour 
perdre la foi des homines pieux * *. 

En second lieu, on ne doit pas oublier que les traites qui jugent 
le plus durement les forinules de Julien, c’est-a dire, le Contra 
Additiones,VAdversus Apologiatn luliani e t VApoloyie du Philaletlie , 
sont des ouvrages de polemique ; or, ce genre litteraire a ses lois 
et ses procedes propres, dont Ehistorien doit tenir compte dans 
l'interpretation des textes. En presentant sous les dehors de 
l’heresie la doctrine qu'il combattait, Severe usait consciemment, 
crovons-nous, d’un procede qui n'est certes pas sans exemple dans 
1’histoire des controverses theologiques. Mans ces joules polemiques, 
les points-liinites sont les dogmes et les heresies ; en soutenant que 
sa propre systematisation theologique est seule a rendre compte 
des verites de foi, chacun pretend que celle de l’adversaire les 
compromet; chacun aussi pretend acculer logiquement l’opposant 
a une doctrine (jue celui-ci reprouve ; un pas de plus, et l’adversaire 
se voit accuse de soutenir explicitement les consequences hereti<jues 


1 Voir plus haut, p. 128. 

* Voir, par exemple, Michel le Syrien, Chronique , IX, 27 (edit. Chabot, 
t. II, p. 224). 



*254 


LA DOCTRINE DE JULIEN ET LA TRADITION. 


(ja il rejette a l egal de celui qui les Ini impute. Qu’on songe, par 

exemple, au\ querelles des Orientaux sur la doctrine des deux 

natures dans le Christ. A coup sur, la formule diophysite du con* 

cile de Chalcedoine n'avait rien de cornmun avec le nestorianisme ; 

pareillement, on conteste aujourd’hui de moins en moins que le 

monophysisme severien ou jacobite, qui etait la confession de 

nombreux chretiens d’bgypte, ibAsie et d’Orient, ne tombait pas 

dans berreur eutychienne. Dourtant, le monophysisme ne vit rien 

moins, dans la doctrine des deux natures, que la juxtaposition d un 

Dieu et d un homme dans le Christ; de leur cote, bien des pole- 

mistes rallies a la formule du Synode combatlirent lous les mono- 

•/ 

pb ysites indistinctement, en les accusant de nier la consubstantialite 
du Christ avec nous et de soutenir la confusion des essences apres 
bunion. Si ( nature ) repondait a notre concept de nature ou 

d’essence specifique, il etait clair pour la foi qu’il v avait deux 
natures dans le Christ apres bunion ; au contraire, si yuriq designait 
betre concret, individuel, on ne restail fidele a la confession 
chretienne qu’en disant que le Sauveur etait une seule nature apres 
bunion, celle du Verbe, dans son etat incarne. Les deux formules 
garantissaient done egalement le dogme, mais, cantonne obstinem^nt 
dans le sens qu'il reconnaissait au terme Z'jS’i;, et s’appuyant sur 
une tradition venerable, chaque parli interpretait la formule du 
parti adverse d’apres une terminologie dont celui-ci refusait 
d’admettre la legitimite 1 2 . 


Severe traita Julien et sa doctrine de la maniere dont il fut lui- 
ineine traite par la grande masse des theologiens byzantins. Son 
opposition aux formules de beveque d’Halicarnasse tendit naiu- 
rellement a les ramener a des propositions heretiques ; Julien adopta 
d’ailleurs a son egard le meme procede, en baccusant de defendre le 
nestorianisme. « bes Grecs, ecrit It. Simon, ont toujonrs este de 
grands disputeurs : aussi voyons nous (jue la plus-part des 
premieres Heresies sont nees parmi eux ; et le plus souvent leurs 
disputes n'estoient que de Metaphysique el de pures equivoques, 
(boil ils tiroient ensuite des consequences a leur maniere, venant 
enfin aux injures ; et [>ar la les cboses devenoient irreconciliables : 
au lieu que si les parties eussent explique modestement leur pensee, 
il n'y eust pas eu le plus souvent la moindre apparence d'Heresie*. » 


1 Notre intention se limite ici a expliquer les attitudes de fait prises par les 
deux partis dans les controverses soulevees par la definition du concile de 
Chalcedoine; sur la question de droit, efr J. Lebon, op. at., p. 523-524. 

2 Histoire critique des dogmes ... des chretiens orientaux , p. 95. 



LES MOTIFS DE L’OPPOSITION DE SEVERE. 


2(35 


L’observation de H. Simon est d’application frappante an cas qui 
nous occupe ; nous l’avons constate souvent, les refutations de 
Severe reposent sur des equivoques : equivoque sur le sens accorde 
par Julien a &9opz, equivoque sur le sens de zyOzpro;, equivoque 
sur y.naOr t ; et aQxvaTOz, equivoque sur la formule « souffranc.es non 
naturelles et volontaires », equivoque sur le sens de l’expres- 
sion « difference indifferente ». 

Notons enfin que les ecrits antijulianistes de Severe, en parti- 
culier ceux qui sont posterieurs a la Critique et a la Troisieme Letlre 
d Julien , sont rediges a 1’intention du grand public theologique, 
forme en majeure partie par les moines. Aussi est-il permis de penser 
que Severe pari ait a ces ames pen accoutumees aux nuances el aux 
distinctions subliles, dans le langage qui, sureinent, saurait les 

A 

emouvoir. Ecoutons-le, par exemple, decrire en terines dramati(jiies, 
dans sa Letlre aux moines d'Orient, la physionomie morale des 
Julianistes : « I Is disent, ecrit-il, que le Christ souffrit en apparence, 
et (jue la chair etait impassible et immortelle au temps de la Croix 
volontaire et redemptrice, el, otilre d’autres impossibilites, ces 
impies parlent avec folie de sou lira nces imaginaires et, usant de 
termes mensongers, ilsdenomment incorruptibilite la phantasia * !» 
Craignant (jue les tommies de Julien ne seduisissent h*s simples 
pour linir par obscurcir a b*urs yeux les elairs enonces des svmboles, 
le patriarche presentait le julianisme a ses correspondants sous une 
forme qui devait faire horreur a toute ame chretienne, en leur 
depeignant reveque d'llalicarnasse et ses juirtisans sous les traits 
de docetes et de manicheens. 

En resume, nous ne croyons pas (jue les accusations d’heresie, 
si frequentes soient-elles dans les ecrits de Severe centre Julien, 
expriment adetjuatement le jugement (ju(‘ le patriarche s’etait forme 
sur la doctrine de son adversaire. II est vrai que plus d un polemiste, 
au cours de ces controverses dogmati(jues, faute de dislinguer sufli- 
samment le dogme de la presentation philosophique (ju il en donnait, 
linissait j>ar se convaincre, j>ar contre-coup, (jue la systematisation 
theologique qu’il combattait n'etait |>as distincte de 1’heresie. 
Cependant, les considerations (jue nous venons de developper, 
jointes a cc (jue nous savons par ailleurs de la valeur du patriarche 
d’Antioche coniine tlieologien, ne nous permettent j)as de penser (jue 
le grand adversaire de Julien ait donne entierement dans ce travers. 
La polemique theologique a ses lois et ses j>rocedes j>articuliers 3 ; 


1 Lettre aux moines d’Orient (6dit. Brooks, dans PO, t. XII, p. 287). 
i F. Cavallera rappelait dernierement ce principe a propos des ecrits de 



256 


LA DOCTRINE DE JUL1EN ET LA TRADITION. 


ce serait une faute de critique d’attribuer au julianisme authenti<|ue 
les consequences que Severe, dans I’ardeur de la discussion, 
preteudait deduire des forniules do l’incorruptibilite ; e’en serait 
une autre, a notre avis, de voir l’expression adequate du jugement 
du patriarche sur ce ineme julianisme dans les accusations d lieresie 
(ju’il ne cessa de lui lancer. 


saint Jerome (efr Saint Jerome , sa vie , son oeuvre , dans Spicilegium sacrum 
Lovaniense , Etudes et documents, fasc. i, p. vii-vm). 




CONCLUSIONS 


all y a des livres nombreux ( adresses ) a Jalien... et a ses... 
partisans, et il s’y trouve grande abundance pour i’avancement 
dans la doctrine, ( offerle) a ceux qui aiuient le savoir '. » Ces paroles, 
par lesquelles le vieux clironiqueur monophysite engageait les 
lettres de son temps a lire les ecrits de Severe d’Antioche contre 
les Julianistes, restent encore vraies aujourd’hui, quoiqne dans un 
autre sens ; en effet, l’etude des ouvrages dont la controverse sur 
I’incorruptibilite du corps du Christ avant la resurrection suscita 
l’apparition, n’etait pas depourvue d’utilite pour l histoire religieuse 
du monophysisme oriental. 

Deja abordee a Constantinople vers 510, cette controverse est 
reprise en Egypte vers 520, parmi les monopbysites proscrits par les 
mesures repressives de Justin 1. Les deux protagonistes de la 
querelle sont alors Julien, eveque d'llalicarnasse, et Severe 
d’Antioche; un ouvrage compose par le premier sur la question, le 
Tome , ouvre entre les deux eveques un debat qui restera tres 
anime jusqu’aux environs de l'annee 527. La polemique debute par 
un echange de six lettres et se poursuit par la publication d’ouvrages 
nombreux et importants. Julien complete son Tome par des Addi¬ 
tions, et publie ensuite une Apologie et un vaste traite en dix Aoyot, 
VAdcersus blasphemias Severi . Aux ouvrages de Julien, le patriarclie 
d’Antioche repond successivement par la Critique du Tome , — resu- 
mee ensuite dans la Troisieme letlre d Julien , — la Refutation des 
Propositions de Julien , le Contra Additiones et VAdcersus Apolo- 
giam luliani. Lnlin, dans VApologie du Philalethe, Severe se defend 
d’avoir soutenu les idees julianistes dans un ouvrage qu’il avail 
compose a Constantinople vers 510, le Philalethe, pour refuter un 
llorilege compose par les diophysites et forme de 244 extraits des 
ouvrages de saint Cyrille. Bientdt, les Severiens, en s'inspirant 
surtout des ecrits du patriarclie, composeront a leur tour des refu¬ 
tations de diflerents modeles dirigees contre le julianisme ; rappe- 
lons seulement les Questions et les Chapitres contre les Julianistes, 
et la Plerophorie de Jean d'Antioche. Tous ces ouvrages du patriarclie 
d’Antioclie et des polemistes posterieurs sont conserves en syriaque 
dans divers manuscrits et n’ont pas encore etc publies. Ceux de 


1 .Zacharie le Rheteur, Hist, eccl., IX, 13 (edit. Brooks, II, p. 113 ). 



258 


CONCLUSIONS. 


Jalien sont perdus ; il n’en subsiste que des fragments, conserves 
dans les ecrits de Severe on dans les productions de la literature 
antijulianiste de seconde date. 

.Nous nous sommes efforce tl'identifier chacun de ces ecrits, d’en 
determiner le caractere general et les circonstances de composition. 
Faut-il dire que nous ne considerons pascomme etabli avec la meme 
certitude tout ce que nous avons pu dire sur chacun d eux ? Le lec- 
teur aura \u que, sur plus d un point, nous nous sommes contents 
d’exposer des probability en sens divers ; la oil les sources ne 
fournissaient pas de donnees certaines, il ne nous aura sans doute 
pas demande plus qu’un tidele expose des fails et une reconstitution 
de leur enchainement qui presentat quelque serieuse vraisemblance. 
Les documents relatifs a cette controverse qui sc sont conserves 
dans les manuscrits syriaques sont deja nombreux ; nous savons 
cependant que plusieurs autres sont perdus ; ainsi, il reste a peine 
quelques fragments des quinze '/.rs/oi du Contra Felicissimum. L'uti- 
lisation de sources jusqu’ici inconnues viendra, nous Lesperons, 
completer et aim'd iorer ce que nous avons pu recueillir touchant 
Lhistoire litteraire de la controverse julianiste. 

Du point de uie de Lhistoire des doctrines, une etude du julia- 
nisme basee sur les sources presentait aussi son inleret. Les 
formules parfois subtiles de Leveque d llalicarnasse avaient donne 
a son nom une facheuse celebrite. Les textes manquant, on batit 
toute une cbristologie sur la formule « le Christ des 

Lunion \ et on fit de Julien un eutychien, ^ oire meme un docete. Cer¬ 
tains virenl meme dans sa doctrine ainsi hativement reconstituee le 
developpement des virlualites secretes renfermees dans le principe 
du monophysisme. Or, si nous ne nous sommes pas etrangement 
trompe nous-nieme, cette reconstitution de la doctrine de Julien 
etait entierement inexacte. 

En effet, les textes authentiques de Leveque ne nous ont pas paru 
supporter Linterpretation qu’on avail hasardee de ses formules. A 
quelques nuances de terminologie pres, le monophysisme de Julien 
est identique a celui de Severe, (iequi separe les deux auteurs, e’est 
d abord la doctrine de la decheance originelle, plus vivement sentie 
par Julien que par Severe et exprimee par le premier en des for¬ 
mules que le second reprouva, et qui, en fait, etaient Ires proches 
de celles qu'on recevait en Occident a la meme epoque ; en second 
lieu, e'est la terminologie speciale par laquelle Julien voulait e.xprimer 
I'independance complete du Christ par rapport au peche de nature. 
Les textes nous ont revele ehez Leveque d'Ualicarnasse une s\stema- 
tisation theologique interessante a la fois par sa belle unite et par 


CONCLUSIONS. 


259 


les points de rapprochement qu’elle presente avec eelle da docteur 
syrien Philoxene de Mabhogh, mais nous n’y avons pas reconnu les 
erreurs dans la foi (ju’on avait soup^onne se trouver rcnfcrmees dans 
la doctrine de bincorruptibilite. Le Christ y.^Oy.oroz des bunion, ce 
n’est pas le Christ cessanl d'etre noire consubstantiel et transformant 
en une humanite glorieuse, des le premier instant de bunion, la 
chair qu’il avait prise de la Vierge; c’est le Christ preserve de la 
souillure originelle, echappant a la tyrannie du peche et de la mort, 
mais conservant a la nature en sa chair, dans un but de redemption, 
toutes nos inlirmiles humaines ; le Christ c’est le Christ 

libre dans la mort, et des lors, le Christ Kedempteur. 

La doctrine de bincorruptibilite connut en Orient un certain suc- 
ces. Des 535, le parti julianiste detient un moment, en la personne 
de Gaianus, le patriarcat d’Alexandrie 1 2 3 ; dans la capitale byzantine, 
le julianisme recoit dans certains cercles theologiques un accueil 
assez favorable pour que Leonce de Byzance croie devoir ecrire 
contre « ceux des mitres qui adherent a bopinion corrompue des 
partisans de bincorruptibilite *. » En 505, le vieil empereur Jus- 
tinien veut imposer la confession de l’i(p0apro; a tout l’Orient, mais 
la resistance s’organise. Le patriarche de Constantinople, Eutychius, 
se voit exile dans le Pont pour avoir refuse de souscrire a l’edit 
imperial ; a Antioche, cent quatre-vingt-quinze eveques, reunis 
sous la presidence du patriarche Anastase, reconnaissent dans la 
formule de Justinien une equivoque hasardeuse ; les choses en sont 
la, quand l’empereur vicnt a mourir Dans les convents de Syrie 
et de Mesopotamie, ou le terrain est prepare par les ecrits de Phi¬ 
loxene, les idees de Julien trouvent des appuis precieux L Vers le 


1 Cfr De sectis, Actio V. (PG, LXXXVI, 1^31); Liberat, Breviarium , 
cap. 20 (PL, LXVIII, 1036-37). 

2 Contra Nestorianos et Eutychianos , lib. II (PG, LXXXVI, 1270, 13 ). 
Theophane ( Chronographia , dans PG, CVIII, 477) raconte que le pape 
Agapet, venu a Constantinople en 536, y convoqua un concile « contre 
Severe, Julien d’Halicarnasse et les autres theopaschites ». Le concile fut 
tenu, apres la mort d’Agapet, par Mcnnas, qui avait succedc* a Anthime sur 
le siege patriarcal de Constantinople ; il condamna Severe d'Antioche, Pierre 
d’Apam6e et le moine Zooras; toutefois, on ne voit pas qu’il soit question 
de Julien d'Halicarnasse dans les actes de cette assemble (Mansi, VIII, 87 et 
suiv.; cfr C. Hefele-H. Leclercq, Histoire des conciles d'apres les documents 
originaux , t. II, p. 1144 et suiv.). 

3 Eustratius, Vita S. Eutychii (PG, LXXXVI, 2314-2316); Michel le 
Syrien, Chronique, IX, 34 (6dit. Chabot, t. II, 272-281) ; Evagrius, Ilist. eccl., 
IV, 39 (PG, LXXXVI, 2781). 

* Cfr l e s lettres de Severe (voir plus haut, p. 75 et suiv. ); la Plerophorie 



200 


CONCLUSIONS. 


milieu du VI e siecle, on trouve les Julianistes ctablis a tphese et 
etendant leur influence sur divers points de l’Asie * 1 * . Vers le inline 
temps, la puissante Eglise d’Armenie se declare d’accord avec les 
Julianistes de Syrie et les prend sous sa protection * ; l’fcglisc 
d’Albanie, atteinte par le rayonnement de FEglise d'Arinenie, est 
travaillee el le aussi par le julianisme 3 . L’Arabie et Pfithiopie 
n’echappent pas non p I as totalement a Fintluencedes ideesde Julien 4 . 
Au\ Vll e et V lib siecles, la presence des Julianistes continue d’etre 
attestee en plusieurs regions de l’Orient; toutefois, leur situation 
a baisse, et on les voit, a Alexandrie coniine a Antioche, ou bien 
revenir a la communion catholique, ou bien tenter des unions 
sou vent precaires avec les Severiens. Quant a FOccident, il parait 
avoir ete pen touche par la doctrine de Fincorruptibilite 5 ; il faut 
dire la lneme chose de FEglise nestorienne etaldie en Perse r \ 

Nous rattaehons iei a la doctrine de Fincorruptibilite tous ceux 
que les sources appellent Julianistes, Gaianites, Aphthartodocetes ; 
encore est-iI qu’il laudrait determiner en quelle mesure its avaient 
les idees et les formules de Julien. L’liistoire litteraire et doctrinale 
de la ditTusion du julianisme en Orient ferait a el le seule l’objet 
(Fun nouveau travail ; les sources grecques et syriaques y contri- 
bueraient beaueoup ; la doctrine julianiste interessant dune fayon 
toute speciale Fliistoire de FEglise d’Armenie, il faudrait accorder 
une attention parliculiere aux productions de la litterature theolo- 
gique armenienne. (dependant, avant d’etudier la diffusion du julia¬ 
nisme en Orient, il s’imposait de definir nettement ce qu’avait ete 
la doctrine de Fincorruptibilite du corps du Christ chez son repre- 
sentant le plus qujlilie, Julien d’Halicarnasse. (Fest ce que nous 
avons tente de faire ; puissions-nous v avoir reussi. 


dc Jean d’Antioche, dans 1 'Add. 14629 (voir plus haut, p. 82); Zacharie le 
Rheteur, Hist, eccl., VIII, 5 (edit. Brooks, II, p. 81); H. G. Kleyn, Het 
leven van Johannes van Telia door Elias , p. lvii, p. 48. 

1 Michel le Syrien, Chronique, IX, 31 (edit. Chabot, t. II, p. 263-267). 

* Cfr Ter Minassiantz, Die annenische Kirche in ihren Be\iehungen \u 
den syrischen Kitchen, passim. 

3 Cfr F. Ferhat, Des Johannes von Jerusalem Brief an den albanischen 
Katholikos Abas , dans Oriens Christianus , neue Serie, II. Band (1912), p. 64 
et suiv. 

1 Cfr Michel le Syrien. Chronique , IX, 31 (£dit. Chabot, t. II, p. 264). 

3 Ctr M. Jugie, art. cit., col. 1011-1012. 

e Cfr J.-B. Chabot, Synodicon orientale , dans Notices et extraits des 
manuscrits de la Bibliotheque Nationale , t. XXXVII. 




v 


TABLES 

LISTE DES MANUSCRITS CITES 
LISTE DES ABBREVIATIONS 
LISTE DES OUVRAGES CITES 
TABLES DES CITATIONS 
TABLE ALPHABETIQUE DES NOMS PROPRES 
TABLE ANALYTIQUE DES MATIERES 


LISTE DES M AN USCR ITS CITltS 1 


I. Les manuscrits svriaques de la Biblioth&que Vaticane : 

* Vat. 104 : Unc hom£lie de Timothee IV d’Alexandrie. 

Vat. 108 : Traits de Pierre d’Antioche contre Damien d’Alexandrie. 

** Vat. 135 : Refutation des blasphemes ??ianicheens proferes par un julianiste. 
** Vat. 139 : Le Philalethe. 

Vat. 140 : La correspondance de Julien d’Halicarnasse avec Severe 
d’Antioche ; les ouvrages antijulianistes de Severe : la Cri¬ 
tique du Tome , la Refutation des Propositions de Julien , lc 
Contra Additiones (en partie), 1 ’ Adversus Apologiam Iuliani 
(en partie), YApologie du Philalethe. 

- Vat. 155 : Lc commentairc de Denys Bar Salibi sur saint Jean 
** Vat. 159 : Les Thesauri de Jacques de Bartella. 

Vat. 168 : Le Candelabrum Sanctuarii de Bar Hebraeus. 

* Vat. 169 : Le Tiber Radiorum de Bar Hebraeus. 

Vat. 255 : La Troisieme lettre de Severe a Julien , la Critique du Tome , 
la Refutation des Propositions de Julien (toutcs en partie 
seulement). 


II. I ^es manuscrits syriaques du British Museum : 

** Add. 12155 : Un florilege antijulianiste, les Chapitres et les Questions 
contre les Julianistes, les Repliques de Julien , diverses autres 
pieces ou citations. 

Add. 12158 : Le Contra Additiones (en partie), 1 ' Adversus Apologia??? Iuliani. 

Add. 14529 : Un florilege antijulianiste; la Refutation des Propositiofis de 
Julien. 

Add. 14532 : Un florilege antijulianiste. 

** Add. 14533 : Un florilege antijulianiste. 

* Add. 14538 : Un florilege antijulianiste. 

Add. 14629 : La Plerophorie de Jean d’Antioche contre Julien. 

** Add. 14663 : Lettre des eveques orthodoxes aux moines d’Amid (frag¬ 
ments). 

III. Les manuscrits grecs de la Bibliotheque Nath nale : 

/ 

Coisl. 17 : Chaine sur Ez6chiel. 

Paris. 159 : Chaine sur Ezechicl. 


1 Dans nos references aux manuscrits syriaques, l’indication num^riquc 
renvoie au folio, et la lettre italique qui la suit, aux pages ou aux colonnes 
du folio. Dans la liste ci-dessus, la cote des manuscrits dont les pages ne sont 
pas divisees en colonnes (a = recto; b = verso) est prec^d^e d un ast£risque, 
tandis que celle des manuscrits dont les pages comportent deux colonnes 
(a. b — recto; c, d = verso) est notee de deux ast£risques; les pages du 
Vat. 140 seul comportent trois colonnes (a, b, c = recto; d , e , f — verso). — 
Dans les references aux manuscrits grecs, a renvoie au recto et b au verso. 




LISTE DES ABREVIATIONS 


CSCO = Corpus scriptorum christianorum orientalium, edd. J.-B. Chabot, 
I. Guidi, H. Hyvernat, Leipzig et Paris, 1903 et suiv. 

DTC = Dictionnaire de theologie catholique, public sous la direction de 
A. Vacant, E. Mangenot et E. Amann, Paris, 1909 et suiv. 

Mansi = Sacrorum conciliorum nova et amplissima collectio , Florence, 1757 
et suiv. (edit. Welter. Paris, 1900 et suiv.). 

PG = Patrologiae cursus completu s, accurante J. 1 ’. Migne, serie grecque 
Paris, 1857-1S66. 

PL = Patrologiae cursus completus . accurante J. P. Migne, serie latinc, 
Paris, 1844-1S55. 

PO = Patrologia oriental is, editee par R. Graffin et F. Nau, Paris, 1907 
et suiv. 

PRE = Realencyclopddie fur protestantische Theologie und Kirche , begrundtt 
von J. J. Herzog, 3c Aufiage hcrausgegeben von A. Hauck, Leipzig, 
1896-1913. 

RHE = Revue d'histoire ecclesiastique , Louvain, 1900 et suiv. 

TU = Texte und Untersuchungen 7 ur Geschichte der altchristlichen Literatim, 
herausgegeben von O. von Gebhakdt, A. Harnack, C. Schmidt, Leip¬ 
zig, 1S82 et suiv. 


LISTE DES OUVRAGES Cll'LS 

Abel, F.-M. To Ennaion, dans Oriens Christianus , ncue Serie, I. Band (1911), 
p. 77 et suiv. 

Ahrens, K. et Krueger. CL Die sogenannte Kirchengeschichte des Zacharias 
Rhetor in deutscher Uebersetptng herausgegeben, Leipzig, 1899. 

Assemani, J. S. Bibliotheca oriental is Clementina- Yaticana, t. II, Rome, 1721. 

Assemani, E. E. et J. S. Bibliothecae Apostolicae \’aticanae codicum manuscrip- 
torum catalogus, t. Ill (codices syriaci), R >me, 1759. 

Bardenhewer, O. Geschichte der altkirchlichen Literatim , II. Band, 2 e 6dit. 
Fribourg-cn-Brisgau, 1914. 

Basset, R. Le synaxaire arabeJacobite , dans PO, t. I, fasc. 3, Paris, 1907. 

Baumstark, A. Geschichte der syrischen Literatim mit Ausschluss der christ- 
lich-paldstinensischen Texte , Bonn, 1922. 

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e sancta Trinitate incorporate et passo, dissert. I et II, dans PO, t. XV, 
l'asc. 4, Paris, 1920. 

Brooks, E. W. The syriac chronicle known as that of Zachariah of Mitylene, 
Londres, 1899. 

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Antioch, in the syriac version of Athanasius of X is ibis, 2 vol. (text, trans¬ 
lation), Londres, 1902-1904. 

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CSCO, Scriptores syri, series III, t. V, Paris, 1919-1921. 

Brooks, E. W. A collection of letters of Severus of Antioch, from numerous 
syriac manuscripts, dans PO, t. XII, fasc. 2 ct t. XIV, fasc. 1, Paris, 1920. 

Budge, E. A. W. The discourses of Philoxenus , bishop of Mabbogh, A. D. 
4 S 5 - 5 X 9 ; 2 vol., Londres, 1S94. 


264 


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Lovaniense , Louvain, 1922. 

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Kugener, M.-A. Vie de Severe par Jean , superietir du monastere de Beith- 
Aphthonia, texte syriaque public, traduit et annot£, suivi d’un rccueil 
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266 


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TABLES DES CITATIONS 


I. Les FRAGMENTS DES 05 UVRES DE JULIEN 


Frag¬ 

ments 


Krag- 

ments 


1 12, 14, 96, 137, 148, 184. 

2 12, 14, 96, 147, 184. 

3 12,14,15, 21, 96,105,137. *47, I 59> 

183, 1S7, 191, 202, 210, 228. 

4 14, 21,138, 148, 186, 192, 228. 

3 11,14,96,115,137,151,182. 

0 16, 96, 147, 148, 191, 203, 214. 

7 16, 96, 119, 137, 147, 148, 152, 191, 

203, 228. 

8 16, 104, 105, 147, 230. 

0 16. 

10 16. 

11 16, 101, 104, 119. 137, 147, 148, 

152, 191. 

1-2 119, 147. 

13 13, 101, 138, 152. 

1 l 16. 

13 16. 

10 96, IO4, IOS, 185, l86, 200 , 203, 2O4. 

17 16, IOI, 120, 121, 148, 151, 152. 

18 104, 109, IIO, 119, 191, 210. 

1!) l6, 228. 

20 l6, 102, 103, 119, 121, 151, l60. 

21 16, in, 129. 

22 89, 103, 144. 

23 103,119, 130, 155, 209. 

21 103,119,130,146,147,155,156,209. 
23 129. 

27 96, 104, 105, 147, 183, 191. 

28 182, 210. 

20 96,101. 103, 115,119, 124,125,136, 
137, 138, 146, 147, 149, 155, 156. 
161, 192, 209, 210. 

31 96,115,146,153,184. 

32 16, 137, 149, 229. 

33 89, 137, 213. 

31 16, 116, 186,187, 194, 210, 215. 

33 101, 116, 144. 


30 16. 

37 96, 123, 190. 

38 89, 103, 137, 148, 151, 161. 

39 89, 96, 148, 226. 

40 89. 

41 89, 103, 119. 122, 126, 146. 

42 16. 21, 31, 101, 102, 119, 137, 138, 

150, 151, 159, 160, 186, 189, 194, 
210, 215. 

43 16, 21, 96, 137, 146, 147, 150, 152, 

161. 

44 16, 21, 103, n8, 125, 146. 

43 16, 21, 96, 103, 104, 105, 123, 126, 
185, 186, 190,192, 194, 202, 210. 
40 16, 21. 

47 16, 21, 210. 

48 16, 21, 96, 137, 147, 150, 152, 161, 

189, 215. 

19 16, 21, 124, 126, 137, 151, 187, 189, 
205. 

30 34, 121, 129, 138. 

31 34, 102,104,105, in, 119,147,151. 
3-2 34, 96, 117, 124, 160, 163, 178,187, 

194, 203, 206. 

33 34, 207. 

31 34, 112, 186, 191, 194. 

33 15, 34, 119, 137, 138, 146, 150, 187, 
I92, 210. 

50 34- 

37 44, 96, 137, 185, 193, 200. 

58 44, 96, 127, 152. 

59 44, 96, 119, 188, 190, 2ii. 

GO 44, 102. 

01 44, 118, 137, 139, 142, 168. 

02 43, 44. 

03 43, 44, 137, 138, 139, 145. 156, 194- 
01 43^ 44, 103, «5» *4 6 - 




208 


TABLES DBS CITATIONS. 


Go 

44, ioi, 102, 117, 119, 136, 137, 

107 

41. 





145 . 150, 158, 159 , 160. 

108 

123, 190. 




66 

44, 103, 115, 117, 136, 137, 138, 

109 

106, 137. 





145, 146, 155, 159, 160, 188. 

110 

183. 




67 

41 * i3 6 . 183, 187, 189, 194. 

111 

137* 183. 




68 

44 * I 37 - 

112 

4 i, 137 * I 54 - 




66 

44. 96, 137. i8 3» 185, 186, 193, 194, 

113 

41, 160, 214. 





210. 

Hi 

160,214. 




70 

44, 101, 103, 125, 136, 137, 138, 

115 

119, 148, 188. 





147, 210, 211, 213. 

116 

124, 137, 138, 

189. 



71 

13, 4*, 101, 116, 120,121, 125, 136, 

117 

137, 138, 188, 

210. 




137 . - 38 , 139. 141* 151* * 53 - 

118 

137, 138, 161, 

185. 



73 

13, 14, 44, 137, 139, 140, 141, 142. 

119 

41, 183, 191. 




73 

44 * 191- 

120 

105, 119, 126, 

193, 202. 



71 

44, 119, 187, 191. 

121 

185, 193, 213. 




7 5 

146. 

122 

213. 




76 

4 1 * 149 . 

121 

41, 116. 




77 

38, 137, 184,185,186, 188,189,194. 

125 

150, 229. 




78 

38, 41, 126, 146, 150,194, 199, 210, 

126 

103, 119, 147, 

148, 191, 

192, 200. 


211. 

127 

4:. 




79 

I2 5 - 

128 

41, 118. 




81 

IOI, 102 , 119. 

129 

96, 106, 184, 202. 



82 

41, IO4, 119, I37, I55. 194, 199. 

130 

1 7 ) 97 . 136, 

137* 184, 

186, 

189, 

83 

119, 137, 187, 189. 


193 * 194 - 




81 

126, 154, 183, 188. 

131 

17 , 97 . 136, 137 . 185, 193. 


83 

41,146,155,194. 

132 

T 37 * 151. 159 , 

183, 186, 

188, 

189, 

86 

4 1 - 


194, 206, 210. 



87 

38 , 41- 

133 

186, 189, 210, 

211. 



88 

188. 

134 

126, 154, 159, 

183. 



89 

188. 

135 

150, 189. 




90 

41, 188. 

136 

104, 127, 199. 




91 

41, 96, 147, 191. 

137 

153, 194, 199. 




92 

4 i. 1 37 - 

138 

146. 




93 

41. 86, 119, 187. 

139 

115, 155, 210. 




93 

136, 137 

140 

126, 154, 183. 




96 

137, 161. 

141 

136, 188, 210, 

212. 



97 

137, 138, 161. 

143 

123, 124, 150, 151, 188, 

189, 

210, 

98 

41, 186. 


211. 




99 

115, 136, 137, 138, 145, 152, 160, 

144 

103, 104, 114, 

160. 




214. 

145 

200. 




100 

41, 118, 145. 153, 156. 194, 210. 

146 

154, 183, 206, 

210. 



101 

103, 161. 

147 

13. 137 * 139 * Mi* I 53 - 



102 

39, 41, 115, 124, 137, 138. 151, 206, 

148 

116, 166, 169. 





231. 

119 

x 94 - 




103 

150, 189. 

150 

x 3 > 15 * 




101 

104, 154, 183, 184, 203. 

152 

I2 5 - 




103 

41, 187. 

153 

* 37 - 




106 

41, 86, 119, 187. 

154 

34 - 









TABLES DES CITATIONS. 


209 


II. Les ouvrages de Julien, de Severe, des polemistes 

ANTIJULIANISTES POSTERIEUIIS 1 


A. Ouvrages de Julien 

Premiere lettre a Severe: i 3 , 24, 25, 257; 

11, 12, 13, 15, 17, 18, 95, 214. 

Deuxieme lettre a Severe : 20-21, 24, 
228, 257. 

Troisieme lettre a Severe : 23 , 24, 257 ; 

6, 12, 15, 19. 

Tome : 13, i 5 -i 8 , 19, 20, 21, 2i, 23, 26, 
27, 28, 29, 30, 32, 33, 34. 35, 36, 39, 
40, 41. 42. 43. 44, 47, 49, 54, 76, 89 
n. 6, 95, 100, no, 121, 129, 159, 
191, 213, 214, 250, 251, 252, 257. 

Additions : 3 q -36 , 38, 41, 42, 43, 46. 47, 
54, 74 n. 2, in, n6, 120, 129, 160, 
178, 257. 

Adversus blasphemias Severi : 36 41, 42, 



I 59 i 257. 

Discussion contre les nestoriens Achille 
et l ictor : 17, 185. 


B. Ouvrages de Severe 

Premiere lettre a Julien : 20. 24, 257 ; 

11, 15, 17, 18, 20, 21. 

Deuxieme lettre a Julien : 22, 24, 2 >7 ; 

6, 11, 15. 20, 21, 22. 

Troisieme lettre a Julien : 23-24, 29-31, 
32 , 33 , 40 , 47 » 73 , 76, 9 - 1 » 127, 251, 
255 . 257; 

11, 14, 15, 20, 21, 22, 23, 26, 29, 30, 
32 , 39 , 97 . ! 00 , *°8, 154 , 184, 195, 
196, 208, 229. 

Critique du Tome : 6. 15, 20, 22 n., 
23, 24, 25-29 , 31 , 34 , 35 , 36 , 37 , 38 , 
40, 43 , 47 , 48, 54 , 73 , 76, 77 , 89 n. 6, 
94, no, 127,132,135, 163, 251, 255, 

257 ; 

21, 26, 27, 28, 29, 30, 32, 33, 39, 47, 
49, 97, 100, 108, 109, 128, 129, 132, 


154, 164, 1S1, 197, 200, 203, 204, 
209, 227, 228, 252. 

ReJ'utation des Propositions de Julien : 
31 - 32 , 94, 257. 

Contra Additiones : 42, 43, 44-So, 74, 94, 
132, 253. 237 ; 227, 229. 

4, 7, I][ , 15, 19, 20, 33, 34, 35, 36, 45, 
47 , 48 , 49 , 5 °, 78, 89, 97, 98, 100, 
no, in, 127, 129, 130, 131, 133, 
138, 144, 154, 163, 164, 182, 196, 

207, 212, 227, 228, 229. 

Adversus Apologiam Iuliani : 25, 39, 40, 

43 , 44-So, 73, 94, 166, 167, 169 n. 2, 
182, 249, 253, 257 ; 

4 , 5 , /, * 4 « * 5 » 32, 33 , 34 * 35 , 36, 42, 

44, 45. 46, 47, 49, 90, 97, 98, 109, 
141, l6 4, i 6 5 , 184, 190, 195, 207, 

208, 227. 

Apologie du Philalethe : 16 n. 3, 25, 39, 
41, 5 o-y 3 , 94, 231, 253, 257; 

4 n. 1, 6, 16, 26, 38, 50, 52, 53, 60, 
71, 72, 97, 162. 

Lett res 74-85. 

Contra Grammaticum : 25, 51, 53 n. 2, 
55. 60, 65, 67, 73 n. 1, 138, 144 n. 1. 
Philalethe : 6, 12, 5 o- 73 , 138, 167, 257. 
Contra Felicissimum : 36 n. 2, 79-S0 , 
89, 90, 94 - 258. 

C. Ouvrages des polemistbs anti- 

JULIANI^TES POSTERIEURS 

Florileges antijulianistes : 83 -S 5 . 
Chapitres contre les Julianistes : 39, 85 - 
86 , 88, 89, 90, 94, 166, 167, 169 n. 2, 
257 ; 

169, 189, 190, 233, 251. 

Questions contre les Julianistes : 86. 
Repliques de Julien aux Orthodoxes : 
86-87. 

Plerophorie de Jean d’Antioche : S6-S7. 


1 Eventuellement, la premiere s6rie dedications numeriques renvoie aux 

simples mentions , et la seconde, aux citations de Pouvrage. 









TABLE ALPHABET1QUE DES NOMS PROPRES 


Abas, d’Albanie, 171. 

Abel, F.-M., 10 n. 2. 

Acace, de Constantinople, 3. 

Agapet, pape, 259 n. 2. 

Ahrens, K., 178. 

Ammonius, d’Alexandric, 90 n. 4. 
Amphilochius (S.), d’Iconium, 233. 
Anastase, d'Antioche, 259. 

Anastase, empereur, 3, 4, 7, 8, 19. 
Anastase, le Sinaite, 64, 65, 67, 73, 90 
n. 4, 171. 

Anthime, de Constantinople, 259 n. 2 
Apollinaire, de Laodicee, 50, 167 n., 

182. 

Apollinaristes, 229. 

Appion, patrice, 52. 

Arius, 49, 155, 182. 

Armeniens, 13 n. 6, 

Assemani, J. S., 173, 232, 242 n. 1. 
Asscmani, E. E. et J. S. 13 n. 6, 14 n., 
51, 56 et n. 2, 57, 63, 64, 65, 66, 67, 
73, 76 n. 2. 93, 176, 213 n. 1. 
Athanase, (S.), d’Alexandrie, 27, 41, 
49 n. 1, 73 n. 1, 132, 218, 219, 227. 
Athanase II, d’Alexandrie, 3. 

Atticus, de Constantinople, 27. 
Augustin (S.), 123, 226. 

Bardenhewer, O., 229 n. 2. 

Bar Hebraeus, 172, 232. 

Basile (S.), de Cesaree, 16, 27, 49 n. 1, 
hi, 130, 197, 202 n. 4, 204, 233. 
Basset, R., 24 n. 3. 

Baumstark, A., 13 n. 6, 82 n. 3, 232 
n. 1. 

Bertheau, 176. 

Brooks, E. W., 14 n., 43 n. 4, 74 n. 2 
et 4, 75 n. 1, 76 n. 2, 77 n. 2 et 7, 78 
n. 1 et 3, 90 n. 4. 

Budge, E. A. W., 7 n. 1, 232 n. 1. 
Cappelletti, J., 13 n. 6. 

Casamassa, A., 176 n. 5. 

Cavallera, F., 255 n. 2. 

Chabot, J.-B., 260 n. 6. 


Chaine sur les Acfes, 25. 

* 

Chaine sur E^echiel, 25, 46 n. 5. 

Chaines sur Job, 7. 

Chaines sur la I Petri , 25, 78. 

Chalcedoine, concile de, 3, 5, 7, 8, 52, 
53> 54* 57. 60* 62 n. 2, 63, 66 n. 1, 72, 
99, 136, 217, 254. 

Chalc£doniens, 5, 18, 53. 138, 144, 170, 
251, 252. 

Chapman, J , 175, 217. 

Crum, W. E., 10 n. 7. 

Cureton, W., 73 n. 1. 

Cyrille (S.), d’Alexandrie, 5, 12, 16, 18, 
21, 27, 38, 41, 49, 51, 52, 53, 54, 55, 
56, 57. 58, 59, 60, 62 n. 1, 63, 67, 68, 
70, 71, 72, 84 n. 2, 95, 109, 131, 133, 
142, 148, 162, 169 n. 2, 174, 214, 217, 
219, 225, 227, 228, 258. 

Damien, d’Alexandrie, 80. 

Denys, d’Alexandrie, 27. 

Denys, 1 ’Ar6opagite, 27, 40 n. 1. 

Denys Bar Salibi, 240 n. 5, 242 n. 1. 

Denys, de Rome, 27. 

Didyme, d’Alexandrie, 224, 

Diekamp, F,. 51, 55, 56, 57 n. 7, 58, 62 
n. 2, 63, 67. 

Dieu, L., 7 n. 4, 179 n. 2 et 3. 

Diodore, de Tarse, 53. 

Dioscore, d’Alexandrie. 49 n. 1, 139. 

Doctrina Patrum, 50, 55, 56, 57, 62, 67, 
68, 71, 80. 

Dorner, J., 173. 

Dorothee, le scribe, 52, 53. 

Draguet, R., 8 n. 2, 179 n. 1. 

0 

Eleusinius, de Sasima, 6. 

0 

Elie de Harran, 80 n. 3. 

0 

Ephrem, Mar, 85, 233. 

0 

Epiphane (S.), 16, 27, 228. 

Euph£mius, de Constantinople, 3. 

Eustathe, moine, 72, 144 n. 

Eustratius, de Constantinople, 216 n. 2, 
259 n. 2. 





TABLE ALPHABETIQUE DES NOMS PROPRES. 



Eutyches, 12. 28, 76, 97, 157, 163, 170, 
174. 

Eutychiens, 41, 44, 176, 224, 252. 
Eutychius, de Constantinople, 259. 
Evagrius, le Pontique (?), 7. 

Evagrius, le Scholastique, 6 n. 6, g n., 
24 n. 3, 259 n. 2. 

Felicissime, julianiste, 79, 80, 89, 90. 
Fcrhat, P., 7 n. 4, 13 n. 6, 260 n. 3. 
Flavien, d’Antiochc, 3, 7, 8, 250. 
Flemming, J., 167 n. 

Fortescue, A., 175, 232. 

Gaianus, d’Alexandrie, 259. 

Galano, C , 172, 173. 

Ghedim, G., 21 n. 5. 

Gieseler, J., 93, 173, 174, 175 ct n. 10, 
176, 201, 202, 208, 213. 

Glaizollc, G., 175. 

Gregoire (S.), de Nazhnze, 27, 49 n. 1, 
162, 247. 

Gregoire (S.), de Nyssc, 16, 27, 49 n. 1, 
146, 207. 

Grdgoire, le Thaumaturge (pseuJo-), 
16, 27, 39 n. 2, 41, 149, 153 n. 2, 229, 
■230, 231- 

Guidi, I., 232, 236 n. 2, 244 n. 1 et 2. 
Hahn, A., 149 n. 1, 229 n. 3. 

Harnack, A., 174, T76 n. 2, 201, 202, 
208 n. 5, 212. 213, 217, 218, 219. 
Hefele, C. t 232, 259 n. 2. 

Irdnde (S.), 27. 

Isaac, d’Antioche, 85. 

Jacobites syriens, 13 n. 6, 171. 

Jacques, de Bartella, 172. 

Jacques, d’Edesse, 233. 

Jacques, de Sarug, 85, 233. 

Jean I, d’Antioche, 78, 82, 83, 84 n. 2, 
88, 260 n. 

Jean d’Asie, 8, 9 n. 

Jean, de Beith-Aphthonia, 4 n. 1, 8 n. 
3, 10 n. 5, 12 n. 5, 25, 40 n. 2, 51, 170, 
202, 249 n. 3. 

Jean, de Cdsardc, 25, 51, 55, 56, 60, 62, 
63, 64, 65, 67, 73. 

Jean Chrysostome (S.), 27, 49 n. 1, 131, 
22 5, 233. 

Jean Damascene, 1C2, 171, 172. 

Jean, dveque monophysite, 77 n. 2 et 7. 
Jean II, Hemula, 3. 

Jean de Jerusalem, 27, 49 n. 1, 171. 


Jean Malalas, 9 n. 

Jean Moschos, 10 n. 2, 11 n. 2. 

Jean III, Niciotes, 3. 

Jean, lc Rhdteur, 145, 153, 155, 210. 

Jean Talaya, d’Alexandrie, 52. 

Jerome (S.), 256 n. 

Jugie, M., 93, 104 n. 7, 175, 178, 201, 
202, 203, 260 n. 5. 

Jules, de Rome, 27, 49 n. 1. 

Julien, auteur d’un commenlaire sur 
Job, 8. 

Junglas, J., 25 n., 140, 175, 178, 179, 
202 n. 4. 

Justin I, 8, 25 et n., 250, 258. 

Justinien, empereur, 15 n. 1, 79, 117 
n. 1, 216, 219, 259. 

Kleyn, H. G., 260 n. 

Kors J-B., 122 n. 2, 226 n. 1. 

Krueger, G., 3 n. 2, 106 n. 2, 174, 178, 
217, 219. 

Lebon, J., 3, 4 n. 1, 6 n. 1, 8 n. 4, 12 n. 
4, 17 n. 2, 25 n. 4, 34 n. 7, 50 n. 7, 15, 
53 n. 2, 3 et 4, 55, 56 n. 2, 60 n. 2, 62 
n. 2, 63, 65 n. 1, 67, 68, 73, 78 n. 4, 
79 n. 2, 113, 136 n. 1, 139 n. 3, 140, 
141 n. 1, 2, 6 et 8, 142 n. 1, 143 n. 3 
et 5, 145 n. 1, 157 n., 162 n. 1, 169 n. 
2, 175, 232 n. 1, 249 n. 1, 250 n. 1, 
251 n. 4, 251 n. 1. 

Ldon (S.), de Rome, 3, 140. 

Ldonce, de Byzance, 171, 176, 177, 188 
n. 6, 202, 208, 212 n. 2, 216, 217, 259. 

Libdrat, 4 n. 4, 9 n., 11 n. 2, 259 n. 1. 

Lietzmann, H , 7 n. 4, 167 n. 

Loots, F., 174, 1;8 n. 2, 217, 219. 

Macddonius, de Constantinople, 3, 52, 

53- 

Mai, A., 26, 63 n., 67, 68, 72, 80, 87 n., 
176, 203, 204. 

Mands, 76, 163, 170. 

Manichdens, 12, 28, 41, 44, 79, 129, 130, 
182, 194, 250. 

Mansi, 259 n. 2. 

Marcion, 170. 

Marcionites, 12. 

Marion, dveque de Sura, 47, 74, 77 n« 

2 et 7. 

Mdnandre, julianiste, 33, 

Mennas, de Constantinople, 259 n. 2* 

Mercati, S. G., 57 n. 1, 64 n. 1, 







272 


TABLE ALPHABKTIQUE DES NOMS PROPRES. 


Messaliens, 129, 130. 

Michel, le Syrien, 4 n. 1 et 4, 8 n. 5, 9 
n., io, 11 n. 5 et 9, 12 n. 2 et 5, 13 n. 
3 et 6, 14 n., 16, 18 n. 4, 20 n. 8 et 9, 
22 n. 5, 33 n. 3, 47 n. 3, 77 n. 2, 79, 
81, 95 n., 171, 172, 181, 253 n. 2, 259 
n. 2, 260 n. i et 4. 

Moise de Nisibe, abbe, 13 n. 6, 14. n. 

Monophysites, 5, 19, 137, 138, 140, 142, 
144, 153, 221, 222, 250. 

Neale, J. M , 173. 

Nerses Snorhali (S.), 13 n. 6 . 

Nestoriens, 5, 13, 52, 142, 152, 169 n. 
2, 176. 

Nestorius, 52, 53, 60, 139, 239. 

Nic£phore Cahiste, 172, 216 n. 2. 

Nicetas Choniates, 216 n. 2. 

Nonnus, £veque, 77 n. 7. 

Orig&ne, 7. 

Palladius, d’Antioche, 4. 

Paul, d’Antioche, 208 

Paul, de Callinice, 12 n. 2, 13 n. 4 et 
6, 14 n., 25, 73, 89 n. 3, 95 n. 

Paul, de Samosate, 155. 

Petau, D., 172, 173. 

Philoxene, de Mabbogh, 4, 6, 7, 84 n. 2, 
85, 113, 122, 136, 139, 141, 205, 230, 
232 et suiv., 259. 

Pierre (S.), d’Alexandrie, 41, 90, 155. 

Pierre, d’Antioche, 80. 

Pierre, d'Apamee, 259 n. 2. 

Pierre, Monge, 3. 

Pitra, J.-B., 229 n. 3. 

Proclus, de Constantinople, 27, 49 n. 1. 

Proterius, 52. 

Pusey, P. H., 63 n. 

Rahmani, 81. 

Riviere, J., 220 n. 

Romanus, julianiste (?), 14 n., 79. 81. 

Seeberg, R., 174, 201, 202, 208, 217. 

Severien, de Gabala, 41 

Sergius, eveque de Cyrrhus, 47, 74, 
77 n. 2 et 7. 

Sergius le Grammairien, 12 n. 4, 51, 
141 et n. 8, 143, 144. 


Sergius, armenien, traducteur de* 
oeuvres de Julien, 13 n. 6. 

Simon, R., 113, 254. 

Sukias, Somal, P., 13 n. 6. 

Ter Minassiantz, E., 175, 219, 260 n. 2. 

Tertullien, 149 n. 4. 

Theodore le Lecteur, 4 et n. 1 a 3, 8, 
19 n. 4, 25. 

Theodore, de Mopsueste, 53, 240 n. 5. 

Theodore, de Railhu, 171. 

Theodote, d’Ancyre, 27, 49 n. 1, 169 
n. 2. 

Theophane, 9 n., 25 n., 259 n. 2. 

Theophile, d’Alexandrie, 27, 49 n. 1. 

Thomas, 6veque, 77 n. 2 et 7. 

- Thomas, pretre d’Alexandrie, 11, 20 
n. 6, 21, 22, 29, 33. 

Timoth6e, d’Alexandrie, 27, 49 n. 1. 

Timoth6e IV, d’Alexandrie, 8. 

Timothee Elure, 41, 90, 113, 136, 139, 
141. 

1 imothee Salophaciolos, 52. 

T isserant, E., 14 n. 

Tixeront, J., 174, 178, 179, 184, 224, 
226 n. 1. 

Turmel, J., 122 n. 2, 224 n. 1. 

Usener, H., 7, 8, 179 n. 2. 

Valentin, 163, 170. 

Vardanian, A., 171 n. 2. 

Vaschalde, A., 7 n. 1, 175, 232 et n. 1, 
233 n. 3 * 

Victor Tonnennensis, 9 n. 

Voisin, G., 138 n. 3. 

Walch, C., 93, 94, 173, 175. 

Wright, W., 14 n., 26 n. 3, 31 n. 3, 45 
n. 4, 48 n. 1, 68, 71, 78 n. 5, 82 n. 1 
et 2, 83 n., 85 n. 1 k 3, 86 n. 3 

Zacharie le Rheteur (pseudo-), 9 n., 
11 n. 9, 14 n., 16, 19 n. 3 et 5, 20 n. 8 
et 9, 22 n. 5, 51, 52 n. 2, 79, 81 n., 
95 n., 170,178 et n. 4, 203, 257, 260 n. 

Zacharie le Scholastique, 4 n. 1, 10 
n. 2, 51, 52 n. 3. 

Zenon, empereur, 3. 

Zooras, moine, 259 n. 2, 






TABLE ANALYTIQUE DES MATIERES 


Dddicace 

Avam-propos 


LIVRE I 

LES FA ITS ET LES DOCUMENTS 

CHAPITHE 1. — AYANT LA COMROVERSE 

1. Jalien d’Halicarnasse et Severe d’Anlioclie a Constantinople 
vers 510 

II. La question tie l’incorruplibilit<5 du corps du Christ discutee dans 
la capilale byzanline 

III. Julien el Severe entre 510 et 518 

CHAPITHE II. — LES DEBI TS l)E LA COMROVERSE 

1. L’occasion ; la Premiere lettre de Julien a Severe 
II. Le Tome de Julien 

HI. La correspondance dchangde entre Sdvdre el Julien 

IV. La Critique du Tome 

V. La section doctrinale de la Troisieme lettre de Sdvdre d Julien 

VI. La Refutation des Propositions de Julien 

(♦HAPITHE III. — A PRES LA RUPTIRE 

1. La propagande thdologique de Julien a Alexandrie 

II. Les Additions au Tome 

III. L 'Adversus blasphemias Severi 

IV. L'Apologie de Julien 

V. Le Contra Additiones et l 'Adversus Apologiam Iuliani 

VI. L'Apologie du Philalelht 

VII. Le temps de composition de ces dents 

CHAPITHE IV. — AUTRES DOCIMEMS RELATIFS a LA COMROVERSE 
I. Lettres de Sdvdre 

II. Les dcrits de Sdvdre contre Fdlicissime et Homanus 

III. Les dcrits des poldmisles posldrieurs. La Plerophorie de Jean d’An- 

tioche 

IV. Les florildges antijulianisles syriaejues 

V. Les Chapitres et les Questions contre les Julianistes. Les Questions 

des Orthodoxes. Les Repliques de Julien. Une pidee Contre les 
Julianistes 

, VI. Les sources de cette 1 ittdratnre postdrieure 



274 


TABLE ANALYTIQUE DES M A TIE RES. 


L1VRE II 

LES DOCTRINES 

CHAPITRE I. — l’aspect doctrinal de la controverse 

I. Les sources de 1’histoire doctrinale de la controverse 93 

II. La these de Julien et celle de Severe 95 

HI. Les grandes lignes de notre etude doctrinale 99 

CHAPITRE II. — LA « CORRUPTION » DANS LES TEXTES DE JULIEN 

I. La yQopx. Son triple aspect : pdch<5, concupiscence, souffrances 

el mort 100 

II. Le sens des termes derives de cpOopa, Qzvxroz, 103 

III. Les critiques de Severe contre la terminologie de Julien 107 

CHAPITRE III. — LA NATURE HUM A IN E SOUS LA « CORRUPTION » 

I. et oh'j’.x en dehors des formules christologiques 113 

II. Les trois aspects de la corruption dans la nature : p£ch£, concu¬ 

piscence, souffrances et mort. Son rapport a la nature 1 IS 

III. Les critiques de Severe contre la doctrine de la nalure corrompue 1:27 

IV. Les principes des deux sysldmes 133 

CHAPITRE IV. — l’incarnation 

I. Le monophysisme de Julien 130 

II. Ux^Qxovix du corps uni au Verbe 145 

HI. L’union du Verbe a la chair, raison derniere de ratpOapdix 131 

IV. La naissance virginale, raison prochaine de l’acpGapaca 134 

CHAPITRE V. — LA CONSl'BSTANTIALITE DU CHRIST AVEC NOUS 

I. Elat de la question 157 

II. Le temoignage de Julien 158 

III. Le grief d’eutychianisme formula par Severe contre Julien 103 

IV. La reputation de Julien au cours du moyen age en Orient 170 

V. L’eutychianisme de Julien et les auteurs modernes 17:2 

VI. Conclusions 180 

CHAPITRE VI. — LA PASSION ET LA RESURRECTION DU CHRIST 

I. La reality de la passion du Christ 181 

II. L'xnxOz'.ot et VxQxvxaiz du corps du Christ dans la passion 184 

III. Souffrances « naturelles » et « non naturelles • 194 

IV. Souffrances volonlaires 204 

V. Le Christ consubstantiel a nous dans la passion 200 

VI. La valeur redemptrice de la passion du Christ 209 

VII. La resurrection du Christ 213 


TABLE ANALYTIQUE DES MATIERES. 275 

CHAPITHE VII. — LA DOCTRINE DE JULIEN ET LA TRADITION 

I. Les divers jugements porttfs sur le julianisme 216 

II. Les grandes lignes de la doctrine de Julien 221 

III. Les £l<$menls originaux du julianisme 223 

IV. Julien et la tradition grecque 226 

V. Julien et Philox£ne de Mabbogh 232 

VI. Les motifs de 1’opposition de S£v£re au julianisme 230 

CONCLUSIONS 257 

TABLES 261 

LISTE DES MANUSCRITS CITES 262 

LISTE DES ABREVIATIONS 263 

LISTE DES OLVRAC.ES CITES 263 

TABLES DES CITATIONS 267 

I. Les fragments de Julien 267 

II. Les ouvrages de Severe, de Julien, des po I dm isles anti- 

julianisles postdrieurs 269 

TABLE ALPHABETIQl'E DES NOMS PROPRES 270 

TABLE ANALYTKJl’E DES MATIERES 273 


II LIANI HALICARNASSENSIS FBAGMENTA DOGMATICA 



Opus quod inscribitur : Julian d'llalicarnasse el sa rontroverse 
avec Severe dWnlioche sur VincorruptibHile du corps du Christ, 
auctore Renato Dkaguet, ex auctoritate Eminentissimi ac Reve- 
rendissimi Cardinalis Archiepiscopi Mecldiniensis el leguin academi- 
carum praescripto recognitum, quum lidei aut bonis moribus 
contrarium nihil continere a isum fucrit, imprimi potest. 


Lovanii, 2 a Julii 1924. 


P. LADEUZE, 
Rect. Univ. 


ERRATA 


p. 

15, 

n. 1 

: / oar am 

lisez 

Zooram 

p 1 
1 *J 

151, 

n. 2 

: ZTZiy.oxreixv 

» 

iKiY.oxrzixv 

» 

p. 

170, 

n. 5 

: monophysiti 

» 

mono ft si ti 

p. 

209, 

). 0 

: qu'il accordait 

» 

qu'il n'aceordait pas 



IULIANI HALICARNASSENSIS 

FRAGMENTA DOGMATICA 










































IULIANI HALICARNASSENSIS 


FRAGMENTA DOGMATICA. 


PRAENOTANDA. 

I. Fragmenta i-5 pertinent ad Epistolas ad Set'crum, 6-4 9 ad 
Tomum, 5o-56 ad eundem sed Additionibns auctum, 57 - 7/1 
ad Apologiam, 75-1 Q(j ad opus Adversus blasphemias Seven in¬ 
scription et in decern orationes distribulum, 1 3o et t 3 1 ad Dispu- 
tationem adversus Achillem et Victorem nestorianos; i3y-t54 autem 
ad Iuiianum quidem a fontibus referuntur, sed absque pressiori 
operis deterininatione. In quibus sic disponendis, attendimus ad 
ordinem chronologicum turn operum luliani, turn operuni refuta- 
tionis in quibus citantur; insuper, nisi positiva indicatione aliud 
suaserunt fonles, hie ilia reperiesea successione qua tibi occurrent, 
si forte legeris opus in quo asservantur. 

II. H ic online alpbabetico recensita invenies signa quibus uti- 
mur in duplici apparatu ad textual svriacum. 

t° Opera, turn edita, turn maxime inedita, sive luliani, sive 
aliorum : 

AAI = Adversus Apologiam luliani. 

ABS = Adversus blasphemias Sevcri (orationes I, II, III, ... X). 

AI = Apologia luliani. 

AP = Apologia pro Philalethe. 

CA = Contra Additiones. 

CC 1 = Capitula contra Iulianistas. 

CT = Critica Tomi. 

DAV= Disputatio adversus Achillem et Victorem nestorianos. 

ESI = Epistola Seven ad lustinianum in Hist. eccl. Zacbariae 
Hhetoris asservata : edit. Brooks, II, 1 q 3 -1 3 1 ). 

FD = Florilegium dogmaticum contra Iulianistas. 


HALICARNASSE. 


1 




IULIANI IIALICARNASSENSIS 


MS = Michael is Svn Chronicon (edit. Chabot). 

PL = Plerophorta fdei Ioannis Antiocheni. 

QCI = Quaestiones contra lulianistas. 

RP = Refutatio Propositionum luliani. 

T = Tomus luliani. 

TA = Tomus luliani Additionibus auctus. 

VS = Vita Severi, a Ioanne a Beith-Aphthonia conscripta (edit. 
Kugener). 

X = Opus luliani a fontibus non determinatum. 

ZR = Historia ecclesiastica pseudo-Zachariae Rhetoris (edit. 
Brooks]. 

2° Codices manuscripti syriaci Vaticani et Musaei Britannici : 

A = Vat . 1 bo, sex columnis exaratus : a, b, c (r°), d , e, / (\°). 

B = Vat . a 55 : a (r°), b (v°). 

C = Add. 17200, cjuatuor columnis exaratus : a, b (r°), c, d (v°j. 


D =*= Add. 1 4529, 
E = Add. 1 2 1 5 8, 
F = Add. 1/1629, 
G = Add. 1 21 55 , 
H = Add. 1 453 a, 
I =Add. 1 4533 , 


a, b 
a, b 
a, b 
a, b 
a, b 
a, b 


c , d 
c, d 
c, d 
c, d 
c, d 
c y d 


K = Add. 1 4538 : a (r°), b (v°). 

Nota 1. Signum ae<juolitatis (=) praecedit referentias ad 
locum parallelum eiusdem operis refutationis in alio codice. 

Nota 2. Vox «cf. r> remittit ad textum luliani sive in alia re- 
censione repertum, sive liberius allatum. 


III. In textu syriaco perlegendo, haec observa : 

1. Nisi aliud notetur, verba loci introductoria e primo fonte 
recensito deprompta sunt; saepe, in eo tantum leguntur. 

2. Pari conditione, vox lulianum designat. 

3 . Verba luliani intra signa ... contrahuntur. 

4 . Nisi aliud notetur, interpunctionem et puncta diacritica a 
codicibus adhibita servavimus. Qui tamen, cun) et inter se de 
eodem textu, et sibimetipsis de eod<*m verbo non semper constent, 





FRAGMENTA DOGMATICA. 


3* 


illorum morem secuti sumus qui uberiorem punctorurn apparatum 
prae se ferunt, id est, occasione data, B, C, D, E, H vel G. 

De cetero, cum hisce notis ea tantum collegimus quae publi- 
candi rationem suflicienter declararent, plura quae quis desideret 
sive de fontibus unde fragmenta deprompta, sive de codicibus 
manuscriptis collatis, sive- tandem de sensu textuum, sibi comparet 
e\ dissertatione. Cur autem versionem graecam prae latina vel 
gallica elegerimus, et iu\ta quaenam principia earn claborave- 
rimus, superius diximus in praefatione generali ad opus. Nota 
tandem graece verti solos luliani textus, latine autem fragmento- 
l’uui lemmata et inlroductionis verba. 



























TEXTUS. 


5 tO 


r* 


>Vv_x.a 


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1 


. rCjcjxAr^ ViaA._>o K^\_x_»a_o rcf^xAo^vra . —aXvrOrxr^A 

K^rv » ^ vi ^-Ttda i ^r3o r^.\ryvA.\ ^jArrsA coa^^a cn.ru XyjK/a 

^ _T73A ^__»A OCT3A . K^OCn ,C730^V_*T^ 2 T^A rX.V XJ73 KlA CJN^J 


,cn-»"v_x. i~ 


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^_rr>A *cn \<* cacy.Y.a.-Coa . rCurw VvA.rn^r^ ^»a r^Acno . r^icnA 

_T73*a gota cv_X . rd\ * mrd “^p\_ru r^A_^mAa . TC?Xi.ru>Xvu. 

\<LArcf . r^_i_A_rbs_xx_T7D r^ocn ,cnoAvjr^ r^VvAarujua t^Xxg^o 
• • 

•i.. r^AvAoruju-Ao tC^ggztda ooAja 


,C 730 ^Vj^A 


•••. y*wLA 


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kLakT a_ ..T~X. CYY-T73 *Aj\^K1A 
3 Ann rClA-A acn .^x rixvxA 


KfVvavjcu'vruAvurxA X\jagt^ ,.>cn\.^m . ^a 


T^Xxaxrbr^A ^A*mrCA & ^.ActiAao 


KurCf a.~~y. m .:. 3 
^ktqag t^Vvaj-vx. 


6 *v 


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. r^AAuiAo ^jcnA ^aoo ^rmAicA .i^cvw^a 


kAv V ^- v AAv-m r^V3A.u.v^ jcnoXvjrwA ^oAm Amr^^xroA 
ocnA cnA ^_v_»ACv_r73 t<Lx.cvxuo ^.»a w rC^ . rcAXmuAim r<lAo 

. rdJLw ^ m > \ v ~t3ao kA \rC^ . y xxorcf ^.\ r^\ cnAxrr>coc_rDA 

.rucn_» kLkuao . Avcv_rfi_,\ oq^jcaa rdAr^ . rcTAva_j^m *_r^o 

• • • • 

^jacvto r^Xxa.T73 Ajcd r^^rvcvjLzrxX 


. 1 . 


A_U. 


. KjctiAt^ 


r 73 


actuAua 




* «^r 


1 . Epist. i : in ipsa (A, 2 e == C, Ac); cf. ZB, IX, 10 (edit. 
Brooks, II, io 3 ) et MS, IX, 27 (edit. Chabot, II, 299). — 
2. Epist . 1 : in ipsa (A, ^J = C, 4 <i); cf. ZB, IX, 10 (edit. Brooks, 
II, io 3 ) et MS, IX, 27 (edit. Chabot, II, 299). — 3 . Epist. 11 : in 
ipsa (A, 34 = C, 5 4 ); cf. ZB, IX, 12 (edit. Brooks, II, io 5 ) et 
MS, IX, 27 (edit. Chabot, II, 3 oo). — 4 . Epist. 11: in ipsa (A, 3 c 
= C, 5 c); cf. ZB, IX, 12 (edit. Brooks, II, io 5 ) et MS, IX, 27 
(edit. Chabot, II, 3 oi). 

1 A om. — 2 C r^jc-v^V^n - 3 C — a C ^jAooao — 

3 C V w rW\ - 6 C -V—V fA*n 




















6’ IULIANI H AL1CA KN ASSENSIS 

rC > .<* —»-rv - ^ ^ o r^Awyn Vur^ 

rdA^ .‘.rAv^ rdx_«Aiz> Axxn^ ocn cooAjoojz) 

vd~\ _ cxx ~n rdA riA.m *^oo^vr7D l ^yuVAyi'a : ~vmrcli7^\ 

,ch^ . cv.cn vd- .xjztxj^ -^Aimo . K^irAiTiA ^VxivAxt<^\ ocn 

_ocnA\jr<^\ ^AjKT *-* jcjkIA aii^ViKf kIAo KAxruc.’A 

3rAl mAirvm ,cnoAvxrC^ cnAKO>m~\ ocn K^~v\^-^ . KAcnA\ rAAo 
.* cn_i rCAo_n_m^\ ,cn ,cn r^v_*r^o . -^xxj 

rCfoA^A rdix^-TOA ami oA .* cnxAi “7°^- ocn x.irv:iirvmn 

S_r~v.x re ^_v_y .va'?\ ocn .• cn. i a_x.>i <1x1. m uiv-TTp ,cnoin»t< 

. t^.v x 4 K^\_x_i^_xi_rz) cvAa . ifv_*rdi_x^D^ ^\; ,_xicn-\ao.o 

irvxm . rC 1. re >n A v. ^cur^ p^eorCT ^icni^iiio 

.:.. ,A»A^ 5 ,cn rAjij . T^irtx^ v.v\ 

cvA *. ■A^irvx.T^ w _o.:\\' : \ ^-Acn A>:icn ocn .:. 5 

^__rr> s^ArC^ rC iArC? .VwAcnA T<Arcf cn xA.n kAqv 

rr\ \ \J^ jcnoiiir^ rAAmAirvz30^ ^_cum 

A.A —i_v Avjm K^.v-k n \ x<Aci_iAnvAYr7D kA ocn 

\.\ i-re t<^ac7ii y\_re-A . pAv_rer^ K^\cn A\^ ~t3 Q 

rdAo ^ v^iA ■^x-kxAxKf in_»T<lix!^^\ . rAmi cnAvcuAmvAvro 

r^vvAvro^ ocn AvoA r^nxiv u^Vvoj^reu rdiro AN^ro 6 
,cn i^rC?o rAx_^_*rcS .j. .moAvo . . . .Avv_mr^ cnA.mo._JiA 

A . rAnAAv t<AA nuArn r^A Ax^zjj-a . odoAxaojd rAjin^ 

r<l _ \v£ , vdc\cn rd_xA_ .n.ninn "^x_*^v_j3 cjs^-jK^ 

7 -^o^v_o ,cnoAv_jr^\ 6 ACivi \.m r^ocn \mAvx*xr7D onmAx-rer^o^ 
»y^ Avmxnm cv»cmAvr>o 8 ,aw)[\r^ . r^ v\ n.uA\m i K^Avmxn 

.:. .rAAnvAoo kA lor^ocn ,cnoA\jr<^\ 


5 . Epist. m : in ipsa (A, 5 6 = C, 8 d). — 6 . T : in CT (A, 
q6 &«= B, 55 b); cf. FD (G , 6^ c = H, &o6«I,6Ac —K, io3 6), 
CCI (G, i 3 i b). 

1 A ^vAvao — 2 (- ^vyvA — ^ G add. ocn - 4 A r^“VjA^xx=>n 

— 5 A om. — 6 G om. — 7 A om. — 8 A add. ^cwAra — 


J *3 SVvrD — 10 li OUI. 


% 































FRAGMENTA DOOM ATI G A. 


7* 


r^vArayAvro ,cnoA»?^ rwoA<^ oota .:. i .raoAo 7 

.* <w tW v\V -r> "A^^ocn . A v»y<lxi\nr£ 0A0 

\<LA i ,c73oA_ircA ,o_v3Ar^ t^A-A-m AoA*a rCf Aci»^Y-vy— 3 r^icn 
rdAo \ .ra. u ^vyyA Ao ^mSAr^ v<LA ^vr\ . r^AArxnAro 
^-so A_td^t^ ^ : ^^cv^_=d i<LAo x<A \, 

r <' rv> ri \TV OC73 '* T^AojJO^^ 

.:. m \=nr^ r^AayArrvm^ r£\mx ^rrxra 


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. Acv. A . v" 


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A.rv —> -^cxj^vi-A ctiAxd ASrr i^r^o . . 9 

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_^_od ^_>^v_ro .j.. rA^oo ctuAjKA rAAoAx*3 r^AnAm^ ocn 
• ;• . tCT AA^xA C7Xv\\^TVl . . . cA*A»KT AjvAkA 


C73wjA_jKA ,4A_3r^ A’ArTDtAv ,<73 A_»CYmA ^j-?V 10 

rAmx fo . rA_yx_x-X_ro oct 3 •^.'Aom^ ocn kAtAjvtd 

^.vx\ 773 . \<1 v \cv-vx£> r^SjsAro^ ocn rArAcxrD rAWjcm 

*^o_x_ibAr^ .:.. r^ycn enjA^rcT.xiAvmrAv cnA ^i_n 

cnA—ro—oo ^-.rA kAvactxA rATj^.y. .:.. ^_A ^ojoj . . . 

. r^AkOvxAA u^Aoj^yvA 

.:..^jAcn AArrxm cnrr «^o.?A>^ ^Acn ^jcnjAjt^ H 
t<LA ^tcA rAuyji^ . ^AoroA c73A.-3.r3 v<A\ 


^-x^A^Aj^oa -ViA^jcn ^r^o . r^ocn -^cuajd r«^ Ao.i’A.^ruAjmA 


7 . T : in CT (A, q66 = B, bbb). — 8. T : in CT (A, 28c = 
B, 62 6). — 9 . T : in CT (A, 32 c = B, 7 lib). — 10 . T : in CT 
(A, 3 2/= B, 76a) — 11. T : in CT (A, 33 /=B, 79 b). 

1 A oui. — 2 A kTWov^— 3 A ^ — 4 A uni. 


























8 * 


IULIANi HALICARNASSENSIS 

a — \cn^\ rdAv_^.^.i7i^rD-A i a tv> > Mr 


<71 jA V 

AvoAxw 


2 Ajzxida om ,moAv_ird i^Anvik^D rdA oA^\ :, 

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. Ai^AjAvtd tdznAoje. ^VkTd TdxiiA _ ojrd 


A.^. rdi^rd .:. . rdAvvurd Aio\d .noAvo 12 
. r^_Z7xAcv_x.?\ rdAo kAicoca rdA ? d V —i w —> rC^orn rdA a am 
mAjDa^ . r^Acv_i^ 3 ^_v_vi _j^_^_Av_do Av_jrdA_jAv_> rdA 


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Av-itx-vM ^_xA»rd ^mviA ^-AmA^x ^joiiAu rdk^vxTd 13 

Acv_rvTd_i^\ ,cnA ^—i'a ^-xA- CY?<\-m .:.. .rAvj^Avrd rdrnArd 

rdiAmv-iAirTj ^mAvird vdvxc^ .*-aAvjAwao TdAvjcjAO 

^vo. . rdxAmcuA rd Avo-vxj^xvx AAviAvje_mAO . r^\^^v=nc\ 

•^cv_imA . ^jAm kAA\ Oja rdA\m.£Drd ,^_omA Av*rd 

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Av_m__co rdrnArd Av^rx-nS-^ *^p^v._ro rAm . td-rvAMi 

.).. rdA^ivv^o . . . rdio.»rd .:. .cti^itd 

•^u^ooAva . . . 0\A\Oj^oovA rdAo rdom p^\ rdA 15 

Z3 m_jAv_»rdS ,m coqAiSqjd kAcj^jd^ rd AucvviAv 

• |..co A cw-A^ ^mcv^iCL^ A r~i noA^ rdAvAAv^ 

^<n.\ rdm^. ■^vo .:.. r^Aniono . . . ^jcjtA^ kAj^o 

,m vd. xvA- cv>^\ AvS. ~i cord . rdAvjOjAA mAvrrixoo mA^xDrCf 
^ • • • • 

rdA o ,maAv_»rd rd lA n-i\Av-T73 rdA^ . oxawzrA^ u\^»rd *rA 
. rdwxx_rr) ^noSJA m\xo.rp . rdAvaxiTD rdA a rdje.ojt.vi 


12. T : in GT (A, 33/= B, 79 A). — 13. T: in GT (A, 36a = 
B, 86 a). — 14. T : in CT (A, 38c=B, 9 3 b). — 15. T : in CT 
(A, '\ i c = B, 1 oq a). 

1 B tdvxTJ,. - 2 B A~vnn - 3 B vv \y^ - 4 A <J*y*d^ - " B 


Olll. 


































FRAGMENTA DOGMATIC A. 


9 * 


rAoo A. _ 173 ^__»a ^A 16 

aA-jctto v ^) s \\. zt \ ro oAo . tAxx*xxto i r^^\A<!iY»A 
; ^_Z 7 Xjcrjw= 7 D X-ikT a. x . rArv.A.zn AAa ^AroA 

rAro Axo-V^^V-m ; ,o3oVv_jKf rdrojc.aV^n.^ 

. rC^AO \ ,roo kIAooo ycx y ± m <S\oro rAna_x. a ~v : Ajfy_» x<Ao 

aA n 2 rAcn x.rAn a_aa . rAjcn ^_iTy_iC 7 X-m rdA * 

Vvooo r^_vy_x_^_x. . ^jvtoa rA.ox.yi ooaV^ Av^rAx^. rA^nr^ 
rAA Sy<? ^_jA_m . * t^Avo v \ ~~x .yAv^o vAA Av_jrA.»jmrA oxro 


tAAo rAvn^KT rAoo vAjd kAvcvV^td- 


ia ^rrx»cm vAi_oo A^-Ztd 


.:.. v^Axoaojaj 


orb oooA._ j aojd AT7DrA\ ,cbA ^ja w_jA .j. ax^^^yzsAvo 17 

tAA V^A_\_^ Ax.a 170 vd^ZrkxJD aAvTD ^.ZJOA I tAcj'AJ3 "^O^-A 

rAv_znL_x_n *^ia_da ^_»A_rA_ox_m : *_\m rAja vAAtava Ai7o 

.:., w— ,mojA.r73rA . rAoo ,moA»xA tAAt^vAv^o 

tAAa rAv-^xiA* .j.^\AmKT A»rAvxjyxro ao 18 

jAi A-x rp rAAAtA A\Aw rAcvi ^jA_rr>r<r Attd 


A\_TTor^ .:. rAoo *At v <\ rv-> r>V AV o. A xA .:. . * ^ AAd 

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AA^—Ttd . v _ rAroAjym oxro ,om^\»rAv un^zoa 

A^rv-roA r^^io^vAroyAvm *A\ 


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16 . T : in CT (A, U'ld = B, ioG 4 ). Pars asleriscis inclusa tan- 
tura : in CT (A, 26 6, 620, 43 a = B, 55 4 , i o 7 4 , iai i), in 
AAI (E, 58 a). in AP (A, 108 d, n 3 /), in FD (G, 64 iJ — H, 
4 oc = I, 54 d = K, io 36 ); cl. ESI, in ZH, 1\, 16 (edit. Brooks, 
II, 129). — 17 . T : in CT (A, 5 ‘i e = B, 1^7 a), in FD (G, 
121 a, 6). — 18 . T : in CT (A, 53 f — B, 1/11 a). Pars asleriscis 
inclusa tantum : in CT (A, 53 a = B, 1 38 4 ), in CA (A, 820), 
in AAI (E, 5 1 6, 98c, 99a), in FD (G, 1226). — 19 . T : in CT 
(A, 58 d ); cf. CA (E, 426). 


1 A, B yAx^v»a 


2 B oni. — 3 G “vzoAa — 1 A 

•_S 



















to # 


IULIAiNl HAL1CARN ASSENSIS 


ACoArr 

rd_A KfVom_ \rd r»^A_ 




. nVxVu nAArojr.ro 

>rd . r^A-^OA n^- v 


kLA .A. JixujVxn^ fw. \ joiA am . ^ v 

1 am r^Aa vA rA_xiA_ro r<lA ctxA-^. . am rAArzk^Am tAA 

.:.. 2 KjnoArC^ r^j\m 


AA_mA mA 


.mro . . . vj\Avaj^£*m . . . rd_\rd 20 
.:..^jAm 3 r^nk^a n^Ax^jj kIAa r^VvajArjuAvro rdA A^. 
^rvam Ajr<f n^Vxa * xgr^ kAAa tAtoaa T<?A-*AA_ro ax^^ a^ 
rd x iA_ro rA-aa-iA-giA tAaa_xoa KfA*.\.=D 4 . r^AAvir^A mA 
v^V-Itd a am . Avam fwlv.i. 
tAxA.^a aam ^._jA_ron^ n^A_x_rA\^rv A^a . >A 
a » . vA r3A_n A»ror^ .rsaAv . vrs^A ^j^.rx.v\ 

kLA .x_ma rd \rd . vA A_zda_xA\K^ n^VvarAmA^ oAa A^Aj 

^rv y ^ ^ yd . Aroxyu .-a mm r<Aa Ar3ai» ncnm . >ato taSLx 

• 

j=>A_nA_rr>A rA-yyaj Ax\^ -^oajto Aa . AArrJwVAxn^ r<lAa 
«AA . am rdj^\_x_T3 vda 4. A_rA_vAv_m r^.rv^aA ^_m >A 

v^A A -v A-ja_x. muroA ,m a*v^ 5 kDs\cyxAo 4. j^^DaVAvrn 

n^A^aA^A-roA n^uAjoA ^ja ^. rd)n^CDC\)r< r^Arr-rum 

4 . >ma V.^ x_it^ A_mr<Lj KLk_m 4 . r^\. nu roAjoAro rdA 
. kAAta-^ AwTa-ja-to rdA n^A^^A 

.:.. rdcicn rdm aAto r^uA^ojA r^v.oA ^rCA x_ircT ArorA 

\aAUA a\mrd kAtCTx A^A u K^AjojaA rC^Amro A^a 21 
^_vAm n^ A x s^aAA . r<LnaA_rr )r\ A_x.ro kT t^LAd Airo “7^^- 
am A^a . nw A-Ar<LA_ro ,m mAxj AAroAa . mA»A 
_ omAa^. . 6 rC^Aajcxrj ^toa rd x a ^ia ^Am . ArorcT 

rCLA a ^.vAir^ <r>_jn^ ^_xAmA . ^x_xvxa Kf AaAxxxA ^>Kj^oa 
am . tauxa rd Axur.cA^ Am rAA K? AamAr<iA ^cuc 


kA^ 


a "73A_ro am A^An 

x^rd 


cum 


A —1 ^ 


^jt'A^rnA 


cum 


cxmAcLy r<fAa.. 


,-toa ^ 


A 


Kli-VX 


20. T : in CT (A, 5 9 a). — 21. T : in CT (A, 7 be); cf. GA 
(A, 82 ci) el AAI (E, tooaj. 

* E 0U1. - ^ E ^|-un ^av^i<^ - ^ Ms. t^raVux - 4 Ms. 0U1. 

punct. — ^ Ms. VajAm — A, "jb e ^Ax_xrj 




















FRAGMENTA DOGMATICA. 

,o3oAv_»v«^\ ^ocrxiVj^ 


ir 


T^A\0^\_OaA 

.:. . T<fA\CYX-X=DA 


<rnh\ cv_v_TD^\_rv_rr) a 
t^.vr-x.rv A ^.v-vAjc. A^ 7 


id 


-33 ^_m- 


Y^-\ ^.CvA -=>A\_^ 22 

r^A-A .:.... tA^oo . rAvAi^^. 
. kLA_ ■TjA ^T73^ 003 
:.. *^xij3 . ^A .v-xr>A\Vw 


oi-A 


kA^oovA 03A\cojrpAv.rv-~m^\ r<Ao-^ .Vr^~~>o 23 
CY_3cnAo . <Kjn. \ . ooA cn^ryx-JD o rdArp^A 


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aAjA^^O Kli03 




••. rdacn .rpAv^m \\ J 'on 

r^A_rD\^ x<!\<\.\g.7-i rdA ArA* . r^.Ariv 33 e 3 

.:. . AvOYITYx J3 Avi73 


A\^v_33Av_ro .:.. osAA* AA^ro ^ravra ... 24 

.rry\ 003 1 . i<Lj coo-m^A 03 A *vr3^. ,_*-a 


•\_r73t^ Kl^. 


HJ 


.:.. r^A^~v33 


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rCAr<f 


Av-jT^-jSAva \<i^cv^~Y_gl r^o>_yv_r 73 Ai^r^.o. *\_rp ^_»tv 25 

,030jAvx 3^ ^V_V3 .j. K^AvA-UKT K^Av^O^LTD 'V=73r^ V^AcVTO 

r^Avo. v.v < ^,Av-rr\.T3 ^_v_x_td^a ^p ,; v_rr) ocn A 

r^.v "v *r^ . r<l..v * . ?*. ~~ 3 A *VjAx t^'Av-X-ktdA .:. .rcA 


JCOWA 


. x<Az3jccv 33 r^S.K^p.rp 


rd_\t\ A ^ J3 . ^ V v ^_T7D Av.tr^v^v.v ^^Avztd ^zjAv^ 26 

.:..Qoo , \rooo3^ ^nooiArpo^-A ,o3oAvjr^ ‘^kIsAj kIA^v ArpAi-cru 




3Y 


^_xAo3 




3-33^ 


r^A\jL^.CVX. KT^Y^ Axr^03 ^»Ao3 


AA^-Ttd . 3 03—A ^-y..^, rCjosArCf tC^AvouvA . rAi\ r^'vrDO^vA 

^..ooAAAv^ro aj^o . r^A\ojj\ «-oc_r73jc_sr> ^ oAa^Ava rcLA^v 


03 _A 


r*' 


. r^oxAr^ 


r* 


A-.r x - S -. cd 


•KtAA 


X 3 — 1 "A 


22. T : in CA (A, 76a), in FD (G, 6/ia = II, 3 9 6 — I, 5 /ia = 
K, 102 b). — 23 . T : in CA (A, 78 6). — 24 . T : in CA (A, 78 b). 
— 25 . T : in CA (A, 78 c ). — 26 . T : in CA (A, 82 d ). 


1 Ms. om. panel. — 2 Ms. » tfvA. — 15 Ms. <nA 


































12 * IULIANI HALICARNASSKNSIS 

\ y <7r\ -«^Ar J3 X_rTX. *-2730 

OCn _ »rA\ _ 1 C 73 _ ,_r> m \ w 

• ••. iA ^x^njAvra 


A\, rvr73 
flOJCTlir^D^ 


rA v\r- xyA\rr> . rAnA ArjsiA KotaiOA .:. \rnv£ ^_»iA 21 
rAA ^_A ,V\tA\ ocnA . -AmrAx tA_atA rArrD-Av-TTD rAA 

.:.. KfVvcuArDAiVvzrD 

i n.\^ *. ^V-tAti^ iy3^\~a ^v_nA c*>*\..A^\_m . . . 28 

^rv__»r^ rA x \-_V^cn^\ r^^v_x-x_r3 yen rA^oA^ 
A-»a rAaxxmVv rAcn ^mroa^n 
-p-^_rr> A_^ tAvv^x-td rAAxA . t^Vvcv^v r^.. cyv. 



•• V 
cA .:. Akocn 


.:.. .iwA^ lAocn -rxxtt^rAvm 


rAA .|. ^-Ano A_^_ Vn. -n n Ax^^AiA cnc\rd 29 

A.A.ia ocn Aj^ : am rA\o..r~y.^. \AAAm rA 




rAA rAA^sA j^vcw\ rAA-TD^Vvm l rA rAvr^ : r^.VnvA 
rAcArDrA . tA.i ,x *\ rA^.m rA AiVvj . vAA^vAvrre 

. rAn^m orA rA^rvlm - rAAvAv^rAru orA ,_oc7XxkVA"3 

^xAxrA ^T7 do ^_tA . rA^nuAvv rAA ^jaAki 

rA_A i ^_i^\ vAa *v iK^ . rAi7 AxAu rAxjLrD ^.Vx^-^Vi 

^ ocn .xAA Ala* oaA_a ^_Z7D S^uim : \x^AAj 

tAxa 

i^ rAA_xjA 

ocn tAS. V ^JV -a . rAv-x-ri-^ ,aiaA.^cicvjt.o Av_xr<^-ArA . rA^rvAm 
.kAl .n>A >cnoAv^»rAA )tv » A ^xvv>,\y. -T~v. cyvaAhA\ 

oA . rAv_x_=x^ ,cnojs»^oa_x^\ 1 


r 110 

^j-cok. . I'Lix^'A cn^o.:=Aiw ocn 

AVvoAt_x-rA : A ^-x-uVirA o^v_rx 



jcn'A ocn rd_a.A_ -V^CV. X -~ 

* o_27a.x-CiA\tA rAArA . tAAjAxa jcno^rvxrAN ocn tAx^~3^ 

»cv_y\_m ^ 73 ,-xA-^A . rAx_T73A_n rAioax-rp A^an-V 

,cn ctxj^v»t< rA Av\-i~y_x ^v»rAA^v»o . vAaxaA 


cnA 


r 1 ' 


27 . T : in CA (A, 8A a). — 28 . T : in CA (A,9 2c - E, 18 />). 
— 29 . T : in CA (A, 92 d = E, 18 d). 

1 A OLU. — 2 E "htA\ - 3 E "v\^ .W - 4 A -^xxxkjVviA — 

5 A ^ 


\ 



































FRAGMENTA DOGMATICA. 


13* 


A~r-» id\ ^Vv—i-A ^\m .• m\ r<*\ dv*~v A At' 

d' v \^ _\o_i\ rdA^ rdx^A ctl =3 O 3 .»o.n K^qA^ . 1 cn\^^s\rd 

ooA_»*^ rA.vA-A <js^»d Ava-A^-a ~A-jJS^tdr3^ 'A^. . d A^va-a 
. d^\jJcA ,03 'Aj^ ^A P,C*>d 03.I730AJ3 Aj^= 3 . ^\.>A dAAj^X^A 

.:. . A. 23.33 Au-A ,03 ^T7D^ dvfi^O^ ^TT3 ~\.\^- y . CV> 

d A r<Ar73CV_u^rv_rz) r-y s> y. ^-3_V3A ocn us^d 30 

. JCA'A-^iAid 2 Av_id.3.i^J3 r /A 003 r^oiA^ o3^rvA^rrxA rdjA: 


003 


'V 


-r 

d . Av_id dn 


dAv_3_5^03 dAOO 


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^-V-aia .:. .Av_id \_r73do .* AvdmdAvd tis^A ^_A_*a rdi^o^A^ 
rd-TDo^Vv <jN_»d rdyiwxjc-rTD-A 03-v.V^ AA^-Ttd ^a_va ^jA^od 

l_*aAy_= 73 3 iidA rdi^vAj^iAm-A tdvx^ 


US—^ 

0030 . 003 d.3.A. 


A.^ 
•^Ar 


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4 rd\^Y-x jo 

r 1 ' 


AVvrdv oooo .* oiA Av.»d dmAoje. 
f \ ,03 rd\03 ^_»a ^ d . cfo\^ 


: ooo3^ 5 A 1730 . * ^»^rv.* T3-AO d-Kd . cvjAjca d-3rd\- rh 


>• • *-»• 

• V 


\r-v>3^vr73Ao d-\d 


vin^Avj^aAya rdA^A-rD Aud Ay-^AvAvro Avaoo .tdoAn 31 


ooA did Azzsd fi 


r 73 


rdcojcvAA .:. .Aud Ar^od 


^73 ^3VTJO 


dA\o»_*_r73o rdx.aoc-33 rdi^ ^ttoa AA^m . ^.jzjoa^a C 73 : v^\ 
^_ruv_rD .:.. rdxjf-iT^ ^ m v y __m *_»a ojoo •• .T 3 eooA\d 




>oA\ 


003 CYV. »A< 


^ Av_jdA_»Av_j «••. 3 *■ y^^v 11| ^32 

.Td'VmA 03 A ^AmdA ^^cuosA -^pava^td .* dA\AmAA\ 

•••. tdv^y^A rdAr=j^^rvr73 od vdjciVvr-3 rd^Av^Vvjc^D 


■^V m dA\A_vid joso Av.=dAy3 33 


30. T : in CA (A, g4c = E, 23 a). Pars asteriscis inclusa tan- 
tum : in CA (A, g5 /, 96 a = E, 25 b % d ). — 31. T : in CA (A, 
9 8 d = E, 3o c). — 32. T : in CA (A, 98 e= E, 3i a). — 33. T : 
in CA (E, 3 9 b). Pars asteriscis inclusa tantum : in FD (G, 64 d y 
^4ti=H, hoc, 63c = l, 54 d, 66 c=K, io34, 1096 ). 

1 E ^.cnA^A\d — 2 E om. — 3 A Ad- 4 E n x_j=na — 5 A 

A\y=o — 6 E om. 



























l/r 


IULIANI HAL1GARNASS B N SIS 


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.»rw . ^ ^ oro 1 ^ 


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—SLAcx.ax r^A*A - '7XJ3 r^A. a. ro . xa* A-A. r^oro ,<7io^U^ 


k1 


xjs^j^o ■^ax 


rA\x. 


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.:.. rCTVxcAA ..jaVxcx ^vr\v, 
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34 


_Ay_a.o ^__»a w kT .:.. wivjioj 
io<rx r^A rd^ccn r^ArC^ •. A-c^rAiA rAy^X-mA 

-tdoVx v<l.\-\ \ ox_Av_iTCf K/aoo •. roA 



. ^YxKAxZ^. 

xjs^ro .ryoVx rdAo . rdxVjLr^ ,rocv_XAyr3 ^rax rdxj'yrDA kAxa 
jCTJ r^^YA-ZDX K^VXX ^.A^K fwA'A ^ZTD XJN^r^ . rAxAXA «^_OrojAT<^ 

.:.. r^oro 


irx_=D^rx_ aVxtCT xja^ v..ro-^ refWvAAKf >ro rdA^rCT 35 

\ .:. \ x- V\\_z nr£ VV^ \a ^ ^ -n ^_ro K^Voym 

VxA. A_jO ^TVA-V-^ A_A.A ,<7xA . ^jAm w CUCn OXlCXAZ7A*roA 

Vva \Vx<^ i<A_oj kAa . -y^ra kAxAcAyta 

kAA . \Aci_^ riAo VxA^ ry ao i<A ^x_a. .• ro^rxcAcAnrA 

A-JA-x.a : ■v_mr<^\ x<Lx.cv_r73A cryrD^rvrjA i^Ao ^cumioai 
r^eyvyA m-V-Q^rxr^cx .* -^oat^a ^roa-yAr^ ^_T7 d t^yaA r^m\rd 
Avaro -^pAr<AA kAAcx a_a . Ax_xA-rrv \.xm rAxArCf Ax' 


. k^Axcvvx cn, vx rcfcxAxA kIAcx . AxoA-x^rA ard r^VxcviArxAxV^m 

.:. .r^xXAt^ Kaja^v -^dazt} 

. kAAcvaq—ca_Ay^ kIuAcvj r<TA aa\ ^»a Kai^ yyyx_rr> 36 

.rsAx_ a a . . . oaAj^ roAxeiAwraAi a An a kAc^^ocx^td cto^x 

«^jcv_iro-A ^—ja cum : > rocv.^A..CYx\A A-x_A.ro r .x\»r^A .:.. ^jAro 
r^roAv^A kAoLtda t^aA^jAcyx. ^aroA JTDrox •. ^rocx-y-AciAx-x^A 

: x<LmA ^T7D exA . r^cxro r<Aor^A roA-m amA r^uu^ . ^acxrou 


34. T : in GA (E, hid). — 35. T : in CA (E, 44 a). — 36. T : 
in CA (E, 46 a). 


1 E, (t ~J h d Om. - " (i 64 </ t<^ocn >mc\Vx-»rCf ”Xa exm 

*73jo .• jan 


om 




























FRAGMENTA DOGMATIC A. 


15* 


. 0 A 0 •. \<S. 




A-xra 


r~ 


cAo 


.... ^_»^\.V*Vvr73 JzaoVv r^cnAref ^_r73 r^ArC^ 
oaj^v_jK^ r^Vvcv-m-A cn.f^.noA.^ * .:. i.^rvir^ "vdnr^ 37 

*<LA ~A )<73 * •• 3 r^. yx-x. \ .y. Kaajt^ . * 2 rcAvxNyVi 



As^ -N ^V at > :’Aj.vifwA ocn .* A^_ .• 

) n v i 'a ocn ooo_x cvx^^rvt^ 'V.mrcA v :x.»rcf : A_^Wvjrr>^\ ocn 

.:. .rAyxx. r^<irAm %cna 

• 7 • 

Ax^cn >cn .|.. srdtwDoa^ T'Acn'A oaxm Ka*Ac\j-a cnA*^ 38 
. KAXjrm^viTD r^A T^cnAr^A cn'A^^ r^ocn 
rAAr^n^vm T'wA rAvr=> JTA^oi^xK^ vdArxAA Vxh^ya ocn ^itd 

. T^OxAt^A VZAoA ^-TTD-A V^vA-T7D A-A Kix\-CYV *730 ^flA MT<? 

.:.. f^rAjAr7D r~v x-xxdo A ao . ^rvA-mrcf ^rvr^ 


A^x.r\cn i<L\ 


>cA\o 39 


\-_x_Z73t^a ^ v vx a.. y.t^ uN^QA.rp 
rAvx x..^ x. t<^..xJVA- rcxA t^Ao . rAcnAf^ rdr^rL^A 6 kIA 
<~n-\ ^ v A-.~~x.xAv-m ,cno^v_*r^ -p 0 V 1 .rrx.r 73 a . y^Vva^.a 

.:.. ria-xmA 

rAc>A.xrA aaaa rAmA_n ocn cnAxxrrm^ ^_ro tAAoj-a 40 
r^Vn xx\ pjcAm ajx r<Auxr73 kAAcv* ocno .... 

•a^V-td K/aa A_rx .:. •• -A-rrar^ cscvAj-AOja ,cncv.\_^. AjmrC/A ocn 


37. T : in AAI (E, 63 a). Pars binis asteriscis inclusa tantum : in 
VS (edit. Kugenkr, p. 261 ), in FD (G, 44 c =* il, 4o 4 = I, 54 c = 
K, io3 4), in PL (F, 18 M, in CCI . C, t 1 5 k), — 38. T : in 
FD (G, 64 d = H, 4o c = I, 54 d = K, 1 o3 4), in PL (F, 19 A), 
in CCI (G, 120 d, 121 c, d). — 39. T : in FD (G, 64 d = 
H, 4o d = I, 54 d = K, 1 o3 4), in PL (F, 19 4), in CCI (G, 
120 d). — 40. T : in FD (G, 72 d — H, 07 d = I, 64 a), in CCI 
(G, 122 4). 


1 VS ctxVja rAmrvjD rAomoA^ra; PD -V ^ nn \r\ rA-mrdm 

'Ar x^xxxtxoA^ot^ — 2 E T^Vvam jcnaVjrCT "N^vx-n c n. rv^ ntw. - 3 P D 

cocAfi — 1 \S, PD rwVciiArxxm *<Aa — 5 F, G 120 (i tAAcv>a 

r^-AcvrAj tAjaevA aajca ocn r^xm ajo r^aicna^ — 6 I om. 





























IULIANI HALICAHNASSENSIS 


16 * 

)s\c\m rd_i. 


v<L. 


om 






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oA\_»kT rAYw-v —> rdAo 


-x-V-X. T<i^nJS s A\A 




a o_icn 


Kf A\c\_m ^_T7D vrs^rx \ ^ru-=\ 

.:..rdA r^Ano^Q r^acn 


kLA 



. r^S.rTDr^iTD'A oxv=7D t<AjA<\j^ 41 
K^Axa^i A:=y_^A\_r30 ^_i7D . rCfVvaxAcv^^Vvxn 
cTx. r po .K^Y. .rrx u r^A\cvAY\a_xA 

i<f -aAyzd . r<lx 

kA.Xoa .^cvJkd \. IA.r> .:. rv x r^Av-^rAYv 42 

,cn A_\^ m .:.. i K^A\_x_^_-\Ax-a r^_xyx_x_^ _ octx-xAjs*. vCToctu'A 
. rd-Tr^Ao v^\ ciq . —y _rp _173 _ \_i73 SYvoYuc.r^\ 


K^A\_xA^_v* \_^ 7 _od K^Yv_vA\±wa^Y»a t^YiYAm 

amA A.N^rv i . v^A\cvrr> Aj.ru -a . ^.Xx^ Am r^acnAO . KlArujaa 


Vv-vk-ia . v N^.cyyA cvaoo . T<fA\amnA rA.N^Acvx. ^Vxwr^\ 

r^Va_mA T^YiAmiA.mA ^-xA^srdA i<L\rCf . cTxroauaA cA 


A 


r* 


ocn 


^ v vx ^..x s^A^r^A KTACV-iAa . r^YvaA. 
m\-n A_^_ C£x_vx ■\-x_^ s ^rdA . GO'S. riA 2 r^Yvcx-ZTDmu rdcnAr^LY 
.cx_m Aa . A_c*ymm YvjY^xxm^ ^xAYvx x_xv_\a r^mxmx* 
. TC^ayYm.xAxmo KlAA mcryi r^YxiTDjja Ajm cAag . t<Ax^a 


. KfaxArdA ^ x\_»r^ . ^j’Axyr^ -^o^mA arCf 




^3\J30 


ctlA 


jO(73 


ox-»Yv_*rcf r<lA 


a 


r° 


.:.. r<At_»Ajb rcTY^aimrC^a rAc7iArcf kA=j)tv^ 


r c^ \ a y cn A^ .:.. 3 t^Yx-o^jA^ato ^YxaYxa r^Yx^mYv 43 

v\Yi *~r> rcA_n>\ oK^ t<Acxi otoa KA*rdm ,aocv«\mrA 

rAA Y\a_*AmxA cn_y_m ,<T>a_jACv_iA rAAr^ ;^A_mA oo^V^aA 
ic\ v Y m v \V rr> r<L\ . K^Ax'VjAxo r^YvxU3JC_^Yxm 


41. T : in FD (G, 72 d = H, 5 7 = l, 64a), in CCI (G, 1 qq b). 
— 42. T : in HP (A, 60 p= D, 26 a). — 43. T : in RP (A, 62 <? = 

D, 3 o c). 

1 1) ... w _<urn .. rdoj^Acn r<ajAa»A - 2 D x^-aYo^ 

t<TV vcvjm n.i n r^mA^f - 3 A K^Yvr; D ^jaYva ^ o K^.V \ p 


































FRA OMENTA DOGMATICA. 


17 


trs^rd . ctoVvcvAa r^Vva_*’^_vi A. \j.^n -p'\j=n A^r3 vAvVi-roo 

•i.. r^x_»-^ib r^^\c7X=arwO kIiOoAtc^ rdr^ri^ 


r^_A-A >cn A ,s^ .:. . 1 r^rv-xjev^A^-voo ^cvAVva k^ V v ~~> V 44 

r^ooo ,ooo^v_»TCf rdi^xaoJ^ "\-=3^. -^p^vxd^ -Vm-rA 

r^^rvcvjm 


■\ 




r<LA T«^VvCV_r7D 


rCfcrxAr^ . 2 rdA. 


y*o 


•'< 5 > v Ar u r7D kAx^ ^ro AtdA r<L\r<! % .rr Av^~a r<A:^jrcf 
t <^ —> V -v kts^y^ . kA^V-DCv.^ A-rpjs*. aWd r^AcvA^. 

.:.. KAj'^vjb r^VvcnjAr^o \<jooAk^ 


y cn A-v^ .:.. 3 r^^Y-oso^Soo .^ra^T^N 45 

K^^\cv_x_mo i y.cv_x_v^ .^S^ 73 ^ ooA^-AA ^cocvsAror^li 


rrk-TDO 


n. , r~i .to-ao . v<L v_A.^~k vA\_m y^\(n.n 

►v<f r^\cv_ kL^kT . rs^rv_x-vJL^ 


vr>-_^ 
K^cv_mo 


6 


■Sl_A-^-a 


• \A^J3 ^T73^\ 


5 rAxJDoHi^ r^ocii \r=x>.-co 
r^^\<\_X.<\_*_V* t<lX ^_T7D . ^Acrx-TD KlA ^vrv . r<Ax^r7D 

V\tCf ^_xAoo a_xt=i ^A*a x<!\rd . r«^^\oA\axr7D r<lAo ooAj-a 


rdA ^_x^oo 

kAjctxAk^ KAraALn 


*Y 


»y<? . vd AvoAvcv_K_rrD r<lAo r^Vvcoccvjoi 

.:.. rdx_»Ajb ^rxcrxrar^o 


r<^_A_iw •;.. 8 r^Av_J3-_xA^ 7 ,: \C73 xj=n^-* 1 t^Av 46 

rd\. \_^ A_^. v^A-j-a r^ono r^ n, cv\A Avcv^A^-a ttoKj 


. u\cv_^oo^rs r^\ A.!x \o 
t<L_*_5l_i ocn rAuKf ~ 




om -Acvkv 


1=> 


CTV A-~v 


Yr 




K/a<xj^\ rdAr^ 


44. T : in RP (A, 63 b = I), 32 c ). — 45. T : in RP (A, 63 d = 
D, 336). — 46. T : in RP (A, 64<J—B, 189 a— D, 35 d), in FD 
(0, 64 a=H, 39« = I, 53 (i=K, 1026), in CCI (G, 119 a). 

1 A r^Vxr yt,\^-\cn \ " A — 3 A r^Vvxxaj^-^cn; 0 ^t<AAd 

cvrvxA^HonTi rZAra^r^S - 4 D "x_^cv — ’ I) I) r Vu - 

7 A s A "^Scn; D r^\.5Vn; G 

64 (l Gl paraH. -^oAa>c.^> *^cxcon ^jAm ^=r> r^xxAcv»T\ ^^c_rrxwA t^v~~>Vv 

. r<f-\or ^c n rAc_>A- 13 A Sajc.^ kAtpajo aoo auflcncA^ 


HAL1CABNASSR. 


2 























18 * 

rd—tcn. _ \y<! 


IUL1ANI H ALICARN ASSENSIS 



. r^\oa y<?\. \J\r> 

.j.. r^x_»^vib r^VvoirD^o 


r<l \r\ yen A- .:.. r^Arv-XXx-^-Aoo^ Vv_x.^\ i v —> Vv 47 

okT . \ _rix_vA *_\_m-A r^xu.\ w cv_AKf S-ror^i 



^_ttd kLacaaA-a vdArCf 
KLr^rL^. u'yjrCf . i<Sa_i 


.KlvA. jrvvA^m cnArvcv_mA 
rd i-x_^T7D r^Vvcv^rxA 

.:. .r^o'Ajb r^VvaxrAr^o 


rAA^\ ,cta \.\ J .m .j.. ^ r^Axxx^-Kcn 3 t^yvzdVv 48 

A-»r<r_xA.. "7^_x-m kIA rdA rxvA w ~vmA Ar~v-cy>A \3orwi 

cm.m^ rC/ACu^ r^Ar«^* . r^^\yrrxr3 kAAcv 
r^.wiK^ . * -\Vvtd vryr^ . r^ooo ,oocAv»Kf 

r^A-Z73^x-X3 ^-_ro t^^\SLgoo^\ ^yta. \ ~jxn ^Ao Auttd ^A-a 
kA-V.I 7D T^ooArdA 5 tv_^ : A^van i<A 

iryrCf . t^uusoo Kof j^V 330 ,mo^v»r<f T^AAirxvAvm r » r<L\ 

.:.. rA^vn r^V\axrDT^\ r^ Ar> 


\ a A-.s>. .:.. 7 r^Av ,y.\^\cn r^A.^. raAv 49 

i \^ n Avj^vaAv Kfamo w 'V.m^ cn\\2i ,_c*xvA^\t<S 
. Avcv^o-^td K^rvv \ v d—% . ref Avcvrrr\c\ T<jt_iA-A 

x<A_Ar^ . r^Av-rpcy. av. A r<fom i.n 1XJ3 . ocn^ ,-rrv —or^ 

Y^^s\cn.i^r^ Vvcvzt^^vtzj . ^Vvo^oAo r^AA y^acva^ 


^aAcd^ rAArDCvx^A-A r<AooA > oocvxm.xCY\A A-x^ro rA^_»K^ 50 

rC^Ai x N^-AA^rzA-A am r^A_r-x a-a .-vmrCS rs^rTXxAvA kA^Acv* 

r<^A\ xA^ .a^Ao . < 


V 


vv ~~>^v oooxrryje.o 


KAx_ArA 


.A>.nn 


47 . T : in RP (A, 64 /=B, i59 ^ = D, 36 c).— 48 . T : in RP 
(A, 65 b = D, 37 a). Pars asteriscis indusa tantnm : cf. AP (A, 
109 c). — 49. T : in RP (A, 65 e = D, 38 d). — 50. TA : in ( \ 
(A, 80 c). 

1 A V; D cvixx^Smn i^Vucn w V^.p - 2 B, D rCj3a\^ - 

3 A - * A '^^rn; f) v^Lx vxN^Scn-A _ rdAf^n 5 D 

o^va - f> 1) rdAo — A ; D r^xxroV - * 

























FHAGME1NTA DOGMATIGA. 


19* 






y^A\-A.. _doa ctx. x-A.vq A\Avvx.v .:.. rd\ja -pD^rt? Autda 

> v .~aa t^A\-x.^. \ ^_»mA_a i yCicn ^mAur^i rw\>r^ . AooA 

^ -^oat*^ Al _ ». —i ~x k'Av ». N^_ vv —> -A •^v 

... .:.. r<^A\a__mA \q -■*. a__j^_wt^a ooj 

~y_~a. cv) a. a, . r^Ajxx^i^ i<iuAa* am W^zn 

.r^aA^ t^A\Ay\_w ^xAoj *^A i °l r^ oVn . mAicxA m rCf-Sl w.mA 
r^^V-*- \ r . vva >axA tdw. A A._a . <tAj^ ydryx-mA^.^ . r^vra 
. rcf'ai^A mA^A cn\^ wa >mA ^»a y^iA\ .-^oAt^ AyxT3A 


:..r^A\ar73c\AA 0 a t«wAvyw mAvf^x*>aAvA ^»a .xrruci 51 


rd 9vA. 


7D 


. t<AmAi<^ rcA^AvarDa 


x<A*T 


YYOX_r73 



>ma< 3 r\_>r<L ^_>a ocn 

. A rx_yy_r73 KlAa w 
A_^. . r^AvauA 



. m 

nfra-im v \ A rA^umo KArrxviS^o 
kIA. jra_yvA *^dA jcjzts KlA 




a cum 


amA . rcAuAx. A.r7Dt«^A >Ayi7dy^ . ,ja v^y^oa 

^_ztd vrs^jKf .r^cTxi^ KumA mA Ar-vuix) r^mAr^A cnV\>m 

2 . KAiA_ru^rn ,maAur^ 3 r^AYavAru^Avro AjAu Y rrvuA 

A_r3u^_m A-TtdKua ,Avmr^ 2 . ^ja rcTA\aAjAY*r3A cjn^tC? 

m-w-Aor^ \—cn. rp A. a A_ . AXA ~~3 AaA rAr^ 

rAA rA.vA.~~) . r^jccvmA Arrvr^A Avt > ^ja .^oaAyjAo . r^mArcA\ 
. kAita v oiAao A\_vr<f A ~a uAvro rA^iWarn rdA 
As^ . rAxAmVvrTD KlA kIttuA ^oaAva Aur^ K^vja un^acwA 


KA.UJ-A 




_c*x_vx A AA\A\ kIAa 2 . 


>A 


tA-ata 


ar*^ t^Ai N^a Av_Z7xavaa r d * v\ pa ~a y. . ref Ava_vA ro-uAum 

rA«vv rdA mA. fv\ —>tv . rdu. Axa _»a ^ cw-tw x-y^ra . r^AravvA 


t*' 


.:.. tcfAvavA.r~vv.vAim 


tcA^AcLjoa r<^AvA-»^rAA^ 5 Av^x^oAvtda :a 


52 


51. TA : in CA (A, 83 b). — 52. TA : in CA (A, 87 /- 
E, 10 a). Pars inclusa asteriscis primo et secundo tantum : in 

1 Ms. jocn — 2 Ms. om. punct. — 5 Ms. punct. — 4 Ms. 

CA ^~V^3 - ’ E ^CV^_CGqVvT3 















































IULIAN1 11ALICARN ASSENSIS 


20* 



Av_jKLkA. 


kAo'jA^o KfA\?viv 

O AJTYA 1 ycn\ ^-Y_w k1A ^Y.YV * .:. kOv rv\-n 

. * 2 r<Lx_GOOK^A C 7 X-V.ro A_^ (TVY-TOA ,C7XT3 T <L\r£ . T«^AvCUC.CYX.YY A 
Kfocno kAy A^. yyAyto vdA Koc.cvx.vv kAA ^kAv r^vx»r^ 

ox—v_m a_^. ox_Y_roA ,oi^td ^oxoAy-iK^ -.vxa ~ a rx . ,cnoAvjKf 

^ • 

^_*A ^_V_W . X-YY Av-jKO^V-TD^ coxa A \^ro Aj^^cA . * 3 rCAj^YA 
vJ'V.wK!’ r<A\ro ^_ro . ^_iov ^_k_x_yy a Av^kAv. kAA ^jActxA 


• j. . jC73oAv»T^ KAjADOKAd 


Av_jK1_»-\_w r^AvKAY.gi.rxA vr>_*r^ ^A ^.*Aoxo . . . rA^o 53 
. Av_vKf ^dAvovo Auk^ yxAro 5 k^AvAyayy 5 ^AvA cb oAvra 5 ^.ictvtd 
.:.. kL_x_yy A_:i 3 ._\. ..~nc\ kAtto^ K?Aj^_c*d oxA.xvxrx AA^ro 

kL_A ocn . 6 v_“v_ro ^rnoAv^rcT kAy A_rzv. wAv-ro o<t> ^*a 

^ -Toa _»K^o . kA_v__j^ 2 v a_:td ? oxaA\_*K^ kIA v A-Ta-wAy-To 



■\Av_td ^_zo ,_ 

,<rxAo . kA\ 


ocrvjAr^ 


WA 


,oooAv_iKT ^-Vx^i ■ataa ,_cv VXAi a ,air) r^AA^o 

.:.. v«^AyzojJ3 -\Avzd 


Av m CY\ n VvA. xv3or^ AvAVva r^Av^cooAvo 54 
^_A ^AvoAv_x.kT .:. . kAgojA chA A\Aa ,cn AvruAvrvo . k^VvAyaxy 
x_x_vkA\ _ cv_icn . 8 kAxaJ»Lovo kAAxTd^ ^jAox KutAvrx 




^ »_i rw -\ *._tv_» v/j . « 1 ^. _».i, _>.. ft kAvxTID ,. 

. Kl_Y_rD\A 9 kAxAA kAa.jK^ . . CVOxA ^(7120X17) KlAr3.A 


a. v ^Aja K^aV*-SA AvcvvVrxvvAvro kLA <tvA ^xxAua AA^-ro 

.:.. r^Avrojja 


CA (A, 88 6, 91 f , 9 3 / = E, 1 o d, 17 c y 2 1 c; E, 63 a); primo et 
tertio : in AAl (E, 58 6, 72 d; A, 101 d = E, 1 i 5 c), in AP (A, 
1096, 112 c, 11 3 /, 1 44 /); cf. ESI, in ZR, IX, 1 6 (edit. Brooks, 
II, 1 29). — 53. TA : in CA (A, 88 6 = E, to d). — 54. TA : in 
CA (A, 93/= E, 21c). 

1 Sic E 58 a, A \l\U f; alii ,6* — 2 A — 3 Sic omnes, 

praeter E 58 6 r^caar^-* — 4 A k^Avxxxt^; E — 5 E om. 

- 6 A rdttv - E >-vfa - * A ODQ. — 9 A rdiiu 



























FRAGMENTA DOGMATICA. 


21 


rd—iry _*_ 

jCTJ ••• . . 


A 


vr>-_mcv- 


r^Av_»r^A\A Av_ir^ wa-ita-doo 55 


o^v_;y^\ r^Vv^\A.yy vr\VvJ\rao^vrao r^^rvcarDT^A 


_»r^ \<L 




A—ryoo <j\^_»r<fAA y^^xoy. ~~*rcf ^_»A_r 73 r<^A 


V 


A 


. >03 r^Vvcv_y_Vr=kyA^vrr) . ^tda KfVvcvA.r^Vv^oA 

2 ,030 . ,03 r^<S\aVvcv_>_m kIA r^)sv_A-rrxn> . ^tda r«^A\oA\cvxi73a 
fd_k_^030 . axAvjKf oa.\^-yy rd\ T^^rArrxrD . 3 cn \ r 


-AAJ 


r^A : -^oA_r73Ai kTo^Aa rC^rx^ vinjT^ . ^Axcocitd acvxAjzj 

cxv_A r<^ V ^ a_\av^a \<lAr<f : 5 r^Vv-yyAxAviTD or^ k aaaAv^vitd 
.y.~-y A^. r<T ViooxAt^ rp or .ha ,da-ra .* oxA_*a x<?\\ cl a a\ 

.:.. awAvt^o 

r^Av_ 5 y_c S 3 oAv_rz) .... v ,y. »r^ r^.v y,A_j k!A rdAref 56 

^_ir^ .:.. A-cvoor^ K^ato t«^A\VvaAa 




• |.. r^ooo AkuvcT K^s^aAv oooo •• cars Any ,o3oa< 

... : 6 KjOTO K^A_VxAa r^_ioo 
I fw^A—^y^A r^VvCV.-K-^-£V3 

rAr^ . ^_jA^Kf -^oAm r^lAo . T<fAcn <jn^*y^a ? rCT^vx^^vra 
.:.. <jj\ro i^aV^a v<^x ixrx K^cyjcoj*.^ kIAa kAAkva 

Vvoooa kAy^va^ Y^VvcuArD^A^vro r^A A\^ -r> .:. jraoAva 58 

.:.. rd)r\m r^ooAK^ AvcAa t<^Avo-jAm . t^AyocaA 

.j.. ^jAcn Aur^ j^Avry . rAio a pcv^Ava AurCf \<Ad^ Ary 59 
A\AZ73X<f : pTTD ^dAy^A\V<!a KAauT^ X<^AJTDKAtDvTDA ^jA A^JTO 

. t <LxS± cn. ooco ._oox-iAur^ Kj^ v a V-m r<A x.\<Ay Ary a 

. j-forC^ A\r^ oAvrnojcrsA attdkTa o oA ^lAOli^) A Avitcf 


55. TA : in CA (A, 96 b = E, 26 a). — 56. TA : in CA (E, 67 a). 
— 57. AI : in AAI (E, Bo d. 58 9 Ub, 96 a), in AP (A, 109 d, 
112 e, 1 1 3/, 1 A5 a). — 58. Al : in AAI (E, 58 b). — 59. At : in 
AAI (E, 61 b). 


1 E — 2 A add. >o> — s E tn^wm — 1 E AyAvrrj — 
E i<?VyyiVm — 6 Haec inlroductio desumitur ex E, 58 b. — 
7 E 9 lx b r^AtryAyroLra; E 96ft, A, 109a, etc. m V ^ *^« tv —> 
r^A.ry\\ 






















1ULIANI HALICA RN ASSENSIS 


nr 


K^v^Acvx-Td T<^Aio-Da.r3A . r<^A<\rjr>A o mAo 

. cv.V V^AirCS rCr^cvy xajtoa ^ cutoAo : cvjdcv^ AvamA 

• ••. oAj^.a >TOar^vxxA Acv*jc.a ^*a 

t^A-td^a ^jA 1 y<Ajca<\!^Aa * .:. . r^i^oo Aur<^ .idAy^. 60 

.■a or^ : r£*\-=n \ ^ rC^ \ —v u 2 a_»„ 


A 

aA. 


rTD a_^. 


. A 


iZXXkm 


v<ljmAr<f r^roAi^. r^A . \<fAix\^vx 

* >Aror<r c* 3 CvAjAjz>c\ . rw Vr~xn A^xa rC^AvV^, toiAuv^ t^AyA^^a 

.:.. r^AvA^-x^ ,cn t<Sj3^.a : a^. 

-=>oA\ AyaK^ UAJ^O^r) c* 3 <\AjACVJ 3 ~p^y 2 ±>\\ CnA 61 

A_^—corC/A ^ .~73 vin^t^ . .^V-A^-ihAvA K^\.aa. A\<x,mA. rp 

AjX kLA .:.. 3 ^Avaj^dA A\xYoe.i<?a .-.aAv toA_»a r<l Avc\Arx.jcaAa 
* ' • -I 

rd Ay_xAj»'a 5 A^mrC^ r«^A\cvjA^ aAytd * ^ztda . AyxttdaAvt^ 

aAi.-A . ^ai_TD 6 ^rcfo AyJaA A_^ . rdkji^ACA r^A\CUAr3.V"7DA 

KA CV)KL~r> A^X . KAiOO Aj^^OTO . C^DCvAjACVJD kAtDCV^A TOJt-xi 

t<fAv_v_vA^_ii> r^Av k. s ^aAv-t^a . r^Acn A..\^*73 a mAvcvirDAvn^oA 

UN^jKfA : V<L_iGTOA CYV X.CO. 

TO .jYxAyDT) Y^AvxYxrx 


:• • 




Av_ArC^ Ard_iw. t^Ava^xx -pA^r^o vrytcf . . . ^*a Ayxy^ , i 62 
Xr 6r> vdcnJ^r^ .A . v<^At_x v ^ a r^Ava^Acoc^o .j. Aur^ 'vrnr^o 

^_»a r^__vx_3Ccv__yx_=DA us^jr^ . K^’v_mr^Av_r7D rdA Av_»KfAYjAwx 

.:.. K^AjjmKT 

x x x. x m A.r=xJ3cAA orn 
A.\. k^Al_v_ 


to -70A r^Amr^m ^rxx toA.»a .2 

U\_XA.rDA.Z 7 D .j. . 7 ^ \ 

^jA Av>T<AAj\<JL . ATTDr^AvA^A r<wJ^Z 7 D kA\ KjtoAk^ 

60 . AI : in AAI (E, 99c, 100a). Pars asteriscis inciusa tanlum : 
in AAI (E, 98 b ); cf. AAI (A, lot b). — 61 . AI : in AAI (E, io 5 a), 
in CCI (G, 1 21 r). — 62 . AI, 1 : in AAI (E, 107 c); 2 : in FI) 
(G, 65 a = H, hi b=\, 55 b), in CCI (G, 11 5 b). 


1 Sic A; E 98 b, 99 C rdr E 100 a r^sc^a^A — 2 E 99 c 

-V—m <v\ 3 E t C^ rdxvxvm Anx.rxA^ r^\^nr<^zrxr~i 

1 G ^ro - 3 It vtj^ - G om. - G 1 1 5 b _rrj 


rCTAvcu 


- v~~v fvxrr > 


f 1 

'^01^0 \y^zn ooA^ ’znr^zn 






















FBAGMENTA DOGMATICA. 


23* 


. \.zr*rd . T^VvriA^po ArC^v 

.:.. 3Xx3X\Xvt<^\ >03 . un^tda-a >03 


^ on . r<T 3 _k_Acv_j^\ 63 

-70,-xjbXvr^ kA .:.. kI^.x^vx^cv^ot^ 

003 rd_L_x_^ V .33 T^jOCTJ-A 1 OX-TTV-S^ * T^Xr^ 

Ar<^ . r^os A^o . XvoX^ T«^Xva»^vvx=3 



r^^V-\>-,r73A 


rcLx. 


Xj^LX7D 


03^1.273 OlA-*^ 64 
A m \ ^ «. tv> -\o_^ A./Y r^ArC^ .j.; CYX-A.K.^xA^orwO 

oA . >o3cA_^. ^ps^-A^rvro-A ooA . xyx tvu rdioA-A .y: 

> 03 oVvjrC^N 003 . rAc-ViA rAxXaN^.—3 kAtC^ . r 6 > 3 ^\ tAvX^*-^ 

••• # i^.\. iv\ 

oA^\ ^_tt 3 .:.. 2 rA^^ai kAAoj-a r^\w 65 

^ : rArDrA\ A.va "V-Td 003 : rAnArCf r^^ALm^ rA\ar73 

A *v ^ ^A_j^\ rA_v_v^x A *~*3 : t^-W-x^d x-j^YzuXr^o Ax^rAwCf 


r- 


=° "'-V -xx> : r^‘V_xD^\_r73o ,o3o)$\_»t^ rAx-irCf ajdo 3 

03_»Vv_jr^ _ k n >03 ~v_x : iAA-^xAo rArv * .va 

s^. rArr3Ajx.r0 rAioA . t^AtoA 003 rAXSir^ : rAxooxA 

• • 

.:.. r^Xvx*xxXx.o 4 Kf^\x_»' ; vj 3 

AAotC/a ^_rr3 .:.. rAxA^A^os AiAoj^ ^.^Xvx Y^roAv* 66 
AX\oXy-_x.t<^ : t<?Xyv_3jt^ rAx_ooorCf 5 ^_ro c\r£ r«Ax_rrx_x. ^_m-A 
orb Al>,,3 1 oA^o : v<L»\jzn 003 (i r^m^o r^A 

: lAVvo_soAo \ rA vx \ ^ ^ n^Xv r^VjA^-n A\,~ 7 3 ^ 


63. AI : in CGI (G, 11/1 b). Pars asteriscis inclusa lanlum : 
in FD (G, 64 b == H, 3 g c [, 5 A a = K, 1 o 3 a ). in PL 1F, 1 a a), 
in CGI (G, 1 qo A). — 64 . AI : in FD (G, 72 d — H, 67 d ), in GC 1 
(G, 122 A). — 65. AI : in AA 1 (A, iooa = E, 11 2 A). — 66. AI : 
in AAI (A, 100 c = E, 11 3 a). 


1 Ms. rrxr7xs-^ - " L r£_. v_^\^cn viW yxM n rCjLm^ja r^m-vn 

vd—x —>?Vw_x) r^Vvm_=3r^ A —yjaaA rdr<? m \^n - 3 E add. >cncXv»*<f 


E om. 


E 




A r^m^o - 1 A cAo 
































1 I'Ll AM H ALIC ARN ASSENSIS 


'IV 


x-=” 



v .rv_y r<L\ r^\A_^> r^oArCT ocn acohA\t^ 

: t^^vAo^\_td -^_»“v_rr> ^T7 do k1x_»ajd r^oS 
r \. »a t<Axx Vvvra mAvjrC^A : rn~ \ rvi.-x ^ma 
.:.. rC^WyyAjt. r<^Aiw rA7}Ayi rAaA 

.:.. vdv-^J^oo kAAcv»a t^^AVva r^AoAy* 67 
: i^^tAztd rArArCf Arx cvo rC^cuArx-c^xzTxra or^ 

i^^\.x_:t 3 a w cy_a m x<Lx_iyA : jc_ i*vrz>^\r^o ^ rv\—A v*^a oro 

.:.. r^ocrxi Vv»rAjJzjy cAa r<oc_iAj3 i<AA\xr3 

■at^K^a ^_Z7D .:.. rdi^m kAAcaa k!x:=>aja.a rdroxy* 68 
kIAao : kA^azd rCfr^rrx^ orCf r<fAjAj rdocjK^ r^AxtxnvA cnA 
^_T7D rA<n . r^VAjm VvcAa rC?VvcvjAyy\ kAjc 

.:. . l kActu . KjcjHjz) kAdAa a t<lAr-3qjzAA 


69 

^_T 7 D <JN<jiKfA 


^_T 73 .:.. r^ij^N^cn kAAcl»a Koc_txvua K^iii 
i<_A ^oocAv-jrC? rd)s\c\^mc\ rcAx_yi A_rx.ib K^.\a 
)a »r c^ v v -a ^.a ocn : i<Lvy_oc_r7D ^.cvxj r^Vvcvxm t<lAa Koccocy^ 
rdjc_iyr-j ai\ rC/ACvro rdAa : r^AvarrAa \<A-iyA ^.xSAy* ArDjb 
or^ : r^^cu^ro n^. \ K^.v.k w-Ttp KAi\<\_m_rDa : rJjcaxvi KlA 
^_cv_ir<^ ,cv_u ^ k. mv^, rz> or^l T^AvcuV‘~X-cxxrry-AA unjt^a 



a_k_tda t^Avcv_x_c 0 kT ^ -c^.O^A '* cn\ \\v^o : rd\\jL A_s». 

.:.. *^o\yiAu r^VvcyrTD Axtda kAA ^.mo r<AcA 


r<!_ \a 

kT^v_x. 


^_T 7 D .:. . r d. ^ \^\ ^rn 

v\ Ay_x_nAv -A_2lxa ocn 


tC^^vx.A ri^oAw 70 

: ^ A.»a r^\_c^jrA .\a r^Aaro 
t^oaAtC' mxn x» ctxA._ia r^^\cv_y_ro_yiAr7D A^m : r-AArxyia 

t^.A-ra-n ^_T7D ,m<XjAA^yy_i rAcnA ctAa : v^Wm 
xA ^rvx^Vv A?ii \.c*xraAvT<’ ax oooa rA\tcf ; K^AvA^no 
: k^a rr\ ' v ~~3 rAA. rix-v\ ,oo<Ay-»tC AukAkxa \znv£ ax 


:rAA. 

oA- 


AO 


67 . AI : in AAI (A, 101 a = E, i i lib). — 68. AI : in AAl (A, 
1016 — E, iiAd). — 69 . AI : in AAI (A, 101 c = E, i i 5 b). — 
70 . AI : in AAI (A, ioie = E, 1166). 

1 E 


*7>AVi 


2 A, E , seR cf. anath. m. - 


3 A»om. 



























FRAGMENTA DOGMATIC A. 


25* 


K/acp A.-N^ -.rTDO : rdAcvA_iw rC'ocp r^X\xA^u 
: x<L\jrm 2 ^jt 7 do r^Xvar^o ^rr> SS.h._a ^At\ • i r^oco 


■tr 

^_do 


r^_.\-A 


:^_r 73 ^r\r^o v d ~-^ 


t^cp 


,C730^\_jX<0 _»HX\ v. 5 X.\eLx_r 3 .X^XvcyxA'A 


cuota 3 r<f^vx= 7 ^=D cpx 3 -i -^pr^rv) : r^ 5 ^ot_r 7 DA ctxvjdScv^A 

.:.. r^ocm . rdArsaj^A^ 


■SV.rjoA ^r 7 D .:.. r^j^^oo kAxAcvja K^vizxjca rdrrD^vu 71 

: TC^v.xvy.r-y Ao '-p(Xj>cV < ^t<1Aa ,cpA : t^xay^ "vra^ r^ixc*. 

r _^r^ * r^.vVn y\A\rr3 ,cpoA\jt<^ “vrnrC^ r^icpAo 

r<^<S\cv_r7D-A r^_T3cv_x_p 73 ^ rdjc^oA : kL\ 

^_rn ~\^.cvx : yCj’K^tdA ,cpcv»\r 7 Dr<X x<S\cp ^ixrD^ : cp.>A\jrCf 

a. x rpt\ : r^A-\^r-ku^rvz 73 t<LA vio-vra : t^vx^ra KA\.r-y^A\ro 

: r£. xA.no r^XvxAi^o t<aVao r<A\x5cm Vvoa^Xx ,_\ Av * K^\cp 

^_T73 v>_jrcf . r^icp ocp . oAxt^ocn r<A\nrC!o : KAxA.ru ^ttd 

ocp ~\_mr^\ : jc-X\ _^^r\_m \_j^x_ruX\KAA KlxK-ro-A oA-rrys^A 

• • 

kItdKan ^_jcp\ao : aAxXxkT KjnKf ocp ajocpu : ,cpcviik. 

t«wOcp.a A_r=v_s^_ Kixcp_Xi<^ KLruXyA A.k,o : cp^ru ^jcpjXvjK^ 

.:. . -p\s± 


v^'X.rrxrri^ ^.do .:.. yAv^^cp KaxXoj-a r^oAjmVvA rdm'Ui 72 
rd__Xo r«^X\ » in* °i Xv m K^__X K^X\ci_jU_y -aXy n ^_T73 -a 


3 or<^ ooxxoor^ or«^ 


iuVv Aror^j : rCf^rvxv^'A.j^vrp 


^JWt »U* VI Ilk ^KVkA 

^_r7D un^jK^ : K^Xxoau. -ai n ^rx^Xv orcf : 3 K^X\x\5^ 5 

•j.. —p\±± K^ocpu ^xTtdoaja ^’-iXv oKf \rnr^ ^jaVva 


71 . A 1 : in A AI (A, 102 d — E, 1 18a). — 72 . AI : in A AI 
(A, io6c= E, 121a). Graece in Doctrina Palnim de Incarnatione 
Verbi, cap. Ai, XXXVII (edit. Diekamp, p. 3 1 3 ) et in Actis concilii 
Later, ann. 6A9, act. V (Mansi, X, 1121, B) : I ovXiavov t ov A X<- 
xapvcLO-ews d^OapzoSoxriTOv (Concil. : IotM. aipSTixov enicjxb'nov 
yevofxsvov AXixapvacrcrov) ix t ov xoltol Naviyatcov \6yov. 


1 A om. — 2 
J Graec. om. 


r 73 


• 7 ^ 


3 E 


4 A rdix^-A 

















ILLIAN1 H A LIC A K N ASSE.NS1S 


26* 

^m .:.. rcAAcxjA x<AxA\a rdm\xi 73 

kLx_u a. rx m mAvo_mAi ^ Anu m Amr^iA 
:•. •7)^ rCToma kAjxoa^ ,max_xA r^*vb tCiArbxx ,A ^v-r >n 



u“\mxmA 


^m .:..r£A^ < m kA_Ac\jA rC^Ax^x^A r^mAxx 74 
vs-jtCf : *^vmA mA_^^A r^xArxoxm r^Avam AarA\ AjmrCaA 

ref Vcv_dtxAci vd.x_yx Ao AjA^jx ^m Yr-xwxA \n.vx mA _rr) 


.:.. -p\s± r^omx 

^_»a >m .:.. r<L_x_mAjx r<AA_mr^Ljm ^_m mA*A 75 

~A n AC7X_C0 .rdA. ■TX-ca KfVvcx_r7xA axA a_a oxA rAf 


. AvamAv >rn rsA^xiA r^xAi : AmrcA\ r^AmArcT 
cv_ico . A\o. a A tx u^fxm rAA KAwSr^A xrs^oAvm aa t<Av^a 
rd Vvo-m. A ctxA rdA^A cv> Acior.nx _»a r^xAi . ArAuVxm 




.:.. KA-Avx_m rdA aa 


t<L rx_aco.. J^a 


r<Lrrx_A^ : Ko^m Amr^ . -^oAt^A aAv»Arx 


x_rx . . . cociA-jScvjdo 76 

AA^m : K^Au'vrD^ 


.» m ^. *~~\. ^ rC^AxA-x-A-m x<fAvcvjxAO . KAwSref ^m Am\ s ^ ^»a 

t<1 A : A^mS ox_A—» a kLx.v_aa r<lAm ^.m AxA AA^. 


mo 



kAmcvA . rC v k v m x<lAo r^ooru r^v A rxuAvm 
. . . rAxAoj r^Aref . . . mA r^ooo -^djca rC^Axxm 
ctx_a _mA xr>._>r<^ : r^Av_A_m,A oxA rcAv_x_m a_a . rAoo^n 

A^-n .:.. rdxrxm C 7 XZ 7 XOO aa ctxSAujjc . cooAjacxjx 

• :..x<Ajxa oxA^a x<axxa KlAmA 

• . 

. rd\\-yc-\ ' r^Avo. v n\ rx.m ^_m r^ooo A^-X-da A \^m 77 
^ xAox . 2 oxA-_»a ^_*a cam . ^_»aVva r^comevN^m 

73 . AI : in AAI (A, 1 o 5 6 = E. 1 92 ri). — 74 . AI : in AAI (A, 
106c —»■ E, 196 a). — 75 . ABS, I : in FD (G, 55 a = H, 4 1 6 = 
I, 55 6). — 76 . ABS, 1 : in CGI (G, 118 d). — 77 . ABS, II : in 
AP (A, 1 o 9 d, ii2«, 1 1 3 y. 1 45 a), in VS (edit. Kugkner , p. o 5 1), 
in FD (G, 64 6 = H, 3 9 c = I, 54 6 = K, io 3 6). 


1 Ms. ^VvAArr? 


G 64 6 et pa rail. ctv\*a ^jaVva i^*un^n 



































FRAGMENT* DOGMATIC A. 


27* 


a_yx_iA ,cnA r^vxi rcAI^Acoc.ruA j^^oos • ••. .r^v^o vaattdt^ 


3A t^oo3 ^V-»r^,.v. *. = 3 ^ . 2 om r^_x.o_scx3 rdA a_cxx 


.:.. r£jccvx_y} 


^_»A C\_103 . ^-—»~\AiA T^w —CYV- 7T73CL. ^ ~~) A_xJ^^ A_T7D\<f 78 

. . . a_^ > A —3Ci_oAa ,oi . . . r^'&c wraViATTaA . rd\zn tcAxxtd 

orn vt^—iKT . . . v fV rin tdi-.^A m A —i r> n \ 

r<foo3 A ~~v cy?a . A^or^o iVrocvm ... .:. 3 . . . oaA pjcAmA 
• • 

oxA^_*a . ox-Vx^ao oAi^ ,o3cAy*t«^a ^paitx r^^XAvxrx r^Axxxrx 

cvA . kIxajdcv.^ ~\r-y^- aVvjzx r^VvcvxicvV^A ctxxx^ao 

Vv_x_XlVv AAa KlA Aj^. KAlAm OTAxAAO ctxAja 

^AaO KLAvC^ . Q3L-X-T73A Kil. r=x_xi Vyj^xiAv or^ . rA Axxafi 

.:. . AAX1 



V 273 


kIvAcvj^ 79 


\ ,030_»A_r73KfVv r^A .;•. oxA-zdcy-oAa 

.j.. tAiA—3 

^a-xa AjJ^T^lA^r^ .;. . ^»A^\A r^ATOK^A Crum oaA*a 80 
^_a_i03 kAAkT . kTa-cyv ~-> ,03cA\_*r^ r<l x.v roA . ^-k_xi ^»A=r3T^ 

.j..rAjAT 3 , 030 ^^ X<AArD^A\r 7 DA ^jATTDT^A 



*:• • ^ 


A^TVA 




OiAjA 81 


a r«^^\cv_3wrr3o r<Lje.cv_x_xi ,o3cA\_»r^A a osA 

.;. . ^jAo3A kAvA^ C73jNy»T«^A ,03 . T^VvjA^U 

78 . ABS, II : in AP (A, no/). — 79 . ABS, II: in FD (G, 64 a=*= 

H, 3 g « = 1 , 53 d =5= K, 1026), in CGI (G, 117 d, 1 i8 d), in 
QCI (G, 180 c). — 80 . ABS, II : in FD (G, 66 a = II, 3 9 a = 

I, 53 d = K, 1026), in CGI (G, 11 Sc). — 81 . ABS, II : in FD 
(G, 64 6= H, 3 9 d=I, 5 A 6 = k, io 3 a), in PL (F, 16a). 


1 G 66 b et parall., VS >ctia ^V73 ,TOcA\ji<f a^.; A yen am rs^-vm 
— ~ G 64 b ct parall. "x_u ^\ >maVc»^A= 3 ; VS 

i<S\^.-> Arcf am "x^i ajx — 3 Duae lineae mutilae. 

























1ULIAN1 H ALICAK.N VSSKNSI S 


28* 


amA a*a. . ,^»aV\a r^Arrsr^m ^ro mA»A 82 

vts^-jKT am r^^\<\_x_rn ^rv_»r<Lv_»^^ ^*a .:.. \dnrC 

—»r<LA kL.^oov A 1 Txa^rv_£*>r<^ vcAAa am : UN^vA_m 
. ^vjr^AA twr~> 2 rnV\ a\.» a^ mxXa^rim tC^ax. i<lAa : m 

cnAi-lra^ >m . rC^^YiA^.a Axa" 73 mA mm 

.:.. r^rvcLm 


x.V\ \ ••• . ^_»aVvA 


.* mA 


am 


^zn r^u\a*^ ctiA*a 83 

n paAAja .* m-x.^a xyyaA -^pArryr~y Kfam 

Aavm aa . mAxy\rx\ 


m_cy_v^_x. rwA x. 0 ^ Vacix. 


.*a cam 


.|..rAAwor^ ,mcAx vcAjda rArCf attdK^ kA rAc_a 


_ >mA m\a_x__i ••• . ^_iaA\a r<A=73r^r73 ^.r7D mA*A 84 

. mA_»A K^A\a_m A-x tcAvA^a AA^ro rAzaay mA aamA 
=d rAA ,maAv_»r^ Am mA rAm Ar~vr^ t<Aa am 



ca_i a 


r<A . kAA^oc^ a 

amA . kAx.acv^ ^*a cam . vAx-^Avitd 

.:.. rAxSa^ ,maAvjr^ r*^A\^ ^ma i^xAi 

cxjqA-A^ ^ A^- . opCLrrxxxyyxiAxA. c \a KaiAoj a Am a roATD 85 

tAN^ KjCax r^Aref .:. . . . rcAma^a rA"\Avm.-\ I 3 .CYX ^kT 

3 r<l Aa cay_xzA^ .vjtuc aa •• rA^A^ caa_i a rC^a ^iioiro t<A 
K^A\xmAA\a r^xfncvi rAvrbAvAA r^AxAav^a .*r^AA*a tAA^ma 
<*r«^AvAaA\m ^itda kAaAvaa rAxoAaVva «• a mmmA Kf AvroaoA 

i a mA\amAr<lA mA A^vma .• ^m\Amm 


: rC^A_mT<fA r^AaAvmo kAztxx. 


^tda 


r^AvjmmrCf kIAjd Vr 


rd>wA\ r— 7 ^ <Aa om . AvxmA^.^ mmA rcAxxmyy ,Am cum 
kAaa fdAAa . ^.A^mAvm k!x*aja r<AaA ^=r> kAkT . aAjAvztd 

82 . ABS, II : in FD (G, 64 4 = H. 3 9 <i = I, 544 = k, io 3 a), 
in PL (F, i 5 a), in CCI (G, 11 7 4 ). — 83 . ABS, II : in FD (G, 

64 c, 70 ci = II, 4 o a, 53 a = 1 , 54 c, 61 d = k, 1 o 3 a, 1074), in 
CGI (G, 123 d). — 84 . ABS, II: in FD (G, 65 a = H, 4 i 4 = I, 
55 4 ). — 85 . ABS, II : in GGI (G, 1 1 4 d). 


1 G, H, F uu)o^ 

VAAv-td 


11 mVv^vAjK. - 3 Ms. t^VvcaaxA^ - 1 Ms. 




















FRAGMENTA DOGMATICA. 29 * 

- ^nN^ xAyxAyzo goos-at^ r^Ar^ . Ax^ri^vro rCjcrjAr^ A\aA* 

. goo rAArxGAvro r^Azxg r<fgooA -^dazoAaa . xror^ x<!cn\rd 
^.zo oAr^ . kAz7X-»<txzo kAa ^ooxx^azoA T^boAr^ >rrxxb 
Avjr^rxA^ . r^xxArx r^u>C7D r^bcn vCzuxa ^ > \x\^ 
~r\ v-x-Ay_aAy_zo ^cum ooA oooo ^xddt^ rAArxGAiro 
: v^Ix-iazd r<^ooo r^v»,xA cyxa^zo oA-a ^a A^ro . KjrnAr^ 
^zo rAA^TDO : A\goo x<x _»axo v^noA ^zo \x\^Avoxx ax 

A v \ r^A_V-»a : ^akAah XjSa T^Azxa_co 

rC^Av_»_=oxA\g : rcfxr^A rc^AxAov_SvO 

gen r^.AAo : vicv_x. rdxA. Z7x_x.ro odoA AjSw_ : r^AvxxxAAAvzo 
t^AiAgAi-ro ^_zoa v^-TxA-ma r<l. * cy)aoAvo : cvzdaa ajaJ^a 
. >-A_r7X_x.o r<ix\ ^_A_ia rd.cyvx\^Ao : rdAxxvrzio rcfA\Z7xxxxro 
. r<X7xArCf .V s». KlAcvrs>. ^AAiozoa kA vAjLxi A\oii_co ^_Ax_i 

r^goxiA >cnA : rAxocm "txx^ >xAxAvzo ._oacn ox.a» Ax^^gA 

oA . AiA_rx S-. T^oxAr^A r«Ax.x_rb «A : kTAAzo goo rCfAxxorx 

^x s>. >x.Ai_xAvzo ,^j\zooaA ^_roA_x.A ^jAjV<zd 
A zor^g 





rAAa* *^xjco rA^n rAooA 
oxz=Av_xr^g . joooAv_i\<^ ctxxzda t^azotAtoa t<Z7xx. AzorCf 
. Kz\oozoo t<Aaav mrArCzv TAcMxm^K!' cog -Aw 


T<Av_xA 


a* goo 


A 


A-vA 


r* 

^A 


oxA r^Avjzo . co gA»- 


»AOJ3 


86 


Azor^ .j.. oxzdAvzxa ^jaAya 


.••. ,oogAzwA r£\\r£ 


^_»a gxoo . r^A\AA\A r^xozo aA^zd ~ jxsx > 87 
rA.^AroA ctxAja tCztx^Av^ 1 kAA^zojswA gen oxzAyxa 

A x. AOO A_X .j. . . . r^A\gAOXXOA OXxTOAJX ^goxxAv^Kzx 

.:.. gASj 


86. ABS, II : in FD (G, ^5 b= H, 65 a = I, 67 b= k, 1 1 o a). 
- 87 . ABS, III : in AP (A, me-n ad); cf. CGI (G, ia 3 a). 


1 G i^ 3 a x^AAAxa 
















IULIAM H A LI C A K iN A SSE NSIS 


30 * 

crvViracvryAA omi Ary . *^A\AA\a r^-vmrdm oiAja 88 

cv^A x_nxyyA\r^A . cnA Aur^ Arnr^A AA^^joxra .:. .\znrC 

t<Lx_ni\ oxA Av_irCT Arxjr<^ AwA\A\r^A . Acv>jla rcA^-vAv 

• ••. r^Axyrxr^ ”7°^- Q03 a 

. Aur^ \=nrd AvyA\A\r^ ^»a i<IAa .:..^^ui : \wr^ aAvtdg 89 

x —rzv—yyAv_i kA_^aA\ ^-.-Ttp gJ^Aa ,m .* A.5 wA r^Ar^ 

.!.. >cn T^A\GjAxyA\Avr 7 D 


. (vjacvJ^A K?A_v.x*>rdA r^c\m \znr<£ rA^jr^ .j.. .tdgAxg 90 

,cncv_iw.AA\ m cv^A w rcT . a V \^ Vvcf ^m.u-aa ^V»t<^Ag 

.:.. r^Goo t^A\g:x>a 

• • 


\mr<?A ,mA \xxJ^z t> aa .K^AWa rd\mv£m ctxVja 91 

• • \ 

a_*Av_n^. \<LA .tagAva .* K^ctxAk^ OA.mj._nKf kAaooa . go cAa^ 
. .mje.viA\r<^ KfAas^. - 73 ^— rd .:.. KLVrxwA uncv^oaia 




.;.. atoAyj:*>K f T<^yVrauAvrf> -p^.a . Avgoo kAda Klvm 


aAv-Za Aa.yx.V-rA ^_»a cAa .j.. Kf AmKlmA orwm mV* a 92 
,flm ^J»a» kIAk^ .• Kf .a AjacvsA >mAA\K? r^AvGAmjc^Avm 

y.yiA . xAr^m KArm Ajta orn . Kf AvcvvrTO^ V.^Avm -^oajag roA 

.:.. r^yncvxA >a^o Kf AvcvxvmA Avrora.* 
• • 


KfmJ^Av^ ^xrrvKjGD Arx : K^AvAAva ^TrorAnro 

Kf Av k *m Av_k_zd Kfcora : attdv^a 

KLAao ; i Kf Av-x-^-yy-rp >_yx m_m kIAa 


>gA\g 93 


Kf_mA .:.. a_ mKf kA_>Acy» 


goo 


r *A cum : r^AT^yyATD 
. r^AvCVT7DA KAjA ^rrxiw -TAm 



88. ABS, III : in FI) (G, 66 r = 

H, 

6o a = 1, 56 c = 

K, 

i o 3 

«)» 

in 

CGI (G 

, 11 

3 c). - 

- 89 . ABS, III 

: in FD (G, 66 c = 

H. 

6o a = 

I, 

5 A c = 

K, 

i o 3 a) 

, in CCI (G, i 

t 3 

c). — 90 . ABS, 

Ill 

: in 

FD 

(G 

M 

tj 

■CJ 

#■* 

-H, 

6o a = 

= 1, 56 c= k, 

t 0 

3(7), in CCI (G, 

11 

3 <f). 

— 

91 

. ABS, 

III: 

in FD 

(G, 66 c = H, 

6o 

b = 1 , 5 4 e = K, 

1 0 

S b . 

— 

92 

. ABS, 

III : 

in FD 

(G, 66 c = H, 

6o 

A = T, 54 <i = K, 

1 0 

3 h). 

— 

93 

. ABS, 

III: 

in CGI 

(G, 11 3 c, d ). 







1 PG, LXXVII, 2 12, B : afJLo^)Tious. 











FRAGMENTA DOGMATICA. 

^ a.uA\A\t^o 


31 * 

.:. ooi^v r^jj^ 


A. 


94 


. ^--noA-J^ A \y_m r<^A\AA\^ 

. •\‘-v v cv> ?vn iv \ K^~vj^xra^ cv\ a*\^ AxomA .... riA^m 
• j. .x<?Axam y cnc\)s\»Y^ tCocAi r^A^v r^Axyxri)^ A*v^T<i\At<? 


^rC^\ ocn •••. Kl^rDarC/A ^\.ro^ ao ^_T7d tAAcli^ 95 
rC^oo3 A . a cw ~->Axr^x ^cH.ra pA cv>^ \^=nv? ^>X\.=o 

.:.. rsAicvx.-^ ■vravr^D r<rAxoAAj\A\AvrT3-A 


.:.. oa.rriAx-xx^v vC A^r^ArcS 


r 73 « 


,003 . y \ m . ref Axoo 3 l_At<^ \<A-^._y..i 3 A 

\ 


V<ls -vA<X_aA 96 
v no^-rnA^ 
.:.. osAja kAv. xxxr^A 



o <73 i t^a _cr\--r 3 A . 


••• «_>oAxo 9 1 
kAa joooVxjK^ . kAtoAkAa 
.:.. oiA^a k!oo 3 a 


03 .:.. kAc=7*x 3A T<fArr3r^rr> -.m otlAja 98 

• \ 

■A 2 003 K^OX- \kT ^-TTD OiA t<farx .x.tTD KlA . 

c*x^m ajx . -aj^. -.rin T^AA\x_r7D . AJDar^ kAtxtoa onA Aj<vi^7DA 
• • v \ 



i< 1 _Aa jtdoAx ^ .»a ypv£-n . x.v<Ay y^a.* A^.rx ~> cvAa 003 oos 
^.Aa_T7^ A_ 2 k . oxA Axu*mA ocn a r^Axm r^Axxxra . kAosoAx 

.♦.. y^ax^ ^.itd ycAcAxa ycAjcaoA ycAa*. 

r <^ v v -v \ osA .:.. rAcrrmA rd\^nr^m cpA^A 99 

Y^ 003 A AA.X T 3 A_=X . YS^ AxO- 3 A. CYV..—>Avm AxrD AAvoAvjcK^ 


94 . ABS, III: in CCI (G, 1191/). — 95 . ABS, IV: in FD (G, 
64 b = H, 3 q c = 1 , 5 '\ a = K . io 3 a); in PL (F, 1 3 a). — 96 . ABS, 
IV : in FD (G. 64 a = H, 396 = 1, 54 a K, io 3 a), in PL (F, 
12 a), in CGI (G, 1206). — 97 . ABS, IV : in FD (G, 646 = H, 
3 qc = I, 54 a = K, io 3 a), in PL (F, 120), in CCI (G, 120 b). 

— 98 . ABS, V: in FD (G, fiW = H, 4 i a — 1 , 55 a = K, io 3 i). 

— 99 . ABS, V: in FD (G, 65 a = II, 4 1 6 = I, 55 a = K, io 3 6). 


1 G, 120 6, H, I t^" iftxra 


H , I, K. 0111. 


















IUL1ANI HALICAKNASSENSIS 


32* 


x _\ ^AjaA ^->A ere-13 a ,(nn . rA.x irA 

AAvrA A_y. . oaA^^\ r^A^AA rAVyci-rAv-^-iTy ^3 ctl» . 

.:.. r^jaxo rA V~vr3j^xrD axrrx*cvxy creVcrA 


tAajAcv* acre rAAyjevyiAv y^-co rAA^orAm rAicreA crex.:7y 100 
Av-*rA . axryAv^rA c^or^^vrrxx!^ Ab*.a . rA3tjrrxviA oT\mr^rrv.r) 

.^.cre .j.. ^jAm rAVucuAvrs oxry 

cA : r^xiz^ Av.rrxxx*)A KfkracTso^nA t Arxp rAA\x_=D 
. A-»rAc\-. v-r73^.^.o rA_v_^ycre . rAcre-ArA ^Ajooo orA ^jAv»rA 

rA_c*> cv_rrxi=D cA . rAx-iAry rAacre 



. rAx-iAry rAacre 


KJjA Av\ rAvy*X_^yA ^jAoi Aj^^ r »ooA 
. ,ocio rAaxArAA vr^-»rA ^\-irAcreArAA . ^.*creAv.»rA ,A*a 

:rAx-iA=3 rAacre A^y rAvyjocrry ,cna^Vir^ ^A»a ^jA ^ 

:rAA_ .rxii ^rv-xyy^rv rAacre creAxa ; rAicre ^creaVvirA ^.»a vCjt^v 
S rA rA-KrA rAacre 'A. rx.s>.3t-m . -^datAa \<j\Da^ \rpjw Axry 
. rA Vvcv-xy-.iA-x^A rA_v S \ -T3A rA^\A_rn ns^rA . rAArxvA 000 
acre rA_ v a arAa . r^^va.n^^ a rrA^^ .^cvicreA ooaAcrex-ooA 
^_Aa ox_\ rAacre Vv_*rA rALvcre . rAA rx ii ^rv-xxi<rv rAacre a 

.j..po’ : vSi ^Aryii^vrAA ^A»rAA 


• |*. ox* aojc. a A An A^rvry rA)r\x.A rAA^7yrAr7y ^.m creA»A 101 
rAA . rA yy .x-.X-iTy tAaaA VvcvA .^_cv_ryAxA\jA \xV^ rAA SrA 

,mo^\_»rA on t A-.ryA aoxA . rAVvaj^r 73 rAAa AAryuVm 

.:.. rA VvcvxZjoo rA3e.cvx.yi 

. . . a ,rx v. rA.>^v\x.‘m rAxy.3c.cvS rAvA»rAA cvxxiyVvrA 102 
rA rxAv-y. acre a . rAAr7yrArrxry ^ja cuere . rAAvx.A r AcY\ Ana.\ ^ —> 
ocn . rA-axArAA rA VvA-m acre T 3 ^ .ryoxi .:.. 1 rAxy.cvx.yi coA»a 

.A. 


jy , mo a rA^. Vy*rAx_irA rAx_iay.a .rAoe^rA rA Amry A oxA 


100. ABS, V: in CGI (G, iqM). — 101. ABS, VI: in FD (G, 
6&£> = H, 39 </ = I, 5 A&=K, io 3 a). — 102. ABS, VI: in AP 
(A, 197 c). Pars asteriscis inciusa tantum : in FD (G, 6/1 d, 7 bb = 
H, 4 oc, 6 Ac = I, 56 c/. 67 c? = K ^ 1 o 3 a, 110 b). 


1 G, H, I, K crxr>Vvy^ iAVvx.^\ tA-vmiAm t<xAcv»* 






















FRAGMENTA DOGMATICA. 

oA _3^\ K'AvamA 


33 * 

a rocj^i^\ . isjxjtw rs- o\c\z 73 ^\ tjs^xY^ 
.r^Au ■K,v..rv.„ cw. c \^v_r7D K^ Avoj^v_yy ,-aov^o . rAcjcv^A 



,ox_A i . r<^ Ava_j^v_ 

Kl_»^_m KlA 



. AvY \ r ^~> "H^Avcor^ kAtdjo 

^_T 73 ^_J-A CV_S 03 . 003 Kl_yi.x-X.r 73 
K^A\a_x.cux_yrA . Kf'S^xrD^ 03Avcvx.ax.yy 

kLA 003_ A "^—x-uAvK^n ocn . K^'A-cw-rzvA A\_»rA\ -\_r73Kf A\Av* 

osAvcv-V-x-X.n-^ Av»t<f-VxN^jn 2 -AarrA^ vdAo . rAcax_u 

CnAvCYx'A.U "Vx^^ ,03 * 

•:•. * KakIVa cnA^A 


,03 KLiA-rocv-X. . t^AA-m Kf\m 


oA . y^aoAv .:.. K^Avx.a KfAmrdm ^rx> cnA^A 103 

cos .\.A.i a_»^^kA . ~vs^Av. rprC? tdry x V-ca kIA oovr=3 ovn> 
.:.. Kf AvxA^n AvxuAv rd A^Ka AN^ro . K'Avam AvxuAv 

.:..rArx03 oyrz>Av3.A K?Avx.a td\r 73 Klmr 3 Aj\ s ^’ : vr73Kf 104 

,CnoA\ »t^A 003 C7X. A »A k1v_ _cd n =3 Klx.a_x_yy vAA ocn 

•cnoAvjK’ KAx.cux.yy i<A Axacn ocn a . xiv Kix_u a kAA^=3J3^73 
^ • 

Kocn KL_ycn a x too . 01 A..»a a._ax_r3_r3 x_yy a_3. . kIx.u 

• • 

.:.. kAc_ua Ka\— vrvro 

r^.rrxJ^Av.^ aji . k?Avx.a T^Tmr^ro oAja 105 

omA cnocAy ajtv^xi ocn . kAto ,cnoAv»r^A . ox-AnaojaA-A ocnA 
^_*a ,03 rlfc\.\^.;.. \r73r^o pjt^do acno . ^AtsojA *^prA3A 
kA. * w . rd Avoa-xa, Avm •vnxjyjo : AvuAvA ~^exx cy> a^x ^vkA 

.:.. K^twrA^A Q3 a.3vo 3 KlcnAr^ 

rC^AvoAcn_ CO _ X- ^...m a n k?Av_x.a r^\-r73^jrrx_r3o 106 

Kocn KAi>-T3Av_rr3 . ^.x \cn ov ~3 AvjKS oocAjacvid KocjAjaa 

103. ABS, VI: in FD (G, 6 A c, 70 a = H, ho a, 5 1 = 1, 56c, 
61 0 = K, 1 o3 a, 106 />), in CCI (G, 1 q 3 a, b). — 104. AILS, VI: 
in FD (G, 6 6 ci = H, lxod = \, 55 a = k, 1 o3 />). — 105. ABS, VI: 
in FD (G, 65 a = H, Ai a — I, 55 a = K, io3 b). — 106. ABS, 
VI : in GCI (G, n3 a). 


Ms. add. 


r- 1 


n cum 


2 Ms. 


HALICA11NASSE. 



















IULIANI H ALICARNASSENSIS 


3 A* 

^ rX-X ^■■‘73 rAvjAco ocno . rA Avozx> ... . axmjoimA 

A ‘W <j\<_*rA A-jA. p ^-SXrA ^vwAAvrAA ^vmrA rAAo .:.. \dorA 

• •• • > \i. 


A. 


J3 


cvAa 




. QDCV.k. CYV 


oAvrA 


107 


. ^.iJ\Avi AorAcnArA . . . . rAocn rA Avottoo rAkocn . co-iAOjAai^rA 

. . . rAAv_x.-A cnS.mrArrxrD rA^cnA rAvAo* cnA rvT’ .A-Ti ^voo 

\_mr£ rA AvA^mA cnA-A .:.. rAocn rAxiiAm rAvcn Ar^. \rnrA 
. • 

.j.. AvjrAcnArA -70x3^0 AjKao jlwao 

rAAo AV^rAAvom .... rAo.—vx.^\ ^.=73 mA»^ 108 

rAx A\~a rA A oo jo vi^iAvm ^_rA rAArA . jcnoAorA ^ovxrA •^dattd 
r A \ . rAA^_vi^\ ocT) ^_j^v rA w-Pocm . rAoV^fi 

. rAA\o_i73o (7i-m-aa.\. cn_ru o.ro v rr> rcO ■^o rAA^ vi 

.:.. -\c\-iw\ -p^rrx rn rAA ^rA . rAvxox-=73 rAA cnxzn '^AvAu^ 


rA vv.o * .*73 rAA .:..rA 



rAooorAm rAxjAo»o 109 
vAvjoA rAx.w .rDOJoAvv^ Avocn 


ocn ? Q-ovjro 

rA v »rA om . rAooArA Ao vrn^no rAx.coc.vi rAA ocnA rAx_n 

.:». rA\-ro:zi cnAj^ rAocno 
• • 

AotA N^Ax^o cnA Oxvi rA^cn Ai^ro .;•. AArx oAvtdo HO 
o_o^ . jlwj7iA u.\y7>A rAxcnA rAx.coc.oi rAA ocn crvvK—y^ro 
.:.. cnAvcoc.ox.vi rAAro rAxoio *_ocnAvo^oro^rnA A^£xx xrAw 


tA\_ 


xo 


■a >cn rA kA * j*. ooitA 


doAvo 111 

.:.. x.rAwo ocn rAocn ,cnoAv»rA ocn \ rAocn x.rAvx cnAj-^ 


ox. ^ 


.:.. rA-\orA_co rA_x_»oxvA A^l ajo cnorTD .rooAv 112 
• • 

ivjT’i’ n.~>_N- rci'Viircf . miin kO(yv— i Vvvror^A 


107. ABS, VI : in CCI (G, 117 c). — 108. ABS, VII : in FD 
(G, 66 c= H, 4o ft = I, 56 c = K, 1 o3 a), in PL (F, 18 a), in CCI 
(G, 11 3 ft, c). — 109. ABS, VII : in FD (G, 64<i=H, 6 od = 
I, 56 d = K, 1 o3 A). — 110 . ABS, VII : in FD (G, 66 <i = 
H, 60 d=I, 56 d = K, 1 o3 6 ). — 111 . ABS, VII: in FD (G, 66 <1 = 
H, 60 <1 = 1, 55« = K, io3ft).—112. ABS, VII: in FD(G, 66 <! = 
H, 60 d= I, 55 a = K, 1 o3 6 ). 

























FRAGMENTA DOGMATICA. 85* 

A. A33 Ak\j 3 J=j rAcroAo . ooA\oA r^’VcwrA ooA 

• • 

oA 


A__\_ J3 -\A\_T3 rA-K-umAvA 

. Ay_k_=T3 -Kv-^Ao 



oiA_*a 113 


. C7X_1-\CV_X--A 


. jzn)s\ Av_»OCD AA^\ _cv_i_m_»ooA\^\ . - n - A \ m 


• ••. ^js^Avxixrn 


_C*>_T7D 

a -^o_y3^\-_T7D 


. Vs_AoX.r7D A_^ 


..-tdoAvo 114 

,cno^Vjr^^\o . rAe_33<^\ m\r3 -a^^: 


• t. . T^OOi 


. ^rv_*r<l3' : vV^ r^’VTD.JZkru *^*xArA\r<f •••. AAn Ayz30 115 
Acv_xj*A . v<foo 3 , 030 ^y»K^ kAa Ann oA=>.a 

.:. r^r3jc.a Avv AcvxxA mAo . AurAcAi Avvi^i 

• J 7 


A^rcT .:. rdx.v_rbA\^ 


.133 ctxAj-a 116 


. t^c7xAr^\ ctxA—j'a Axjr^ r^vc*xr3 r^aco aj^-a . Avaas r«A^m 


73 . 


m. 


rd. 




■A^. ~TA ^_xA.»rCf ^T33 . 70'^r73 ,03o\^. 


.kTW^. V3 ,03 A^-. ,W 


.:.. oxtdAv^ rcArnAv^ tAAoj-a 117 

. A\a_rn,_Ao rAiLvxA A.ra.v.y r^Vc*>rA oA 

.:.. Kjooo ^Ao3 ^r33 . osAv A^ r<f Avaj^vxrao 

ocn-A mAv.vA.‘»^\ .:.. rA^roAv* ^3 osA-a 118 

. oAj^\ 3-A 3<^A\jAj-A ^jCTxX ,003 . oAj^\ ^=3^. tAooA^ 

ref A\oA\a_j^m rdAo Avcvjccyoov r<iA . ^o3iA\»Kf 

.:.. r^AvoArs^Avro r<lAo 



113. ABS, VIII : in FD (G, 65 a = H, 4i a = I, 55 a = 
K, io3 6), in CCI (G, i 81 a). — 114. ABS, VIII: in FD (G, 
65 a — H, A i o = I. 58a — H, io3 b), in CCI (G, i8t a). — 

115. ABS, VIII : in FD (G, 65 « -II. Ai 6=1, 55a = i ..3 A). — 

116. ABS, VIII : in FD (G, 64c=H, 4oa = I, 54c = K, io3a), 
in PL (F, 18 d), in CCI (G, ia4 a). — 117. ABS, VIII : in FD 
(G, 6 4 6 = II, 3y c = I, 54 a = k, io3 a), in PL (F, i 3 d). — 
118. ABS, VIII : in FD (G, 646 = 11, 3 9 d = l, 54 6=K, io3a), 
in PL (F, i3 d). 


1 tl, I, K ya 



















IULIANI H ALICARNASSENSIS 


36* 

>OX_\ 


A_rv . ^V-ZT)<S\a r£\znr£zn oxAja 119 

A..~A.A .173 T^A\CY_rrxA OA^TX-^ A^A . K^AOT<ic*3 T^X.»AXD a^K/a 
: \jOorCT ^pAxxrnA rdm r^A^<xz7xA oxrzxx.^ .:.. vv 


.:.. r^.\: 




a rn\ ^*a c\A 


A Ax^^cn .:.. kA.*A\a ^.ro oxAja 120 

r<^ a j^^.rxjrD a rd^.ACvrTD . x_a* rdx.<xx_n us^y^a x_irCT 

=5r r" 


. crxxjjr^ ^ A:=jAn i<xui rdroA^vrri 


kA\ A_K_V^ w tCf .:. rd_^_xA \a r^A_rordrr) ^rrj oA>a 121 
r^AvoAva_x_i7D r<LAa : r<^Avcx_*.cx-X.n rdA tCjcud t<Aja 

.:.. rdacn vxax.its “^ocvjda a kIA i^rcf . Kf VcrrujA -^oaja 

rdArCT .:.. c7X_TD^v_=kA a .x.Ava r^Arordm oxAja 122 

r^v\ir^ . K^^vrrxxJD A^vru rC^ooo ,ooo^rv»r^ rcAro un^K^aa 

.:.. r^AvarrxrDO r^x-vxrAA 


rdAa a .:.. kAjc.Ava r^A zxsr^m oxA»a 123 

Ai_x..:xx t<Ac»aja r^AvaxjrDrdA r^Aa . rAr<f .alaj ^.attd 

.:. .rw^ .A^. r A. rixn ^jaAv ^»AT7Dr^A 

.:.. riAocAvA r^\mr^in toA.»a 124 

^aA\<x_roAv r^Ava_rrx_r3 axA_ro w cvA^kT^\a KjdocvxTda . ^A 

r<LiA_^r<f _» a t<A r^v.r3 : kAx-^aA riAAAiK^ kAtdvtd rAnA 

mWmAr^ : \<Laa*_xacvJ^a nnVux v v ~~r\\\ v ~r> rAA aA . t^A^SiA 
^_»oajAvaAv^d rA'a^Avrn aja. : rd A*aA Avja^Av r^Ava jaa ctxAaA 

.:.. rA^Acv^ y<LAa AvjT<Aox. r^Avcvxfn 


119. ABS, VIII : in FD (G, 65 a = H, 4 i 6 — 1, 55 6 ). — 

120. ABS, IX: in FD (G, 64 6 = H, 39 c = I, 54 6 = K, 10 3 a); 

cf. GCI(G, iq3 6 ). — 121 . ABS, IX: in FD (G, 66 6 = H, 3 9 r = 

I, 54 6 = k, 1 o3 a), in PL (F, i3 d). — 122 . ABS, IX : in FD 

(G, 646 = H, 39 d = 1, 5 4 6 = K, 10 3 a), in PL (F, 16 a). — 
123. ABS, IX: in FD (G, 6 6 <i. 72 c = H, 4o //, 57 c = I, 56//, 
66 /i = k, 10 3 6 ), in CCI (G, 1196 , 122 / 1 , 6 ). — 124. ABS, IX : 
in FD (G. 64 a = H, 39 6=1. 56 a = k, 1026 ), in CCI (G, 
1196 , c). 










FRAGMENTA DOGMATICA. 


37* 


acv-.v-v \ cvA *-Av* rCf‘\_ror<Lr7D ooAja 125 

rc^Ai «. \ v\ rwA-A T rw— l—i -a r^\r30AJz> rwAr«^ . rAtJS^rD 

• V • • • 

v\^r^ tCjoc p 
rAArxviAvm rAXo 


r <? v\ <vS— > rAsA.nXv*_m t<lA . cxdcvjS 


x_va -v_^ "YxV^ KiX .:.. kAj^Aya i<f-Xr7Di<Ar> ^r7D cpAiA 126 

. r<LA_rb_v^_A >_^oSX\r<r \ r ix-pAvt^ a_=x rA\ iSr<^ . A.rx v*Air<^ 

• • • 

rd_x_ArCf >_x_rbA r jA_»rAr=j i<A Ar-x lAi-ip kL\ \ A ,yxA\tcT 


• •• • ^>OHD 


.V^~mVvr73 


cicTD r^\\r^ yx re tpa > Av_Z73A \<L rx.y.oJ^ l chAja 127 

r£\=nv£zns=* K^Aoj ^ja chA rcT Avlrp . T<f a^o K/S^ Axtsa 
. t«^Av_VL^a r^Ax-^AJS ,om ^j<tx»Ay*t<^ ^.»a ^*A\aA\ .:.. r«^ot.X\A 
^.»a TCfAvXx^Kf . rAA rcArn A^. .A\ocn tdiYx-xAvrp ^rrj r^Ax*o 
Av cyv a iAvkA ,cnA rAnA-n 2 rC^Vxrrv^-o . A\ooo 

A\aro r<l rx ~~)At .^)0 . rAii 
.Av_ao^ r^A A-^rv_\A -^D^vrrxrD aja . rAr^A 

. kAxxX_tp ^jctxjAvaAxts 








^_ttd . r£iA_rxJS^A rd ^cv- 
ox-Avjr^A . kA 
A v v -S Avrc^ .:. 

.^vA, 


xx.-c*v /S t 1 ^ kAjScikAd rAcjAPA 128 
i pcvrynuA ooAvucvzzxxA A\.a rd\mY^n 
*_=zA\-AA kTA. cv\ n^tv rC^ vr7ir<Arxr3 rAAcv* 

* 

•So r^_x. i. xA.n Avatx_aS A\^ro r<je_xxxrixr3 t^ooAkA 

r^\_V^A_TD rArrx_uA\_m rdAo ^xcycd rA\ ocnA Avxxr=A\r^ 

• t. . AvA^i-AO rAxMDO 


-V 


.£*30 


ocn 


>o 129 


rC^Av_ii_ir<^A\ >_^_ci> ^_ja ^jAjpo •. r^A^AO£x> 

125. ABS, IX: in FI) (G, 65a = H, lx\ a = I, 55a = K, io36). 
— 126. ABS, IX : in FD (G, 72 d = H, 5 7 d = I, G ha), in GCI 
(G, 122 b). — 127. ABS, IX : in FD (G, - 750 = 11 , G5 a = I, 
6-7 b = K, 110 a). — 128. ABS, X : in FD (G, 65 d — H, lx 20 = 
1, 56 a), in PL (F, i3 b). — 129. ABS: in VS (edit. Kugenkr, 
p. 25 t). 


1 S. Cyriili. — 2 Ms. r<Z?\ 




























38* 


IULIANI H A LIC A H N A SS E IS SIS 


,CTX_ZD CwAo \ ,C71TD T<JC-OJt_Xi-A .’.. .T3oAvO 


ikL_AkL 


•••. r£xj^r\ om r^vinxi^^ 


ocn c7x_x.S^ oxA»^ 130 


. 'V-cyx —iAir<w\ r^\rd K^osArC? .:». nv^nN ^ rvw 2 SoA^xaxtdo 

A.m, ~~x_~~3 Q osAoi-a ,oxzdo . r^acojcn KlA ,03oA\»i<f 

r<l \ rd. v r x v v\ r^ocn ^ «. ^ V_n Av_»t<La -^r V 

.:.. Avjrdat axji 


A^jK^'XjXv-j 3 >_\_iy 3 p^\ axTTDLjCTxroA .:. . .tdoAvo 131 

t<1x_xx~3 . \_cxxtdXuo jt_i\^zjAu^\ ., ^2 xA^-^ T<fcToAr<f 4 oota 

• ’O V 


• •• . 


oxtdo 


. t^jcojca* rdA > 


CYXD 



^a-a-acv-ttd^ .:..Aut^ .tdXyx . . . Ajj^cn rAn 132 

>0 ^.A.r73Q oxA-»^\ : ^ia* 



. rC^\oxA Av-uaAw^a oxA 


.»-A 003 \ -V£YXrXZA ^.xSiAvi JC-XA'A qoq-a^A 

cv \kT . rAi’VAirdA rcTono S'Xaxztd yC 1A A-rxvx_m r^A 

.-.om K^ooo An-vyjm 


000 . A-CVX. 


3t_V3 


Y <1 


3Xx3CT7DT\ j03 


>oAvo 133 


. 3CA3 OsAjA ,030^Av3-A KaSAvTO T<lA . ^-xSAnA ^jAosA ,\ ITAJCA 
x_rA_x_3C_m KTAo_r7xAo vCjcaA itCAxx-a r^-vA^-xxra ^j-a w rC^ 

o_\o r^joos \_ra c^oS . ° x A _x ^-Ttd oxAja kIAScyxA . K^ooo 

.:.. c^oAiAxxxrx rC!oo3 jOsoAvjt^ ^_ ooxz7A^_t\ ^cuoo r<A ; V33’A 

: Av.iK^ A^V^Ti XvjKLAxX* .TDoAv tAvAxA 134 

w -v * _m Ao_r7x_io 3 Cava~a Xj\^t^Ao .:.... Xur^ ^aAvxo 

.:.. r^Wx.n T<jo\r3 tcToosa r^A oXy^ .r^oos 


130. DAV : in FD (G, 64 b = H, 3 q ri = I, 54 6 — K, 10 3 u), 
in PL (F, i3 <i). — 131. DAV ; in FD (G, 64 b = H, 3 9 <i = 
I, 54 4 = k, io3a), in PL (F, 1 4 a). — 132. X: in AAI (E, 5" c). 
— 133. X: in AAI (E, 57 c). — 134. X : in AAI (E, 60 d). 

1 H \\.%-\y<l - 2 H ^cvN^rv.-) - 3 G, H, I, k % \.cioA ; F 

v-^_cdq — 4 Omnes ama 







































FR AGMENTA DOGMATICA. 39* 

.Ay-_xt^ r3r>r^\ . Av-*t<^ .A^-S r^A Axrxoo rAajt<f 135 
.:.. j=xjsM-A Aut^ \z-nrd axroaxxa . rA^yj kL\ gtoa 

i<L. » \_x_\_r7Dr^\ cm .:. .Av_ircf \-mrd ^_»-a Av_xt<? 136 

.;.. rcAArraA <m\ A^rx^y.-73 rv\ 

•\ ror^G Av —\vd Av^r<Lja^-Y_co . . . .tdgAv 137 

rdAo r^jc-ix ^.xrrxxP v^jlay^ •••. 

.:.. A-cxxrDJTD xox ^VivAj^-a ocn ^ rCT 


^_»AcnA t«^A urn x-ir^ , 

^-ixAv^g : G'XzrirCS 

T<lj\r73 GOO A r^^\cnJ=)K^ , 

■a rAArs^ . o^mrcf 


Kf ••• . . . AutC? -rxXvrxa 138 
^_cucr> r^AvaxrxTclA w -vj^orcT-A 
cucn ^j^w-AarTa gA .^vaA-a c\r^ 

^_xxA\A\i<f X-»\^ ^T7D 


.^.■ACV^O r^AC73 ^fvt^rvN^ r^>r^ ^A'ACVXi'A .|. ,A\iT^ \Z7DtCf 139 

Kf'A.V^’A'A rw>,A>^ . kA-a^cv_c£)A v _ao’XjAvxr^ rAc’S vdsxx^ cv\^ cva 

. t^Ava . v. x ^-Sg Ava..* -x —v.»g K?^ao'a_>S_xdo r^AvcvrrxxZTxn 


.•ax^^^jAoo . AvxTxg ^>-a cuon r^TTaoto'-A ^>a r^AxrojAvix-A 

. ^C71_Ay_»K^ ^__»OoSAvJ=3 ^_jAo<S ^.xAjK/A K? Avxfb'AJ3 G rCfAvxX-S 

A\-ag _n-A r<^\\^rd r^li-AGoc. vAxaA A^r^o -a^ . Axa>oo gco 

• • 

A..A*- Pl_iAv_^dt^ KlA . x<^ A^-x-zta^vxa yen ^cna.cvx^G.^.x^K^ 

t^Avg^ia.—v v.*7D ,cn rcfSAvxrjQ-A AcA^rro . rA^.13 A\gA r ^\^ m a 

.:.. Kjcj’ajo rA^G'A'A ,cn 


kA^kL 


<vi 



tAA >OOoAx_iT<f 


gAv Aux<f -aitdt^ rdAr^ 140 

.:.. rdW x —> Aur^ vxjcuAvt7d 
• • 

. Av_>rAxj' ; V-y^rCf Avam * 70 ^. AvXb^Aua 
.:.. r^ooAr^x rC^AArro gctd r^X-rvx: 


K^goo ,oogAv _»r^ r^oxArwA A \^ -nn .:., Aur^ .tdAx:^ 141 

. ► A_»-a y^x v\ Ajt3J3gA-a rA^vuGrCfa -AGxxAra gA . xci'ArDAvr^A 
•\ 

g_\g .r<Ax_u_ z^y^ yd^ ~ a r^A\am AidjdgAag rAAref 

135. X : in AAI (E, 69 a). — 136. X : in AAI (E, 7 3 b). — 
137. X: in AAI (E, 7 3 b). — 138. X: in AAI (E, 7 hd). — 
139. X : in AAI (E, 7 5 c). — 140. X : in AAI (E, 77 c). — 141. X 
in AAI (E, 78 a). 





















60* 


AxrA_m 


IU LI AN I H ALICA RNASSENSiS 

cvA o . r^j’Vur^o kAa-ukT r^A 
. r^om rAcorAm xKlu ajsa iAXy^ . tAavxt^ 


.:.. rAm rAxi73 


■v_rr>r<! 




"VI~X CY) A ^73 UN^rCTo 142 

oAmrA . .tdoAx \r7DKf ajX om i^rA\ * .:.. VurCf .I3^rxjs 
• ^ • • • 

V».n iuroo rAmcuA . ooAOAmA ^»a cum . tAoo r c^\ ^)a\ 

A_rx . rAur^ rAA^rnX\_x_rr> t^^txAAxa KlrnajAo . rArL ^vnv. 
km . rCT^rxAO_T3_o._A ■va^-ttaAo r^jjax ’vrorC!' tAocuA 


^. k XmA ^j^x ^_*mA . rAr7umr73 yA\A ^cxilm r<l Xxc\Axuz73a 
. rAunx ^moXviKT tA\xu rAX "vA^ rA^ixA . *r<^Ajb rAX*u 
m . v -v n k tA y.v k'vn.n i X\a_utAa ,m tAXuA^-vAa rA\m 

.:.. tA^.xdvta 

rA_o_irC^ Xv.r^Xi-^'^ ,m •• *AX\ s n Xxom rA3A»s- 143 

tA rA i(xax . Axcvmcx ^*a rAscvx .:.. rAnm AJDorA jcjA' 

rAjL »ao . ^ k *~~v k uXv-m ^ k wxa ^AjtAAa ^im *_amj)jvir^ 

^ cv_xm *_om_i.rr) aa.-uXv.x ^_»a vAajA’ . ^jaooA ^Arxc^m 
. ^ ooxA a rA_\. yj^oo ^oaiAv. txco^a om .• K^n^x 

-_octuAAu Ai.’V^ aj\ mu -a Av^us^ooi rAX Ax<xvm.u' : vz7A.rA 

A Y -r> . jmoXv_*r^ rAruu tAX om Arx . ^.rxiiiA -p'\m om 
: rAxm ,moX\jrA xAr^ux aA^^'A . om tAXuA^-u rd\A i^vAx 

^joooAa i-dn us^\A 
:.. ^xTua^a ^.AmA x^om 


aa _u_i7D rAX . l^am a ta-s * *73 ~-AmA 

• • \ 


r 


A^ 


jm a_a 


r* 


A 


A_x.roA .:.. Kj^m aj^^Xy^Xyt*. 144 


cv_*A-\uoxAa y.X\ As- rAiTumm rAX xAAxoA^a 


xnxXAAJrO 


rAA-xA rAr^jccvur^a 


As- ^jAas- . xAXumAxA As- 
xAXuaa-zoA xAXysA^td . ^JAitda <tucu»a^a x^iada . c^ztxjl a 
u\_»K^ cvA . Axaa_Y xAXvA_j-iy>xAX\_r73 rAX x^tdaa 


omA om 


142. X 

(E, 8q c). 
q3 6 ). 


in AAI (E, 79 b). Pars asteriscis inclusa tantum : in AAI 
— 143. X : in AAI (E, 91 c). — 144. X : in AAI (E, 


Ms. ^vtvua 


























FB.AGMENTA DOGMATICA. M* 

oiiii kT tvu^vSin rCj"vn ot^ . ( 7 U,k^ rAr^m 

,( 7 JQk-ir^ _»"v ttdiva AA^-m t^A^xcvvAtzx Anro rdX 

. >-A ^d\_X 3 x__irA\ . \_znrd x<L*\^n oma 

pAaa acn ^rvr 3 A\^ rdAj^ . vA^vqa -v^V^ r^^yy.v^rp 

• •• • (TXV^O 



• • • » O O (70 


00(71 ^-OCXi .;. . . 

^vro r^VvcvmA 




^jActA 145 


a_ 2 w : vdx-ix.rp AvX s^Vvt 1 ^ ■Xj^^rdXr^ .:. . ^rurCf ^d)tvx 146 
^o—iax A K^acn tAcyivcLm r^A . kLxxa >A^m ,ooo^v»r<^ 
A. .N^-iS ^^a^iA ^Vvo^vx-rC^ r^ArCTa . ^xxx^ 

rAXrCf . cn. iiA.n k.v\ ,o3oVv_>rC^vrD . A r^^rvamA cnA r^acn 

>_ia3 wo'vA^i ^_r73 .V7XX. . ^x»rcA ,cn jcirCf ^ 

.:• . KT^V_iA_TD ^T7D X_17<L\ ^TVjA UXKJ r«AA oA^ . rA^xS^Xv^ 


rA 


X-CV. 


.:.. kA^wco ^rur^ rcf’Xib rApcvx.s^. rAHxir^A 147 
^.ino kAJ»X_a v<^ V-^AcLjA^ ^jJ\j-kAja ^y_:x \_*J 

^OxA.^ \CDO : ^(Ail CxXaScvN^-C^A 


■A 


. _ik_=A\ ^.rx.ik. r^^viA.j-A ^\cvXi-A\A ^vjx : r<Lv*Xa^A 

ArxrxoA r^^\c\^\cvxr7Da Vvax.cvjx_MO rd Vvo.xYr-xyiVirTx 

. VvoVvcv_x_r7D r<Aa r^Vva_x.o_x-n tAo kT ^rvolA^xvAxro rdX 
^ . ^_x..\ ,\_T7D r<AvJy rx ^_»HVvo T^IXOCJTTD aaxXo 

tAAo rcf^v. »wV-A A_rrAv_ro t«AX r<fX\<\» , ^-vxA oxA ^-jAj^yttx 

.:.. rd X\jXxxx_SiX\rn 


tA^A_y*a_x. ,oooVv_ir^ kLioo cin^t'Ax'a . )rv.i^ 'SAnr^a 148 
vAx \^x_jixo 7 <y_xxz 7 xA Xy»tA\ ocn . XmjoK^-AO T^XvacnArC^ 
X\ro—=7x—x. * t*w—\— 2 k.cn‘A .:.. .tdXyjx ^rcfo . . . . ^Aja 

145. X : in AAI (E, 96 b). — 146. X : in AAI (E, 96 d). — 
147. X : in AAI (E, 102 c). — 148. X : in AAI (E, 108 c), in CCI 
(G,ii5d). Pro parte asteriscis inclusa, cf. AAI (E, io3 a, 10 8b,c, 
109 a), AP (A, io5 a). 




























I LILIAN I HALICARNASSENSIS 


42* 

.V \j.„ro . ^—ro r^ A\ xxcux. . * i rdAA^xxocro r^A r^AAxxojcA 

^—ro —*_xa ,m ,m r^A\A_wr^o . Ka-xx-xa >m ,m r^AvS_ 

• • 

. ”7>—x.——x a y cn >m . x\_»a_xa ,m ,m t^Ayaxxt^o 

A \ ,. *73 . 1 rA^ V y\ x-zn r<l_\ . xcoV^xa y cn >m rC^A\Axxr^o 

am . r^Axoiroo r^ro^m axx A^ ^moAur^ 2 w gm\ a~xa 

t^axxA 3 xc_x.rxAvma . ,maAu>rCf Aux ,_Am o KlAroAix_roA ^»a 
_A t<L_*_Ax rC/A_xx ._ro a_a . rAj^. axxo r^^cuAAVDo 


.XX ^_TO • 

.:.. ata^AAvto r^Ax\A.A^n 
.\j73KlrrxA xxjoc.r^ 149 

i<Axato t^aV^xa ctAjao . r^AvxXjn Aj^^cA .:.. Av.r3^'Ax^rDO 

• ••.T^OJ^iA >CD OA»A\jT^ 


tC 


>.X CX=D 


00 a_ >a\^ 

TAX.^AxT73A 


m_x a 


Aooa ^__ro 




>rd >A±^_ TA^vrrx 150 


Afyn 


v ^ xzur ^ .:.. kAactx ^dAvao KAr^ i^AwaAvt^ 

. y^_» aAv t<Ax. A_\oj ^x.Am aA^o Au»r^A»mx kA^vcda . rdxm 


. cr\_A 


r 


A 


mo 


^.aOXxAs^ A ^.xAifw 


yy,.^)A ^_xAmA t^Ai^ojzxAao 
. ^A 173 ^^ 173 4 CXOOjA^ 


-T*XX A 


am uvr^ . Avxr^ r*Ae.A ^A , w _om^jc.oAA Axxr^ a 

A-X^-ro 


rAAA.ro rAaaAA 


vi^Avxrra 
^xx cyAa 


qocv-iA cyv.xa ^jAooa ^jA ^A Axam . ^vxxxrxr^ ^xAoxAa 

. ^jaa.—x ^ArvAroAvrCT ^AtA_cA^atzx . t£A^aA\A\a Avxr^ 

u%__A ^_»am ^.rnu AxA^r^lA . ^_A_ia K^Aror^m A\^ro 
^a cum . .tsajdAva ,mA . ^xkA.Aj oAr^ rcTAvA^. 

.:..o a <i.\X 7 xaiA o*WwSXx >x£> a\* *CVuc 


yCn . -JX^C& r^A\ArOAA\ 



caoja^aV^a r^AvjO^xAv 151 
. mrzxAxA r^ Aioa m\A 


t<f Avoxa 


A£v\— xA\kT ajx AxV^r^mA^ 
rdA rdxom , ma Ayjt^a . mA Av»r<f mAjA r<f Avj.a a 
A u m ^ a_a> am 5 . r^.v x a.cw.~ao rAxjtAx r^jic v\ ^ro 


149. X : in AP (A, 111 a). — 150. X : in AP (A, 1 q 8 a). — 
451. X : in AP (A, 1 28 e). 

1 E 108 c (primo locoj A\^y. rdA — 2 G *_oaxA^. — s E 

xa^Avttxa — 4 Ms. punct. — 5 Ms. oin. punct. — 6 Ms. ,cn y±r* 



































FRAGMENTA D0GMAT1CA. 


43* 


r^A . ^Aos 70^ v.rv^.o pcwlA Kfv>^^\vm kA Kfvoov^\ ,03 
.:.. rAoA^xrso kAxAi Kfxiv ^osoArv*^ rAxrvnvso 


AvjKL 


V-X 


.:.. ■vitavA^x wvdoKf vAAcv* KlXKf 152 

i— _ • 


^o^\_na cnA Kfoco ApvvA\r73 . KfA-rvvvAvro rAvV^ > o3oAv*Kf 

.:.. A\k \ ^ w 

acn y<'c r\ X k'-a _ >03 _»Arv_j'r^\ ^__x_Aoo .:•... ■X-rnr^ 153 

.:.. KfvxrA^rDa rAxzvrri rAwXvrrv A\jrAxmKf •• oA AjavAxtAx 

P”avao ovrrp*. ,o3oAy*xAx ^Ui KfxjxxA *Vx\^-vrA^t<f 154 

Ar\ r n Kfoov . rArooKf A\ ctx.ztvx.^x kAxv\*_ 7 > oA 

a.xyx x.\^ rAvxX-rrA Ayztwvvo Kf Ayta-a Kf Aw*^ 



KfmoKf Ax'x ctAj^x ,o30‘Y»Kf A\”Yxzvr3 KjnvjA\rv^\ Kf Ay»cyvvA\ pi^mo 
. Kf AyxvvAx. Kf Axovityjov-a rAoX^ 000 c*3CVx-eo.vAxrA\ . rAcvwr73o 

r^_>_ 5 _V_^a_irh Kfx-ix_rD^\ . ^cvvoA 70 'YvvKL 

^__»"A <tvtd Air^ . kA^-to-a mA-fn.^ Kfooo ^rooAvjKf kA.cvx.v5 

: KLx_m_x ^Tv-m^v osX^wrA oA \ttdkA ^ttd .:.. ^.Aov 
r^Axoox. \rd Ax *\ V vAix-K/a oi< :KfAAoA\rD 70 . 3 ^vtto ^.ztd Ao 
Kx.cvxw or^ : Axxv^AxxrAx oKf XA^~v\—>A xtAx oKf : Kf’VjoxrA 


0 A 0 : 




Kf oyvrwrA 



KactA . KoAkTo 

003 .:.. t^AyxwAx.o 

«• m m m • • • X . • • • • 

or^ : rAv_r3*x ovAxoosAkA KfAvx.cv.vcAv oKf . . . \r7DrAx ^.ztd 

vrs^Kf *_ \m~\ ovvxojtA KfwXAvxwm kA 


152. X : in CCI (^G, 118 c, d). — 153. X : in CCI (G, 12 4 c) 
— 154. In CA (E f 43 a), in FD (G, 79 r SI, -.> </ I, -1 c 

K, 11 4 a). 















VERSIO. 


1. Upoavveyxov Si (jloi xxi tov Xoyov £j£ 1 'crept tvs 
xyixs nrxpOivov xx\ Ssotoxov yeypxfJLfxivov iv cp eel tv oti 
Cf TO (JW(AX TOV xvpiov VfJUVV TVS (XEV (pOopXS XTIQ TVS XfXXp- 
tIols ovSxuloos vv evoyov, TVS Sk XITO TOV &XVXTOV xxi 
TXfiOV SEXTIXOV fJLEV VV, iv XVTG) is TOLVTVV SliXvrTEV'n. 
Tovto 5e oJfxxt crtpiXfix elvxt in6 tvs ypx<pi}s xxi ovtms 
siprjo'Oxi, ov * tvs ino tov &xviTov xxi tx( pov Sextixov rjv , 

iWi • XVTOV TOV &XVXTOV Xxi TX^GV. 

2. Ov yip ol[xxi Sextixov tvs (pQopxs XiyeaOxt tov tvv 
tyOopiv \xv SezauiEvov. 

3. Otfxxt Se on iv nrx<ri tvv iXvOij xxi &Z vfxwv ivctv- 
Opwnv&iv (buoXo'yv&oc xxi tx vno twv nrxTipcvv elpvp-ivx 
ifipovTirroL exvtois te xxi iXXvXots cjv[ipwvovvTX inoSel^xt. 
Ov yip oJfxxt (pOxpTOv t t XeyecrOxi ifxx xxl xpOxpTov. Ei 

1. 1 Neinpe Severi ipsius. Locus enim legitur iu homilia cathe- 
drali Severi lxvii, De sancta Dei Genitrice et semper Virgine Maria 
habita (edit. Briere, in PO, t. Mil, p. 358 - 359 ); ccleroquin ab ipso 
Severo adducitur ut <rex bomilia De sancta Dei Genitrice et semper \ ir- 
gine Maria Antiochiae habitat excerptus ( Grilica Tomi , in Vat. syr. 
i&o, 59 a; Epistola ad lulianum , III : ibid., 9 d, 19 c). Pseudo-ZACiu- 
R1.4S Rhetor (Hist, eccl., IX, 10 : edit. Brooks, II, io 3 ), textu graeco 
verisi mil iter male intellecto, ad sanctum Cyrillum explicite rettulerat 
et hoc testimonium, ut duo priora; inde error transivit in Chronicon 
Michaelis Syri (IX, 27 : edit. Cfiabot, t. II, p. 299). Inde etiam 
notarant K. Ahrens -G. Krueger ( Die sogenannle hirchengeschichte des 
Zacharias Rhetor, p. 369) et I.-B. Chabot (op. cit., p. 226, nota 3 ) 
banc Cyrilli homiiiam esse deperditam. — Adverte tandem, loco 
crhomiliae lxviit>, Micbaelem Syrum habere homiiiam lxm, quae 
lectio est inaccurata; ad quam tamen explicandam, recurrendum 
forte, —et rectius quidem quam Iulianus in fragmento, — ad a(pdX- 
pa quoddam olttg t rjs ypartis : ex codice qui legebat Q> (lxvii), Jl^ 
(lxi) exscripsit amanuensis. 


IULIANI HALICARNASSENSIS 


46* 

Se xxl tzclOwtoi' tgvtov dfxoXoyovfxev tgv iv zsArjyxts xvtgv 
zsxvtxs Vulxs ixnxfj.evov oiXXa xxl tgov zsxOgov xpeM ovx' 

XXI £1 SvrjTGV, xWx XXTX7tXT7)<TXVTX TGV SxVXTGVy XXI 
(coin* TSXpXCTyOVTX TGIS SvIITgTs Six TGV &XVXTGV gu.gXg- 
yovtxev. 

4. E vypv Se ivx zrxpx tgv &£gv fiG^TinO^p-ev . . otxv 
V fxTv iv evi pvuxTi xxl r/ii^ois okiyois SiiXovips tivi vgo 6 iv 
a yiois KupiXXos eypxif/ev * rr ov jap tgi Sipis sinew fiOopx 
fxev SvvxoOxi xpxTsTrrOxi tzots tvv evG)6eierxv i5 Xoj go 
<JX pXX l 'n y XXI ULSTX (/liyOVS £ • cr TXXpxSo^OV Se xxl OvScvl 
TG)V GVTGOV xOx'JfJLX&loV OTl (JG)UX fX£V XV£$IG) TO Tfj fiv(T£t 
fiOxpTGV 2 r). Kai 7 15 7J £VVOlX XVTGV £XVTGJ fLi) fJ.Xy6fJ.eVOV 

inoSei^xpevv si p; to ti) xoivrj fiverei fiOxpTov sxvtgo 

i}vG)(J£V 6 TX ZSxOv VfJ.GOV XxSgOV xxl TXS v6(JOVS VfJLG'V 

fixc/lx'jxs \ — exovcrloos xxl ovx xvxyxij fiver £G)s, — xxl 

TXS XpxpTlXS VfJLGOV XV£V£yXG)V £V TG) CTGOfXXTl XVTGV iltl 

tg ^vaov\ t>7 xuLxpTia xttgOxvgov 5 , SyjXovoTi TV VfX£T£pX; 

5. 6 gvv tx zspSs vulxs XTts&lxXfx&vx ypxxf/xs ovx iSix 
opfirj eis tovtg fjXOev , aXX’ xvxyxxnOels into tgov ieryypi- 

%OfJ.£VG)V fiOxpTGV ehxi TG (JG)fXX TOV XVpiGV ijfXGOV TGV Tt]V 

xfiOxpaixv eis tvv fiveriv fiOxpTijv 6Sv} voxvtgs, xxl Six 
tovtg fypvv xvtov erfioSpx Trj xfiOxpcrlx ervvvyopov ye- 
veerOxi tov fivatXGos vvoofiivov t>7 tvs xfiOxperlxs zsvyij. 

6. Quare Castitas Tua, ad opponentem respiciens, 
dixit : . . . (sequitur pars fragmenti 16) ? Et iterum : IIws xxl 
to t ov xyiov K vpiXkov x'kontov ctfidxpTOv 1 v ivvovereis; 
Ovy ins zspGTepov fiOxpTov intvpyev y xaa oti ivoplleTO 

3. 1 Cf. Is., liii , 5. 

4. 1 De recta fide ad Theodosium (edit. Pusky, vol. VII, part I. 
p. 66-67 = PG, LXXVI, 116 A, C). — 2 Ibid* (edit. Pusey, ibid., 
p. 68 69 = PG, ibid., it 65 , A). — 3 Cf. Matth., tiii, 17. — 
4 Cf. I Petri, ii, qA. — 5 Cf. /?om., vi, 10. 

6 . 1 Epistola ad Succensum I (PG, LXXVII, q36, H). 


FRAGMENTA DOGMATICA. 


hi * 

{jlovov mpo tvs avacfiaaeoos (fiOapTov, iSet^Ov Se Sta t ys 
(XVCLafloLGSWS OTt 6i(fi6apTOV V7Trjp%£V. 

1 . El itemm : To rrj xotvrj (fiverei (fiOapTov , xai ovx 
aXXoos, — xal yap ix tov (fiOapTov i\y(fiOy, — tovto t rj 
mpos t ov Xoyov evoocrsi atfidapTOV aveSetyOy , fiySepuas 
(fiOopas vilypievov p/TS iv ovXXrj\fiet p.yT£ ev SavaTpo, cos 
Tys (fivaecos ypicov tvv xotvoTyTa ixSeSyxos , xaOoos xcli Vpy- 
yoptos 6 N VGoys iv too xaTVxv^txcp Xoypo Xeyet l . 


8. Sic enim scripsisti : A to to fxev « ovx elSev Sta(fi6o- 
pav-n XeyeTcu 1 . Stafidopav Se Xeyovatv eivat oi ei~oo tvv 
? r>pds (fiOopav 6S6v, cos mvXcdva * ei Se Sta(fiOopav ovx eiSev 
an apxvs, moos av enecrev vno tvv (fiOopav tvv p.t'ne iv 
apxfj (fiavsTaav uvts iv TeXet 1 ; 


9. (Adducamus) et verbum sapientissimi Cyrilli quod et 
Tua in Deum Dilectio apposuit, quod extat in libro qui 

vocatur Scholia, sic : trOOxoor mpenooSeolepov . ap- 

yyaat tvv ap*apTtav l , tj 


10. Et testimonium illud quod dixisti extare in libro 
ostendente Quod units sit Christus , ponitur vero revera in 
libro (jui vocatur Scholia , reperimus nos dicere... Est 
autem sic : iLyyyepTat . . . tvv vnepo^vv L Hucusque qui- 
dem Castitas Tua posuit testimonium. 


7. 1 Oratio catechetica, XIII (PG, XLV, h 5, B). 

8 . 1 Act., li, 3i. — Fortasse, sed minus probabiiiter, ie^e : 
. . . T))v (fidopdv; t b iv Tr\ dpyij purj (fiaiv6p.svov, ouS f iv t >7 ovvts- 

et audi tunc corruptions principium et perfectionem, et non 
iam Christi initium et finem secundum carnem. 

9. 1 Scholia de incarnatione Unigeniti, XII (edit. Pusky, vol. VI. 
p. 523-52A; cf. PG, LXXV, 1 383, A). 

10 . 1 Ibid., XI (edit. Pusey, vol. VI, p. 5 i 8 = PG, LXXV, 
i38o, D). 




IULIANl H ALICA RN ASSENSIS 


48* 

11. Vestra autem ad verbuin haec sunt: <t>flopx yxp tov 
&xvxtov ov SuSi^xTo <us xxi tvs crxpxdvj£ 0 )s ov xx6- 
vyvoxro kai )ap ££’ y SixxpivovTxi on Six tvs clvx 

(JLSO-QV 'GtpO'j'kV'tytWS TO)V TVS i)fJi£T£pXS XCr()£V£lXS OVX 1]V 

x^OxpTos 6 tx tzxO r] TZxpxS^xpwos , Six tov tSXovs iSv- 

XuQv- 


12. Et item in, in alio loco : II vs ovx ini tv xvpiy tv 
f iv y£vopivy iv (pOopx pvT£ tvs xpyjjs pvT£ tov tsXovs 
[AxXXov 6(JioXo) MV XVX J xxlop.£0x OTI XX1 7} XVX fxi(TOV SlX 
yooyv xvtov iv tois xvQpu'nois tvs $0opxs vv iX£vOipx; 


13. Quibuscum quomodo videntur coliaerere quae a 
Tua in Deum Dilectione scripta sunt? EmXiyovGi Si oti to 
(pxy£tv xxi to nueiv xxi to xvzvrrxi xxi to n>poxoxf/xi 
fivrrws i(7 r n QOxpTVS xxi vXxTlo)p.ivvs xxi ix tov AMnov- 
TOS SIS TVV TskMOTTfTX pL£TxSxXXop.£VV$ , T010VT03V Sojp. X- 
TWV 'USXT&PXS £yOVT£S TOVS TOV £VX MS SvO pV<TMS XCf£^S 
StXipOVVTXS. 


14. Aut quomodo censebnmi9 sanum quid nos fecisse le- 
.qentes ex oratione sancti Cyrilliquae vocatur Pros phone ticon 
ad Theodosium imperatorem id quod Tua in Deum Dilectio 
ex ea apposuit? il(jn£p ovv in£iSv ylyov£ rrxpt, tov £vo- 
nOlOVVTOS TX TZXVTX Xoyov , TO &XVXTOV xxi ZOopxs vn£p- 
<2lp£TXl XpXTOS l . 


15. Quare lie Tuani quidem decebat Castitatem appo- 
nere testimonium sancti Cvrilli quod extat in tertia oratione 
Contra blasphemias Nestorii . . . ; Kai xxOcos i^op£(Txp.£v . . 
z$xpxnXvcrix\ et adducentem et producentem hucusque 
testimonium aestnnare hoc tihi sullicere ad ostendendum 


11. 1 Cl. S. Gregorii Nysseni Oratin catechetica , XHI (PG, XLV, 
45, A) : out s yap Tri$ yevvrlvsros rjSovi) x.nOvyn^oLTO , ovie tcv $-d- 
vztov tyfjopy. Sie^i^cLio. 

14. 1 Edit. Pusey, vot. \II, part J. p. 6 q = PG, LXXVl, 1161 , D. 

15. 1 Edit. Pusey, vol. VI, p. i46 = PG, LXXVI, iq8, D. 


FRAGMENTA DOGMATIGA. 


49* 

incorruptibilem fuisse, impassibilem et immortalem carnem 
Ghristi Salvatoris. 

yf 

16. Etenim scripsisti : Fyopiev Se 'usept tovtov Trrapa- 
Se(y fAam t yj Txeipct fAdXXov i) tw Xdyo) Ta inikp Xdyov f3e- 
Gcuovvtol. Et yip tis TStc/ledei oti 6 (Saxos , <70)[iCLTixdv ti ojv 
\AOVOV, ixOLt£TO XOLl 0\J 71CLTSXCLISJO CTV[A(pV<JOLVTOS T7J \)XyJ TOV 

'rtvpo's 1 , * / usd)s ov mc/levei ovtos oti zsaOdvTOs vnep tgov 
£Tepo)v exovnto)s t ov ctg)[acltos 'uscaQiitgv tov xvpiov t)(ao)V, 
Siyvsxws iv clvto) evpiOrj ij dtpOapnicL*; Ovxovv ovS* dv 

TX£pi TOV jSdcTOV ZJl<f/£VOl OTI iv TYJ XCLVCT£l &(10L XCLl TO 

ixcLTOLxcLvnlov ecryev; 


17. Etenim scripsisti : Ei Se 6 ehtev 6 iv d yiois KCptAAos, 

OTI [ASTOL Tijv dvd(jlct.(JlV XoiTtGV VTTTjp^eV TO) XVpicp ijfAodv 
(jupLCL afidapTOV 1 , XcLfiSdvovcriv oti izpo Tys dvoLaldnews vv 
^OctpTdv, XOLI iv dfACLpTiCC CLVTO XeyiTO)(JCLV. 


18. Castilas Tua summatim dicendo : *. . . . gtzov 1 to. 
Tnddv ov XiysTCLi (fidopd, ovSe trrapa t 61s rrotyols toT* e^w *, 
et hoc add id i I : otclv udXirjicL p; xpaxr? tol TsdOv tov 
SovXofAevov TZOLOeiv, BepcnrevTixd Se to)v tsclOovto)v ye - 
Vr/TOLl. 


19. Eilatum quod supra positum est a Tua in Deum 
Dilectione, — quod extat in libro Ancorati , — de incor- 
ruptione resurrectionem subsequenle . . . scriptum est, si 
integre tradatur. Tu enim haec tantum posuisti : Ev clvtoj 
rrd)(j.cL zJvevfA'XTixdv, iv ait to) BeoTTfs dxcLTdXriTtios, to T3e- 
itqvOos (irj tyOoipiv, to dnoiOes ctpOoipTov, d^OapniA to oXov 
B eds xvptos l . 

16. 1 Cl’. Ejcod ., hi , 2 . 

17. 1 Cf. Epislola ad Succensum I (PG, LXXVII, 236, 13). 

18 . 1 Id est in S. Scriptura, ut patet ex contextu (cl. Critica, in 
Vat. syr. 1 4 o, 53 a). 

19 . 1 Edit. Roll, p. 100 = PG, XLIII, 168, D. 


HAL1CARNAS9K. 



50* 


IlLIANI HAL1CARNASSENSIS 


20. Sed . . . Castitas Tua . . . verbum convertit ad in- 
corrnptionem immunitatis a peccato et liaec scribit : Avid- 


« / 


~ »/ 


tov yap pvcjews t ov aiuaTOs Trj yvvaixi oiiays , t rj a^rj 
tov xpamtsSov tov iuLarlov tov xvplov to ovaeror 

vttsxas-^sv l . 6 xvpios sn rev rtij^ard pov nsv twv As 
(laOrjTwv \syoviw cr ot oyXoi crvvsyovrriv as *, TrraXtr 
shrsv • ^f/\par6 ftov Tts * iyw yap syvwn, ov* to axaOap- 
t or TXpoawp.i'kvxsvai ulgi, aAAa * xSvvafxiv s^sXr/XvOvTav 
a7r cfxovT)* <)ovs sdwxa, xai ov * Aaciwr SAaSov * svspynaa 9 
xal ov * ivspyrjOyv * 7rar yap aXXoTpiov 'GSpoaop.iXovv pot 
fxa xpoOsv styOappiivov, si xal oixsTov, ov 'Gpo&lidsTCLr to 
yap zsXypcopa s£ ov ra zsavTa sXaSsv 2 ov Txapahiystai 
'GSpoadvxriv. Et t« xpaansSy tov tfxaTtov p; TZpoa- 
wp.ikyjasv r) QQopa, t t siirsiv sir ainy; Ot t to <jvp.a a^Oap- 
tov. Et yap T)/r (pflopar zsapsSl^aTO, siWcofxsv on xal tcov 
dpsx-ixwv xivyaswv VTlriOrj. 


21 . . . Et huic testimonio fraudem adniiscens, verbis 
inspiratis inserere ausus est proprias opiniones ct hoc effa- 
tum turpe, et sanclo dicente : toc a 7 ro xaxias maOri, 
oaa to xaOapov Tys Z>Mys y[iwv STtippvnaivsi, TavTa a)? 
ava~ia tt/> a-ypav70v B’SO'tyTOt anwadpsvos 1 * , ipse efTe- 
cit : Ta <5i abro xaxias rxaOy, o<ra to xaOapov t> 7 ? SXoijb 
>/per smppvnaivsi , abrep so'/ir 77 §0opd, to t>/s xaxias 
ysvvyaa. 

22. Scripsil autem circa tinem tractatus sui reprehensi- 
bilis, sic. . . : Ovttoj s^sSvadasOa lyv tov awfiaros ava- 
tzki^iv tov sx $0opds * auyxa yap sx (fiOopas a\jixjisnyyasvov 
yuTv hi zsapsali to awpa. 

23. Et ubique in tractatu suo coniugio compaginat cor- 
ruptionem, illam crex copula* vocans, et illos qui ex eo 


20. 1 Cf. Luc., viii, 63-A8. — 2 Cf. Ioh., i, 16. 

21 '. 1 S. Basilii Epistola ad Sozopolitanos (PG, XXXII, 972 , B I. 


FRAGMENTA DOGMATICA. 


51 * 


nascuntur ex copula dicens esse; et rnodo quidem, de 
Adamo scribens : Ovre ex pieces ovts ex pOopds, xdv pt- 
xpbv yjpovov , t rjv crvctlcLcyiv eXaSev. 

24. Modo auiem, de nativilate Salvatoris nostri : kve- 
xepccXcnobOv Se vnep^ds t bv vopov, tov ex pl^ews Xeyw xcli 
ex pOopds. 

25. Fruslra autem simulans se recte conliteri, dixit in 
alio loco : AvvdpeOa eirdyeiv to crwpcL eis to t ijs fiovXijs 
ijf .jlwv t>7 inixpcLTetoL t rjs yvwprjs. Malum euini quod ( esset ) 
in natura quomodo vi mens abigeret ? 


26. Inepte scripsit ex auditione (accept uni), ne videretur 
ignarus operum Homeri : 0/ ovv, xcltcl tcls toov EXXrjvwv 
pvOoXoyicLs, piXovvies t rjv z^opvixijv SicLywyrjv t rjv zsop- 
veicLV eOeonotovv , ivcl prj f leppOobcnv eipycLcrpivot TZopvetcLv * 
xcli prjycLvwpevoi xnOoupelv, tov A prjv eOeonoiovv, Tzpocy- 
otyopevovTes clvtov dvSpopbvov 1 xcli povcbv epyciTrjv, ivcc 
tovto dpepnlov uwyjxvv'TWVTCLi t oTs to xcltcl tov &eov 
clvtcov fupovpevois spyy. 

21. Dicit enim : WclOvtov pev Xeyw > pOcLpTov Se ovx dv- 
eyou.cn Xeyeiv tov eis ijpds Trjv dpOcLpvicLV dSijyijcrcLVTCL. 


28. Extra improbam phantasiastarum turmam videri 
studens, de Christo scripsisti in tomo isto stupendo tuo : 
Oo Soxij'rei dXX dXrjOeicL oXov to vn epov cbpeiXopevov 
dneTi^rev. 


29. lis enim adiunxisti : Eiydp ovx iSvvijOrj 6 X6yos , Srj- 
f uovpyos wv, ex tijs into pOopdv zse ctovgijs pvrrews t pony 
dpOdpTw Xcl Seiv awpcL dpOcLpTOV, tzoXXw pdXXov dSvvoiTOS 
dv rjv rj pvcns ex yovewv tvZXovvtwv bpOct.Xp.ovs ij clXXo 
ti pepos fj peXos yevvoLvOcn viovs vyteis. Ei Se xcli ex twv 
(SeSXappevwv olScLpsv -eyOijvcn viovs vyieis, zsws Se ovx 


26. 1 Cf. A, klxu 


lx. 


52* 


IULIANI H A LIC A RN ASSEN SIS 


i'jCLpxuOv invXXaypivos zsi'rvs tvs <£6opas Ty jivsi ini- 
yevofxivvs 6 tvs <pvrr£ 0 )s moivTvs; Airyovm Sk oti tvs 
( pv<rews vfjiwv vSv tyOcLpdcrvs xoivwvv'jclvtos tov Xoyov 
ivctyxcLiws xcli tvs vascos tcl iSicl iv Ty (jvXXv^OivTi crw- 
u.aTi (fivaixcbs evpiOv, tovt ec/hv rj $Oopi‘ dSiicri Sk oti 

TVS fiV(T£ 0 )S TOL iSlCL OVX £V iXXoiO)(J£l TOV XOLTtX pVViV, 7/7 T£p 
icfliv v (ZOopct, iXXi T£OivTct vno tov Svptovpyov iv T 7 / 
zsportv ysvi(j£i vyid iniS£i^£v tvv (pvaiv, xcci i\vOirfl£pov 
i&li to Xiy£iv oti, (pvXicrcjwv Trj (fivcr£t iv Trj iSicl crcLpxi 
i Sii to iXoyov v£vo<jvx£v iv rjfjuv, vyid iniS£t^£v iv clvt y 
tvv (pvaiv apuxTOv (fiOopct * povXop£vos yip ivcLxoavovv i)s 
TO iSlOV TXoivp-Z TO V(JL£T£pOV mXicrpOL, Si icLVTOV mpov- 
VV£)X£v ijpds £is tvv inapyrjv, Siyjx tov ino tov (fiOcLprjvcLi 
fiXiGovs. 

30. Tanquam nobis subicientibus deterrninationibus non 
voluntariis Verbum Dei voluntarie incarnatum, sequens 
fingis responsum quasi ex persona noslra a te dictum et 
dicis : fr l Aiyo[xev ijfieTs t rrepi tov crwpcLTOs tov Xpic/lov oti 

XCLl (ZdcLpTQV rjv XCLTi tyVGlXOVS OpOVS ifJLpVTOVS-n, XCLl* "6 
i p£iu£VOS, TiXoS £rflCLl OLVTyrt, XCLl* fro rrWT£0£lS , XCLl SlCL- 
XvOv<T£TCLl ZSivTOOST). Et Sk TOVTO, * Tl ipOVtJl T36pl TO)V iy- 
yiXorv Twv ip^CLiiivwv; ApcL xclI oti inoOcLvovvTCLi*; K ai oti 
iyivovTO, dp cl xcti oti (ZOcLpvrrovTCLi; 

31. Iterum ergo pedibus impediris in doctrina tua el 
modo quidem dicis : UclOvtov pkv Xiyo) to aSopa tov cto»- 

Tvpos vpwv OTI ix TVS TXClOvTVS XCLl &VVTVS $VCT£Ca)S 

iXvpOVy SvXovoti ix tov ivBpwnlvov yivovs, modo autem 
iterum 1 . . . 


32. Scripsisti enim : NiXirfa Sk oti Ypvyipios 6 &avpa- 


30. 1 Verba Severn attributa inira «• ^ contraximus. 

31. 1 Tunc alludit Severii9 ad textum fragmenti 5a. 


FRAGMENTA DOGMATICA.. 


53' 


TOVpyOS dvaOsp.aTtlst TOVS \6yOVTOLS TOV XVplOV TpSjfloV TTf 
'tyvyrj $ ^OcLpTov to) adop.aTt 1 . 

33. lit hoc aliud scripsisti de saneto Ghristi corpore : 
* Akkd to ai»T 6 acbfxa, ooansp yv ots snaOsv, ovtcos avic/Iy 
dvdkkaxTOv t ptyaspov xal TXpb Tys Stakvascos * * VfxipCLV 
yap pu'av Tyv piayv snotyas xal vvxTas Svo. 

34. Sic enim scripsisti : E i Ss xal yeypaitlat • cc si xal 
syvcoxap.sv xara adpxa\picfi6v, vvv ovxsti ytvcoaxopLev 1 n, 
tovt saliv * ovxsti avyywpyast t ois zsdOsatv sxovaioos * 
an st sky as yap 6 t i iSovksTO, okyv Tyv tov avOpconov 
tyvatv siayopdaas tois mdOsatv sxovatots avTGv, xal ovxht 
nipas Ta zsdOy imo&lpsxf/STat, cos pcy anai to (vtovusvgv 
xaTOpOcoaas. 


35. Nec vero hoc aliud a te sen plum immune est a 
suspicione. Dixisti enim : My TStalsvawat Ss sxsivoi oti 
avkkaSovays xal Tsxovays Tys zsapOsvov ^wpis dvQpconov , 
dxspatos sQvkdyfjy y zsapfisvia avTrjs p.ySsp. 1 av vnoalaaa 
Statpsatv * p.ySs TXicfisvacoat xal t>7 tov M covascos ypaprj 
ksyovarj oti skaSsv 6 S m sos uiav tcov mksvpcov tov ASap. xal 
coxoSop^yasv avTyv sis Evav yvvatxa tsasiov l , p.ySsp.tds too 
AS ap. ysysvyp.ivys Sia(p6opas 1) ikaYlcoascos xal Tyv Evav 
p.ySsv dnoksmovays Tys dvOpcontvys (pvascos. 


36. Reperio autem caslum lulianum episcopum in tomo 
Iractatus sui . . • . . haec scribentem : «()aoi ovv skaSov 
avTov-n, tovt sal tv oaot dvsyvcoaav avT ov, cr sScoxsv avToTs 
iiovaiav Tsxva Ssov ysvsaOatn * cSansp a vtos tov dv- 
Opconov vibs sysvsTO, cr ovx si atp.aTOs ovSs sx Sskyp.aTOs 


32. 1 Cf. pseudo-GREGORii Thaumaturgi anathema ix (edit. Haun 
Bibliothek der Symbole , p. a83 = PG, X, ii32, D). 

34. 1 II Cor., v, 6. 

35. 1 Cf. Gen. y n, 21 - 22 . 


56* 


IU LIA IS I HALICARNASSENSIS 


c TCLpxos ovSk ex Sre'XvacLTOs dvSpos a/A’ ix 3eoo 1 n dvayev- 

VC0V7CH. 


31. Etiam dicis : *To Se xempov t oo S’clvoctov yj duap- 
7LCL 1 *, cos ehrev 6 dirddiokos, * fj ear firj xev t?/, ovx ivepyei 
6 Q-olvoltos*, xdv vofiLt&jTCU evepyelv. Er indm yap d xpaioov 
xvpievei Tov xpaTOoaeroo, xclOcos ehtev 6 er a yiois AOavd- 
gios' 1 , xai 70 piju. a dhjOes icfhv. 


38. Ipsius Iuliani, ex tomo illo : To oor (pOapzov yeve- 

rrOou to too d^OdpTov £reov,ei xai ex too in to (fiOopdv 

i\rt<p6rj t p&itco d<p0dp7co, ditoSdXkei xai dnoifivei isds 
\6yos into too TSvevfxcLTOs too 3eoo eipvp-zvos xcti txolv Ao- 
yixov v6rip.a. 

39. Et itemm : Ooxoor ovSafxov evpopcev eipyp.evov ooVe 
7olis Sreious ypa^ous outs t ols er So^ois SiSaaxdAois 7ijs ex- 
x'krirjias 071 1 x 001107 ?. $0cLp7ov rjv to rjcop.a too xvpiov. 


40. Iuliani, ex tomo primo (|uem misit sancto Severo. 
... Et lulianus, statim explanans corruplionem <le qua 
loculus erat Gvrillus 1 , dixit : KttclxoXovOcov t 00 too diro- 
d loXov prj7co 6 (firjmv rroox >)r Svvcliov xpa7etrr0cu aoTor 
into too 3araToo - t, toot’ ear/fr * oiSe Svvduei Sex7ixos i/v 
7 rjs (pOopds . 


41. Iuliani, ex liac oratione : ^vmxijv Se (fiOopdv eyei yj 
xotvo7yjs diro 7 rjs Txapa^dnecos 7vs er kSdu.- dno7eXel ydp 
T>/r fjLi'ziv rj (fiOopdy xou 7ov7co 700 7xd0ei ex£vei 6 dvOpcoiros 
fxeTa 7vv du.ap7iav 7vv er ASdfji. 


42. Propositiones haereticae contra quas convinci opor- 
tet : Ot 1 \ex 7 e 0 v 671 e£ vpcov u.e7enyev 0 xvpios ijpJjov nap- 


36 . 1 Ioh. , 1, 12-1 3 . 


37. 1 I Car., xv, 56. — 2 Cf. Dr passione et cruce Domini , 12 
(PG, XXVIII, 2o5, C). 

40. 1 In tocis quos iam supra ad fragmentum 6 nota\imus. — 

2 i 4 c/., 11, 26. 


FRAGMENTA DOGMATIGA. 


55* 


xos xxi xtp.XTOs xxl \pv%ys Xoyixijs xxi vospxs, ywpis T W S 
xp.xpTixs xxi Tys (pOopxs, xxi op.OGVGios ijtxiv syivsTO «tvx 
SlX TOV frxVXTOV XXTXpyyjGIJ T OV TO XpCCTOS SyOVJX T OV frx- 

vxTov , tovt sgIiv t ov SixSoXov, xxl xnxXXx^y n ov% sxvtgv, 
xXX ijp. xs cr ocroi (p6Gw frxvxTOv svoyoi ijp.sv SovXei xs l r> • 
xx i op.oXoyyTsov gti *xxTyXXxyyp.sv too freob Six r ov frx- 
vxtov t ov viov x vtov' 2 t>, — ov yxp t ov iStov viov e$si- 
gxto 3 zsx OsTv vrcsp ijp.Gov sxovgigos Gxpxi xxi ov xxt xvxy- 
xyv (pvGSoos , — xx i gti ov Six Tys xvxgIxgsgos p.sTdXxSs 
Tyv x(pOxpaixv fj a XXo t i t gov freon pen gov, cos xvtgo p.ij 
vnxpyovToov xxi TSpo TVS xvxgIxg ecos * xxtx txs freixs 
ypx(pxs xxi tovs xyiovs TSXTspxs. 


43. Propositio haeretica secunda : ()ti p.ij Xsxtsov xx O' 

OVTIVX TpGTtOV i) ypovov (pOxpTOV TO GG0p.X TOV XVplOV 
yu.cov, xXX’ bp.oXoy7jTeov xi to tvs xvsx^pxrfov xx i xXrj- 

Oovs SVGOGSGOS X^OxpTOV XXL XyiOV XX1 'iGOGTtOlGV XXTX ZSXVTX 

Six Tyv Tspos xvtov Svgogiv * xxtx txs freixs ypx^xs xxi 
TOVS xyiovs ZSXTSpXS. 


44. Propositio haeretica tertia : 6 t i p; Xsxtsov oti zspo 

Trjs TZXpxGxGSGOS (pVGlXGOS 7JV frxVXTOS XX1 QOopX, - <T 6 

frsos yxp frxvxTGV ovx snoiyGSvr), gos yiypxiilxi 1 , 
xXXx TJXpX (pVGlV Six Tyv XfJLXpTlXV STZSySVSTO ijp.IV p.STX 
Tyv zsxpxSxGiv * xxtx txs freixs ypxpxs xxi tovs xyiovs 

ZSXTSpXS. 


45. Propositio haeretica quarta : Oti p.ij Xsxtsov to 
GGop.x t ov xvptov ijp.Gov zsxOyTov xxi frjn?Tov gos e£ xvxy- 
xys XXI XXTX TOVTO (pOxpTGV, XXl TGOV XVXyXGOV (pVGlXGOV 

evoyov, xXX’ 6 p.oXoyyT&ov oti sxovgigos gos xXvOgos vn- 
spsivsv TSxOy GGOTypiX VTTSp ijp.GOV XXI frxVXTOV '(gOOKOIOV, 
p.ij xnoc/lijGXV sv tovtois t ijv iSixv xnxOsixv xx i xOxvx- 


42. 1 Hebr ii, i4—i5. — 2 Rom., v, 10 . — 3 Rom., vm, 3 2 . 
44. 1 Sap., 1 , 1 3. 




56" 


1UL1ANI tl A L1C A K M A SS E N S1S 


c JtcLv, d\X' sis ypds Sid tovtow oSyyyaav ryv dndbsiav 
xai t yv dbavaoiav * xara Ta? Srsias y papas xai tov? dytovs 

'GSOLT&pCLS. 

46. Propositio liaeretica quinta : On a?; a sxtsov on ypi- 
xpims yv y xaTaStxy, ini to croypa povov, ij pyaiv ‘ xyij 
si xai sis yyv dnsXsvmj 1 r >, aXX’ dpoXoyyTSov on nspos 
6Xov tov dvQpwnov tov ix ypvyfts xai rrdopaTos i^sZo)vyOy * 
xaTa Ta? Sslas ypapds xai tovs dytovs nsaTspas. 


47. Propositio liaeretica sexta : ()n py Xsxtsov Ta vta6y 
too xvplov ypd)v pOoponoia i) tov SravaTOv a vtov gXs- 
Opiov, aXX ouoXoyyjTSov Ta f ikv md6hj cronypia, tov Ss 
S rdvaTOv '(o)onoi6v * xam Tas O'si as y papas xai tovs dy lovs 
TsaTepas. 


48. Propositio liaeretica septima : 6 t i py Xsxtsov oti 
vnscriy to (jojpa tov xvplov ypo)v Tyv pOopav ovts tsXsIojs 
ovts xaTa fxspos, * aXX’ opoXoyyTiov oti an avTys Tys 
evoxrews toiovtov yv oiov psTa Tyv dvd(fiarriv*, — 'ii? yap 
ypTv dniOavsv, xai ijpTv avidly, — pySsplav nspoxonyv 
ix Tys avacrlao’£0)s Sszdpsvov, aXX £% ov ijvcSOy to) S >sg) 
X6y o) aZOapTOv xai dyiov xai £ uonoiov * xaTa to tojv 
a yto)v zscLTepoov pyTov. 


49. Propositio liaeretica octava : Oti py Xsxtsov oti 
ixpanjOy to (jd'pa tov xvpiov if pd)V xai iyivsTO vno Tyv 
to)v Z5a0o)v xai tov &avaTOv (Star dvd yxy pvaixrj xaia 
Ta ypsTspa crwp ara, y xara ti svoyov opXy paTO)v, aXX 
opoXoyyTiov Ta nsdOy xai tov zrdvaTOv * xara tovs ay lovs 
zzaTspas. 


50. Li hi ergo reponemus adversarium istum sanorum 
dogmatum qui dixit ex corruptione peccati concretuni 
corpus liumanum et illnd vocavit peccalo infectum ( iv 


46. 1 Gen ., in, 19 . 



FRAGMENTA DOG MAT 1C A. 


57* 


dfiapnaj et ad peccatuin Adami (afxapr/a y map* kSdp.) 
pro vocal : KaT iSy ovv xcli y \pvyij tov X oyov eis a Sov onov 
rjdctv tsolgch cri ypv^cti tcSv dvOpconwv, on Trj dfxapT/a Trj 
map’ ASdfx xai in avTGVs i}xp.aGev 6 to xpaTOs eywv tov 
S-ararov. . . Quare castus lulianus episcopns errorem 
suum obtejji sperans, et has addiliones novas tomo suo 
affinxit, eradens ndfxapTia y 'crap’ ASap.r>, sed resumens 
rrapiapTta ccvtov tov (joo(aoltgs r>. 


51. Audiamus vero additioaem eins novam et fraudem : 
EvpiGxoo Si xcli iv t rj Ssi'a j paprj ini Sia^opoov voovfjiivwv 
XiysGdai Siapopvs mpoGyyopias tclvtcls. Ev to is \f/aXf lois 
p.iv, ini tov iXiovs • cc clvtos Si ieliv oix Tipfj.GOV xai iXaGSTai 
tcls aaapTias clvtojv xcli cv SiapOepe7 1 v, tovt sdliv • ov 
mapaSwGei Tij pOopa iv ivepyeia. E7ri t>7s bpyijs Si, ws ots 
prjGiv 6 anocfloXos’ « et tis tov vclqv tov Seov pOeipei, 
pOepei tovtov 6 &eos 2 n , Tys pOopas uaXXov Tys SiapOopas 
ovays ivepyov • cos fxdXtG'la Si, cos 6ts pyGtv, xaTapOepw 

TZOLtJCLV (JCLpXCL 6 cr GTl XCLTipOeipeV TXCLGCt Gap £ TyV oSov 4 tl 

tov &eov * xai Tor io&op Si eiadyei XiyovT a tw Mcooirer* 
cr^Sopa xcLTCLpOcLpyari dvvnop.ovyTt p xai crv xai tird? 6 
Xa6s 5 r>, iav [xo'vos xpiveiv povXyGijs dvapi(Jp.yTOv Xaov. 
Eni tov xvpiov Si, iv tw xf/aXp.^ * r.ovSe Swgsis tov ggigv 
gov iSew SiapQopav 0 t> , ipcopev Si to maOos Tys imOvpias 
y pbopcLs * iv toTs mpdzeGi Si twv anoofloXwv * rc core ?/ 
crap£ clvtov eiSev SiapOopdv 7 t>. 


52. Ausus es enim addeudo novas el coenosas sordes 
aperte dicere in abominando libelio tuo : *00 Xiyopev 
yp.eis to « opoovGios ypivn xcltcl to mccOyTixov, iXXcc 
xcltcl to ix Tys avTys ovgIcls* 9 wcfle xav dncLbys, xdv 
dpOapTOs, 6p.oovGios yaiv icfli xcltcl to ix Tys CLVTys 


51 . 1 Psalm. lxxvii, 38 . — 2 I Cor., in, l '■j. — 3 Cl. Gen., vi, 
17. — 4 Gen., vi, 12. — 0 Exod., xvm, 18. — 6 Psalm, xv, 10. 
— 7 Act., 11 , 3i. 


58* 


IULIAM HAUCAHNASSENSIS 


povecos * * go yap gti a otos exooalojs enaOev, yaeis Si 
TaoTa a xoogIws zzarryouev, ex tootoo erepoov<Ji6s ecriiv. 

53. Quare . . . et haec iioliis ut aeniginala in tuis novis 
additionibus ultimo produxisti et scribis de adoranda et 
vivifica carne Domini : E i Si to pOapTov dfxoovcriov ijfxiv 
itfitv, to apOapTOv oox erfitv ofxoooaiov, xal its Tsap 
aoTwv, ust a Tyv avaG'lacriv, 6 xopios apa tjj pOopa xal to 
opooomov yaiv eXocrev, xal erfiyxev aiiTOis to pypa ev Ty 
apveiadai gulgootiov ypiv elvai tov xvpiov peTa tvv 
dvacflaGiv. 

54. Et additionem tertiam itenim posuisti in adinven- 
tionibus tuis novis et scripsisti hoc incredibile : E xoivwvyas 
yap ypTv twv TndQoiv twv exooalcov xal (fivaixtiv dnep t tves 
ZOopdv zsporjayopeooomv, d)s xal Tys 'iwys too yjpovoo , iva 
xaTaaxevd'jy t yv dpOapatav Try ypeTspy rrd'fxaTi Sid Tys 
dvarfiarrecos. 

55. Et aiules nomen Patrum ore tuo proferre et in addi- 
tionibns tuis novis scribere ... : . . . 0 Se Xeyoomv oi 
zsaT epes toiootov eivai * to tv ypiv pOapTov, ev Try Xoyy 
apOapTOv, xal to ev yp.iv Svyjov, ev Ty Aoycy d/JdvaTov, 
xal to ev ypiv ev dpapTta, ev Ty Xoyy avapapTyrria , xal 
toctootov povov xexoivwvyxev 6 (tov to xoivdv vyj/uxjeiv. py 
xpaTOopevos i) xaTayOeU, dXkd xpaTyoas xal dvayaywv 
ai>TO sis Tyv iSiav intspo'yj)v, xa06 Ty Osgtvti eSdpy xai 
yvwQy. 

56. Ego autem non novi rpiomodo. . . in novis additio- 
nibus nobis addidit : ilmrep xaTa tov tov \e%e%iyA /6yov ] , 
y no Ay aoTy exexAetTO oti 6 xopios pdvos eirrypy^eTO Si' 
aoTijs , xal y izoXy exexAeiTO. 

57. Et in apologia ilia quae ultimo prodivit. . . dicis : 


56. 1 Ezech., xliv, a. 



FRAGMENTA DOGMATICA. 


59 + 


'Lrjfj.aivei yap if twv apToov nsoXvnXaGiaGis iv odpwvtois 
toiovtois 1 ovSsv a XXo si f irj ttjv Syvap.LV Trjs anaOstas ev 
t ois maOsGi t ov xvpiaxov GoofxaTOS. 

58. Et iterum : Aid tyjv (fivGixifv atydapaiav Trj dnapyrj 
yevop.svriv ex Trjs ivwasoos nspos tov Ssov Xoyov . . . 

59. Apologiam facere volens, liaec scribis : ()tl Si iv 
STSpor Xdycp vn ip.ov ysypap.p.svw sinov oti iv avTy nsd g- 
yovTi ovx rjv ivepya tol mdOri, (xapTvpas syw tov XsyovTa * 
rr too ueoXoni avTov nsdvTSs if asis idOrjfisv ' r> , xai tov d\io - 
XoyovvTa avTov sv SavaTO) i^ovGia sinew t ois xaToyois tov 
S avaTov rr i^eXOaTS, xai tols sv to) gxotsl' dvaxaXv- 
(fidrfT s 2 r >, rr TZvXcopoi Ss aSov r> aVTOV rr iSdvTss srilvtav 3 r>. 

60. Sic scribis tu : *A idxpiGiv Ss (fiOopas nrpos $0opdv 
ini tov xvptov XsysrrOai i) SiaXvGeors nspos dfiapTtav ovS’ if 
Seta ypa(fiif SsysTai, StSaGxovGa otl if dp.apTia ealiv a’lTia 
Tzd&rfs (fiOopas, xai K vpiXXos dnsSaXs "Xiywv otl pt^a 
ir/liv if dfxapTLa 1 . 


61. Et ipsum sapientissimum CvriHum audes iterum 
more servili accusare ac si errasset et errorem emendasset. 
et impudenter scribis : Oo yap i/vsGydfirfv [xstoc tvv svuhjlv 
X sysiv Tas twv ivspysicSv xai (fiverswv iSioTrjTas, xaTa&xo- 
nifGas xai iv tovtoj tov p.axdpiov K vpiXXov. Ovtos ydp 
iaGafisvos to avTO) ysypafifievov nsspi tovtov , iv 'tayyats 
ivvotais xai vov (fiavTaatats sinsv dos iv moioTrfTi (fivGixrj 
SscopsTaQai TavTas l . 

62. l. Tu aiitem. . . novum quid allers et dicis : Iloto- 

57. 1 Cf. Marc., vi, 35-44; vm, i-io. 

59. 1 Is., liii , 5. — 2 Is., xlix, 9 . — 3 lob, xxxviii, 17 . 

60. 1 Cf. De adoratione in spiritu et verxlale, lib. XV (PG, LXVI11, 
1008, A) : 77 (fiOopa . . . pi^av iyyv t rjv apapTtav. 

61. 1 Cf. Episiola ad Succemum II (PG, LXXVII, 245, A). 


60 * 


lULlANI HALICAKNASSENSIS 


T7 JS &V<JIXV ZSEpl TGV &EGV Ui£V GV XVplG)S XtyETXl , CCS XX7X- 

ypvrrei Se X6 jetxi. 

2. Ipsius, ex oratione contra Manichaeos et Eutychia- 
nos : fcvepyeixv (^vcnxrjv zsepl too Ssov xvpiccs XeyeafJxi 
OV SwXTGV, X0LTCL%pVO r llX'CS Sk XiyETXl CCS TToXXx ETEpX , 
Xiycc Se t 6 xxO evSeiv, t 6 v<rvyx^£iv [ . 


63. luliani, ex oratione contra Eutychianos : Oj;^ vnlfj'v 
if (T(XpZ TSpCCTGV, xXXx * XfIX TO) yEvi<j()xi XVT]j vnfjp^Ev if 
t ov Xoyov (pvcris T); zspos tgv Xoyov evcccrei, xxl ini tgvtg 

TOGS T£ VG[JLGVS (fiv&IXOVS VnEpiSv *• 


64. Ipsius, ex oratione contra Manichaeos et Eutychia¬ 
nos : Avxyxxlov tzxvtccs tcc eXevcjxvti to xvtcc iXevp-ivov 
XxSeTv ovx iv xXXoiG^aet t rjs (fivcreccs, xXX' iv xxOxipe<T£i 
tgv mxOovs onep icfliv i) <£6opx. 


65. Anathema primum luliani pliantasiastae : E/ v t is p.ij 
opLoXo") el gti 6 Q-egs Xgjgs, 6 tg) zsxt pi o \igovvigs , era pxo)- 
Oeis xx l ivxvOpwnvvxs xXvOccs 6p.0Gv<JiGS vp.iv iv Tzxm xxi 
avOpteUGS icfll xxl %pVp-0L7l‘(£L , '/JCp'tS TVS XpLXpTIXS XXt Tljs 

(lOopXS, - GVTE }Xp V XUiXpTlX EcfllV GVOIX , GVTE V 

$6opX' TGVTGV XVxOepiXTl^El V OLytX xxOgaixv XXL xno- 
ofloXlXV ixXAVCTlX. 


66. Anathema secundum luliani phantasiastae : E i tis 

Xe) El GTI Gvpxv66ev V £$ ETEpXS GVCJIXS XEXOIVCCVVXEV <TXp- 
XGS XXI xl'uiXTOS 6 XVplGS , xxl GTI OVX ix TVS pV'JEGJS Six 
T))v XpLXpTlXV ivoyov §6op XS xxl &XVXTGV i(JXpXG)0v 6 
S ’EOS X6y GS XVEX$pXrflG)S tx TGV T3VEVp.XTGS X ) 10V XXl ix 
Mxpixs tvs mxpOivov , ix tccv ocflccv xxl ix t ijs rrxpxos 

62. 1 In Capital is contra Iubamstas (Add. I2i55, ii5/>-ii6c), 
subsequilur textuin Fragmenti hums 6 a, in sccunda eius forma, locus 
e tractatu Adversus A polo in am luliani desumptus (Add. tai58, 107 c- 
110 c); ei autem loco praofigitur, in hoc opere Severi (Adi. iai58, 
107 c), textus eiusdem fragmenti in prima sua forma. 


FRAGMENTA DOGMATIGA. 


61 * 


CLVTYJS TVS YfUilV 6(AOova 10V XOLTCL 'ttivTCL • TOVTOV dvaOipXTl 

vitOTaaazi v ditocfloXixv ixxXvaia. 

67. Anathema tertium luliani pliantasiastae : Ei tis 
Xiyzi OTi (pavTxaia i) Soxvazi inti[A£iv£v 6 3 sos Xoyos aap- 
xwQzls xai ivavOpMTtvaas 7a zsaOv iv t >7 ayicc ypx(£nj 
avaysypa(A(A£va , xai ovy. ixovaiMS intzp v\amv * avaOzfAa 
zcflM. 


68. Anathema quarlum luliani pliantasiastae : El t is 
X iyei tvv dvOpomivvv aapxa (Aixpav i] axaOxpTov xara 
(pvaiv xai tvs TZpos tov \6yov ivMazMs dva%iov ovtos, ms 
ivav7tos 7 mv ayiMv yp x£mv, xvaOztxx soIm. 

69. Anathema quintum luliani pliantasiastae : E l tis 
X iyzi 671 ms (av zsaOv xai Sxvxtov 'GSapaSzypp.Evos ditaOijs 
vv xai dOavxTOs i v<?ovs Xpidlos 6 exovcriMS TzapaSzzaiAEvos 
vnkp rjiAMV 7 a ts aOv xai tov &xvxtgv, xai [av dfAoXoyzl 
xvtov iv 7ols TxaOzaiv ditaOv xai iv tm (mouoim B-xvxtm 
dOdvaTOv, — ?; oti Soxvazi ?} ZavTxaia a veSei&v avTa xai 
ovx aXvOzia enaOev * ms \fssvSovs ypafiopLSvos tvv aXvOziav, 
xai to yivos tvs Sid tmv tzxOmv idaEMs rzpoaipovfASvos 
xai Trjs Sia tov Sxvxtov Kmvs , dvadz(AXTi{laOM. 


70. Anathema sextum luliani pliantasiastae : EJ tis p; 
6[Ao\oy£l 07i tvv v(A£T£pav aapxa Tzsaovaav into tvv 
a(Aap7iav xai tvv <£0opdv Six £ iXavOpMitiav iSioTtoivaaTo 6 
Szos Xoyos iva txvtvv xitaXXa~y tvs tz $Qopas xa : . tvs 
ajAapTias, aXX oti aapxMOzis htzazv into tvv (fiOopxv, 
XzyMv (pvaixMS zivat (£f)opxv tv tij aapxi xai ovx ix tvs 
dfAapTias iatiyEryzvvaOai, — xai Sid tovto iaapXMOv d 
xvptos iva vixds XTtaXXdZy SavxTOv xai (fidopas, tovto 
(3ov\6(A£vos tz xai Svvx[aevos • ms [av (3ovXo[asvos tx 6pQd 
Soy (axtx ivvozlv, aXXoTpios f aev vitxpyMv tvs tov XpicXlov 
dntoXvTpMazMS, zavTov Sz xaOialas iv (Aipzt tmv ivavTiMv, 
avadzfAa zcXlM. 



62* 


IULIANI HALICARNASSENSIS 


71. Anathema septimum Iuliani phantasiastae : E i tis 
SicLipd tvv uliclv tov ivOpuitov $vmv sis to cl'ju\acltov xcli 
t vv rrdpxcL, xcli tclvtvv fxkv Xsysi ^Oapujv slvou xari ( pv<nv, 

xiv ULV VpiipTri, TVV $S SXTOS T Y\S TOV &CLVCLTOV 

xcltclUxvs , iv a toiItov enrrf tov xvpiov vcLpxi asv $6 cl p- 

70V XCLTJ. Pvcriv, ZSVEVfACLTl Si oipOcLpTOV, Uf/ie OVTUS VULIV 

eirrarysiv tvv tuv Xpic/luv SvclSol xcl i tyvvsuv xcli ISiotvtuv 
xcli viuv, svcl usv (£vrrsi, faepov Ss xcLTCLypvrflixus' ovtos , 

US (TVV TU XVpiU rjCLpXuOivTl $lXoV£lXUV ZSSpl SCLVTOV 

einovji oti ic/llv 6 ix tov znctTpos ysysvvvfJ-svos xcli iv u 

scrliv OCTCL SySl 6 ZSCLUjp 1 , XCLI TCLS &SLCLS ypOL^CLS TZCLpCL- 
ScLlVUV, iviOsULCL £</lu. 


72. Anathema octavum Iuliani phantasiastae : E? t is 
ulb ra tvv iZpcCrrlov xclI inspivovTOv svugiv t6X\lvgsi 
Xsysiv Svo (£vasis v Svo ovcticls v Svo ISiZtvtcls i) Svo 
ivspysicLS * us Svo zspdcruncL Xiyuv r) Svo vno'fld'rsis, ivct- 
OsULCL saflu. 


73. Anathema nonum Iuliani phantasiastae : E i tis 
oXidpiov to'Xulcc Xiyetv tov tov xvpiov vfxuv (uonotov Sara - 
tov xcli (fiOopoiroicL ovo^d^st Ta rruTrjpiCL zsdOv clvtov * dvd- 

OsLLCL ScflU. 

1 

74. Anathema decimum Iuliani phantasiastae : E t tis 
T oXfxa Xsysiv xsxpCLTVxivcn oXsOptov Solvcltgv tov rrup.CLTos 
tov xvpiov rjfxuv us tvs (pOopois ivoyov s% dvdyxvs, xai 
tuv ztdOuv xclI tov Q’clvcltov dvdOsp.CL ZrTiu. 

75. Ipsius. ex oratione prima : 6t i Ss xoli v tov 

CLVTOV &OLVCLTOV VTtOUSVSl, fXapTVpSl V S ’SICL ypCL<fiv XiyOV(TCL * 
rr if 't'O'/Jl V CLU-CLpTCLVOVVCL, CLVT7J dnoOcLVSlTCLl 1 1 ). T 6 ji p 
rrupiCL xoivov %TTspxd(JiSVOV sis yrjv opd SiCLpOopav, tovt 


71. 1 Ct. Ioh. , XVF , I 5. 
75. 1 Ezech., xviii , 4. 


FRAGMENTS DOGMATIC A. 


63* 


salt olOL<p6stpSTOU * 7} Sk £ V VIFOfldvSl TOV &(XVOLTOV % 

txv SiaXvdeT&a. 


76. El Cyrillus. . . , in libro primo Commcntarii in Gene- 
aim, de creatione Adami sic dicit : rt AyaXpa Se SianXderas 
ex yrjs, <Cuov avTo Xoyixov anoTsXel, xal iva tovs tvs IS ices 


(pvereus avaTpiyov Xdyovs, a^OapTOv yivrjTat xal anXavss, 
to mvevpa ^uonoiov evOvs avTu iveyapaTle . . . l .r> Iidianus 
autem. . . in oratione sua prima effatuni ut beali Cyrilli 
alTerens, illud adulteravit, sic illud ponens : iva tovs t ijs 
iSias (£ versus syy Xoyovs. 


77. A veritalis redargutione lormidans, in tonio suo 
secundo, — id esl in oratione, — ausus est scribere : 6 
yap iv t i) i^ovaia syuv to nraOeTv xal to pi) maOelv oti 
xvpios vv tov pi) maOsTv, xal erapxl anaOi)s vnapyuv sxov- 
CTtUS iy&VSTO ilTTSp ijpUV TZaQvTOS. 


78. Dixit enim in toino secundo, — id est in oratione, 
— tractatus. . . mihi oppositi, . . . contra doctorein ella- 
turn rctorquens. . . tanquam illud explicans. . . : ... ini- 
Xiyei * rr nsacryei ti iv TeXevTatois v crap £ iSi6v t e xai Zvai- 
xov l n. I Siov yap xal (pverixdv Tijs xoivotwtos psTa rijv 
nrapd^aeriv * ov yap Siov xal (pverixdv too xvpiaxov erupa- 
t os pi} nreerovTOs vi to Ti)v nrapd€aeriv i) (mo ti)v an avTrjs 
(fiOopav, aXXa xal rjpas dnaXXd^avTOs . 


79. luliani, ex oratione secunda, adversarium sumn 
alloquentis : Ah'; elnr}s tov avQpunov Sv7]tgv xaTa (pvertv. 

80. Ipsius, ex oratione secunda : O vSs yap ifpsis Xiyo- 
pev T7]v erdpxa novvpdv, dXX ’ oi XiyovTes oti (fiQapT)j ie/h 
xaTa (fiveriv. 


76. 1 Gf. PG, LXIX, 30, B : AyaX/ua . . . anoTeXei, xai iva t ovs 
rijs iSias (p& tscos avajpiyot \6yovs, atyOapjov, ^cvoirotov ev6vs ivsya- 

patfe 'ttvsvfj ta. 

78. 1 S. Gy rilli In lounnis evangelium commentarius, lib. XII 
(edit. Pusey, yoI. Ill, p. 93=PG, LXXIV, 665, B). 





6'i* 


IULIANI HALICARNASSENSIS 


81. lpsius, px oratione secunda : kvxyxxTov vipoofltOe- 
vQxi Ty r^xOyTy xa i &vyTy xxi (pOxpjy xxi ttjv xtixpTtxv, 
r/nep e<f!i tovtwv xhix. 

82. lpsius, ex oratione secunda, adversarium suum allo- 

([uentis : E i Se <£v<tixws Svvtos 6 xvpios y xxtx to p>/7oV 
rrov y 6 t ov yxuov uv / u$pocrSeyQeis tyj clvtov rrvXXxSov'ry 
(xySe Xvrrxs tx mxpOevtx xvtvs ws hexev xvtov xxtx 
vxpxx, \oiicov xnoSos xvTy xxi t yv xulxotixv, V* 

oo<5’ xv yrxeTs t ov 3-ara tov eyvwfxev. 

83. lpsius Iuliani, ex oralione secunda : OvSxx iis w^ei- 
At 7 o-£ Si exvTOv zsxOeiv exvtov T£ < Ty^eiv , toot’ eV7* W/r iStxv 
trctpxx * fiySepix tcov rj(xeTipcov xWoiwcrewv xvxypwrjxvTOs 

XVTOV TOV TSxOoVS , 00 Xs) to OTl XXT XVTOV evySV XpXTOS . 

84. lpsius, ex oratione secunda : 'Lucret tovs SlX TTJV 
xaxpTixv xvTy 1 evoyovs , Six tov iSiov &xvxtov , ov ovx 
Slv viriaeivev xvxpxos gov. <bvvi$ yxp xttXovs ovx oJSev inro- 
fxiveiv tov xbOriTOv S-xvxtov, toot’ ecTu Sixipe<riv * too y xp 
ex ^vyys xxi (jg)(axtos (JVvO£tcv Sixlpecris er/hv . 

85. Figmentum quod conlinxerunt lulianus et Felicissi- 
mus sub nomine Petri Alexandrine episcopi el martyris... : 
AXX’ 6 HxuO'Jxtsvs 6 xmr/los xxi A peios 6 xnorryiffiys , 
xxovgo v xvycriv xxi crvXXy\f/iv xxi yevvymv xxi rxepiTOurjv 
Trj oySor) yixipx xxi yXixixs xvfeyuiv xxtx rrxpxx xxi 
yxXxxTOTpoZixv bx Tys xsmxpOivov, eXxYloi ts tvv tov 
f tovoyevovs Ssotyitx xxi tv ovpxvoOev tzxt pixy Zoovy xvti- 
Xeyei v Zy^iv ’ kovtos erfitv 6 vios aov 6 xyxit vtos ev y 
evSoxyvx 1 ~, 6 ixy ex mreppiXTOs yevvyOeis, xXX y ex tov 
TZ vevfAXTos tov xyiov crvXXyZOeis xxi xvev pvrreoos ex tvs 
3-eoTo'xov rjxpxwQeis. AXX’ A peios 6 &eou.xyos Xbyei oti 
tzxvtx tx yevGtievXy xxi 6 vios, (fifJxpTX erjhv. TvZXol 6 


84. 1 Id est. verisimiliter, -ry 3-ar5T4). 

85. 1 Matth., xvii , 5. 


FRAGMENTA DOGMATICA. 


65* 


3eos tov vovv twv dnfo1o)v. Et fxev yap holt dxoXovOiav 
tvs (pvcretos eysvsTO 6 Xpiblos dvOpo)iros, xaXobs dv (fiOapTOV 
kXeyov avTOV oi &£ 0 [JLdyoi * enetSv <$£ ov xclt dxoXovOiav 
tvs (pvascos eysvsTO avOpo)nos y — tvs yap xvv(jeo)s ix tov 
T3v£VfLaT0s tov dyiov yevopLSvvs , xal tvs crvXXv\f/eo)s 
enayyeXias tov apyayyeXov, xai tvs yevvvaeo)s invep (£v<jtv, 
xal Tr}s z$epiTop.vs txvc/ivpiov ovmis xal tvs Tnpoxoirrjs 
vXixias dxaTaXvirlov, oti 6 T&Xeios ex&vsi xal av^dvei 6 
'tiporflazas * a av^dveaOe 1 r> , xal tvs yaXaxTOTpotyias ex 
zsapOevov iv vo^ta xal e^ovaia, — xal tvv dxoXovOiav 
ijpiiov evixvcre xal STeXeiwaev, Tzav'rdrjOo) Ta SoXia yelXv 
dSixiav XaXovvTa xaTa tov S ’sov Ov yap ibacm> oi ypiblo- 
p~dyoi oti to aapxwOvvai tov Xoyov vp.as viovs tov 3 m eov 
enoivosv. Xp' ov toTs to)v ypK/lop.dyo)v Gvp.yb)vois avv- 
rjOXovv too fLapavovvX xal eXeyov * Sia ti xav avOpo)nos 
oov zsoieis creavTov Seov 3 ;* Hoc autem figmentum posuit 
Iulianus in oratione sua secunda quin diceret nomen ora- 
tionis unde erat et adscripsit Petro Alexandriae episcopo et 
martyri. 


86. Sancli Gvrilli. Profert autem illud Iulianus in ora- 
tione secunda libri sui : rr Avo)0ev Se SeSocrOai tvv e^ovaiav 
to) VXiXaTO) (pvrriv, ovy^ d)s a SovXvtov eirifiepovTos tov Ssov 
xal zsaTpos to) iSlo) yevvvuaTi to sml tw rjlavpo) zsaOos, 
aXX’ o)s avTOv fxev tov flovoyevovs bi uSovtos eavTov to) 
ixaOeiv viiep vp.d)v, dtyivTOs Se tov zsaTpos to en a vto) trr Xv- 
povcrOai fjivoOyjpiovv 


87. Posuit in tomo tertio, — id est in oratione, — libri 
sui obscuri verba ipsius doctoris . . . quae praecedunt 
testimonium . . . : kOvqvs ovv . . . Tjsei/i obxamv l . v 


85. 1 Gen., i, 28 .— 2 Cf. Psalm, lxxiy, 6 . — 3 Ion., x, 33. 

86 . 1 In Ioannis evangelium commentaries , lil). XII (edit. Pusey, 
vol. Ill, p. 72 =PG, LXXIV, 6 / 11 , A). 

87. 1 In operibus contra Iulianum [Critica : Vat. syr. 1 / 10 , 27 c; 
Epist. Ill: ibid., 10 b; Refutatio Propositionum Iuliani: ibid., 6 t c), Se- 


HALICARJJ4SSE. 




f>6* 


1UL1AN1 H ALICA RNASSENSIS 


88 . lpsius, ex oratione tertia, adversarium snum allo- 
quentis : KaSo yip Xsy£ts olvtqv 7S£ptXcLfxSoLv6fievov Svris 

'csv'Xi)v t oo aS oo, xi?oyov a vtov "klyeis zsconoje apwt 
aor t ois a XXots. 

89. Et post alia : Oox ijv xi?oyos, Xiry£ts, iXXi eioijX- 
Oev to yip svt os twv izvXwv irreptAa^£xrecr6 , at, xclto^'j 
icfliv. 

90. Et iteram : Flo's toTs iv S^pois efrreir rr i%iXQcLT£v, 
xai t oh iv ry gxot£i • rr ivoLxaXvftO)jT £ 1 t> , et £i;t6s irylv£To 
twv zsvXiiv too S-araTOo; 

91. lpsius, ex oratione tertia, cum explicat illud Pauli: 
Ovtus rr ivirfixjGZv clvtovo 6 S-eo? r prjxhi piXXovTCL vno- 
cflpip£iv ds SiiL$6opiv 1 Tp et yap cr toi? ivduois iXo- 
ylGOv~i>, t< piya et xai iv toi*> (pOapTols ivofxfaQw; 

92. lpsius, ex ea oratione: 6 t( OO fxivov fJL£ji TtJV Gto- 
uirtoGiv GW£%u)pvG£ zoh p a7rt g^clg iv, iXW airy xai tzpo 
T?7? G(j>)[iol'iwg£(jOS ijv SijXoL , aoTos in£xrjpv^£ St a too -crpo- 
^/;too* rr Toy vmt6v (jlo o £%mxcl £ls pic/hyas, Tas <Je crta- 
ydvas p.oo etV pctnbpctTOL 1 t>. 

93. Et iterum in oratione tertia , positis verbis Cyril!i 

dicentis: rrHt> yip ev v£xpois eAeo0epos, toot' eV7w iriAoj- 
tos afxapTt^, xat oox £voyos fie#’ too S-avaTOo 


verus adduxerat S. Cyrilli locum e lihr. XII Commentnrii in loannis 
cvangelium dosumptum (olxovojJux'tha.TOL . . . tocs cr'itypo'ri : edit. 
Pusey, vol. Ill, p. i 27-128 = PG, LXXIV, 705, C); quern a Severn 
absque iure amputatum esse conquestus lulianus, producit ipse cum 
contextu praecedenti (edit. Pusky, ibid ., p. 1 QB— 1 q7 = PG, ibid., 
70Q, C-705, C). 

90 . 1 Is., xlix, y. 

91 . 1 Act., xiii, 3 A. — 2 Is., li 11, iq. 

92 . 1 Is., l, 6. 


FRAGMENTA DOGMATICA. 


67* 


Sixy 1 t ) , lulianus dixit : Sid t l dv {jlsO' v(jloov rjTlrjdrj xai 
xaTseysOv vno rov SavaTOV, xdv yjpovov TIVCt; 


94. Dixit enim in oratione tcrtia, de Salvatore nostro, 
sic: T ov yap Sava tov ovx iv Gapxl fio'vy V7rdfjLsivsv • ovSk 
yap erapxos axf/vyov Sava tos. 


95. Iuliani, ex oratione quarta : O xal Si’ iffias dvaGrjvai 
Xeydfxevos xa 66 ierapxcbOy, ovy 60 s tvv xtvymv vnofxsivas 
Trjs ULsracfldaews. 

96. Iuliani, ex oratione quarta eius libri : (Jera yap 
slysv if SeoTys, ~avra sysvsTO xai Trjs era pxos a vtov. 

97. Et iterum : (Sera yap slysv 60 s Ssos, avavT ippvTGOs 
vv xai tvs erapxos tvs yevouivys avT ov. 


98. Ipsius, ex oratione quinta: Tor Aeyopievov va6v l 
ovx dnyWoTpiooGS tgv svoixovvtos Seov tov evooOivTOs 
too ov toos einovTi. SisXvOy pkv yap eiuGiauivov tov fj.ii 
xad dvdyxyv zoaOovTOs, aveaflv 6s dasXkvTws Trj vnepoyy 
tov svooOsvtos avToo , eryfiaivovarys tvs SiaXvGSoos Tyv tvs 
^ vyrjs Sicupsaiv dno tov crwfjiaTOs. 

99. Ipsius, ex oratione quinta : (fversoos xexoivoo- 

vyxsSiaTvs (rapxooGSoos, fi&Gaiooeras oti avdpornos tyivsTo 
xa 66 cr Sia tcov ovvyQoov t s xa l xaTaWvXoov sSooxs too xa 0’ 
savTov g do fiaTi tvv Siafxovyv, fipdoGSi xa i tzogsi TZspi- 
xpaToov tvv vTtodlarriv 1 to. 


93 . 1 Epistola ad Acacium Melitinensem (PG, LXXVII, 212, B). — 
Gf. Psalm., lx xxv 11 , 6. 

98 . 1 Cf. Ion., 11, 19. 

99 . 1 S. Gregorii Nysseni Oralio catechetica, XXXVIII (PG, XLV, 
96, C). 


68* 


IULIANl HALIG VRNASSENSIS 


100. Ex oratione ilia 1 testimonium posuit lulianus in 
oratione sua quinta et Timotheo illnd adscripsit. Sunt 
autem haec in testimonio: il(nz£p gvv iifxsTs, ws aXyOvs 
XoifjL§ctvoui£v T))v t r}s vioOscri'cL? Sdcriv, ov t?7 io-piv 1) 

yivouLsda Seat, oil too xcli fifiuctvovyjX, gjs ihiOws iyiveTO 
avOpwi tos 9 ov vdfjiw tvs dvOpwmvys (pv&ews ivOpomos kyi- 

VSTQ. WoLVTCL ) <Xp T A TGV Xpi(floV V7T£p TVV Vfl£T£pCLV (fiV(TlV 
VTtVpy£V GTl &etXG)S , MS TSpin£l TO) S'eA) , yiyGV£V. Et Sk TVS 
Vfi£TipcLS (pdcrews vv 6 Xpirflos rbs kyivsTO ardpuTios, 
yv’ivy Si i&ltv clvtv xal o\y vug (pOopav y£vop.ivy Sid tvs 
zsapaSacr£G)s tov A$(X[jl , — k'voyos dp dv iyiv£TO xai avTos 
tvs tpOopois , xoltol to pmov twv x£voSiSar7X(tkwv tvs crvvdSov 

TG)V TVV yjxpw iQsTVV&VTGJV, XOLt ZSG)S 6 VUG TVV fiOopdv 

) £vo(X£vgs kx tolvtijs av £(jy£v vixols tgvs xctT£(p6apfxkvovs 
inaXXa^ai; 


101. Ipsius, ex oratione sexta, paulo post initiurn : OOrJe 
yap a WyXois zspG^TopuXijcroLi Svvcltgv tgv a^OapTGV xai 

iOcLVCLTOV TW T7J <5\jry£i ZtiaOyTG) XCLL &WTG). 

102. Intelligite quomodo explicationem alienam fecit 1 

.in tomo sexto, — id est in oratione, — iibri sui 

obscuri : E Scox£v kavTov 6 tgv S m £ov Xoyos ivdpwirivy 


100. 1 Ex oratione nempe lohannis Khetoris Alexandrini, cui titu- 
lus, iuxta auctorem Capituiorum contra Iulianistas (Add. iai 55 , 

1 Q \ d) : v.u r^-vmr<jrr) 

^_ai<L\^ 0 , id est: \ 6 yos xoLOatpsiixos t tjfs too Evruyovs xai tov 

Asovtos xoixonicrVas. De lohanne illo Rhetore, vide notitiam apud 
pseudo-ZACHARiAM Rhktorkm, Hist, eccl., til, io (edit. Brooks, I, 
i 03 -i 6 A), ad quam expresse lectorem reraittit anctor ipse Capituln- 
rum ( loc. cit.). — lulianus testimonium adscripserat Timotheo 
(Aeluro), Alexandrine patriarchae monophysitae (ann. A 57 - 46 o et 
67 5—^77). 

102. 1 Commentatur lulianus locum pseudo-GREGORii Thauma- 
turgi , ex H xoLTot pkpos zsirj'us desumptum : tixxArjo'nxrr'iixii $k opo 
\0y10L. . . (edit. Eietzmaxn. Apollinaris von Laodicea und srine Schulc. 
p. 168 = PG, X, 11 o5, B). 









FRAGMENTA DOGMATIC A. 


69* 


aoLpxl xcll avvoSov rspos clvtyjv dvOpoonivoos ekaSev xaO 7 
o^loioogiv dvOpoontvvv. ^Yvyrjs Se kiyei xcll G(lop.CLTOS gvv- 
oSov xcll 6p.okoyei tvv dSiatperov evooaiv. T Yrjs &s6tvtos fis t<x 

T 7 JV Tzkypwcriv 1 TOV (AVcflypiOV TOV Sid VOpLOV XCLl TZpofiriTGOV 
dvvyyzkp.ivo'u, — Tzh'/po'cris ) a p tov vdfxov 6 Xptr/lo's, 
tgvt ec/Ji p.£T(x t rjv evooctiv, t 6 zsclOvtixov tvs crcLpxos dvij- 
pyxviois, to 'usy.OvTixov koinov ov Svvcltgv Aeyerrdcu eIvcli Trj 
too duoiOei i/voofiivy crcLpxi, ovSk (Zia Tvpavv£v£iv tvv tvs 
( pVGEOOS iniXpCLTElCLV. * 11 } ap TVS (TCLpXOS £VOOCTIS ZJpOS TOV 

Xoyov zsAvpooais i&h tov p.vcjlvpiov\ 


103. lpsius, ex oratione scxta : KoLTdpOooGis yip ovx iv 
too dvevSesT xcLTanpdG(T£TOLi * ov j dip vttcttege too SavdToo 
iitei ovSk Trj aptapT/a. 


104. Dixit enim in oratione sexla libri sui, sic: 6 dnccOvs 
ttj iSicc Gapxl Tdv TzdOoov SexTixij enaOev’ t ov ovv dnoiOovs 
vv TsdOos zsclOovtos t ij iSicl GCLpxi, xcll Sid tclvtvs ysyove 
toov zsdOoov Ssxtixgs. 


105. lpsius, ex oratione sexta. Allato adversarii dicto 
sicsonanle: crse subiecit ei qui slat contra nos*n, ipse ex- 
planat dicens : A vkov Se oti xdv vnayOets xcli vtIyj^ol in to- 
(jleivcls , iv S-eicc Svvdfxei dv£Tpe\pe tvv t d%iv. 


106. lit in oratione sexta, explanyns testimonium sancti 
Cyrilli (juod liaec habet : crE Set ydp zsigIeveiv oti xcli 

dlZ&OcLVE XCLL £Td(pV koiHOV ydp ElG^VGETCLl (A£Td TOVTO TO 
TAirflEVElV dXvOdds OTI XCLL T(X TOV ScLVaTOV SlCLppV^CLS SECTpid, 
TXpOS TVV ISlCLV OOS Sr£OS dv£(pOlTVCT£ £007JV * OV ydp 7}V SwCL- 


102 . 1 Textus Apollinarii graecus habet iv Ttj zxAripwosi , el versio 
syriaca pariter legit rc (edit. Flemming-Lietzmann , 
Apollinanstische Schriftm syrisch, p. 2 , 1. 4). Quam lectiouem, cum 
maxime laveret doctrinae luliaui, haud inverisimile est adluisse et 
in textu Tomi. 





It LI \\1 H \LIG.t RN ASSKNSlS 


70* 

tov xpcLTsiadou clvtov bno too S"araT0i» 1 ", lulianus com¬ 
mentatin' dicens: OCx elnev oti ixpxTijOv, xxv okiyov u's 
pinin' g*6xXulgo, 

107 . Sancti Vlhanasii, e\ oratione contra Apollinarium: 
crOviw xai c SrxvoiTOi ^syovs* too usv mux to* xxtx 
$boiv Se%G[jL$i'Ov , too Si Xoyoo xaxa Sihjoiv dveyopivoo 

XXl i^GOOlXo'ilxd'S TO idlOV OU'UX £1* SXVXTOV ZZpOlSULSVOO ’ 

ivx xxi nxOy pvoixoi'S inzip xxi xvxo'ii) Ssixois bmp 

7 }ud)v \ ^ Explanans autem ill ml lulianus in oratione sna 
sexta . . . ita dixit do doctore illo: For key or key si xxi 
zzsnovOsvxi Zooixd's xxi ivsc/iyxsvou Ssixd's. 


108. Ipsius. ex oratione septima : 6 yip Sxvxtos obSiv 

iX\o SoTlV SI pi) TVS XIZOyi'pVGlS Xn6 TOO OG'fXXTOS. 

SOVCLTOV Sk XpXTijOijVXl TOV ijULXOTlJXOTX' 6 S’ XVXLLXGTVTO* , 
fiij ivspyobvTOs iv xvTcp too xivTpoo too Sxvxtoo< bn 
XOTOO XpCLTIldijvXl 00 SoVXTXl, xiv uuxpov Tl. 


109 . luliani, ex oratione septima : ASovcltov rspoo- 
GunXijoxi to tzxOgs Zoosi xnky * dXXoTpiov Si to tzxOgs 
too dnxOobs xxi TZCLVTOxpxTopos S’sob gotivos v crxpi; iSix 
yiy over. 


110. Et paido post : A ix tooto i)vwoev sxotg> i^oooix- 
aTtixws xxtx SsXi)oiv aCrcv 6 xnxOij s to Sovdpevov 

TZxOilV, ivX TSxOtoV XXTXp } >/'T7? T1JV TO)V Z^xOo'V SVSpy SIXV 

777 dnxOsix xgtoo. 

111. Et iterum, circa tinein : AifXov oti zsxOoborjs tvs 

O’XOX6* XOTOO , XOTOS f}\' 6 TSOlOcSv. 


112. lterum ex ea. cum sanctum Severum increpat: 
Kafio sines «Sii tvs craoxos xotoo*, iXkvv moieis tvv 


106. 1 In Joanms rvangtlium comtnentartus , lib. Ml ^odit. Pusst, 
vol. Ill. |>. i.»- in, . L\\l\. 68 1 , C • 

107. 1 Contra Ayolitnarium , 1 tPG, XXVI, ilo4, B). 


FKAGMENTA DOGMATiCA. 


71* 

vapxa map’ a \jtg) xai TavTyv xaTX f iixpov Sucflys in 

CL OTOO. 

I 

113. Ipsias, ex oratione octava, paulo post initiurn : Aa- 
\apGs icrOsvsi xai cr \i r (apGs iniOavsv, xal yzipw Si iiuas 
iv cl 'GH'jlsv'jrjTe, oti obx yfxyv ixsV-n, zsepiypcnflGS gjv iv 

TGI TCa). 

I 

114. Et ilerum : font yys mspisnxTy<Jsv crcSfxaTi mspi- 
ypcL<pG(JL£vos 6 nibs t oo ivOpunou, xat 6 u>v iv obpavols 
mspieXytyOy. 

115. El paulo post : £*TsOy ev t&JQw crw txaT ixws , xai 
marja yOopa ivsvspyys yv' sis a Sgv xxTlSy \pv%tx£)s, xai 
avTov tgv aSyv ivxvXsv'JS xai yj-y^paXcoTicrsv. 


116. Ipsius, ex oratione octava : OvSs yap SvvaTOv 
avQpunivys rrapxbs iSias ysvofxsvys too 3 sgv, abjy ini- 
ysvsrrOai t i tojv iv txzsi Titxwpias ocot rj insivskO gvtwv Six , 
Tyv auapTiav. 


117. luiiani, ex oratione octava eius libri : 11 vcocrev Ss 
eavTG) Tyv yp.STspxv aapxa svoyov mi(Jw xa i &xvxtg\j, 
xal ttj mpbs avTGV svgo<tsi tovtwv inyXkxyOy. 


118. Ipsius, ex oratione octava : Ta iSia too TavTyv 
iSionoiyaavTGs sis iSia iyivsTO Tys iSias aapxGs * TaoTa Ss 
icfiiv if inxOsix xai y iOxvavix xal y a$>0apaia. 

119. Ipsius, ex oratione octava, cum refellit id quod 
dixerat sanctus Severus : crguslavit mortem corruptri- 
cem 1 r> : EyeoouTO too Stxvxtgv , xcltx to mposipyaivov, oo 
Ss TOO (pOopGnOLGV. 


120. Ipsius, ex oratione nona : To yap sinsiv oti cos 


113. 1 Ion., XI, i5. 

119. 1 Ex. gr., in Crilica ( Vat. syr. i/io, 286 ). 


IULIANI HALICA RNASSRNSIS 


ir 


zsaOrjTos enaOe ar/aatvei avT ov xaT aviyxrjv pvmxijv 
rjYJvOijvat t ov TnaOovs xai znapa tijv SreXycriv avT ov. 


121 . Ipsius, ex oratione nona : E i yap ovnw intrjpZ'iv 
clvtol) ?; anaOeia xai v aOavaaia znpo tvs avacfiaaews , ovS’ 
&i>OL<firjv(Xi iv iSvvyOv. 


122 . Ipsius, ex oratione nona libri eius : AX/a toiovtov 

rjv fieri ujv avac/iacnv olov iv toTs TnaOeai xai iv tw 

&avajw. 

/ 

123. Ipsius, ex oratione nona : Y.yw yap ovre yvovs 
eyvwv ovne twv ayiwv zsardpMv vxovaa }.eydvTwv Tas Svo 
pOopas ijfiwv ini tov awfia tos. 

124. Ipsius, ex oratione nona : Kai rj ypaprj SiSaaxei 
r/fias* err) <5’ iv ijpipa (payrjaOe in’ avT ov, S'araTw a7ro- 
OaveiaOe 1 r>. A*i r/ ar» aXXore rr; ypvyjj, aXXore tw aw- 
uari; Ap’ ovy r) rrrapaxor; rr/s ivToXrjs xaTeGakev 6).ov to 

vno pfJopav iv ifapOTipois dfiotws oixsiwaapivvv 
[xipeaiv iusplalws; 


125. Ipsius, ex oratione nona : OO p. ovov iv tyj ypvyrj, 
aXXi xai iv rr) xari aipxa Siaywyrj ivapapTV'ios yeyovev, 
ws einev 6 Tpvyopios • crarp£7 flos tw 7nvevp.au, ipOapTos 
ttj aapxi 1 t). 


126. Ipsius, ex oratione nona : Ovre yap znaOwv ipQiprj 
ov ts -apsis tvs pOopas viflvOv' ipavrjyap ipOapTos iv ois 
oi avOpwnot pOeipovTai. 


127. Ipsius 1 , ex Commentario Matlhaei , mysterium expla- 
nantis per ambas aves ( signification ). Adducit autem illud 
lulianus in oratione nona : A vo S’ r)r opviOia xaOapi, xai 
to ev iapiyv ip' vSaTi £wvti , to S’ sTepov i^ipv xai 


124. 1 Gen., n, 117 . 

125. 1 Cf. nota ad fragmentum 32. 
127. 1 Nempe S. Cyrilli. 


FRAGMENTA DOGMATICA. 


73* 


iScLTiTlivQyi els to cli(xcl too e'jQayp.ivoo xcli els dScop ?oov xcli 
dftelOrj dvanleo’OcLt zsoi dir fiooXyjmi, {ii)Scl[jloos Se zsclOov ti. 
NoeJrai Se Si d/xfidTepA 6 Xpicrlos on xcli diriOave fxev cos 
dvdpcoiros, <£fi Se cos &eds l . 


128. Saucti Severiani episcopi Gabahtani, ex oratione 
In canticum Habacuc prophetae , quod adduxit lulianus in 
oratione decima libri sui : XcLTevorjacL Tor &eov ev toTs dv- 
OpCOTVOlS Sid ^ikCLvOpCOTClCLV, XCL. £fioGrjOr)V XCLTeVOTjGCL TOV 
dnepty pcufiov xcli dnepCkvidlov ev crcopLCLTi zsepiypditlcp, 
xcli e^ealrjv l - 


129. Et in suo libro qui vocatur obscurissinius el lonjjis— 
sinius, vel potius lamentabilissimus, scripsit 1 : ... et 
item in : UclOyjtov Se Xeyouev xclQo enaOev, xcli ob xclOo 
SexTixos rjv tcov zsdQcov. 

130. Ipsius, ex disputatione conlra Acbillem etVictoreni 
nestorianos : 0eo? dpct acLpxcoOeis enaOev, dnaOvs cov xclO' 
ectvTov Te xcli xcltx crdpxcL, ei xcli Si ijp.ds exooalcos imep 
ijfjLcbv zsclOiitos yeyovev diraOcos. 

131. Et item in : Obxobv (xd\io r ia ypij zsicfiebeiv oti o 
Seos 6 bnep ijfxcov evcLvOpconijocLi xcli (jcLpxcoOijvcLi (2 ovav- 
adfievos, ev toTs zsdOenv epeivev dnaOvs, xcli xaTd adpxa . 

132. Quare ergo . . . scribis : OuoXoyobfjiev oov rjtiels 

OTI (JCLpxl T]j ISlCL XCLI O' 7]pC0V XCLI ijfJilV OfJLOOOCrloO dXvOoos 
exoorrlcos enaOe xai dneOavev 6 xbpios, fiij xclt dvdyxvv 
. (pbcrecos dfjioXoyobvTes clotov xcltclSt}vcli els tooto. Xpic/ios 
ydp, eiitev 6 WeTpos 9 bnep rjpicov enaOev aapxi x • 6 Se bnep 
rj(xcov tsclOcov, ovtos obx evoyos * obx dir ydp dnyWa^e 
toxjs dXkoos , ei evoyos yeyovev clot os. 

127. 1 Gf‘. PG, LXXII, 388, C, ubi fusior est texlus. — De his 
avibus, cf. Levil., xiv, i- 8 . 

128. 1 Cf. Hab., hi, i. 

129. 1 Fragmentum 77. 

132. 1 Cf. I Pktri, iv, i (iuxta lectionem codicis A). 



Vi * 


IU LI AN 1 HALICARNASSENSIS 


133. Et rursus : To • Xpirfos vnip ijfxoov eiradev 
crapxi'. O axovoov Taura* vnep vp.Mv, ovx ivvod inrip 
iavTOv zsenovdevoa avTOV’ d Si avayxy $v<j£ms zsafJcov 
xa i &CLVOLTOV fjv £voyos, anaWayrfv av iavTOv tsAvtoos 
i‘Ol~£l XCL 1 OV TOOV £jipO)V fiS#’ MV £XlvSvV£V£. 

134. Pellem ovinam item in dolose induis et scribis . . . : 
O vSi yap Av zsaOdv xai anoQavdv iSvvijOrj d p; oti av- 
dpMitos iyiv£TO AXtiOms. 

135. Quomodo ergo non times dicere : Tor oi)% apap- 
tmXov \ey£i$ Snip iavTOv o<pd\oma. 

136. Tu autem dicis : 6 <^v<tik a XiyMv, tois avayxaiots 
vnoTacrG£i t6v Xoyov. 

137. Iterum . . . vane etlutis et dicis : llap’ avOpMiiM 
zsa p£o r n tA zsaOyj xai ov mapa too &£m , ear AiyMp.£v avTov 
(fivaixMS zs£nov0ivai era pxi. 

138. Et scribis : Ei Si tls zspocjtyipei to, vno tmv zsari- 
poov £ip7)jliva A£yOVTMV OTI aV£<TX£\ja(T£V fj aV£XaiVl(J£V , 
p; arjp-VvavTSs tov xvpiov avct(jx£varT0ijvai oi zsaT£p£s 
iXaXijaav, aXXa to xoivov yivos. 

139. Dicis : H ara </loiy£iM<ns tovto o“rjp.aiv£i. \ a v’loi- 
yjda Apyjai ic/lt tmv zypayfxaTMv, oiov tov <TM(xaTGs to 
S’ ep/xov xai to \f/v%pov xai to zvpov xai to vypov, tmv Si 
y£~) papfxivMV to. yp afxpaTa, tovt £cfliv a xai (3 * raOra 
yap irfiiv apyai xai tmv £tto[j.£vmv ra mpMTa. Avt 6* cvv 
daayMV T7j Zv<j£i apyjiv aXX7jv avarfioiy£iMG£MS TXpos tijv 
ts pMTrjv, ovx dppsvos i$£7i6v TZpos rrvXXri^iv, oti xpd'iloov 
il ev£p}£ia tov zsv£VfxaTos ayiov. 


140. Sed iterum dicis revera hypocrisi utens : ASvvaTov 


133. 1 Gf. I Pbtm, iv, i (iuxta lectioneni codicis A). 


FHAGMENTA DOGMATIC A. 


75* 


yap avTOv zsaOeiv xal tco SavaTco crvp.nXaxyvai a XXcos, 
dtrdpxov ovtos tov Seov Xoyov. 

141. Scribis : Kai oti S-sos rjv ivavO peony eras, oO {jlovov 
xal xpaTOs xaTa toov y[i£Tipcov nsdOcov, aXXa xa l holt cc tov 
S avaTOv ivepyovv dniS^ev ofxov, xal ovx a Wots xcl i 
dXXoTe, oo<5e A* aXXo xou aXXo, aXX’ oti tscl cry^cov ioltq xcl i 
dnoOvyCTKCOV i&OTTOlSl. 

142. Tanquam aestimans le sanum quid dicere scribis : 
*Kai yap avTos mdXiv kiyer einaTe tij aXconexi ra vttj , 
toot e&liv to) npo)Sry <jyp.£pov xal avpiov Svvdfxeis dno- 
tsXo) , xal tij Tphr) TeXeiovfjiat to (Tijfxepov Xeycov tov 
alavpov, xal to a vpiov tov Tapov dn£p dvOiveiav dno- 
Sdxvvcri tois anic/lois, TavTa Svvaixeis T3po<jayopevei *. 
Tlais yap ovx dv yv evSozds tis Svvapus to tvv dfxapTiav 
tijv iv dvOpconois xexpaTyxvlav nsporyyXcoaai too crlavpco; 

143. Extra quaestionem vajjabatur id quod vane, ut 

quis diceret, sic scripsisti : Uddy Se xal SavaTOs xaTaSlxai 
eirrlv Tois yp.apTyxo<jiv otpeiXojxevai xal Six a; txT ivov<riv. 
Dis S’ dv dnyXXdyOycjav tovtcov oi opsiXeTai, el py 6 
xaTaxpivas a vtovs xal vnoTaias, iv piXavOpoonia, dn- 
i(/lpe\^e to xaTaxpiaa avTov, dnoTbas vnip a\)TO)v 6 t i 
d)@£iXo v, avTos p; cov o$£iXi tvs oti xal dvafidpTVTOs; Ei 
yap yv otyeiXiTys cos toov a vtcov evoyps, ovx dv dnyXXa&v 
t ovs opeikovTas. ^ 

144. Scripsisti enim sic : \id t l Si, \p£vSos £iadyovTes 
oi amr/ioi els tvv irflopiav tov £vayyeXlov xat ivvolais dv- 
Opoonivais ri S-efa ipevvcovT£S, ui/xfiovTai axovaames to 
xpd(jn£Sov tov ifiaTiov tov xvplov yficov tij d(pyj tvv tov 
aipaTOS pvatv dvlaTOv divoaoSyaai 1 ; ola tov ipaTtov 
V (pvms ij to xpdmz£Sov tov ipaTlov IS la Svvdp.£i ivepyycrai 


142. 1 Cf. Luc., xiii, 32. 
144. 1 Cl. Luc., vm, A3-A8. 


76 * 


IULIAN1 HALICARNASSENSIS 


T7)v a^Qapviav, a XX ot t fjv tov xvpiov. Ato xa i 6 xvpios 
£i7i sv ■ ijxfyocTO pov t is' ttj ) ip a$7j tov xpamriSov 70v taa- 
7 10V 77)V SvVOLfJLlV V7T£XA£\^£ 77/i- £$ aVTOV i^cXvXvOvTaV. 

145. Quinque panes istos 1 in medium afters et scribis : 
Y.TtucryGv yip xXotp£voi , xai irrOiopevoi tov &avaTGv ipi- 

pOVVTO. 

146. Scribis : E i prj crvv£iiXax7i tois txcl Oecriv, ws srfh 

XpeiVlGOV T0)V TZCtOwv, OVX &V id<JaT0 TOVS TzaOovTas' xai 
£1 firj £XOIV(jOV 7J<T£ TOV &CLV&T0V 7]fJLG)V, &V TJfJJV Xa0£tA£ 

TOV SXVCLTGV, £7l£l £rfil %W7] XCLTCL (fiveIV; Et Si 7 15 TO TZG)S 
TZipO'jpipSl, ixGviTG) TxivTMS dnOXpi&lV GTt TOV TpGTlOV 

' ~ > P I / >/*» /I 

£Vp£lV 0V0£VI TG)V XTlVpaTteV £^£r7ilV. 

147. Alios cal um ilia tores vocas, sic : 0 i yap (JvxoZavTai, 
( ppovTiZoi>T£s Ta tov TSer/lopiov fiiGrjXa xai axaOapTa Soy- 
paTa dva') eiv xai zsavTanam (3ovXop£voi (3e£aiovv T7/v 
Siaipeaiv, T7jv tg)v iSiOTVTwv SvaSa ixSixovvT£$, 7w T£ 
(pOapTG) xai izaQ 7 iTG) xai &v7j7y dvTndrr^ovm to afiOapTOv 
xai anadks xai aOavaTOv, xai tov £va Svo Xpirrlovs xai Svo 
viovs eeri) ovaiv, 7>)s airoppvTov xai avExZpdcflov evw'jews 
xaTa\p£vSop£voi. 

148. Talem dicis difterentiam divinitatis et bnmanitatis 
qualem videre est et in sensibus nostris . . . et dicis : 
Ovtg) ’ TZpO'T7i') op£v<ra to SidZopov aSiaZopov *. Atxfiopov 
pir, GTi aXAo £<r1 1 to io£iv xai a\Ao to axovrrai xxi aXXo to 
6aZpvrrx<r0xi xai aXXo to yEvvavOai xai aXXo to axjyar 
dSidZopov Si, gti iv TXaaiv ic/hv £xa&lov twv piXwv xai 
pipwv, to Sk avTois anoTSTeXecrpivov £v irfu xai rrvvxy£Txt 
sis piav evip ) eiav xai ptav (pvcriv, pia aSiaipiTot ’tyvyrj 
ivepy ovpsvov. 


145. 1 Cf. Marc., vi, 35-46. 


FRAGMENTA DOGMATICA. 


IV 


149. Ausus est enim dicere et consignare penna et scrip- 
tis : OO yap (pvcrixov tz xcli i'Siov tov xvpicLxov (tm[lcltos to 

Styf/oiv 1 . 

150. Glamat contra me ac si ea quae Nestorii sunt sen- 
tirem etscribit sic : Iliis in to(A£vovulsv rrvxo(pcLvOrjvcLi tovtov 
OV TO) (£)CLV£pd)S Sl$CL(JXOVTCL T CL SoyfJLCLTCL 6pO(X XCLI Tols VITO 

cjov svclvticl; Kai twv tois Net/loptoLvois sipvp.svwv a oSvpei, 
xai aoi oixeiols ti)v iviSsiCLV. Haas syxcLASis ws tmysipi)- 
(JCLVTCLS TOVTOV dyiOV SiS(X(JXCl\ 0 V 1 rJVXOQCLVTV'JCLl , TCLVTCL 

ekiyZcLVTCLS • saclOs ? Ss vulols ra 7 ov Nsrrlopiov Qpoveiv mtov- 
< 5 a 2 <w S16, si xcli rrvvsSovXsv'jiusOcL iifuv ztspi tov ijfxsTspov 
Xoyov, ovx ar jap sSwxcLfxsv <701 cliticlv, si Syvco/xev, t ov 

pLOL^SdOcLl S(p' VfXCLS , TOVT ScVllV SHI TTfV i\t) 0 siCLV, VTtSp TCOV 

(TV) yvw\x6v(A>v Tov N s&lopiov. 

151. Testimonium Gregorii Tliaumaturgi posuit quod 
adulteratum scripsit. ("11111 enim sanctus dixisset : 0 eos yap 
rrcLpxwOsls ivOpwTTivrj crcLpxi xaOcLpav sysi r rjv iSiclv svsp- 
yeiav, vovs ivtfvTOs dv twv \f/v%ixwv xcli (TCLpxixwv t^clOv- 
ucltwv 1 , ipse detrahens et tollens vovs olvtIvtos, iis excer- 
pens effecit : dv'tfrjTds ic/li twv \j^v^ixd)v xcli crcLpxixuv 
txcl6yi[icltmv. 

152. Sed Iulianus ausus est dicere : Et (pvaixws to 

(TWfJLCL (fiOcLpTdv, IZbipyi &V XCLI TZpO Tijs OLfACLpTlCLS. 

153. Dixit . . . : l a tov yvcofievov clvto> &sov del sfi ato; 
sv t r) (pvcrsi xoli sv Ty &s\yi(jsi. 


149. 1 Cf. fragmentum 78. 

150. 1 Ex foliis manuscripli rautilis tameo apparet doctorem 
ilium esse pseudo-GRF.GORiLM Thaumaturgum , cuius leslimonio, ex H 
xotToi pt/pos zsiahs desumplo f <rxa.) stl eiSt) . . . Itjcrov \ptcr 1 ov r > : edit. 
Lietzmann, op. cit., p. 178-179 = PG, X, 1116, D-1117, B), usi 
fuerant Severus et Iulianus in operibus anterioribus de corruptibili 
srriptis. 

151. 1 Edit. Lietzmann, op. cit., p. i 78 = PG,X, 1117 , A. 


78* IU LI AN I HALICARNASSENSIS FRAGMENT A DOGMATICA. 


154. Impulit enim sacerdotem quemdam sibi socium et 
propinquum, Thomam nomine, ut magnum et Christo ad- 
dictam Alexandriam urbem circuiens, testimonium Thomae 
i[)sius manu conscriptum exhiberet ostendens Atlianasium 
fidei upostolicae praeconem eos anathematizare qui dicerent 
in passionibus voluntariis passibiiem liiisse carnem Domini, 
in hoc autem hare erant : Et ns t rjv tov xvpiov iffxvv 
rripKCL ovpavodev Xeyet xtxi pu) ex tvs TZiLpdevov McLpi'ois i) 
TpCLTceiacLv T7jv Stsotvtol sis cripxcL i) rr\jyyyOeirrcLv i) aX- 
AottoOel'j olv i) nsctdriTVV tyjv cripxy. cvs ivQpolmov xccl fii) 
TSporjxwvTVV ws xvptov xcti S-eov aapxa, tovtov ara&epux- 
Ttlet ij iyict xai dnorrio'kixv exxXr/cricL. Doctor autem sic 
dixerat : s E< tis ... i) tsclOvtvv tyjv toC viov &eoTVTCL i) 

OLlipQGXXJVTjTOV TTJV TOV XVptOV i/pLU'V GCLpXCL WS ivOpWTTOV , 

x, T. X. l . r> 

154 . 1 Pseudo- Athanasius, Ad lovianum, 3 (edit. Lietzmann, op. 
cxt.y p. a 53 )—De incamatione Dei Verbi (PG. XX. VIII , 29, A). 


INDEX BIBLICUS ET PATBISTICUS. 


(Numerus leclorem remittit ad fragmentum.) 


Gen ., i, 28 : 85. 

Marc., vi, 35-44 : 57, 145 

11 , 17 : 124. 

vm, 1-1 o : 57. 

11 , 21-20 : 35. 

Luc., vm, 43-48 : 20 , 144. 

111 , 19 : 46. 

xiii, 3o : 142. 

vi, 1 0 : 51. 

Ion., i, i 2 - 1 3 : 36. 

vi. 17 : 51. 

i , i 6 : 20 . 

Exod., in, 2 : 16. 

ii, i 9 : 98. 

xviii, 18 : 51. 

x, 33 : 85. 

Levit., xiv, 1-8 : 127. 

xi, i 5 : 113. 

lob., xxxviii, 17 : 59. 

xvi, i5 : 71. 

Psalm, xv, 10 : 51. 

Act., ii, 24 : 40. 

lxxiv, 6 : 85. 

ii, 3i : 8 , 51. 

lxxvii, 38 : 51. 

xiii, 34 : 91. 

lxxxvii , 6 : 93. 

Rom., v, 10 : 42. 

Sap ., 1 , 1 3-: 44. 

vi, i o : 4. 

Is., xlix , 9 : 59, 90. 

vm, 3o : 42. 

l, 6 : 92. 

I Cor., in, 17 : 51. 

lit 1 , 5 : 3, 59. 

xv, 56 : 37. 

liii , 12 : 91. 

II Cor., v, 6 : 34. 

Ezech., xviii, 4 : 75. 

Hebr., 11 , 1 4-i 5 : 42. 

xliv, 2 : 56. 

I Petr., ii, 2 4 : 4. 

Matth., viii, 17 : 4 . 

iv, 1 : 132, 133. 

xvii, 5 : 85. 


S. Athanasius : 37. 

S. Gregorius Nyss. : 7, 11 , 99. 

S. Basilius : 21. 

Pseudo - Gregorius Thaumatur- 

S. Cyrillus Alex. : 4, 6 , 9, 10 , 

gus : 32, 102, 150, 151. 

14, 15, 17, 40. 60, 61, 76, 

Pseudo-Athanasius : 154. 

78, 86 . 87, 93, 106, 127. 

Severianus Gabal. : 128. 

S. Epiphanius : 19. 

































Universitas catholica Lovaniensis 


Dissertationes ad gradum magistri in Facilitate Theologica 

consequendum. 


SERIES PRIOR. 

1. A. Kempeneers. De Romani Pontificis primatu ejusque attributis, 1841. 

2. H. J. Feye. De matrimoniis mixtis , 1847. 

3. C. De Blieck. De unitate Ecclesiae catholicae, 1847. 

4. V. A. Houiven. De parochorum statu, 1S48. 

5. N. J. Laeoret. De methodo theologiae sive de auctoritate Ecclesiae catho¬ 

licae tamquam regula Jidei christianae , 1849. 

6. Ph. Van den Buoeck. De thenphaniU sub Vetere Testamento, 1851. 

7. A. Heuser. De potestate statuendi impedimenta dirimentia pro fidelium 

matrimoniis soli Ecclesiae propria , 1851. 

8. F. J. Jadot. Pat rum antenicaenorum de Yerbi consubstantialitate ductrina, 

1857- 

9. Th. J. Lamy. De Syrorum fide et disciplina in re eucharistica ; accedunt 

veteris ecclesiae syriacae monumenta duo; Joannis Telensis resolutiones 
nunc primum editae et latine redditae; Jacobi Edesseni resolutiones 
canonicae syriace cum versione latina, 1859. 

10. A. J. Liagre. Interpretalio epistolae catholicae s. Jacobi , i860. 

11. A. C. M. Van Gameren. De oratoriis publicis et privatis , 1S61. 

12. E. H. J. Reussens. Syntagma doctrinae catholicae Adriini VI, P. 3 /., 1862. 

13. F. J. Moulart. De sepultura et coemeteriis, 1S62. 

14. L. Henry. De residtntia bene/iciatorum, 1863. 

15. C. M. De Robiano. De jure Ecclesiae in universitates studiorum , 1864. 

16. A. J. J. Haine. De hyperdulia ejusque fundamento, 1864. 

17. A. B. Van der Moeren. De processione Spiritus sancti ex Patre Fihoque, 

1865. 

18. F. J. Demaret. De origine Evangeliorum deque eorum auctoritate histo- 

rica , 18G5. 

19. J. B. Abbeloos. De vita et scriptis sancti Jacobi, Batnarum Sarugi in 

Mesopotamia episcopi , 1867. 

20. A. Van Weddingen. De miraculo deque ejus in Christiana demonstratione 

usu et valore, 1869. 

21. J. L. J. Liagre. De hominis exaltatione ad ordinem supematuralem, 1871. 

22. H. J. L. Hermes. De capitulo sede vacante vel impedita et de vicario 

capitulari, 1873. 

23. B. T. Pouan. De seminario clericorum, 1874. 

24. H. C. C. Lambrecht. De sanctissimo Missae sacrificio, 1875. 

25. A. Muller. De placito regio , 1877. 

26. J. Thys. De peccato originali, 1S77. 

27. M. B. G. Fink. De concordats, 1879. 

28. H. J. T. De Brouwer. l)e fide divina, 1880. 

29. G. J. Wafeelaert. De dubio solvendo in re morali, 1880. 

30. L. J. Lesquoy. De regimine ecclesiastico juxta Patrum apostolicorum 

doctrinam, 1S81. 



31. J. Forget De vita ct scriptis Aphraatis, sapientis Persae , 1882. 

32. J. E. Hizette. Definitionis vaticanae de infalhbili Romani Pontificis 

mag is ter 10 commentarium tJieologicum, 1883. 

33. P. Mannens. Disquisitio in doctrinam s. Thomae de voluntate salvifica et 

praedestinatione , 1883. 

34 C. I ^uc as. De naturali nostra cognitione Dei , 1883. 

35. O. F. Cambier. De divina institutions conjrssionis sacramental is, 1884. 

36. F. C. Ceulemans. De pat'vulis qui sine baptismd moriuntur, 1886. 

37. G. J. Ckets. De divina Bibliorum inspiratione, 1886. 

38. A. Van Hoonackkr. De rerum creations ex nihilo, 1886. 

39. A. Hebbelyxck. De auctoritate historica libri Danielis, necnon de inter¬ 

pretations vaticinii LXX hcbdcmadum, 1887. 

40. J. Bauduin De consuetudine in jure ccclesiastico, 1888. 

41. M. Lecler. De roma»o sancti Petri episcopatu, 1888. 

42. L. J. Mierts. De resurrectione corporum, 1890. 

43. A. Auger. De doctrina et meritis Joannis van Ruysbroeck , 1892. 

44. J. B. C H ABOT. De sancti Isaaci Ninivitae vita, scriptis et doctrina, 1892. 

45. C. Scheys. De jure Ecclesiae acquirendi et possidendi bona temporalia, 1892. 

46. A. Knoch. De libertate in sncietate civili, 1895. 

47 . H. Poels. De historia sanctuarii arcae foederis , 1897. 

48. P. Ladeuze. Etude sur le cenobitisme pakhdmien pendant le quatrieme 

siecle et la premiere inoitie du cinquievie, 1898. 

49. A. Camerlynck. De quarti evangelii auctore, 1899. 

50. A. Michiels. L'origine de l episcopat, 1900. 

51. A. Van Hove. Etude sur les conflits de juridiction dans le diocese de Liege 

* • 

sous Era>d de la Marck, 1900. 

52. G. V oisin. L'Apollinarisme, 1901 

53- H. Cohpieters. De historia textus Actorum Apostolorum, 1902. 

54. E. Van Roey. De justo auctario ex contractu crediti , 1903. 

55. F. Claeys-Bouuart. De canonica cleri scecularis obedientia, 1904. 


SERIES SECUNDA. 

1. C. Van Crombrugghe. De soteriologiae christianae primis fontibus . /905. 

2. Th. Van Oppenraaij. La doctrine de la predestination dans VEglise 

reformee des Pays-Bas, 1906. 

3. E. Tor ac. Le probleme de la justification dans saint Paul, 1908. 

4. J. Lebon, Le monoohysisme severien, 1909. 

5. G. Kisselstein. Les dons et legs aux fabriques d'eglises paroissiales en 

Belgique . 1912. 

6. P. Ricard. De satisfactione Christi in tractatum s. A)iselmi « Cur Deus 

homo 1914. 

7. P. Van C auvvenbergh. Etude sur les moines d'Egypte depuis le Concile 

de Chalcedoine (451) jusqu’a Vinvasion arabe (640), 1914. 

8. H. Lamiscy. De essentia ss. Missae sacrificii, 1919. 

9. A. De Meyer. Les premie es Controverses J ansenistes en France (1640- 

* 549 )i 1919- 

10. E. Broeckx. Le catha^ifme, 1916. 

11. R. Koerperich. Les lois sur la mainmorte dans les Pays-Bas catholiques, 

1922. 

12. R. Draguet. Julien d'llalicarnasse ct sa controverse avec Severe d'Antioche 

sur V incorruptibility du corps du Christ , 1924.